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Notre critique - Coco avant Chanel
Cote de Canoë
2/5

NOTRE CRITIQUE

Coco avant Chanel

vu et commenté par Antoine Godin
28-09-2009 | 09h56
L’industrie du film historique va bon train et après le grand succès de La Môme, pourquoi ne pas rester dans la France du XXe siècle pour relater l’histoire d’une autre femme exceptionnelle, celle de Coco Chanel.

Gabrielle Bonheur Chanel ayant vécu de 1883 à 1971, la réalisatrice Anne Fontaine a choisi de se concentrer sur la période du début du siècle pour nous raconter comment Coco quitta l’anonymat pour devenir «quelqu’un» (certains diraient comment la pute devint une star). Rapidement, on se rendra compte que Coco avant Chanel ramène le parcours très singulier de la créatrice à une banale histoire d’amour et de succès digne des plus insignifiantes comédies ou drames sentimentaux hollywoodiens.

Gabrielle a cinq ans lorsque son père l’abandonne. Plus vieille, Gabrielle– Audrey Tatou – est pauvre et coud pour vivre. Puis elle chante, devient Coco et rencontre le riche Étienne Balsan. C’est la découverte de la vie de château, des sports équestres et de la vie luxueuse. Vient ensuite Boy Capel, homme d’affaires anglais et gentleman dont elle tombera amoureuse et qui l’aidera à se lancer en mode. Tout se passe donc entre Coco, Balsan et Capel pour montrer à quel point la jeune femme était libre, créative et passionnée avant même d’être une célébrité.

Cette marche vers le succès nous est malheureusement présentée de manière très convenue ou, disons-le, archi-banale. La déception se fait grande au point où il faudrait parler de chute devant l’ampleur de l’abîme entre le sujet extraordinaire et les clichés rebattus lui donnant forme.

Ainsi, puisqu’il est question d’un film d’«époque», on a invariablement recours aux mêmes filtres génériques pour tisser une atmosphère ouatée et amplifier l’opulence des décors feutrés, des boiseries finement ciselées, de la nature verdoyante, des femmes ondoyantes et des tissus délicats. Comment en serait-il autrement, tout le monde au cinéma sait depuis longtemps que même les couleurs sont plus riches chez les nantis et les célébrités, sans compter la musique somptueuse qui accompagne leurs moindres émotions et gestes.

À ces lieux communs, à ces stéréotypes filmiques d’un mythe déjà cliché en soi vient s’ajouter un plus grave péché. Jamais Coco avant Chanel ne réussit à nous faire sentir le personnage «de l’intérieur». Plutôt que de voir une femme traverser la vie et se former intuitivement, on est mis devant un personnage fétichisé sur lequel se dépose un destin. Regards vers l’horizon, postures sculpturales, Coco telle une Sainte reçoit des illuminations.

Entre ces quelques tableaux panégyriques et les scènes remâchées de chassés-croisés amoureux, on n’a même pas su exploiter le contexte historique ou culturel pourtant très riche de cette époque. Le film donne ainsi l’impression qu’il ne suffisait à Coco qu’à découper des vêtements d’homme et à porter des chapeaux sans plume pour séduire la noblesse et la bourgeoisie encroûtées, pour lancer une mode reconnue mondialement.

Rien n’est dit ou même suggéré sur les événements ou les phénomènes à la base de ce succès et qui bouleverseront radicalement les rapports sociaux et les mœurs alors que l’Europe vivra la Première Guerre mondiale, la chute définitive de l’aristocratie traditionnelle, la montée de la bourgeoisie industrielle, la Révolution russe, etc.

Plutôt que de nous replonger au cœur d’une époque lointaine (un siècle déjà, disons-le), Anne Fontaine parachute quelques traits de Coco adaptés au goût du jour pour en faire une simple success story sentimentale, un genre de croisement entre le romantisme sirupeux et naïf de Sissi, le succès instantanée sauce 21e siècle à l’American Idol et l’intrigue du style roman-savon Les Feux de l’amour. On devrait finalement parler de Coco après Chanel.