NOTRE CRITIQUEThe Wind that Shakes the Barley (Le vent se lève)Vu et commenté par Antoine Godin 16-03-2007 | 09h59
Malgré ses 127 minutes, The Wind that Shakes the Barley (Le Vent se lève) plonge rapidement le spectateur au cœur d’une escalade effrénée de la violence entre les partisans d’une Irlande libre et les défenseurs de l’Empire britannique. À la différence de plusieurs cinéastes ayant traité du même sujet par le passé, Ken Loach choisit de suivre le développement d’un petit groupe de terroristes irlandais dans un quelconque village plutôt, par exemple, que de camper son histoire au cœur de Dublin avec Michael Collins. Les héros sont donc les simples Irlandais, les villageois ordinaires devenus combattants et rêvant d’un pays libre. Certes, les Anglais ont une fois de plus le mauvais rôle, mais la situation se révèle plus compliquée lorsque les extrémistes irlandais deviennent eux-mêmes divisés sur l’attitude à adopter face à l’Angleterre qui fléchit partiellement. Ken Loach prend le soin de montrer les personnages principaux dans leur milieu familial et social afin de bien faire ressortir les conséquences dramatiques et directes qu’entraînent leurs actions radicales. L’histoire met bien en évidence la contradiction qui survient lorsqu’on est prêt à perdre sa vie au service de l’idéal de construire un pays pour sa famille.
The Wind that Shakes the Barley
Peut-on parler de film engagé? Aucune prise de position évidente n’y paraît, Loach laissant le soin au spectateur de tirer ses propres conclusions. Une approche toute en nuances a le mérite d’éviter le manichéisme simpliste, en montrant que la violence est la même des deux côtés - même si ce sont les Anglais qui commencent ici avec une extrême violence - et en plaçant le spectateur dans une position inconfortable, face au même dilemme que celui qui divise les protagonistes : résistance passive ou active, usage du seul verbe ou de la violence, accepter l’idée de liberté suffisante et un impérialisme léger ou rechercher la liberté totale en allant jusqu’au bout de ses idées et en luttant au prix de sa vie.
À sa décharge, et pour un juste équilibre, reprenons les mots d’André Bazin en les appliquant à son film «L’état-major du Tournant décisif [nous pourrions dire Le Vent se lève], me donne encore le juste sentiment des responsabilités de l’homme en face de l’Histoire. Le dialogue de ces généraux ne cherche pas tant à me convaincre de leur génie que de l’infaillible tâtonnement d’une conscience historique à travers le caractère, les amitiés, les faiblesses des hommes qui servent l’Histoire». Plutôt que de voir un mythe, disons Michael Collins, mourir héroïquement pour une cause, Loach préfère montrer des hommes ordinaires aux prises avec un envahisseur et la difficulté pour les conquis de surmonter leurs contradictions tant au plan social qu'individuel. En dehors de cette retenue analytique, les images bucoliques sont superbes, la mise en scène est impeccable, la violence du conflit rendue avec un réalisme saisissant et les personnages y sont attachants et crédibles, ce qui aura probablement valu la Palme d’Or à Ken Loach. |