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Un Tavernier à l'américaine - Dans la brume électrique
Cote de Canoë
4/5

UN TAVERNIER À L'AMÉRICAINE

Dans la brume électrique

Benoît Aubin
10-09-2010 | 04h00

C’est un film qui a été produit dans l’acrimonie, tourné sous haute tension et monté dans la discorde. Dans la brume électrique, de Bertrand Tavernier, est tout sauf… tiède.

Bertrand Tavernier (L’horloger de Saint-Paul, Coup de torchon, Round Midnight) est l’une de ces personnalités de l’époque maintenant vacillante des Grands Réalisateurs, ces artistes du cinéma qui voient le film comme leur oeuvre et n’entendent pas se salir les mains avec des considérations mercantiles telles que le succès commercial.

Burke est un romancier américain respecté et célèbre, et son personnage-fétiche, le détective cajun Dave Robicheaux, est une sorte de Maigret américain. Burke écrit des best-sellers. Tommy Lee Jones (No Country For Old Men) s’est fait offrir 3 millions $ pour jouer Robicheaux, le vieux détective de ce trou perdu de Louisiane, ex-alcoolique, revenu de tout, moral, mais violent.

Jones a la réputation d’être un acteur difficile, qui aime intervenir dans le scénario.

BONJOUR LA MONDIALISATION

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Un gros réalisateur français qui tourne en anglais un film tiré d’un best-seller américain chez les Cajuns de Louisiane pour des producteurs américains d’Hollywood : bonjour la mondialisation !

Il y a eu des chicanes, on le sait, et Tavernier a fini par monter sa propre version de Dans la brume électrique, présentée en salle au Québec ce vendredi.

C’est un beau film hybride, comme on peut s’y attendre. C’est une intrigue policière, mais pas un film d’action comme les autres. Il y a des bagnoles, des coups de feu, des coups de poing, certes, mais le personnage central, Robicheaux, est plus… existentiel.

Avec ses états d’âme, son commerce avec le fantôme d’un vieux général sudiste, ses scrupules moraux et son absence de scrupules légaux, il pose des questions d’un autre ordre que «qui a fait le coup ?».

C’est du Tavernier, alors les images des bayous brumeux sont saisissantes, le récit est étoffé d’éléments qui l’enrichissent et le ralentissent à la fois, et la trame sonore (le blues de Buddy Guy, des tounes cajun) est exquise.

Il est recommandé d’écouter cette oeuvre de métissage culturel dans sa version originale anglaise (avec sous-titres français au besoin), pour mieux apprécier l’immersion culturelle qu’elle propose.

La version doublée est déconcertante : un film d’un réalisateur français doublé en français…

Dans la brume électrique n’est pas un «vrai» film policier à l’américaine, et c’est précisément ce qui en fait l’originalité et l’intérêt.