DR. JEKYLL ET MR. BROOKS
Mr. Brooks
Bruno Lapointe
Le Journal de Montréal
02-06-2007 | 10h28
L'efficacité d'un suspense réside
principalement dans deux facteurs: la
finesse de son scénario et la précision de
son exécution. Alliant ces deux ingrédients
cruciaux,
Mr. Brooks se veut un film prenant
et intense malgré certaines petites lacunes.
En une version actualisée de Dr. Jekyll et Mr.
Hyde, ce nouveau suspense explore la dualité de
l'âme humaine. Alors que beaucoup soutiennent
que chaque personne possède en elle-même un
côté bon et un côté malin, la plupart des gens parviennent
à maintenir l'équilibre entre les deux.
C'est alors qu'entre en scène Mr. Brooks. Père de
famille dévoué, homme d'affaires prolifique… et
tueur en série. Sa double vie est sur le point de
chambouler parce qu'il commet une grave erreur
sur une scène de crime. Laissant derrière lui un
témoin des plus curieux, Mr. Brooks met en péril
l'empire qu'il a mis tant d'années à bâtir.
Plutôt que d’adopter la trame narrative linéaire,
Mr. Brooks multiplie les avenues. Ainsi, lorsqu’une
intrigue commence à s’essouffler, une
autre vient s’y greffer, enrichissant ainsi le scénario,
qui se renouvelle constamment. Coups de
théâtre et revirements de situation ne sont pas
rares dans ce nouveau film.
Charismatique et mystérieux, Kevin Costner y
apparaît au sommet de sa forme. Il parvient à
incarner les psychopathes avec charme et empathie.
Demi Moore est tout aussi efficace dans le
rôle d’une policière bien déterminée à mettre la
main au collet de celui qui sème la terreur dans les
rues de la ville.
La décision de confier à l’humoriste Dane Cook
un rôle dans une production plus sérieuse pourrait
avoir été une erreur, mais son enthousiasme
évident et son charisme en font un candidat tout à
fait désigné.
Afin de bien illustrer la dualité de l’âme et l’affrontement
entre le Bien et le Mal, on a confié à
l’acteur William Hurt la lourde tâche d’interpréter
le côté malin du personnage principal. Ce qui est
plutôt confus dans les premières scènes devient
bien vite plus clair et d’une efficacité remarquable.
Mr. Brooks s’apparente à une version mieux
détaillée d’American Psycho de par ses thématiques
de double identité et de vices cachés. Le
concept d’un homme qui mène une vie normale est
souvent bien plus terrifiant que n’importe quel
scénario de film d’horreur.
Mais plutôt que de tomber dans la violence graphique, on met ici l’accent sur les tiraillements intérieurs et les scènes d’action enlevées. Une mise en scène léchée vient rendre le tout d’autant plus attrayant.
Certains rebondissements sont tirés par les cheveux et invraisemblables, mais ils sont bien vite
pardonnés, alors que le cinéphile devient aussitôt captivé par cette adroite chasse à l’homme.
Mr. Brooks effectue un retour à la formule classique
des suspenses des années 1990. Avec de
grandes similarités avec d’excellents titres tels
que Copycat, il s’agit d’un suspense policier réellement
satisfaisant qui saura tenir le cinéphile en
haleine.
Le tout s’essouffle malheureusement dans le dernier
segment, mais ça ne parvient tout de même
pas à éclipser la qualité du film. Somme toute, un
bon divertissement qui saura plaire aux fans
d’émotions fortes.
La complicité des acteurs William Hurt et Kevin Costner était indispensable au succès de Mr. Brooks. En fait, ils interprètent les contreparties d’une même âme.