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Notre critique - Bluff
Cote de Canoë
3.5/5

NOTRE CRITIQUE

Bluff

vu et commenté par Martin Morin
06-09-2007 | 00h48
C’est soumis à des contraintes budgétaires - l’apanage des cinéastes indépendants se finançant eux-mêmes – que Marc André Lavoie s’est lancé dans l’aventure de scénariser et réaliser le long-métrage Bluff. S’est associé en cours de projet Simon Olivier Fecteau (oui, l’ancien Chick’N swell) qui, séduit par le projet, en viendra à porter plusieurs chapeaux : acteur, co-scénariste et co-réalisateur.

Du fruit de leur collaboration naîtra un film qui évite de belle façon la voie toute tracée de simple comédie de situations, qui verse souvent dans certains moments plus lourds, voire carrément inconfortables. La preuve par quatre qu’avec peu de moyens, de bonnes idées, beaucoup d’huile de bras et une distribution pas piquée des vers (voyez la fiche du film pour la nomenclature complète), on peut arriver à quelque chose d’assez intéressant merci.

Parlons synopsis. Un bloc appartement décrépi doit être démoli. Ce faisant, un ouvrier (Jean-Philippe Pearson) découvre par inadvertance un terrible secret, bien mal gardé par le propriétaire des lieux (Raymond Bouchard), qui fait tout – mais surtout mal – pour en préserver l’anonymat.

Retours en arrière, nous visitons tour à tour toute une pléiade d’individus et de couples ayant habité la bâtisse dans les dernières années. Ce père, ancienne vedette de boxe très locale (Rémy Girard, dans un rôle qui lui sied encore comme un gant – le mauvais calembour n’est pas voulu), ce père donc dont le nouveau gendre fera des pieds et des mains pour gagner ses faveurs; le jeune couple infertile – c’est la faute à monsieur – qui fait appel à un «ami» pour concevoir l’enfant tant désiré (Julie Perreault, Emmanuel Bilodeau et David La Haye, ces deux derniers particulièrement excellents).

Le couple BCBG, campé par Alexis Martin et Isabelle Blais, qui tente de reconstituer tant bien que mal, mais surtout mal, les étapes qui les ont menés à se débarrasser d’une toile qu’un vieil ami de la famille (Gilbert Sicotte, délicieux de retenue) vient réclamer, généreux chéquier en main. Le voleur de carrière (Marc Messier) et son jeune acolyte (Nicolas Canuel), qui dérobent une pauvre victime qui ne l’est pas tant que ça finalement, et enfin un fabulateur de première (Simon Olivier Fecteau), qui y va d’apitoiement en apitoiement sur son sort dont il est le premier (et le dernier) responsable.

Tous auraient un motif valable pour… être à l’origine du terrible secret, Qui donc a fait quoi? Et quand?

L’intérêt ici est que toutes ces histoires, qui se tiennent très bien par elles-mêmes, ont lieu dans des temps bien différents. En effet, il ne s’agit pas ici d’un foutoir d’histoires et de personnages qui se confondent les uns dans les autres. Chaque élément se passe dans des périodes différentes, par des gens qui ont habité le même immeuble sans se connaître.

On assiste donc à autant de petites saynètes, qui auraient tout aussi bien pu être autant de petites histoires indépendantes, mais reliées par un grand tout qui prendra un certain sens dans le dévoilement final. Clairement, les co-réalisateurs n’ont pas sacrifié celles-ci pour le bienfait d’un lieu commun, et chaque histoire respire et prend la place qui lui revient. En 90 minutes bien comptées, le film ne souffre d’aucun temps mort et offre à ses protagonistes un lieu de développement de personnages dont bien d’autres films sont incapables dans le double du temps.

Sans être une grande comédie ou un grand film dramatique, Bluff fait la part des choses et se place allègrement bien au-dessus des films à budgets démesurés (je n’ai pas nommé Bon Cop). Et tout ça, sans nous farcir les yeux de commandites ridiculement disposées ça et là dans l’histoire (qui a dit Duo?)

Bref, un bon film, bien fait, bien pensé, dont on salue le savoir-faire et la débrouillardise de ses artisans.