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Une copie conforme de qualité - Rocky Balboa
Cote de Canoë
3/5

UNE COPIE CONFORME DE QUALITÉ

Rocky Balboa

Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
20-12-2006 | 09h50
Rocky Balboa aurait pu être une effroyable catastrophe dans le genre de Rocky IV et Rocky V. Sylvester Stallone s'est heureusement souvenu qu'il avait pris part à un grand film nommé Rocky il y a 30 ans. Et c'est cet univers qu'il revisite avec doigté et nostalgie.

Le plus grand mérite de Stallone avec Rocky Balboa est de s'être souvenu que les protagonistes de la franchise Rocky ont été des personnages avant de devenir des clichés ambulants. Et il s'est appliqué à leur redonner du tonus au plan humain.

Rocky (Sylvester Stallone), en ce qui le regarde, n'essaie point de passer pour un boxeur âgé de 40 ans. Les rides sont authentiques, même si Stallone est dans une forme physique qu'envieraient bien des hommes vingt ans plus jeunes.

Bien plus que le poids des années, Rocky porte sur ses épaules la disparition de son épouse, décédée du cancer dix années plus tôt, et le rejet relatif imposé par son fils (Milo Ventimiglia), qui tente de se faire un prénom.

C'est par l'entremise sa femme disparue et de ce fils distant que Stallone livrera quelques-uns des meilleurs moments du film, notamment ce périple dans les lieux d'antan (l'animalerie, la patinoire, le gym de Mickey) avec le beau-frère Paulie (excellent Burt Young), qui n'a aucune raison de vénérer le passé, qui n'a pas été très bon pour lui.

Rocky Balboa, étonnamment, est un film verbeux, du moins dans le contexte des précédents volets et dans les limites d'élocution de Stallone, qui joue à fond la carte de son charme désuet avec Marie (Geraldine Hughes), peut-être la seule qui lui permet d'oublier quelque peu Adrian.

C'est avec sa fierté, son passé, son remords et son fils que Balboa s'entre-déchire durant les deux tiers du film où il n'y a aucun combat et aucun entraînement. Ce que le film perd en valeur entertainment, l'une des forces des Rocky II et Rocky III, il le comble en profondeur.

Évidemment, le jeu informatisé qui démontre que Balboa, au sommet de sa forme, battrait l'actuel champion des poids lourds (Antonio Tarver) va ramener Rocky dans le ring pour un combat d'exhibition, comme il y a trois décennies.

Pas crédible de voir un gars de 60 ans se battre contre un pugiliste près de 30 années plus jeune? En effet. Mais ça n'était guère mieux quand des boxeurs comme Larry Holmes et George Foreman ont étiré leur carrière jusqu'à tout près de la cinquantaine.

Stallone se sert bien de la réalité pour enrober sa fiction. Il dépeint aussi à merveille le monde de la boxe, où les actuels champions des lourds n'ont pas la moitié du charisme des anciens tels Ali, Foreman, Frasier et même Mike Tyson, qui fait une courte apparition.

Mesure

Stallone a juste pris soin que le combat - si violent soit-il - ne soit pas une boucherie invraisemblable comme le combat contre Mr. T. dans Rocky III et celui face à Dolph Lundgren, le Russe gonflé aux stéroïdes de Rocky IV.

N'empêche, malgré ses qualités, Rocky Balboa ne se révèle finalement qu'une copie conforme de la structure du Rocky original, nostalgie en prime. De champion improbable à champion retraité, Rocky demeure le négligé et sympathique bourru qui veut vivre encore une fois le rêve américain dans ce qu'il a de plus improbable.

Sauf que pour la première fois depuis 25 ans, nous sommes prêts à y croire le temps d'un film, dans la mesure où ça ne lui donne pas l'envie de faire un Rocky VII.

Un film de Sylvester Stallone. Avec Sylvester Stallone, Burt Young et Antonio Tarver.