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Notre critique - Les Beaux gosses
Cote de Canoë
4/5

NOTRE CRITIQUE

Les Beaux gosses

-Vu et commenté par Antoine Godin
30-10-2009 | 04h00
Premier long métrage du bédéiste Riad Sattouf, Les Beaux gosses a été présenté cette année en Sélection officielle de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Il est maintenant à l’affiche au Québec après un passage au FNC.

«Hervé, 14 ans, est un ado débordé par ses pulsions, ingrat physiquement et moyennement malin, qui vit seul avec sa mère. Au collège, il s’en sort à peu près, entouré par ses bons copains.»

«Ingrat physiquement», cette marque originale n’échappera pas aux spectateurs habitués à la jeunesse paradisiaque des comédies hollywoodiennes du type Hannah Montana.

À ce sujet, le réalisateur confirme son intention : «Je ne voulais pas d’ados comme dans les pubs, beaux et sauvages, la nymphe, le giton, le rebelle, l’arabe de service… Je voulais des vilains petits canards. Avec des tronches, des façons de parler, des démarches.»

Pour créer ses personnages, Sattouf a procédé à un heureux mélange de caractéristiques des jeunes des années 80 à aujourd’hui. Le réalisme des Beaux gosses se retrouve dans les traits et les moments particuliers plutôt que dans l’ensemble. Par exemple, on remarquera la présence très limitée des gadgets électroniques comme les cellulaires ou les mini-ordinateurs. Mais que le dégingandé Hervé lance une blague crue malhabile ou un rire disgracieux et insistant, voilà que nos souvenirs interpellés certifient aussitôt la vérité du moment.

Cette force d’évocation a d’ailleurs beaucoup à voir avec le succès du film auprès du public comme de la critique. C’est que contrairement à la plupart des «teen-movies», il ne s’agit pas exclusivement d’un film «pour» adolescent, mais avant tout «sur» les adolescents, sur un mode légèrement nostalgique. Si Sattouf effectue un retour sur des émotions passées, portant ainsi un regard mature et critique sur l’adolescence, il a aussi su leur insuffler une touche de la jeunesse contemporaine en mettant à profit la spontanéité et le naturel de ses jeunes acteurs amateurs. Tout dans leurs attitudes et leurs traits plus vrais que nature concourt à créer des situations empreintes de vérité : malaise dans le corps et dans les relations, famille, camaraderie, rituels, hésitations, éveil sexuel, violence, méchanceté encore enfantine, musique, sport, etc.

Fereydoun Hoveyda écrivait que «La mise en scène n’a pas à charge de représenter le réel, mais par sa démarche d’ordre technique, de le signifier.» Loin du portrait social précis ou de la comédie préfabriquée, Sattouf réussit précisément à créer un monde adolescent chargé de sens pour les jeunes et les moins jeunes.