Accueil Divertissement
 
 
Canoe.ca
Le pire et le meilleur de la nature humaine - London to Brighton
Cote de Canoë
3.5/5

LE PIRE ET LE MEILLEUR DE LA NATURE HUMAINE

London to Brighton

par Daniel Rioux
Journal de Montréal
09-02-2008 | 05h00
Le circuit des festivals de films a accueilli avec émotion et honneur le saisissant et bouleversant drame London to Brighton, du scénariste et réalisateur britannique Paul Andrew Williams.

L’histoire qu’il autopsie décrit sans pudeur la descente aux enfers de deux jeunes femmes entraînées dans le plus brutal des destins.

La panique s’installe dès les premières images, saisies dans les toilettes d’une gare, et on ne peut que s’inquiéter du sort qui attend Joanne, 12 ans, et Kelly, une prostituée dans la vingtaine qui quelques heures auparavant avait laissé la frêle adolescente entre les mains d’un chef de la pègre, un être redouté et pédophile.

À voir les ecchymoses qu’elle porte au visage, on devine que Kelly s’est portée au secours de la fillette agressée, que le pervers a payé de sa vie et que le pire reste à venir. Comme de fait, le fils du pégreux crie vengeance. Il retrouve le proxénète de Kelly qui a fourni l’enfant et lui accorde 24 heures pour retrouver les filles, sans quoi il peut faire une croix sur le prochain 5 o’clock tea… et tous les autres.

Quelques fellations plus tard, Kelly a assez d’argent pour acheter deux billets de train. Direction la station balnéaire de Brighton, désertée à la fin de l’automne, mais où habitent des amies.

La caméra à l’épaule saisit toute la détresse des fuyardes. Et aussi la fragilité de Joanne avec son âme meurtrie et son corps souillé et, surtout, si jeune, d’un âge où on s’amuse encore à lancer des cailloux dans l’eau…

Le proxénète met peu de temps à retracer ses proies et l’horreur s’installe entre des scènes qui nous ramènent sur les lieux du crime, avant, pendant et après.

La réalisation enfonce plus profondément les acteurs du drame dans cette course hystérique où la vie humaine ne vaut rien. L’hypocrisie, la ruse et la sournoiserie entretiennent la vengeance que le fils orphelin, un être sanguinaire à vous glacer d’effroi, s’apprête à exercer en pleine nuit. Ambiance lugubre dans une forêt où on a creusé une fosse. Tous les fusibles ont sauté, c’est l’exécution. Mais ne sautons pas si vite aux conclusions…

Le film de 80 minutes de Paul Andrew Williams nous garde sur le qui-vive jusqu’à la toute fin. Sa réalisation fouille les entrailles, le scénario dissèque le pire et le meilleur de la nature humaine et le jeu des actrices complices, Georgia Groome (Joanne) et Lorraine Stanley (Kelly), se veut d’une inquiétante authenticité. Et si c’était vrai?