Accueil Divertissement
 
 
Canoe.ca
Notre critique - Tireur d'élite
Cote de Canoë
3/5

NOTRE CRITIQUE

Tireur d'élite

Vu et commenté par Antoine Godin
26-03-2007 | 09h00
Si le cinéma se contente souvent de représenter le plus fidèlement possible le réel, il permet aussi de manipuler la nouvelle réalité créée afin de réaliser un fantasme. Tireur d’élite (Shooter) se classe tout à fait dans cette catégorie en réglant ses comptes politiques.

Devant la corruption du gouvernement et leurs basses manigances, avez-vous déjà eu envie de faire le ménage en cassant tout sur votre passage? C’est exactement ce que se sont payés comme luxe les concepteurs du film en incarnant leur fantasme sous forme du tireur d’élite musclé nommé Bob Lee Swagger (Mark Wahlberg).

Le dur à cuire est un pecnot devenu soldat pour défendre la patrie. Deux fois trahi par le gouvernement qui cherche maintenant à l’éliminer suite à un attentat raté contre le président, le bouc émissaire ne lâche toutefois pas le morceau et se voit maintenant dans l’obligation de tuer pour survivre.

De la mission de Swagger en Éthiopie à celle, trois ans plus tard, qui le mène à Washington comme conseiller technique, Tireur d’élite est un film d’action pur proposant une critique brute de la corruption politique américaine. Le message simple du film «on est prêt à mourir pour la patrie, mais pas pour un gouvernement pourri», nous rappelle assez peu subtilement l’un des principes fondateurs de la Constitution américaine : le peuple - aussi pecnot soit-il - est là, bien armé, pour surveiller son gouvernement. «Parfois, on aimerait revenir au bon vieux temps du Far West pour faire le ménage de temps en temps», nous dit non sans nostalgie un des membres du gouvernement.

Le film réprouve au passage la politique étrangère américaine et le discours démocratique justifiant l’occupation des territoires pétrolifères, mais il critique surtout la corruption qui entraîne la perte de vies de soldats et de civils, américains comme étrangers, pour des intérêts économiques. L’homme simple meurt-il vraiment pour l’intérêt du plus grand nombre?

Si cette critique a ses mérites, ses idées adjacentes le sont moins. Dans le scénario, Swagger n’a d’autre choix que de se défendre. On reconnaît bien là la définition de guerre juste, moralement acceptable en Occident, et qui trouve son équivalent juridique dans le concept de légitime défense. Mais Tireur d’élite pèche par l’éloge de la violence et par la glorification du héros patriote musclé, surdoué, inatteignable, surarmé, surentraîné et qui ne répondra que par la bouche de ses canons. Le spectateur est amené à s’identifier sans recul à ce personnage usant de violence.

Quel est donc le message? Rien de neuf. On adore la violence, mais on déteste la corruption. Un peu mince et désolant pour un pays aux prises avec des problèmes de violence sous toutes ses formes, des assassinats de président aux tueries dans les écoles.

Disons en terminant que du point de vue de la technique et de l’action, Tireur d’élite demeure entraînant et moins bête que beaucoup de films du même genre, seulement, il ne faut pas s’attendre à Syriana.