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Notre critique - Le Renard et l'enfant
Cote de Canoë
3/5

NOTRE CRITIQUE

Le Renard et l'enfant

vu et commenté par Martin Morin
11-07-2009 | 11h30
C’est lorsqu’il laisse son sujet dialoguer seul avec la caméra que le réalisateur Luc Jacquet est à son meilleur. Même si son précédent film, le très beau La Marche de l’empereur, souffrait un peu des dialogues imposés à la colonie de manchots dont il nous a fait partager la vie rigoureuse, on ne savait lui en tenir rigueur face à la qualité du produit final, un documentaire-fiction d’une grande poésie. Il laissait la nature raconter elle-même sa propre histoire.

Avec Le Renard et l’enfant, sorti en France il y a deux ans, Jacquet poursuit dans la même thématique en ressassant ici un souvenir d’enfance – sa rencontre avec un renard – pour en tirer une fable à mi-chemin entre la perte d’innocence et l’éveil écologique. Mais il ne faudrait pas en tirer de trop grandes conclusions; de son aveu même, le réalisateur n’avait aucune intention d’associer à cet animal toute forme de symbolique autre qu’être ce qu’il est. «Je ne voulais surtout pas lui faire jouer des émotions humaines, au contraire je voulais un vrai renard s’exprimant dans son comportement naturel.»

Dans ce film, magnifiquement tourné en France et en Italie, le renard en question rencontre une petite fille qui ne sera jamais nommée – personne ne le sera d’ailleurs, sauf l’animal. Subjuguée par l’animal, celle-ci reviendra maintes fois sur le lieu de leur première rencontre afin de s’en approcher et de l’amadouer. Vivant seule au milieu de ce qui semble être une forêt sans fin, voilà le compagnon idéal. Mais le renard n’est pas un animal domestique, et on ne peut tenir en laisse un être autant épris de liberté. C’est la leçon à tirer ici.

Lorsque Jacquet pose sa lentille sur le couple enfant-renard sans mot dire, en pleine nuit dans les entrailles d’une caverne ou dans la pénombre de la forêt, la magie opère. La banale histoire devient alors un conte totalement féerique, la beauté des images est à couper le souffle. L’espace d’un moment, le conte devient réalité, et c’est à se demander pourquoi le réalisateur n’a pas donné à tout son film cette intensité, ce regard à la fois détaché mais emprunt d’une grande mélancolie.

Malheureusement, tout le reste est nappé de cette sauce quasi- «disneyienne» - et de voix post-synchro absolument horribles – qu’on voit trop souvent. Reste un joli conte vraiment bien fichu, mais dont le potentiel s’est perdu quelque part entre la table de travail et la salle de montage.