NOTRE CRITIQUEMoonvu et commenté par Martin Morin 06-07-2009 | 15h00
Dans Moon, l’irréprochable Sam Rockwell interprète Sam Bell, un contractuel payé pour gérer la base d’extraction d’hélium 3, nouvelle source d’énergie non-polluante que l’on retrouve sur la Lune. Seul humain sur le satellite lunaire, Bell doit y passer trois années avec pour seul compagnon GERTY, un ordinateur-majordome enchâssé dans une boîte métallique dont la voix posée (propriété de Kevin Spacey) rappelle le HAL-9000 d’Arthur C. Clarke, sans la «conscience» tourmentée toutefois. À deux semaines de terminer son contrat, Sam est au bout du rouleau et il lui tarde de retrouver femme et enfant sur la planète bleue. Mais son destin ainsi que son esprit lui échapperont peu à peu… «Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient», dit l’adage. Cinématographiquement, Duncan Jones avance dans les pas tracés devant lui. Ceux de Kubrick (2001, A Space Odyssey) et de Tarkovsky, dont on sent le Solaris – (tant l’original 1972 avec ses meubles vieillots en pleine station spatiale que la version Soderbergh de 2002, avec sa lassitude et sa lente mise en scène). Et on pourrait en nommer d’autres. La force de Jones est d’avoir fait siennes toutes ses influences et d’en avoir extrait une oeuvre – oui, une oeuvre! – bien personnelle, qui exprime à la fois son héritage et le temps présent. On aurait pu craindre la rencontre entre l’homme et l’ordinateur; Kevin Spacey n’a pas besoin d’apparaître à l’écran pour occuper tout l’espace. Les craintes sont rapidement dissipées, l’histoire ne se passe pas là. Elle est dans la rencontre entre l’homme et son reflet, face à la folie engendrée de la solitude. Et lorsque Sam Bell se rencontrera lui-même, ce sera sans grande surprise qu’il prendra conscience qu’un vase clos peut avoir 3400 kilomètres de diamètre. Pour la musique originale – qui joue ici un rôle de premier plan – Jones a eu la bonne idée d’aller chiper à Darren Aronofsky (The Wrestler) son compositeur fétiche: Clint Mansell. Un peu comme il l’a fait dans The Fountain d’Aronofsky, la trame musicale de Moon est un personnage en soi. Ceux pour qui la science-fiction se conjugue aux productions des Michael Bay et autres James Cameron de ce monde, de grâce n’évitez pas Moon. Prenez simplement le temps de voir qu’à travers des milliers de scénarios de mondes dévastés et d’invasions d’extraterrestres belliqueux, il y parfois une face cachée qui ne demande qu’à être connue. |