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Notre critique - Amu, un massacre révoltant
Cote de Canoë
3.5/5

NOTRE CRITIQUE

Amu, un massacre révoltant

-Vu et commenté par Antoine Godin
26-02-2007 | 09h01
Le 31 octobre 1984, l’assassinat du Premier ministre de l’Inde Indira Gandhi provoquait des émeutes anti-sikh qui entraînèrent dans la mort des milliers de fidèles à Delhi. Quelques mois auparavant, le 3 juin, le Premier ministre avait ordonné une offensive militaire, l’Opération Blue Star – également appelé le Massacre du Temple d’Or – pour éradiquer quelques rebelles barricadés dans le temple d’Amritsar, lieu le plus sacré des Sikhs. Le temple avait été sérieusement abîmé et plusieurs civils sikhs massacrés pendant l’opération. Pour venger cette hécatombe, deux gardes sikhs d’Indira Gandhi l’abattirent froidement. Complétant ce cycle de vengeance, plusieurs responsables politiques, surtout à Delhi, organisèrent ensuite un mini-génocide contre les Sikhs. Vous ne le saviez pas ? Moi non plus.

La réalisatrice du film Amu, Shonali Bose, elle, le sait depuis longtemps. Étudiante à Delhi à l’époque de l’assassinat et du massacre, elle a même travaillé dans un camp d’aide aux victimes tel qu’on en voit dans le film. Elle revient donc plus d’une vingtaine d’années après pour dénoncer par le cinéma ce tragique événement politique.

Amu raconte l’histoire de Kaju, une jeune américaine d’origine indienne qui retourne en Inde pour y visiter sa famille et découvrir les lieux de sa petite enfance. Elle perce peu à peu le terrible secret entourant ses mystérieuses origines.

Par des témoignages qu’elle réussit à soutirer à son entourage et par une série de retours en arrière, on finit par comprendre l’événement au fur et à mesure des souvenirs recollés de Kaju. Celle-ci vit une double injustice puisqu’on lui a caché une partie importante d’un passé irrésolu. En effet, même si la collaboration des autorités à ce massacre apparaît évidente à la lumière des témoignages recueillis, personne n’a été retenu coupable de ces meurtres, faute de preuves.

Les acteurs font leur travail, la mise en scène est convenue, les dialogues sont corrects, parfois drôles et parfois simplistes, mais la force du film, à la fois morale et psychologique, tient surtout du propos et de certaines scènes qui ne sauraient laisser indifférent. Difficile d’oublier, par exemple, ce policier blasé qui consulte sa montre alors qu’une femme le supplie de faire quelque chose contre la horde d’assassins sévissant à quelques mètres de là.

Les retours sur les images ou les sons partiels faisant sporadiquement surface de l’inconscient de Kaju apportent une touche d’originalité à la mise en scène et nourrissent bien le mystère en même temps qu’ils nous mettent la puce à l’oreille.

Shonali Bose nous propose un premier film honnête qui nous ouvre au Québec une petite fenêtre sur l’histoire récente et la culture de l’Inde.