NOTRE CRITIQUEThe Timekeeper (L'Heure de vérité)vu et commenté par Martin Morin 22-08-2009 | 05h00
Le réalisateur de Gaz Bar Blues ne s’est toutefois pas rendu dans le nord-ouest canadien, établissant son campement de tournage sur la Côte Nord. C’est là que la distribution - composée uniquement d’hommes – s’est affairée à recréer l’univers «impitoyable» des poseurs de rail. À l’automne 1964, un contremaître dur et implacable (convaincant Stephen McHattie) fait régner la loi, SA loi, sur un chantier où se démènent seize heures par jour un groupe d’ouvriers provenant de plusieurs régions du pays. Francophones, anglophones et amérindiens s’y mêlent afin d’y gagner de quoi vivre. Mais la loi de Fisk est implacable; quiconque y contrevient, quiconque ose exprimer la moindre contrariété se retrouve exclu, ostracisé du groupe, condamné à aller puiser sa pitance au dépotoir, le soir venu. Arrive le jeune Martin Bishop (Craig Olejnik, qui semble se demander ce qu’il fait là, et nous aussi), expédié en hydravion afin d’y remplacer l’ancien «timekeeper», celui qui tient le temps, i.e. la fiche de paie et d’heures travaillées des employés. The Timekeeper
Vertueux comme douze et rasé d’un peu trop près dans les circonstances, le jeune Bishop se heurtera tout de go aux principes plutôt élastiques de Fisk en matière de tenue de livre. Et ce n’est que le début. Rapidement, Bishop s’aperçoit que les chiffres ne concordent pas et que certains ouvriers manquent à l’appel. Il les trouvera, mais devra payer le prix de sa bravoure. Tout est en place, la tension est palpable. Le problème, c’est qu’on n’y croit qu'à moitié. Racontée avec beaucoup trop d’empressement, l’histoire de Ferguson perd en intensité. Les différends entre les hommes, la compétition, la détresse, la recherche de rédemption aux yeux d’autrui… rien ici ne transparait. On se retrouve tout à coup presqu’au milieu… d’un road movie, d’une fuite en avant sans trop comprendre les enjeux. Qu'est-ce qui a amené ces hommes-là? Où sont les véritables motivations de Fisk? Est-il vraiment un homme froid, dur et manipulateur ou se transformera-t-il en bon père de famille dur mais bienveillant? Bishop, le jeune homme constamment frais et dispo, apparaît ici comme un chien dans un jeu de quilles. Mais d’où provient cette soif de justice, ce besoin d’établir des principes dans un endroit si reculé où les lois humaines n’ont plus d’emprise? On se lasse rapidement de ses airs de grand défenseur de la veuve éplorée. Malgré ses grandes qualités d’acteur, Roy Dupuis ne peut sauver la mise. Il habite de très belle façon le personnage de Scully, l’un des exclus du groupe avec lequel Bishop s’alliera pour quitter le campement. Scully vit une rage intérieure, une violence dont font les frais ses compagnons. Un autre dont les motivations profondes ne nous seront pas révélées. Si le film vous intéresse, il faudra ultimement vous tourner vers le roman pour aller un peu plus au fond des choses. Mais ce faisant, n’hésitez pas à écouter la musique composée pour le film par Claude Fradette et Guy Bélanger. Sans doute le meilleur atout du film.
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