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Notre critique - Ma fille, mon ange
Cote des internautes
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Cote de Canoë
3/5

NOTRE CRITIQUE

Ma fille, mon ange

Vu et commenté par Martin Morin
16-02-2007 | 00h40
«Laurence Leboeuf». Voilà ce que je sers comme réponse à tout ceux qui me questionnent sur les qualités de la première réalisation du directeur-photo Alexis Durand-Brault. S’il faut voir Ma fille, mon ange, c’est pour elle. Pas exclusivement, mais presque. Parce que le reste, il faut le dire, exige un grand effort de laisser-aller.

Pas que les autres interprètes ne méritent pas mention, bien au contraire. Michel Côté en père éploré et inquiet la joue juste, comme à son habitude. Exactement ce que l’on attendait de lui. À mi-chemin entre son interprétation dans Omerta et celle de C.R.A.Z.Y. Une interprétation rassurante certes, mais voulait-on être rassurés à ce point? Vivement un changement de ton pour cet excellent interprète à qui on offre malheureusement trop souvent des rôles qui se moulent aisément les uns dans les autres.

Karine Vanasse, à qui l’on prêtait l’intention de vouloir casser son image de jeune fille proprette, semble ramener son personnage tourmenté qu’elle avait prêté à Jean Beaudin l’instant d’un Sans Elle. Fort juste dans Ma fille, on ne peut pas dire que sa Nathalie Dagenais rencontre les attentes suscitées. Mais en cela, on ne peut blâmer l’interprète, qui fait avec ce qu’elle a à se mettre sous la dent.

Pierre-Luc Brillant, Nicolas Canuel et Christian Bégin, notamment, entourent de belle façon les interprètes principaux et jouent à la hauteur de leur talent. Dominique Leduc, qui interprète Jeanne (la mère de Nathalie), est un mystère. Comment peut-on offrir à cette comédienne qui excelle au théâtre un rôle aussi convenu, décharné, dont les répliques semblent avoir été écrites à la sauvette entre deux prises de vues? Elle mérite nettement mieux, et les spectateurs aussi. Un triste constat.

L’histoire

Nathalie Dagenais (Vanasse), fille unique de Germain et Jeanne Dagenais, profite des avantages d’une famille bien nantie de Québec. Son père, avocat de formation, a des vues sur un poste de député au sein du gouvernement; on le dit ministrable. Maman est une femme au foyer invisible. Nathalie déménage à Montréal – la ville du vice – avec sa meilleure amie Angélique Ménard (Leboeuf) pour y poursuivre ses études universitaires.

Entre deux rédactions de discours, papa se divertit en visitant des sites pornographiques. Un soir, une surprise de taille l’attend : il reconnaît Nathalie, dans une vidéo où celle-ci convie les internautes à une rencontre de clavardage osé. Il prend le soir même la décision de se rendre à Montréal, dans le but d’extirper sa fille des mains odieuses qui l’ont entraînée dans le monde sans scrupule du divertissement pour adultes.

Entre deux prises de vues léchées - le Montréal vu à travers les yeux de Durand-Brault vaut le déplacement - une question revient constamment en tête tel un mantra: mais pourquoi diable ce père à la réputation enviable défonce-t-il tant de portes ouvertes?

Scénarisation 101

Nathalie n’est pas une vedette du porno. Loin s’en faut. Son déménagement montréalais n’est pas le résultat d’une fuite de tensions familiales, tout semble aller au beau fixe. Elle n’est pas accaparée de dettes, n’affiche aucun problème de consommation, n’a pas été entraînée dans le « vice » par un proxénète cupide et autoritaire. Rien de tout cela. Un kick de jeunesse, voilà comment elle définit son geste.

Mais rien n’y fait. Germain Dagenais est déterminé à retrouver sa fille, à qui il n’a pas parlé depuis… deux jours. Il ne reculera devant aucun stratagème pour sauver sa fille des griffes de… Bin voilà. De qui au juste? D’elle-même? La jeune fille est très saine merci. Il aurait mieux fait de s’occuper d’Angélique, danseuse addict qu’il retrouve dans un bar et qui se dirige à vitesse grand V dans le cul-de-sac de la déchéance. Mais rien, aucune empathie. Il l’aidera financièrement, mais seulement en échange de renseignements qui le mèneront vers sa progéniture ouatée qui n’en demande pas tant.

L’effort de laisser-aller mentionné précédemment mérite explications. Alexis Durand-Brault suit à la lettre les préceptes du bon film dramatique. Retours en arrière en guise de mise en forme, montée de tension, personnages secondaires qui assistent le personnage principal dans sa quête et tutti quanti. Cette quête, elle doit trouver son aboutissement à l’intérieur de 90 minutes. Et toc, c’est là que le bât blesse. Toujours présent au bon moment, Germain n’a qu’à faire 1+1=2 et hop, les éléments du casse-tête s’imbriquent les uns dans les autres avec une facilité déconcertante. Je ne suis pas un partisan des fins alternatives. En fait, je déteste l’idée. Si un réalisateur assume le fait de tourner son film ou le film d’un autre, il doit en assumer tout le processus, y compris la chute de son film. Proposer des fins alternatives, c’est à mon sens se travestir. Pour Ma fille mon ange par contre, je vais ranger mes scrupules au placard et espérer de la sortie DVD une fin assumée, un ‘punch’ qui se tient. Car la fin bâclée du film - et c’est un terme excessivement poli – est d’un risible consommé.

Je vous ai parlé de Laurence Leboeuf? L’ange du film est Nathalie Dagenais. C’est pourtant son démon - Angélique! - qui vole la vedette. Non elle ne la vole pas, elle l’arrache.