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Notre critique - 5150, rue des Ormes
Cote de Canoë
3/5

NOTRE CRITIQUE

5150, rue des Ormes

vu et commenté par Martin Morin
10-10-2009 | 12h30
Après avoir adapté le roman Sur le Seuil de Patrick Sénécal en 2003 et s’être embourbé dans les méandres d’une très mauvaise comédie (Vendus), le réalisateur Éric Tessier revient au cinéma grâce au premier roman de Senécal, 5150, rue des Ormes.

Le projet n’était pas facile; le plus «cérébral» des romans de Senécal – un huis clos où folie, manipulation pouvoir, déification se côtoient dans une danse macabre - n’est pas la chose la plus simple à mettre en images. Il est même permis de se demander si un tel projet est souhaitable.

C’est pour cela que le jeune réalisateur peut remercier ses interprètes, Normand d’Amour en tête de liste.

Yannick (Marc-André Grondin), un aspirant étudiant en cinéma, commet l’erreur de demander un jour assistance à Jacques Beaulieu (Normand d’Amour) après avoir chuté en vélo devant la maison de ce dernier. Beaulieu ira à l’intérieur lui appeler un taxi, invitant le jeune homme à attendre à l’extérieur. Blessé et saignant, Yannick fera à sa tête et pénétrera à l’intérieur pour se laver, à l’insu de son hôte. Des cris étouffés provenant de l’étage capteront son attention. «Curiosity killed the cat», disent les allemands.

Yannick paiera cher sa grande curiosité, en tombant dans les griffes d’un homme épris d’une justice dont il édicte lui-même les grands principes, appuyé par une adolescente rebelle mais dévouée (Mylène St-Sauveur) et d’une épouse bienveillante, effacée et d’une soumission aveugle (Sonia Vachon).

Éric Tessier n'a fait tourner aucune tête avec ses deux premiers longs métrages, mais il a réussi ici son pari de donner vie et forme au roman de Senécal. Il ne s'agissait pas simplement de braquer une caméra et de laisser les acteurs travailler, mais bien de rendre justice aux profils psychologiques des personnages, aux conditions d'enfermement et aux rapports de force. En cela, ont peut affirmer que les scènes à l'intérieur du 5150 sont particulièrement réussies.

Si la durée du film - moins de deux heures – ne donne pas amplement le temps de bien saisir toute la colère de Jacques Beaulieu et la folie qui guette à son tour le jeune Yannick, le réalisateur peut cependant remercier les interprétations de haut calibre que lui offre ses acteurs principaux.

Nommons en premier lieu Normand d’Amour, absolument impeccable en justicier fin-manipulateur, qui s’enrobe de folie comme d’autres d’une veste. Face à lui, Marc-André Grondin trouve le ton juste, même si la légèreté de certaines scènes ne font pas justice à l’état d’esprit d’un homme enfermé pendant une si longue période de temps.

En femme soumise et renfermée, Sonia Vachon est surprenante et tire son épingle du jeu.

Avec 5150, Éric Tessier offre au romancier un bien meilleur véhicule qu’avec Sur le Seuil. Un film à voir pour ses acteurs et son propos, mais qui ne pourra jamais être égal au livre en matière de suspense psychologique.

Reste à voir ce que Podz (Minuit le soir) fera avec Les 7 jours du Talion du même auteur, dont la sortie est prévue en février 2010.