REBELLEL'adieu aux armesIsabelle Hontebeyrie 20-04-2012 | 04h46
J'ai toujours été sensible à l'univers visuel de Kim Nguyen, et son dernier film, Rebelle, m'a immédiatement séduite. Le film m'a d'abord plu en raison du propos. Rebelle (je préfère le titre en anglais, War Witch qui signifie Sorcière de guerre) raconte l'histoire de Komona, une adolescente de 12 ans, enlevée de son village par des rebelles et transformée en enfant-soldat. Son baptême du feu? Tuer ses parents à la Kalachnikov plutôt que de les voir se faire massacrer à la machette. Malgré cette histoire insoutenable, Rebelle ne verse jamais dans le gore ni dans la violence... Ce n'est pas le style d'Nguyen, qui montre les blessures psychologiques de Komona par ses commentaires en voix hors champ (nous assistons à plusieurs années de sa vie sous forme de flash-back, puisqu'elle raconte son histoire à son enfant à naître) ou par l'apparition des fantômes des soldats tués. Les dialogues sont autrement plus évocateurs que n'importe quelle scène de tuerie. «Dix enfants, vingt Kalachnikovs», jette un combattant. «Je ne sais pas si j'aurai la force de t'aimer», murmure Komona à l'enfant conçu parce qu'elle a été obligée de coucher avec le commandant des rebelles... À CONSULTER:
Ensuite, la facture visuelle nous plonge dans la réalité de Konoma. Tourné entièrement en République démocratique du Congo, le long métrage bénéficie des décors naturels du pays. La forêt luxuriante et touffue dans laquelle s'enfoncent les rebelles, le palais du Grand tigre royal, leur chef, le village tranquille et lumineux dans lequel Komona et son amoureux, Le magicien, se réfugient, etc. Et enfin, les acteurs... ou les non-acteurs devrais-je dire. Car Rachel Mwanza, l'interprète de Komona, récipiendaire de l'Ours d'argent de la meilleure actrice au dernier Festival du film de Berlin, est tout simplement magistrale. Enfant de la rue au passé aussi douloureux que celui de l'héroïne du film, la jeune fille dégage un naturel et une gravité plus que remarquables. Même chose pour Serge Kanyinda, le jeune interprète du magicien. Plus j'écris cette critique en essayant de rendre justice à Rebelle, plus je pense à Incendies de Denis Villeneuve. Deux destins de femmes, broyées — mais survivantes — par la barbarie. Mais la comparaison s'arrête là. Car il y a dans le scénario de Kim Nguyen une paix et un espoir tangibles; la vie finissant par l'emporter. Un dernier mot pour vous enjoindre d'aller voir Rebelle, un film non seulement superbe, mais au propos universel. Parce que le tout est montré du point de vue d'un enfant, on devient Komona avec ses larmes, ses armes et sa formidable vitalité. |