FILM COUP DE POING SUR NOTRE SYSTÈME D’ÉDUCATION
Le Banquet
Maxime Demers
Le Journal de Montréal
30-08-2008 | 05h00
À quelques jours de la rentrée
scolaire,
Le Banquet nous emmène
en plein cœur d’une université en
crise et pose du coup des questions
essentielles sur le système
d’éducation et la transmission du
savoir. Un film courageux, dur et
réaliste qui frappe fort sans trop
pousser la note.
Les étudiants arrivent-ils à l’université
assez préparés? Les professeurs sont-ils
trop peu exigeants envers leurs élèves?
L’université est-elle devenue une simple
usine à distribuer des diplômes?
Voilà quelques-unes des questions que
pose Sébastien Rose (Comment ma mère
accoucha de moi durant sa ménopause,
La Vie avec mon père) dans son troisième
et nouveau film, Le Banquet, qui aborde
au détour les problèmes de la désillusion
des professeurs, de la solitude et du mal
de vivre des jeunes et le phénomène des
tueries dans les écoles.
Avec un tel propos, Le Banquet aurait
facilement pu tomber dans le didactique.
Or, Sébastien Rose a réussi à construire
un récit habile et enlevé qui culmine dans
une finale percutante et surprenante.
Le Banquet s’articule donc autour de
plusieurs personnages qui gravitent
autour d’une université en crise et dont
les destins finiront par s’entrecroiser.
Il y a Bertrand (Alexis Martin), un
professeur de cinéma idéaliste qui doit
composer avec un élève plutôt perturbateur
(Benoît McGinnis); Louis-Ferdinand
(Frédéric Pierre), le leader de l’association
étudiante, qui souhaite éviter à tout prix
qu’une grève n’éclate; Granger (Pierre-Antoine
Lasnier), un autre leader étudiant,
opposé à Louis-Ferdinand et fortement en
faveur de la grève ; Jean-Marc (Raymond
Bouchard), le recteur de l’université; et
Natacha (Catherine de Léan), une mère
monoparentale et toxicomane qui tente de
refaire sa vie.
DIVERTIR ET FAIRE RÉFLÉCHIR
Avec ce premier essai dramatique
(Comment ma mère… et La Vie avec mon
père jouaient davantage sur le ton de la
comédie), Sébastien Rose surprend par
son approche directe et réaliste. L’image
est crue, nerveuse (le film a été en grande
partie tourné caméra à l’épaule, à la
façon d’un documentaire).
Rose a su aussi installer un climat de
tension sans trop pousser la note sur le
plan de l’émotion. Et il a bien dirigé ses
acteurs, qui sont tous d’une justesse
impeccable (mention spéciale à Benoît
McGinnis et Alexis Martin).
En fait, les quelques petits défauts du
Banquet se situent davantage sur le plan
du scénario, que le réalisateur a coécrit
avec son père, Hubert-Yves Rose.
Certains personnages sont mal définis
et même inutiles à l’intrigue. Et certaines
histoires parallèles ne mènent nulle part
(qu’en est-il, par exemple, du personnage
de Julie McClemens?).
On reprochera aussi à Rose d’avoir
voulu mélanger deux sujets qui ne sont
pas nécessairement reliés. Ainsi, le
dernier acte du film, quoique percutant
et saisissant, semble un peu sorti de nulle
part et nous amène pratiquement dans
un autre film. Ce coup de théâtre était-il
vraiment nécessaire?
Le Banquet n’en demeure pas moins un
film coup-de-poing intelligent qui a le
mérite de divertir en faisant réfléchir sur
un problème important de la société
québécoise: le système d’éducation. C’est
déjà beaucoup.
Le troisième et nouveau film de
Sébastien Rose met en scène un banquet
qui tourne au drame dans une université
en crise.