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Malhonnête mais très efficace - Sicko
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MALHONNÊTE MAIS TRÈS EFFICACE

Sicko

Maxime Demers
Journal de Montréal
01-07-2007 | 13h00
C’est désormais de notoriété publique: Michael Moore est le champion de la mauvaise foi. Le célèbre pamphlétaire américain aime trafiquer la vérité, tourner les coins rond et éviter toute forme de nuance pour mieux défendre et faire valoir son point. Mais il y a quand même une chose qu’on ne peut pas lui enlever: ses documentaires sont, en bout de ligne, d’une redoutable efficacité.

D’un point de vue éthique, Sicko, son dernier documentaire qui porte sur le système de santé américain, est tout aussi immoral que ses films précédents, Fahrenheit 9/11, Bowling for Columbine, The Big One, Canadian Bacon et Roger and Me.

Mais d’un point de vue cinématographique, toutefois, le résultat est tout aussi percutant et divertissant.

Voilà donc le subtil Michael Moore de retour sur le sentier de la guerre. Dans sa ligne de mire cette fois-ci: le très corrompu système de santé américain dicté par les puissantes – et très lucratives – compagnies d’assurances médicales américaines.

Le cinéaste nous apprend entre autres que ces compagnies font le gros de leurs profits en refusant de rembourser les soins de santé de leurs clients qui, eux, payent pourtant une fortune pour se faire assurer.

Les politiciens américains (autant républicains que démocrates) sont aussi montrés du doigt, eux qui touchent tous (même Hillary Clinton, qui a déjà pourtant milité pour un système de soins universels), selon Moore, leur part dans cette arnaque.

Avec cette approche pamphlétaire et humoristique qui est devenue sa marque de commerce, Moore donne la parole aux victimes de ce système, les quelque 50 millions d’Américains qui n’ont pas les moyens de se payer une assurance médicale et qui doivent parfois même se faire des chirurgies eux-mêmes, mais surtout ceux qui payent une fortune chaque année à une de ces compagnies.

Plus discret dans la première moitié de son film, Moore ne manque pas d’exemples pour prouver son point.

Après avoir envoyé un appel sur son site Internet invitant les gens à livrer leurs témoignages sur le sujet, le réalisateur dit avoir reçu plus de 25 000 courriels en 24 heures.

Sur le lot, il a choisi les témoignages les plus touchants et poignants. Comme cette femme atteinte d’une tumeur au cerveau qu’elle n’a pas pu soigner parce que ses assureurs refusaient de reconnaître son diagnostic. Ou cette jeune femme qui a vu mourir sa fille de 18 mois sous ses yeux à l’hôpital parce que les médecins n’obtenaient pas le feu vert de ses assureurs.

Ou encore cette autre jeune femme de 22 ans atteinte d’un cancer qui s’est vue refuser d’être prise en charge par son assurance médicale parce que cette dernière jugeaient qu’elle était trop jeune pour avoir le cancer.

Jusque-là, ça va. La démonstration de Moore est peu subtile, comme toujours, mais elle touche la cible en allant droit au but. C’est quand il se lance dans une rapide et très peu exhaustive étude comparative avec les systèmes de santé d’autres pays (le Canada, la France, l’Angleterre et Cuba) que le cinéaste se casse les dents.

Après avoir interviewé quelques patients dans une clinique de London, en Ontario, Moore prétend par exemple sans réserve que les Canadiens attendent seulement 45 minutes pour obtenir des soins dans leurs hôpitaux. Il nous présente ensuite les systèmes britannique, français et mêmecubain d’une façon tout aussi idyllique. En omettant volontairement d’en mentionner les failles ou les défauts.

N’ayant pas peur du sensationnalisme, il n’hésite pas non plus à emmener avec lui quelques sauveteurs du 11 septembre se faire soigner dans un hôpital de Cuba, où ils sont bien sûr accueillis à bras ouverts. Un coup de théâtre qui sent la mise en scène à plein nez.

Cette façon de trafiquer la vérité sert merveilleusement bien Moore encore une fois: Sicko s’avère captivant, touchant, bouleversant et drôle, en autant qu’on oublie un peu tous ces trucs «arrangés avec le gars des vues». Avec Moore, on est plus dans le divertissement que dans le véritable documentaire d’information. Un divertissement qui a au moins le mérite de faire réfléchir et de mettre le doigt sur un problème grave.

Car les intentions de Sicko sont bonnes. Ce sont les moyens utilisés qui sont discutables