UNE OEUVRE INDISPENSABLE
Indigènes
Maxime Demers
Journal de Montréal
25-02-2007 | 16h50
Indispensable, parce que le film de Rachid Bouchareb raconte un chapitre oublié de l’histoire française, soit l’implication de soldats nord-africains dans la libération de la France pendant la Seconde Guerre mondiale.
En 1943, 130 000 tirailleurs maghrébins et africains étaient en effet envoyés comme soldats
par l’armée française pour libérer «la mère patrie» de l’envahisseur nazi. Beaucoup y ont perdu
la vie. Et, contrairement à leurs pairs français ou anglais, leur sacrifice n’a jamais été honoré, ni même reconnu par le gouvernement français.
Succès critique et populaire en France, en nomination pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, Indigènes suit le parcours de quatre tirailleurs algériens, des «indigènes» comme on
les appelait alors dans l’armée française, envoyés au front sans préparation et sans reconnaissance pour défendre les couleurs de la France en Italie, en Alsace et en Provence.
Du jour au lendemain, Saïd (Jamel Debbouze), Yassir (Sami Naceri), Messaoud (Roschdy Zem) et Abdelkader (Samy Bouajila) laissent donc derrière eux leur famille en Algérie pour aller se battre au front pour la France.
Motivés au début, heureux d’être français, ils se rendent compte rapidement qu’ils ne sont que des
«indigènes», une sous-classe de soldats, de la chair à canons.
Une histoire d'injustices
Malgré un scénario classique et une mise en scène hollywoodienne, le réalisateur Rachid Bouchareb
réussit à nous émouvoir et à nous prendre aux tripes avec cette histoire d’injustices et
d’inégalités.
La réussite de son film repose en grande partie sur le choix de ses quatre acteurs principaux, qui campent tous avec conviction et justesse ces quatre personnages authentiques, naïfs et attachants (ensemble, Debbouze, Naceri, Zem et Bouajila ont d’ailleurs remporté un prix d’interprétation masculine collectif au dernier Festival de Cannes).
Le problème se situe plutôt au niveau du récit, dense et parfois trop didactique. À trop vouloir
remettre les pendules à l’heure dans l’histoire de la France, Bouchareb pousse parfois un peu fort du côté dramatique. Mais son Indigènes n’en demeure pas moins un très bon drame de guerre, qui n’a rien à envier aux meilleurs films américains du genre.