CATE BLANCHETT SAUVE L'HONNEUR
Elizabeth: The Golden Age (Elisabeth: L'Âge d'or)
par Daniel Rioux
Journal de Montréal
15-10-2007 | 01h41
Avant d’en arriver à cette scène prophétique
qui annonce un conflit majeur entre
l’Espagne et l’Angleterre, les spectateurs
assisteront dans la première partie du
drame historique
Élisabeth – L’Âge d’or à
une mise en situation mélodramatique
où se croisent la politique, la trahison,
l’amour et la religion.
Dans ce film qui fait suite à Élisabeth
qu’il avait réalisé en 1998, Shekhar Kapur
initie l’intrigue en 1585. À sa vingt-septième
année de règne et à 52 ans, la souveraine
n’a toujours ni époux donc ni héritier,
et malgré les minces probabilités
d’enfanter à cet âge, on palabre en long et
en large pour dénicher un mari de sang
bleu. Celle qu’on surnomme déjà la reine
vierge (Cate Blanchett) les rejette tous.
Arrive du Nouveau Monde le capitaine
Walter Raleigh (Clive Owen). L’aventurier
a pris possession d’un territoire en
son nom – la Virginie – et Élisabeth, qui
n’a jamais quitté l’Angleterre, est
séduite par les récits fantastiques de
l’explorateur.
Cet attrait se conjugue mal avec ses
royales fonctions, mais elle désire l’avoir
près d’elle et demande à sa dame de compagnie
Bess (Abbie Cornish) de voir à ce
que l’intrépide marin se plaise en sa présence
et reste à la cour pour qu’elle puisse
elle-même l’avoir à ses côtés. Amour
platonique et utopique…
À ce triangle amoureux déjà fort complexe
s’ajoute le quotidien, c’est-à-dire le
conflit entre protestants et catholiques
qui perdure depuis la mise aux arrêts de
Marie Stuart, reine d’Écosse et alliée du
dévot roi d’Espagne Philippe II, qui brûle
du désir de catholiciser l’Angleterre.
Elizabeth: The Golden Age
Il fomente complot après complot jusqu’au
dernier, où la complicité sans équivoque
de Marie Stuart (Samantha Morton,
brillante!) lui vaut la décapitation. La
riposte de Philippe II est vive. Il ordonne
la construction de 130 vaisseaux – l’invincible
armada – et l’invasion de l’Angleterre
en 1588. Mais le vent tourne, l’Espagne
est défaite et les Anglais resteront
anglais et protestants et cultiveront
leurs concombres.
Certains reproches risquent de ternir
l’éclat du film à grand déploiement.
On fait faire et dire à Cate Blanchett des
choses parfois fort peu crédibles. Clive
Owen semble sortir d’un film de flibuste
hollywoodien des années 1930 à la manière
d’un Errol Flynn. Impossible de se
tromper sur le préjugé favorable qu’on
développe: les protestants sont les (très)
bons et les catholiques les (trop)
méchants. La musique, assourdissante et
dérangeante, bombarde l’ouïe du début à
la fin.
D’autres, dont je suis, s’installeront
confortablement pour apprécier dans son
ensemble ces deux heures de divertissement
et, surtout, la prestation héroïque
et lumineuse de Cate Blanchett, en permanence
sur le qui-vive afin de parer aux
carences du scénario.
À l’image de «sa reine», la souveraine
Cate Blanchett porte en elle un ouragan
qui soufflera jusqu’à la soirée
des Oscars.