LE CORBEAUPas à la hauteur de l'héritage d'Edgar Allan PoeJim Slotek 27-04-2012 | 04h36
Il est ironique que Robert Downey Jr. ait un temps été considéré pour le rôle d'Edgar Allan Poe dans le pseudofilm d'horreur Le corbeau (The Raven) avant que John Cusack obtienne finalement le rôle. La raison étant que Cusack, dans le rôle de Poe, fait exactement ce que Downey a réussi avec Sherlock Holmes. C'est-à-dire, s'emparer d'un personnage célèbre pour son intelligence, puis, de manière incongrue, le propulser au rang de super héros. Le long métrage du réalisateur James McTeigue (V pour vendetta ) se déroule alors que le macabre auteur vit les derniers jours de son existence. Le tueur en série qui sévit s'inspire de ses écrits, Le Puits et le Pendule (The Pit and the Pendulum) et Le cœur révélateur (The Tell-Tale Heart ) comme matière première pour commettre ses meurtres atroces. La prémisse est une excuse pour reproduire la cruauté des crimes de la franchise Décadence (Saw ), mais cette fois en plongeant les spectateurs dans le 19e siècle comme toile de fond. C'est du moins de cette façon que l'on commercialise le film. Il y a un minimum de sang et de «gore» dans Le corbeau, mais l'inspiration de Décadence s'arrête là, puisqu'il n'y a pas de scènes de torture pornos et atroces dans cette production. L'avertissement est lancé. À CONSULTER:
Le problème, avec Le corbeau, c'est qu'on demande à Cusack d'interpréter un Poe débauché et pitoyablement ivrogne, puis, dans la minute suivante, de se métamorphoser en héros à la solde d'un tueur ayant kidnappé sa fiancée secrète (Alice Eve). Ceci fait en sorte qu'on ne prend pas le long métrage au sérieux. Au début de l'histoire, Poe se fait virer de débits de boisson alors qu'il tente d'obtenir des consommations gratuites en évoquant son statut d'écrivain célèbre. Il est vraiment un objet de ridicule. Pendant ce temps, un détective sérieux nommé Fields (Luke Evans vu dans Les trois mousquetaires) a commencé à lier certains de ces meurtres confondants et sanglants entre eux (dans un cas précis, un dispositif d'évacuation ingénieux s'avère être tiré tout droit du livre Double assassinat dans la rue Morgue » (« The Murders in the Rue Morgue » écrit par Poe). Le corbeau est parsemé, ici et là, de plaisanteries ironiques aux dépens des critiques, le film jouissant par ailleurs d'une atmosphère détrempée (McTeigue s'est installé à Budapest avec son équipe) et le film nous rappelle que John Cusack est l'un des acteurs les plus méconnus de sa génération. Mais la plupart du temps, Le corbeau est propulsif, les personnages ont peu de profondeur et l'intrigue est lourde (particulièrement après qu'Emily eut été enlevée par le tueur et enterrée vivante alors que le temps file pour la retrouver vivante). Il y a aussi une fin «surprise» qui n'en est pas vraiment une, puisque le tueur fera inévitablement partie des quelques personnages présentés durant le film. Si cela n'avait pas été nécessaire de compter sur la présence de Poe comme pivot dans cette histoire, Le corbeau aurait pu être une autre production reposant sur Jack l'Éventreur. Pratiquement rien n'est révélé au sujet de l'esprit de cet homme qui a influencé plusieurs générations d'auteurs après lui, de même que des genres littéraires qui ont depuis fleuri (les romans policiers, la science-fiction, des récits à la première personne, etc.). En effet, Poe aurait sûrement taillé en pièces ce scénario s'il avait pu en avoir l'occasion, et il aurait sûrement suggéré quelque chose de beaucoup plus saisissant et viscéral sur le plan émotionnel. |