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Notre critique - Paranoid Park
Cote de Canoë
4/5

NOTRE CRITIQUE

Paranoid Park

vu et commenté par Frédérick Maheux
06-03-2008 | 22h42
Amèrement déçus seront ceux qui attendent de Paranoid Park une intrigue, un énième regard moralisateur sur l’adolescence ou la culture skateur-grunge. Gus Van Sant offre plutôt une expérience à la fois douce et oppressante, berçant entre latence et urgence du mouvement, apathie émotionnelle et mouvance des corps.

Alex est un jeune skateur qui, décidant d’accompagner un punk crust pour une balade en train, tue accidentellement un garde de sécurité. Il décide de ne rien dire, gardant le silence devant le détective présent à son école pour mener l’enquête. Ce bref synopsis suffit à expliquer tout le récit car, en fait, rien de tout cela n’a importance. Presque totalement occulté, l’aspect thriller se veut absent au profit d’une trame libre. Paranoid Park se compose d’événements disloqués de l’ordre temporel, événements typiques de toute adolescence, mais évacués de tout mélodrame ou position morale.

Gus Van Sant ne s’attarde pas, par exemple, au drame du divorce. Les parents d’Alex sont absents de sa vie et le sont tout autant de l’image. Une voix, un visage hors-focus, sans plus. Embrouillé et confus, sans personne à qui se confier, Alex guide le récit par le dispositif d’une lettre qu’il s’écrit afin d’expliquer les événements de la funeste soirée. Paranoid Park erre donc exclusivement autour de cet adolescent, l’abandonnant sporadiquement lors de superbes séquences en super-8 de skateurs en action.

N’accordant que peu d’importance au récit, Paranoid Park sollicite davantage le viscéral. Formellement en continuité avec ses films précédents (plus précisément sa trilogie composée de Gerry, Elephant et Last Days), Gus Van Sant se rapproche néanmoins davantage des corps, capturant l’éphémère des mouvements et émotions. Par de sublimes compositions entre la musique et l’image, l’effet n’est pas au niveau de la compréhension d’un récit mais de l’affect. Punk rock abrasif accompagne des plans séquences languissants, des basses fréquences oscillent lors d’un moment de crise, Juliets of the Spirits rythme les chorégraphies des skateurs. Tel un manège, le film offre par moment une désaffection totale et cristallisée pour ensuite tomber en chute libre vers la nervosité coupable.

Néanmoins, il faut accepter préalablement de prendre place où le récit se fait absent. Alex que nous accompagnons ne pose que quelques actions et parle peu. Comme nous, spectateur, il observe, subit les divers événements qui s’abattent sur lui (divorce de ses parents, copine blondinette et niaise, homicide involontaire), sans agir ou prendre de résolutions. Qui plus est, il n’y a pas de demi-mesure dans le spectre émotionnel du protagoniste. Entre la nonchalance inconsciente et le désarmement total, il peut être difficile par moment d’établir une relation avec l’univers émotionnel du film.

En auscultant les émotions au lieu d’un quelconque contexte socio-économique ou marginal, Gus Van Sant offre avec cette dernière œuvre un des rares traitements pertinents de la jeunesse. Gris et pluvieux, Paranoid Park est exigeant mais d’une incontestable beauté.