D'UN INTÉRÊT SOUTENU
Breach (La brèche)
par Daniel Rioux
Journal de Montréal
19-02-2007 | 16h25
Il n’y a rien de meilleur qu’un film d’espionnage quand il est fait selon les règles del’art: beaucoup d’action, un rythme trépidant, de jolies filles et des échanges de coups de feu qui se
terminent par la capture du méchant Boris. Rien de tel cependant dans le saisissant drame d’espionnage
Brèche (
Breach).
La fiction n’est pas au rendez-vous et les acteurs priment sur l’action. Comme ça s’est passé pour de vrai à Washington en 2001 quand le FBI a réussi à démasquer un cadre supérieur de l’agence, Robert Hanssen, qui avait espionné en toute impunité durant 22 années pour le compte du KGB. L’annonce de l’arrestation du plus infâme traître et espion de l’histoire américaine avait monopolisé l’attention, mais un élément-clé de l’enquête avait été tenu secret et jamais divulgué dans les nombreux ouvrages publiés dans les mois suivant la capture de Hanssen.
Brèche relate pour la première fois le travail d’enquête du principal responsable de ce dénouement spectaculaire. Employé obscur du FBI et en période de formation, Eric O’Neill est entraîné dans cette histoire quand la direction du FBI lui demande de colliger les moindres détails de la vie de Hanssen en arguant qu’il est un obsédé sexuel et que sa conduite est nuisible à l’image de l’agence fédérale.
Le traquenard
Nommé adjoint de Hanssen, O’Neill espionne son patron et finit par découvrir le véritable enjeu de
cette enquête: Hanssen n’est pas qu’un obsédé sexuel, il est surtout responsable de la plus importante fuite de documents secrets des services de renseignements.
Le réalisateur Billy Ray a fait un travail méthodique en appuyant une stratégie privilégiant le jeu des acteurs plutôt que des scènes d’action. Et aux décors flamboyants qui marquent traditionnellement ce genre de film, il a préféré l’austérité des lieux de travail dans l’édifice du FBI et un éclairage drabe et sans éclat, une chose impensable dans tout film d’espionnage qui se respecte…
Son film retrace une période de deux mois d’enquête jusqu’à sa conclusion. Les acteurs professionnels incarnent les vrais acteurs de ce drame pour le moins inimaginable et jouent le jeu à merveille.
Une solide distribution
Chris Cooper se glisse dans la peau de l’espion avec un réalisme stupéfiant et donne le ton à
cette étude de caractère aux enjeux vitaux pour la nation. On saisit le péril de la mission
de O’Neill, joué par Ryan Phillippe, quand Hanssen commence à douter de sa loyauté et cherche
le traître dans son entourage alors que l’étau se resserre.
Eric O’Neill se retrouve finalement le personnage le plus impliqué dans cette aventure et Ryan
Phillippe se démène dans presque toutes les scènes du film. Avec Hanssen, avec l’agent spécial Kate Burroughs (Laura Linney), qui supervise son travail de filature, et avec son épouse, Juliana (Caroline Dhavernas), qui ignore tout de sa dangereuse mission et qui broie du noir alors que
leur récent mariage bat de l’aile.
L’intrigue, solide, est d’un intérêt soutenu du début à la fin par le jeu des acteurs et une réalisation sensible qui installe une promiscuité qu’aucun film de fiction ne tolérerait. Et c’est authentique! À voir, malgré certaines longueurs.