PETIT BIJOU D'INTRIGUE
Sleuth
par Maxime Demers
Journal de Montréal
27-10-2007 | 00h45
Kenneth Branagh n’a peur de
rien. Après
Hamlet, de
Shakespeare, l’acteur et
cinéaste s’attaque maintenant
à Sleuth, pièce à succès du
dramaturge britannique
Anthony Shaffer qui a déjà été
magnifiquement portée à
l’écran en 1972 par Joseph
L.Mankiewicz.
La première bonne idée de Branagh
a été de faire appel à Michael Caine,
un des deux acteurs du film de Mankiewicz,
pour le rôle que jouait à
l’époque Laurence Olivier. Jude Law
a hérité du personnage que jouait
Caine en 1972.
Pièce à deux personnages, Sleuth
raconte la confrontation entre un
réputé et riche auteur de romans
policiers (Michael Caine) et le nouvel
amant de sa femme, un jeune coiffeur
modeste et raté (Jude Law).
Brillant, manipulateur, prétentieux
et condescendant, l’auteur profite de
cette rencontre pour convaincre
l’amant de sa femme d’embarquer
dans une arnaque ambitieuse qu’il a
tout orchestrée d’avance: le pauvre
coiffeur doit s’introduire par
effraction dans la grande maison
luxueuse de l’auteur puis
voler les bijoux de sa femme.
Les trois complices (incluant
la femme de l’auteur) se séparent
ensuite le montant des
assurances et les deux amoureux
peuvent voler de leurs propres ailes
sans avoir à se soucier de l’auteur. Un
plan parfait, mais qui ne se déroulera
bien sûr pas comme prévu…
La barre était haute: le film de
Mankiewicz (son grand chef d’oeuvre
selon beaucoup) est un
petit bijou d’intrigue bien ficelé et
d’humour noir grinçant.
On retrouve aussi cela dans la version
de Branagh, mais l’ensemble
est nettement moins réussi. Misant
sur une réalisation et des effets un
brin tape-à-l’oeil (plans bizarres et
décalés, décor surréaliste), Kenneth
Branagh s’est éloigné des thèmes de
la pièce (jeux de pouvoir, manipulation,
inégalité des classes sociales, etc.).
Reste le jeu des acteurs, tous deux
irréprochables. Michael Caine et
Jude Law, qu’on a souvent comparés
l’un à l’autre, sont ici au sommet
de leur forme.