ANONYMELe mystère ShakespeareIsabelle Hontebeyrie 28-10-2011 | 04h44
MONTRÉAL — William Shakespeare est-il le véritable auteur de ses écrits? Sinon, de qui s’agit-il? Anonyme propose une théorie pour le moins surprenante. Les mystères historiques sont passionnants, à preuve les recherches et les supputations pour tenter de savoir qui se cachait derrière les crimes de Jack l'Éventreur. Anonyme se penche sur l’énigme William Shakespeare. Car le dramaturge et poète anglais, qui a vécu sous le règne d’Elizabeth I, est soupçonné par plusieurs de ne pas être l’auteur de ses œuvres. À qui faut-il alors attribuer Hamlet et le Roi Lear? Le réalisateur Roland Emmerich (2012, Le jour d’après et Independence Day) signe ce film dont la qualité principale est d’être superbement filmé (on adresse des félicitations à la directrice de la photographie Anna Foerster qui effectue des prodiges avec la luminosité et les couleurs). Du scénario on retiendra ce qui fait la marque de commerce de Roland Emmerich : plus c’est gros, plus ça a des chances de vendre. Le problème, c’est que la fin du monde est bien différente de la subtilité shakespearienne. Même si le scénari0ste John Orloff a pris soin d’effectuer quelques recherches historiques, le «punch» sent quand même la grosse machine américaine. À CONSULTER:
Car, selon Anonyme, les œuvres de William Shakespeare ont été écrites par Édouard de Vere, 17e comte d'Oxford, une théorie actuellement réfutée par les universitaires. Mais ce n’est pas tout! Histoire d’ajouter du piquant à cette supputation fumeuse, on apprend du même souffle que ce noble interprété par un Rhys Ifans appréciable dans un rôle conventionnel est en fait l’un des 16 (?!?!) fils clandestins qu’a eus Elizabeth. De plus, extirpant de certaines archives douteuses une théorie soutenue par un seul auteur, John Orloff fait coucher la mère et le fils ensemble et ce couple incestueux aura même un rejeton. Après le pot, voici les fleurs qu’il faut bien adresser à Anonyme, qui ne manque pas de qualités esthétiques. Outre les éclairages, soulignons la qualité des costumes d’époque. De même, les décors sont magnifiques (celui, bleu et or, du théâtre que fait rénover Oxford est somptueux), malgré quelques ratés dans les arrière-plans (mauvaise qualité des effets par ordinateur, Londres ressemblant parfois à une peinture). Côté interprétation, Vanessa Redgrave livre un portrait d’une Elizabeth avec lequel on peut être en désaccord (surtout si on apprécie celui de Cate Blanchett dans les films de Shekhar Kapur), mais qui force le respect, l’actrice de 74 ans n’hésitant pas à faire montre de ses rides. Quant aux spectateurs plus jeunes — ou parents d’adolescents — ils reconnaîtront Xavier Samuel en comte de Southampton et Jamie Campbell Bower en jeune comte d’Oxford, tous deux rendus célèbres par leur présence dans la saga Twilight. On regrette aussi l’inutile complexité de la première demi-heure du long métrage, dans laquelle John Orloff nous sert non pas un, mais trois retours dans le passé qui finissent par créer une confusion momentanée, l’histoire devenant ensuite compréhensible sans effort aucun. La question demeure, au terme des 130 minutes de Anonyme. Le film vaut-il le prix du billet de cinéma? Réponse : non. Si on ne doute pas un seul instant que les studios Sony proposeront le long métrage dans plusieurs catégories techniques aux Oscars (comme dit plus haut, Anna Foerster mériterait une nomination), le souffle historique et dramatique est trop artificiel pour donner un film de qualité. Dommage, c’est une belle occasion manquée. |