NOTRE CRITIQUEL'Imaginarium du docteur ParnassusVu et commenté par Martin Morin 25-12-2009 | 12h16
Dans L’Imaginarium du docteur Parnassus, Gilliam n’a pas à offrir un petit laïus en guise d’introduction, la presse à potins se chargeant de le faire pour lui, pour les raisons que l’on sait. Est-ce que le décès de Heath Ledger pendant le tournage du film et les choix artistiques faits pour pallier à cette importante perte auront dénaturé le film que Gilliam voulait faire au départ? Sans aucun doute, mais nous ne saurons jamais à quel point. La tragédie aura au moins eu une conséquence plus «heureuse»: celle d’attirer quelques regards curieux supplémentaires sur le film d’un réalisateur qui a ravi par le passé nombre de cinéphiles mais qui ne s’est jamais vraiment trouvé une niche populaire (excluant Fisher King, merci Robin Williams). Le film raconte l’histoire de docteur Parnassus, (Christopher Plummer, tout simplement parfait), un homme qui fait un pacte avec le Diable (Tom Waits, qui d’autre?) afin de vivre éternellement. Mais les choses ne sont jamais simples; l’homme étant faible et Belzébuth étant ce qu’il est, le tout s’envenime et quelques siècles plus tard, Parnassus en est réduit à l’état de miséreux, présentant ci et là un spectacle de théâtre de rue digne d’une autre époque.
L'imaginarium
Jusqu’au jour où entre en scène un mystérieux pendu, Tony (Heath Ledger et ses éventuelles incarnations, interprétées dans l'ordre par Johnny Depp, Jude Law et Collin Farrel). S’ensuit dès lors un ultime pari qui permettra au vieux docteur de tenter de sauver non seulement sa jeune fille bien aimée, mais également lui-même. De son propre aveu, Terry Gilliam puise beaucoup son inspiration lors de ses visites aux musées et dans les oeuvres des surréalistes (évidemment). Cela se sent dans ce film, plus que dans tous ses autres. Certains y retrouveront l’univers disjoncté du Beetlejuice de Tim Burton, d’autres verront peut-être des liens se tisser entre Parnassus, les rêveries de Jonathan Pryce dans Brazil (1985) et les visites intemporelles d’une bande de cambrioleurs hors du commun dans Time Bandits (1982). On constate dans L’Imaginarium que l’univers de Terry Gilliam est intact. Reste que l’on finit par se perdre dans les nombreuses voies empruntées par le film qui semble ne plus savoir de quel côté du bateau pagayer. Un genre de fourre-tout dans lequel le réalisateur s’est livré à corps perdu, comme s’il voulait expier l’extrême aridité de sa dernière œuvre. Mais Gilliam a toujours cette qualité intrinsèque à son oeuvre: celle de mettre les prouesses techniques au service de son scénario, et pas l'inverse (pensez Avatar). Aucune crainte à avoir, la source de son inspiration ne saurait être tarie. Le voici qui remet sur pieds son projet autrefois avorté sur Don Quichotte de la Mancha. Si l’attente est la moitié du plaisir, on aura sans doute énormément de plaisir! |