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Notre critique - Dans les villes
Cote de Canoë
3.5/5

NOTRE CRITIQUE

Dans les villes

Vu et commenté par Antoine Godin
22-02-2007 | 15h01
Après le succès relatif de son long métrage de fiction Mariages, Catherine Martin nous revient avec une oeuvre au style encore plus dépouillé, plus poétique et métaphorique. Son film se veut une ode à la beauté cachée de la vie et à l’espoir, invitant le spectateur au recueillement et à la contemplation, à une forme d’expérience spirituelle ou d’élévation de l’âme.

Puisant probablement dans l’inconscient collectif chrétien, et comme pour confirmer les assises sacrées du conte, le scénario de Dans les villes ressemble à l’histoire inversée du bon Samaritain. L’homme biblique laissé à demi-mort et attendant trois passants avant d’être secouru se métamorphose ici en jeune femme, Fanny (Hélène Florent), aidant trois êtres solitaires et blessés: une dame âgée (Hélène Loiselle), un aveugle (Robert Lepage) et une suicidaire (Ève Duranceau).

Par les yeux et la sensibilité de Fanny, Catherine Martin nous montre que la beauté est là, à côté de nous, à portée de la main, tout simplement : intérieure en aidant des gens en détresse, extérieure en sauvegardant des arbres ou en admirant la nature, et cachée en découvrant l’amitié avec un photographe aveugle.

La forme épouse le propos, la cinéaste adoptant un rythme lent, multipliant les plans fixes et les longs plans-séquences, recourant fréquemment à la voix off et répétant les longs fondus au noir. Dans les villes s’inscrit donc dans le type de cinéma exigeant une ouverture d’esprit et une certaine implication de la part du spectateur.

Plusieurs films contemplatifs, poétiques et vibrant d’une grande sensibilité ont su captiver avec une approche similaire (The Stalker de Tarkovski, Mother and Son de Sokurov ou La Neuvaine de Bernard Émond en sont quelques exemples), menant presque à un état méditatif le spectateur, hantant celui-ci plusieurs jours durant et même au-delà. Malheureusement, il devient pénible de traverser la succession de longs plans fixes de Dans les villes, cadrant les personnages en mal d’être, le vent dans les arbres, le toucher, les gens déambulant dans la rue, le désespoir, l’automne, les longs silences et le vide.

Les métaphores trop souvent appuyées laissent une surimpression de sens symboliques, comme si la cinéaste ne pouvait laisser libre cours au pouvoir des images pourtant déjà fort éloquentes qu’elle propose. Par exemple, l’aveugle devait-il vraiment être photographe? La narration littéraire devait-elle si lourdement accompagner l’image? D’un film en apparence dépouillé, on en retient finalement un arrière-goût de rococo poétique.

À cette surenchère figurative vient s’ajouter une certaine mollesse du récit. En gravitant autour du thème de la solitude, Catherine Martin demeure toujours à distance de l’univers personnel des quatre protagonistes. Aucune tension liée à l’action, aux passions ou à la moralité ne vient nous déstabiliser d’un côté ou de l’autre à un moment quelconque de l’histoire. Par exemple, même si on sent le désespoir palpable du personnage suicidaire d’Ève Dureanceau, on ne saura jamais pourquoi la belle jeune fille s’enfonce si rapidement dans le gouffre de la mort sans que Fanny ne puisse rien y faire.

Bref, c’est comme si à force d’avoir voulu filmer la beauté des choses, la réalisatrice avait voulu éviter d’insister sur les problèmes de ses personnages. Or la beauté ne brille-t-elle pas encore plus au cœur même de la noirceur des crises, de la souffrance ou de la laideur?

Ces réserves ne devraient toutefois pas vous empêcher de voir ce film. Catherine Martin fait partie de ces cinéastes résistant à l’air du temps «qui voient le cinéma comme un art et qui se posent des questions personnelles, qui le voient comme une souffrance, comme un don, une obligation» comme le définissait Tarkovski.