QUELLE TRISTESSE...
Les Plus Beaux Yeux du monde
Sarah Talbot
Le Journal de Montréal
31-05-2008 | 05h00
Charlotte Laurier revient au cinéma
en signant son premier long métrage,
Les Plus Beaux Yeux du monde. Et
c’est entourée de tous les siens
qu’elle explore les abîmes de l’âme
féminine.
Après avoir écrit pour le théâtre, Charlotte
Laurier fait un retour au cinéma. Elle
scénarisé, coréalisé et coproduit ce premier
long métrage, dans lequel elle tient le
premier rôle.
Pour son premier «bébé», la comédienne
a choisi de s’attaquer à un sujet fort
délicat:le poids que certaines femmes ressentent
lorsqu’elles deviennent mères et
le sentiment de culpabilité qui s’ensuit.
Marion (Charlotte Laurier) a quitté sa
France natale et sa famille de saltimbanques
pour refaire sa vie au Québec.
Mère de deux enfants, Marion a un trou
dans l’âme. Ses yeux parlent beaucoup.
Tout son malheur s’y lit.
À fleur de peau, elle abandonne mari
(Pascal Savard) et enfants pour essayer de
se retrouver. Mais sa quête n’a rien d’une
aventure à la Thelma et Louise. Elle erre,
elle s’ennuie, et rien ne va.
Marion est serveuse dans un snack-bar
dont le propriétaire (Luc Senay) est fort
désagréable. Le film fait un aller-retour
entre la triste réalité de Marion et les
belles images de son enfance passée en
France. Et on s’attriste pour Marion. Avoir
quitté cette vie colorée pour finir dans cette
«petite vie». Quelle tristesse.
Les Plus beaux yeux du monde
Elle conserve son emploi pendant sa fuite.
Carla, sa fille adolescente (Carlotta
Laurier-Courchesne) passe la voir
quelques reprises. Les enfants ne réagissent
pas trop mal, compte tenu de la situation.
Le mari (Patrice Savard), à bout de
souffle, fait ce qu’il peut.
HISTOIRE DE FAMILLE
Charlotte Laurier et son mari, Pascal
Courchesne, ont le mérite d’avoir fait un
film avec trois fois rien. L’histoire est inspirée
de la vraie vie de Charlotte Laurier et de
la vie des gens qui l’entourent. La comédienne a d’ailleurs embarqué sa famille au
grand complet dans l’aventure. Ses filles,
son oncle et sa sœur Angela font partie de la
distribution. La musique est de sa fille Pialli.
La démarche est intéressante, mais le
résultat manque d’éclat. La vitesse
laquelle se déroule l’action — ou plutôt
l’inaction — nous entraîne dans l’ennui
avec Marion. Si c’était l’effet désiré, c’est
réussi. Et l’accent français de Marion,
inégal, est agaçant. Par contre, le passage
des Pierre-Luc Brillant, Luc Senay, Deano
Clavet et Joëlle Morin ajoute un peu de
couleur à un récit plutôt «beige».
Si ce premier exercice n’est pas tout à fait
convaincant, il sera intéressant de voir ce
que Charlotte Laurier et Pascal Courchesne
nous proposeront la prochaine fois.