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Notre critique - Histoire de famille
Cote de Canoë
3/5

NOTRE CRITIQUE

Histoire de famille

- Vu et commenté par Antoine Godin
27-01-2006 | 00h40
À l'idée de s'exposer volontairement au visionnement d'un film d'une durée de 2h45, on est toujours un peu crispé comme le disaient si bien quelques journalistes présents au cinéma Beaubien pour la projection du film Histoire de famille. Si un film de 3 heures peut quelquefois sembler très court, ce ne fut pas le cas pour ce qui me sembla durer exactement 2 heures et 45 minutes.

Deux heures quarante-cinq minutes assis dans un fauteuil à regarder l'album de famille. Notre famille. La famille québécoise de 1959 à 1976. Vous connaissez ce sentiment? Ce sentiment ambigu de bonheur et d'ennui qui s'installe lorsque, après un souper avec quelques membres de votre famille, la tante à qui vous ne pouvez rien refuser sort les albums de photos.

L'éclair de déception dans votre regard passe inaperçu sous l'enthousiasme poli du groupe pour finalement s'éteindre rapidement devant le plaisir que vous éprouvez à revoir quelques souvenirs défiler sous vos yeux. Mais ce moment de contentement s'atrophie devant la redondance des sujets et la récurrence des photos banales, et la lassitude s'installe définitivement.

Alors que je visionnais le film, je ne pouvais m'empêcher de trouver que la facture était très télévisuelle à plusieurs points de vue, notamment par ses nombreuses scènes de lit et d'oreiller. Ce n'est que le lendemain que j'ai appris qu'il s'agissait effectivement d'une télésérie qu'on avait adaptée au cinéma. C'est le distributeur Christal Films qui a proposé au réalisateur Michel Poulette de faire de la télésérie Histoire de famille un film.

Il s'agissait littéralement de couper une télésérie de 5 heures déjà écrite et tournée. Défi presque impossible à relever quand on sait que l'art de faire un film diffère de l'art de faire une télésérie sur tous les plans: l'écriture, l'image et le montage. Les artisans au montage ont certainement fait des pieds et des mains pour aboutir à ce qui ressemblerait le plus à un film digne de ce nom. Leur obstacle principal était le scénario, parfait pour une télésérie mais trop diffus pour un film.

L'histoire diffuse nuit au rythme du film qui ne parvient pas à complètement nous captiver, à nous faire oublier que nous sommes dans une salle de cinéma. La famille Gagné se disperse dès 1960, au début du film, alors que Robert (Luc Proulx) et May (Danielle Proulx) cèdent leur ferme des Cantons de l’Est à leur aîné, Pierre (Louis-Philippe Dandenault) pour déménager à Montréal.

Nous découvrons ainsi non seulement la vie de la famille Gagné mais le parcours de chacun de ses six membres. Imaginez suivre les péripéties de six personnes qui habitent en des lieux différents sur une période de 16 ans! Cette formule permet de donner de l'épaisseur à chaque personnage dans le cadre d’une télésérie, qui sera très bonne en passant, mais devient un peu trop concentrée pour un film. Simple, dirons-nous, attachons-nous au personnage principal et élaguons. Que non! Chaque personnage est indispensable puisqu'il symbolise un moment de l'histoire québécoise.

Comme se plaît à le dire Michel Poulette, cette saga ne raconte pas comment la famille Gagné est passée à travers la Révolution Tranquille mais plutôt comment la Révolution Tranquille est passée à travers elle. C'est par cette logique qu'on a voulu tirer profit de chacun des personnages en les attachant tous à au moins un symbole fort de la Révolution Tranquille.

Le père participe à la construction du métro et de la Manic, la mère travaille dans le textile pour un patron anglais, fiston flirte avec le FLQ et se retrouve au coeur de la Crise d'octobre, autre fiston devient politicien dans le PQ naissant, etc. Non seulement cette famille en devient un peu trop porteuse de tous les stéréotypes, mais ce désir de «traverser» la famille Gagné rend les clins d'oeil historiques parfois trop prononcés et mal intégrés au propos.

Il en ressort un effet un peu plaqué, une osmose incomplète entre l'histoire propre de la famille et l'histoire du Québec, comme si les personnages n'étaient dans leurs mobiles que de simples prétextes menant à une scène historique.

C'est là la plus grande différence entre C.R.A.Z.Y. et Histoire de famille. Fruit d'un projet cinématographique longtemps mûri, C.R.A.Z.Y. racontait une histoire s'inspirant de l'expérience de vie de Jean-Marc Vallée et de François Boulay alors que Histoire de famille a pour but premier de nous replonger dans des événements liés à la Révolution Tranquille par le truchement d'une histoire de famille écrite pour la télévision.

Histoire de famille n'est pas un mauvais film et je ne voudrais pas laisser l'impression qu'il s'agit d'un film raté. Les acteurs de cette excellente distribution jouent merveilleusement bien et plusieurs moments forts viennent nous chercher émotivement. En ne s'attendant pas à voir un film de valeur égale à C.R.A.Z.Y. et en ayant en tête qu'il s'agit d'abord d'une télésérie, Histoire de famille vaut le détour. Si vous êtes assez patient, vous pourrez vous contenter de visionner l'album de famille complet de 5 heures dans votre salon.