INTRIGANT DRAME SENTIMENTAL
Feast of Love
par Daniel Rioux
Journal de Montréal
30-09-2007 | 23h08
Sous ce titre
joyeusement suggestif qu’on aurait
traduit par
Festin d’amour – si le film
avait été traduit en français – se
dissimule un intrigant drame
sentimental disséquant le mal
d’aimer et les blessures du coeur qui
accablent les proches d’un fin
observateur de la nature humaine.
Harry Stevenson, ce personnage aussi
philosophe que son interprète Morgan
Freeman, assiste aux victoires et défaites
des passions amoureuses de gens qui
partagent cafés et codes de vie. Notamment
Bradley Smith, l’ami du bistro et
éternel cocu joué par Greg Kinnear, dont
la première épouse le quitte pour une
femme et la seconde pour son amant de
toujours. Le film finit avant qu’on sache
si la troisième le balancera à son tour.
Ces jeux nébuleux de l’amour et du
hasard qui écorchent plusieurs vies dans
Feast of Love résultent d’une adaptation
du roman du même titre de Charles Baxton
par le scénariste et réalisateur
Robert Benton.
A-t-on dit Robert Benton?
Il faut s’être levé de bonne heure pour
reconnaître le nom du scénariste débutant
au générique du fabuleux Bonnie and Clyde
réalisé en 1967 par Arthur Penn avec
Faye Dunaway et Warren Beatty soudés
par l’amour et la rapine de grand chemin.
En 1978, Benton écrit Superman, puis
retombe momentanément sur terre l’année
suivante avec un film qui l’envoie en orbite.
Son scénario et sa réalisation de Kramer vs.
Kramer (avec Dustin Hoffman et Meryl
Streep) provoquent une pluie d’étoiles et
cinq Oscars.
Il complète sa collection avec un autre
Oscar – meilleur scénario – pour avoir
imaginé les amours dans Places in the
Heart.
Il faut faire confiance à l’intuition de
Robert Benton et à son talent pour
décortiquer les méandres de l’amour,
apprécier les chassés-croisés de Cupidon
et son adresse sur ses sentiers
maintes fois battus, avoir une vie amoureuse
irréprochable et aussi nourrir un
intérêt pour ce thème qui pianote, tout
doucement et puis avec force, sur les
variations au jeu de l’amour.
Mais il y a un mais. Le distributeur n’a
pas misé d’argent sur une version en
français. C’est peut-être trop intello…
ou américain. Un film qui va passer
vite, comme une flêche. Comme l'été indien.