LA MÉMOIRE DE L'AMOUR
Away from Her (Loin d'elle)
Bruno Lapointe
Le Journal de Montréal
12-05-2007 | 14h10
À la fois déchirant et captivant,
Loin d’elle propose une histoire d’amour mûre et intelligente qui refuse les conventions du genre. Le résultat est déboussolant: le film réchauffe le coeur tout en le brisant en mille morceaux.
Le drame romantique est un genre bien souvent réservé aux adolescentes rêveuses. Loin d’elle vient renverser la vapeur avec un récit qui secoue toutes les générations. Chronique d’un mariage qui se dissout alors qu’une femme sombre dans la maladie, Loin d’elle suit le dur périple émotionnel d’un homme et sa femme souffrant d’Alzheimer. Confiée à un centre d’aide, elle s’éprendra d’un autre homme alors que tous les souvenirs de sa vie s’estompent graduellement.
Approche plus mûre
Empreint d’une sagesse inouïe et d’un charme désarmant, ce récit n’a rien des films romantiques à l’eau de rose qui font la joie des publics féminins et le désespoir de leurs copains depuis des lunes. On y explore le triste sort des gens atteints de maladies dégénératives, mais par les yeux de leurs proches. Alors qu’un homme assiste sans défense au déclin de son mariage, il devra apprendre à apprivoiser les émotions contradictoires qui s’emparent de lui.
Subtil et juste, Loin d’elle propose des personnages plus grands que nature et bien étoffés. Avec une psychologie profonde et bien développée, on parvient à conquérir tous les groupes d’âge malgré un sujet difficile.
Le scénario est inspiré de The Bear Came Over the Mountain, une histoire d’Alice Munro. Sans jamais puiser dans les clichés ou alimenter les préjugés, on pose sur les personnages centraux un regard rempli de compassion, sans le moindre jugement.
Les jeunes apprendront beaucoup sur l’amour avec ce couple forcé de dresser le bilan de son mariage. C’est souvent lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés que la véritable nature des gens refait surface. Et avec
Loin d’elle, on réalise que la bonté n’a rien d’une valeur dépassée.
Autopsie d'une histoire d'amour
Dans ce portrait tendre et affectueux, un homme tente par tous les moyens de raviver la mémoire de celle avec qui il partage sa vie depuis plus de 40 ans. Ces personnages contrastent avec les rôles habituellement offerts aux acteurs plus âgés.
Les deux personnages principaux permettent à Julie Christie et Gordon Pinsent de livrer des
interprétations époustouflantes qui pourraient très bien leur valoir des éloges durant la prochaine
saison des récompenses cinématographiques. Tous deux offrent des nuances impressionnantes et un abandon total qui contribuent au succès du film.
Plusieurs verront dans ce récit des similitudes avec
Les Pages de notre amour, film dans lequel un homme lisait à sa femme à la mémoire défaillante les débuts de leur histoire d’amour. Mis à part le thème de la maladie, les deux films ont très peu en commun.
Loin d’elle est d’une facture résolument plus lourde, même si subtilité et tendresse sont les mots d’ordre en matière de réalisation.
Loin d’elle est un film qui remue les sens et laisse une impression durable. Voilà qui a de quoi redonner espoir à tous ceux qui ne croient plus en l’amour.