NOTRE CRITIQUETout est parfaitvu et commenté par Martin Morin 15-02-2008 | 12h30
Une première offrande donc du réalisateur Yves-Christian Fournier, qui a puisé dans ses souvenirs personnels pour mettre en images le tragique destin des gens touchés de près par le suicide. «Combien de films montrant de manière trop poétique cette mort violente qu’est le suicide a entraîné une vague mortelle dans la vraie vie ». Parlant de son travail, il dira avoir compris «la responsabilité civile qui incombait au réalisateur de ce genre de sujet». La table est mise. Le scénario est laissé dans les mains de l’auteur Guillaume Vigneault (Carnets de naufrage, Chercher le vent). Voilà qui augure bien. Malheureusement, l’enfant attendu a la jaunisse et il faudra patienter encore avant de le prendre dans nos bras. Tout est parfait raconte la douloureuse histoire de Josh, un adolescent tout ce qu’il y a de plus anonyme qui perd aux mains d’un pacte de suicide ses quatre plus proches amis. Recroquevillé dans sa douleur, mal nanti dans ses relations interpersonnelles, il vacille dans la grise banlieue en se demandant ce qu’il fait là alors que ceux qui comptaient vraiment pour lui sont passés de vie à trépas par choix délibéré. Dans ce film, Fournier voulait montrer « (…) l’extrême banalité du quotidien, d’une vie sans autre ambition que d’être vécue pleinement dans toutes ses interstices. » Cette banalité, on la retrouve dans les magnifiques mises en scène et le très grand souci de l’image. Mais on la retrouve surtout dans les dialogues d’un ennui concertant… La chose est certes voulue, mais s’avère assez lourde après presque deux heures de visionnement. La construction du film, qui aligne flashbacks et temps réel sans crier gare, n’est pas toujours simple à suivre. Tout se passe l’instant d’une saison, ce qui a pour résultat que les retours en arrière ne sont pas implicitement reconnaissables avant de voir les intervenants. Où sommes-nous exactement? Mais il ne s’agit là que d’un détail mineur. Tout est parfait
Voilà où le bât blesse. Dans ce film magnifiquement interprété par l’ensemble de la distribution (notons au passage l’apport de Normand D’Amour, absolument magnifique et bouleversant), on ne sent pas toute cette détresse qui devrait, il me semble, émaner de Josh. On a plutôt devant les yeux un adolescent blasé, frustré, auquel on ne peut s’identifier vraiment par manque de substance. D’où vient toute cette douleur, celle qui le pousse à commettre certains gestes? Il y a une différence entre le non-dit et l’absence de repères. Reste tout de même un film dont la facture rappellera les Van Sant et autres décortiqueurs de la difficile réalité adolescente de ce monde, dont le réalisateur se réclame. J’aurais voulu être bouleversé par ce film, vraiment. Le prochain peut-être. Car il doit y avoir un prochain, Yves-Christian Fournier est un réalisateur de grand talent, au bas mot. À en juger aux critiques dithyrambiques lues à propos de ce film, plusieurs le consacrent déjà. Je lève mon chapeau bien haut, mais je vais conserver mon foulard cette fois-ci, il reste que c’est encore un peu frais.
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