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SUN
Une histoire de zombies, sans zombies - Pontypool
Cote de Canoë
3.5/5

UNE HISTOIRE DE ZOMBIES, SANS ZOMBIES

Pontypool

Sun Media
14-03-2009 | 03h59
N’allez pas voir Pontypool en pensant assister à des scènes évoquant l’armée habituelle de mangeurs de cervelles qui pourchassent les gens dans les rues et les champs...

L’ingénieux petit film d’horreur de Bruce McDonald ressemble davantage à un épisode claustrophobe de Twilight Zone, avec quelques bribes d’humour absurde. Il emprunte aussi un peu à la Guerre des mondes d’Orson Welles, ce qui est compréhensible, puisque cette pièce a été autrefois écrite pour la radio.

En dépit de tous ces antécédents, Pontypool est une oeuvre originale. L’intrigue se déroule presque uniquement dans la station de radio d’une petite ville éloignée.

C’est l’hiver lorsque l’animateur de radio de la bourgade, Grant Mazzy (Stephen McHattie, du film Les gardiens) démarre son émission matinale à la station de radio de Pontypool, dans un sous-sol d’église ontarien, cela après une étrange et brève rencontre avec une femme volubile.

Les quelques vifs propos qu’il échange avec sa productrice exaspérée Sydney (Lisa Houle) nous laissent imaginer jusqu’où la carrière de Mazzy l’a entraîné, soit dans un endroit sans issue de l’Ontario.

Les rapports de nouvelles sont faits par un gars assis dans une auto et les invités célèbres sont personnifiés par une famille du coin bizarre, faussement moyen-orientale, qui fait un numéro de chant. La seule autre personne qui se trouve dans le studio est une stagiaire du nom de Laurel Ann (Georgina Reilly), dont l’attitude débonnaire semble en fait exacerber la tension au bureau.

Soudainement, les rapports de nouvelles commencent à devenir insolites. Un journaliste rapporte une sanglante émeute dans le bureau du médecin. Les services radiophoniques commencent à diffuser des annonces de crise et d’étranges spéculations (la BBC relate que l’Ontario est attaquée par des terroristes séparatistes).

MANGER LES MOTS

Finalement, alors qu’une quarantaine est décrétée dans la région, on récolte suffisamment d’indices pour identifier les symptômes de la crise. Les malades atteints d’un virus commencent à répéter certaines phrases avant de devenir incohérents et violents (cherchant à dévorer la bouche des non-infectés dans une apparente tentative de « manger leurs mots »).

Enfin, on en déduit que la source d’infection se trouve dans les mots eux-mêmes. Les rapports sont donc disséminés dans un français hachuré par précaution. Il y a tous ces événements qui se déroulent, mais tout ce que nous voyons, ce sont trois personnes dans un studio. En fait, nous ne voyons pas une trace des zombies jusqu’au frénétique acte final. Le sous-estimé McHattie est en excellente forme dans le rôle de Mazzy, subitement débilité par le massacre qui se déroule au-dehors, faisant des commentaires tantôt philosophiques, tantôt sardoniques.

FIN DÉCEVANTE

Malgré tout ce qu’il évoque et en dépit de son traitement original, Pontypool a certains défauts.

À un moment donné, le médecin mentionné plus haut (Hrant Alianak) se réfugie dans la station, un renversement de situation à la fois illogique et qui tombe à plat. Il semble que son seul objectif soit de donner aux diffuseurs isolés des éléments pour mieux comprendre le drame et les mener aux conclusions indispensables qui leur permettront de combattre le virus.

Et puis, il y a la fin, une scène deus ex machina qui détonne complètement avec le ton du reste du film, une sorte d’évocation des épisodes de Star Trek, dans lesquels le capitaine Kirk rivalisait avec la logique circulaire de l’ordinateur.

C’est donc une fin somme toute décevante, après 90 minutes d’habile développement. Mais avec en main les scénarios lui permettant de réaliser une trilogie, Bruce McDonald pourrait bien poursuivre cette histoire dans de nouveaux films, que j’aimerais bien voir.