CASA DE MI PADREUn bon film de mauvais goûtJim Slotek 23-03-2012 | 04h10
Nul besoin d'avoir déjà regardé un roman-savon mexicain pour comprendre où veut en venir Will Ferrell dans sa parodie joyeusement idiote, Casa de mi Padre. Par contre, une mise en contexte s'impose. À la fois une perspective sur le divertissement de bas-étage le plus furieusement mélodramatique de tout le continent et un coup de chapeau au Grindhouse du tandem Robert Rodriguez-Quentin Tarantino, Casa de mi Padre est l'une de ces entreprises sacrées qui hantent tout comédien humoriste : la réalisation d'un bon film de mauvais goût. Le résultat fonctionne plutôt bien, surtout en ce qui a trait à l'approche multi-directionnelle adoptée et le taux assez élevé de rires en réaction aux gags présentés. Certaines blagues sont assez sournoises et faciles à louper, comme des lunettes soleil qui reflète l'équipe technique et les perches de micro. Mais ce genre de chose produit une hilarité encore plus bruyante chez ceux qui sont dans le coup. Campé sur un ranch de bétail mexicain, Casa de mi Padre est un film où abondent les non cavaliers, portant le pantalon récemment pressé (au beau milieu du désert !) et chevauchant des montures factices contre des fonds encore plus criants d'imposture. Tout y est : fusillades au ralenti, Mexicains au rire bruyant, cigarettes mal roulées, trafiquants de drogue et policiers fédéraux corrompus (même rires sonores). Si ces choses ne vous semblent pas drôles, disons simplement que nous ne partageons pas le même sens de l'humour. À CONSULTER:
L'espagnol techniquement correct, mais évidemment teinté d'américain du film, fait partie des saveurs particulières du scénario de M. Ferrell. Dans Casa de mi Padre, l'acteur-réalisateur incarne Armando Alvarez, le fils simplet et couard d'un propriétaire terrien (Pedro Armendariz Jr.), qui ne se gêne pas pour rappeler constamment l'idiotie et le manque de couilles de son fils. Il martèle incessamment qu'il lui préfère son autre fils, Raul (Diego Luna). L'amour du Padre est ce qu'il y a de plus aveugle, ce qui saute aux yeux surtout lorsque Raul revient à la maison, affublé des lunettes fumées et du costard archétypaux du trafiquant de drogue. Sous son bras, une magnifique et sensuelle fiancée du nom de Sonia (Genesis Rodriguez), qui, en fait, est une «propriété volée» des mains d'un autre trafiquant appelé Onza, joué avec encore moins de vrai sérieux (il fume des cigarillos Canadian Slims) par Gael Garcia Bernal. La rivalité gronde entre les frangins Armando et Raul, et l'aguichante Sonia pimente le tout en faisant du niais, mais passionné Armando, l'objet de son affection. Comme on s'en serait douté, toute l'action mènera à un inévitable affrontement entre trafiquants rivaux, agents fédéraux mexicains et un agent arrogant de la D.E.A. (Nick Offerman), dont l'espagnol massacré de gringo est brillamment atroce. Pour ceux qui comprennent au moins un peu l'espagnol, l'incohérence entre ce que disent les protagonistes et les sous-titres est une autre raison de se bidonner. Une chose est certaine: les standards habituels du critique de cinéma doivent être mis de côté pour un film délibérément mauvais comme celui-ci. Pour un, votre humble chroniqueur a su apprécier les abîmes de bassesse auquel M. Ferrell s'est astreint pour provoquer l'hilarité des spectateurs. En ce sens, pari réussi. |
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