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Notre critique - Molière
Cote de Canoë
3.5/5

NOTRE CRITIQUE

Molière

-Vu et commenté par Antoine Godin
13-04-2007 | 11h15
Molière n’est pas le premier film sur le grand dramaturge et ses pièces. Comment le réalisateur Laurent Tirard s’y prend-t-il donc pour nous présenter le sujet de façon originale?

Selon ce qu’on sait de la vraie histoire de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, c’est qu’au printemps 1645, sa troupe l’Illustre-Théâtre croule sous le poids des créances accumulées après plusieurs échecs et déclare faillite. Molière est emprisonné au Châtelet pendant quelques jours pour dettes. Il quitte Paris l’hiver suivant et roule sa bosse comme comédien de province entre janvier 1646 et mars 1657.

C’est de ce petit flou historique – entre le printemps 1645 et l’hiver 1646 - dont Tirard tire profit en inventant un épisode charnière et vraisemblable de la vie de Molière. Pour ce faire, il a recours à un simulacre d’ingénierie inverse, s’inspirant tout simplement des pièces du dramaturge pour planter les racines de son théâtre dans la vie réelle.

En créant cet épisode burlesque de la vie de Poquelin, l’exercice réussit au moins à nous faire rire. Parce qu’il s’agit bien ici, ni plus ni moins, d’un exercice comique. En effet, le film n’apporte rien d’original à aucun point de vue et sur ce plan, on ne peut dire que rayonne l’esprit de Molière. Rien ne choque ni n’innove sur le fond comme sur la forme et on n’apprend rien de neuf sur l'homme de scène. Le film a au moins le mérite d’éviter la biographie et de profiter du potentiel qu’offre le cinéma d’imaginer, de manipuler la vraisemblance plutôt que de chercher à reproduire la vérité ou la réalité.

Comme dans bien des comédies françaises mises en scène dans la cour des grands, on se retrouve une fois de plus en compagnie d’aristocrates prétentieux et amants du verbe fin, arme si propice aux avanies des uns et aux triomphes des autres – et donc à une certaine forme de comédie misant sur le ridicule. Les effets comiques puisés dans le répertoire de Molière sont toutefois limités parce que surannés. On ne s’offusque plus aujourd’hui de voir un artiste jouer les faux dévots et dénoncer l’hypocrisie ou l’inanité de l’aristocratie. En cela, rien n’est renouvelé. Malgré cette distance culturelle, il nous reste ce que l’humour de Molière avait d’universel, les hautes voltiges de la langue française et le jeu solide des acteurs.

On se prend à s’attacher à ce personnage devenu humain dans les moments difficiles. De voir le grand Molière frappé par le malheur et l’insuccès, vulnérable en cette période creuse de sa vie, ne peut qu’amener le spectateur à s’y identifier. Le film repose de surcroît sur le jeu expressif de Romain Duris, un acteur qui a évolué dans divers films pendant 10 ans en France avant d’être définitivement consacré par son rôle dans De battre mon cœur s’est arrêté.

Tant qu’à payer pour regarder de bêtes comédies telles que Les rois du patin ou Quand est-ce qu’on arrête ?, pourquoi ne pas voir une comédie française riche en humour et en culture?