UNE BOUFFÉE D'AIR FRAIS
Je vais bien, ne t’en fais pas
par Bruno Lapointe
Journal de Montréal
13-03-2007 | 16h16
Chronique d’une famille déchirée par le drame,
Je vais bien, ne t’en fais pas prend cette semaine l’affiche de ce côté-ci de l’Atlantique après avoir fait un tabac en France. Par son alliage de drame et demystère, cette dernière oeuvre de Philippe Lioret est bien armée pour prendre d’assaut les cinéphiles.
À son retour de vacances, une jeune femme apprend que son frère jumeau a quitté la maison familiale au terme d’une querelle avec son père. Sans nouvelle et ses appels demeurant sans réponse, elle
se convainc du pire. Elle cesse de s’alimenter et se laisse dépérir jusqu’à l’hospitalisation.
Mais lorsqu’une lettre de son frère vient la rassurer, elle se résigne à reprendre des forces afin de se lancer à sa recherche. Mais ce que sa quête lui apprendra dépasse tous les scénarios
qu’elle aurait pu s’imaginer.
C’est par le biais de cette histoire que Philippe Lioret exploite le thème de l’amour dans tous ses sens. De l’amour familial avec les relations tendues entre les parents et leurs enfants à l’amour fraternel qui pousse l’héroïne à se lancer sur les traces de son jumeau disparu, en passant par l’éveil à l’amour de cette jeune femme, on fait le tour du sujet.
Drame et thriller
Bien que le scénario tire sa force du mystère qu’il met en scène, le film demeure un drame. Prenant par moments des allures de thriller, Je vais bien, ne t’en fais pas conserve son rythme lent,
qui sied par contre à merveille à son histoire. La mise en scène, sobre et épurée, permet aux interprètes de prendre les devants afin d’étaler leur indéniable talent.
Je vais bien, ne t'en fais pas
C’est donc sans surprise que nous apprenons que le film a remporté deux prix d’interprétation au dernier gala des César, les équivalents français des Oscars. Mélanie Laurent est repartie avec la statuette du meilleur espoir féminin pour son interprétation irréprochable du personnage principal. Alliant force et détresse, la jeune actrice parvient à émouvoir en trimbalant la totalité du film sur ses frêles épaules. Kad Merad est également reparti de la soirée avec une statuette. Le
prix du meilleur acteur de soutien lui a été remis, soulignant son jeu à la fois simple et convaincant de père troublé.
Rythmes envoûtants
La bande sonore joue également un rôle important dans le film. Avec ses notes tout simplement envoûtantes et ses rythmes langoureux, les chansons enrichissent l’expérience cinématographique
en doublant la dose d’émotion.
Philippe Lioret signe cette adaptation bouleversante d’un roman d’Olivier Adam. Les deux auteurs ont travaillé de concert afin de transposer à l’écran un roman sombre en y insufflant une certaine
dose de lumière. Ils travaillent d’ailleurs présentement à l’écriture d’un nouveau projet conjointement.
À une époque où le cinéma s’éloigne de l’art en s’approchant du bien de consommation, Je vais bien, ne t’en fais pas représente une bouffée d’air frais. Enfin un film qui stimule intellectuellement le cinéphile et le pousse à réfléchir longtemps après le générique!