OEUVRE FRANCHE ET TOUCHANTE
Le Pressentiment
Maxime Demers
Le Journal de Montréal
14-04-2007 | 14h03
Vous êtes un avocat respecté, vous faites beaucoup d’argent et vous vivez heureux avec votre
petite famille dans un luxueux appartement de Paris. Puis, du jour au lendemain, vous plaquez
tout, femme, enfants et boulot, pour aller vivre seul et modestement dans un quartier
pauvre.
Voilà le curieux parcours de Charles Benesteau, personnage principal du Pressentiment, premier film de l’acteur Jean-Pierre Darroussin à titre de réalisateur, une adaptation du roman du même titre de l’auteur Emmanuel Bove, publié en 1935.
Depuis qu’il a quitté le luxe de son milieu bourgeois, Charles Benesteau (interprété par Darroussin lui-même) vit on ne peut plus simplement. Il habite un petit appartement dans un quartier pauvre de Paris, mange des sardines en boîte, se déplace en vélo et passe la majeure partie de ses journées à lire ou à écrire.
Il ne manque pas d’argent, mais il préfère l’utiliser pour aider les gens qui en ont besoin autour de lui. Ses parents et amis ne comprennent pas ce qui lui arrive, ses nouveaux voisins le trouvent bizarre, différent. Lui juge avoir trouvé enfin une formede bonheur, de liberté: «Pourquoi ne parvient-on pas à faire le bonheur tranquillement», se questionne-t-il.
Seulement voilà: cette tranquillité apparente ne dure pas bien longtemps. Un jour, des voisins se pointent chez lui en panique: un homme qu’il a aidé quelques jours plus tôt a tenté de tuer
sa femme. Cette dernière est dans le coma.
Les voisins demandent à Charles de s’occuper de la fille du couple, une adolescente tourmentée, en attendant que sa mère obtienne son congé de l’hôpital. Il accepte. Sans savoir qu’il alimentera
ainsi, malgré lui, les ragots et manigances des gens du quartier.
Sur mesure
En se donnant lui-même le premier rôle de son film, Jean-Pierre Darroussin hérite d’un personnage taillé sur mesure pour lui. Darroussin apporte à la fois mystère et intensité au personnage, le rendant même attachant malgré son détachement.
Darroussin passe aussi haut la main le test de la réalisation. Avec un souci du détail admirable et une parfaite maîtrise de son sujet, il parvient à rendre intéressant un sujet à la base pas très palpitant. En résulte une oeuvre franche, touchante, sans prétention et profondément humaine.