NOTRE CRITIQUECapitalisme - Une Histoire d'amourVu et commenté par Antoine Godin 02-10-2009 | 10h20
Dans les semaines qui suivront la sortie du film, il ne faudra pas s’étonner de voir encore circuler des vidéos et autres documents dénonçant les arguments prétendument fallacieux et démagogues de Moore. C’est que les auteurs de ces attaques ne peuvent accepter qu’un citoyen loquace se serve une fois par année des mêmes armes qu’usent constamment les gros bonnets de tout acabit dans l’ensemble des médias. Les longues démonstrations scientifico-socio-politiques n’intéressent pas Moore, pas plus que CNN, Fox, La Presse, Le Journal de Montréal, TVA ou le grand public. Moore se dit que si Bush peut justifier une guerre inutile à l’étranger par la peur et la démagogie, si les banquiers peuvent se verser des milliards dans les poches par la peur et la démagogie, lui, comme cinéaste, peut bien défendre les droits des citoyens américains par l’humour et la démagogie.
Capitalism - A Love Story
Capitalism, a Love Story est un manifeste politique, un pamphlet très habile et humoristique sur ce qui ne tourne pas rond chez l’élite politico-économique des États-Unis. Peut-être la crise économique nous rend-t-elle plus sensibles, crédules et réceptifs, mais affirmons tout de même que l’art de séduire de Moore atteint ici des sommets inégalés. C’est que si on peut remettre en cause la vérité des arguments avancés, l’honnêteté de Moore dans ses élans patriotiques semble à toute épreuve; et c’est là son arme la plus redoutable. À chaque nouveau film, Moore renforce l’image de son personnage, celle du gros américain un peu naïf de la classe moyenne qui ne demande rien d’autre que le droit de vivre «a decent living». Encore une fois, le pamphlétaire trouve un lien entre son sujet et Flint, sa ville natale; il nous révèle son rêve de jeunesse de devenir prêtre pour défendre des causes; et il en revient constamment à son parcours, alternant entre son histoire (personnelle, familiale et régionale) et celle des États-Unis, établissant ainsi son identité comme celle d’un Américain authentique dont il faut écouter les protestations.
Par ce retour aux sources, Moore ne cherche pas tant à opposer un discours de gauche à celui de droite mais plutôt la classe des pauvres à la riche classe dirigeante tout en effectuant une réflexion autour des valeurs chrétiennes et sociales en les opposant à la cupidité. Il va même jusqu’à se demander si le capitalisme rencontre l’idéal de la Constitution américaine. Bref, Moore cherche à montrer que le capitalisme ne fait pas partie des valeurs fondamentales des États-Unis et à secouer un peu ceux qui pensent le contraire. |