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Michel Vézina - Tarquimpol

MICHEL VÉZINA

Tarquimpol

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26-04-2007 | 16h54
Les saisons littéraires sont à l’image du monde dans lequel nos livres se débattent. Des livres paraissent et garnissent les tablettes des librairies, puis sont rapidement retournés à leur éditeur. Trop rapidement, dans plusieurs cas. De ces innombrables titres qui passent inaperçus, certaines perles s’échappent sans qu’on ait eu le temps d’en parler, sans qu’on ait pu les laisser vivre. Même si bon nombre de ces titres ne valent pas mieux le pilon qui les guette, des émois profonds passent inaperçus, alors que nous gagnerions tant à nous y plonger.

Tarquimpol (Alto), de Serge Lamothe, est paru en février et presque personne n’en a encore parlé. C’est totalement sidérant, puisqu’il s’agit d’un des titres les plus attrayants de l’hiver. Vous me demandez pourquoi je n’en ai pas parlé avant? Bonne question. Sais pas. Aucune idée. Depuis que je l’ai lu, je me le promets pourtant. C’est la vie qui est comme ça, on reporte, on reporte... Alors, vieux motard que jamais!

De tous les titres avalés depuis Noël, Tarquimpol est un de ceux qui me collent le plus à la tête. La plume de Lamothe est toujours difficile à oublier, mais dans cette histoire d’amour utopique et impossible à la fois, elle est d’une dextérité et d’une qualité totalement admirable. Les phrases s’agrippent au cœur, à la peau, pour former autant de petits îlots auxquels on veut s’accrocher pour comprendre la vie, l’amour, la mort...

D’une simplicité magnifique, l’histoire de ce chercheur épris de l’œuvre et de la vie de Franz Kafka accroche et touche. La langue est à la fois désarmante et envoûtante: le narrateur s’adressant à lui-même à la deuxième personne du singulier n’est rien moins qu’un tour de force qui confère au texte la plus grande part de son impression de mystère. La force de son questionnement, tant en ce qui concerne l’univers de Kafka que les grandes questions qu’il se pose quant à la manière d’aimer, ne nous quitte jamais d’une semelle, d’un bout à l’autre de ce roman exquis.

Est-il possible d’aimer de manière non exclusive et non restrictive? Sommes-nous contraints à un modèle prescrit? Notre manière d’envisager nos rapports amoureux n’est-elle plus adaptée à notre monde moderne? Tarquimpol, avec sa finale tout à fait déroutante, pose la question en nous entraînant avec souplesse et efficacité dans la vie de ce narrateur d’une douceur et d’une intelligence rares, capable de poser sur sa propre vie un regard franchement étonnant de lucidité et de liberté.

Prix Archambault

Belles surprises du côté des prix Archambault. Roxanne Bouchard remporte le Prix pour la relève pour Whisky et paraboles (VLB), et Fred Pellerin se sauve avec le Grand Prix, pour Comme une odeur de muscles (Planète rebelle).

Deux amis, deux jeunes plumes attachées au terroir et à l’histoire de notre littérature comme à celle de nos arts populaires, les deux lauréats font l’effet d’un courant d’air vivifiant dans notre paysage littéraire souvent sclérosé. Mais si l’attribution du prix pour la relève, remis par un jury, ne soulève aucune question, celle du Grand Prix a quelque chose d’ironique et de révélateur.

Or, ce que je vais écrire ici n’a rien à voir avec Pellerin lui-même, que j’aime réellement et que je respecte tout autant. Je ne fais que relever une incongruité générale plus qu’un cas spécifique.

Dans son discours de réception, Pellerin a affirmé qu’il ne se prétendait pas écrivain, «mais un gars de parlure». N’est-il pas troublant que quelqu’un qui ne se considère pas comme un écrivain remporte un prix littéraire? Sans rien enlever au travail de Fred, et encore une fois je le répète, je porte le conteur de Saint-Élie en très haute estime, il est normal de se demander si le prix Archambault lui a été décerné pour son livre ou pour la renommée qu’il s’est construite au fil de son excellent travail de conteur. C’est un peu comme il y a deux ans, quand mon collègue Avard avait reçu le même prix. L’a-t-il vraiment reçu pour la qualité de son roman, ou pour la popularité des Bougon?

Presque tous les autres nominés, moi le premier, se doutaient très bien que leurs chances de victoire étaient plutôt réduites...

Le Prix pour la relève est quant à lui attribué sur la base d’un jury, et on ne peut que se féliciter de son choix: Whisky et paraboles mérite tous les honneurs!

Metropolis bleu

Ce petit festival hautement intéressant et instructif se déroule ce week-end à l’hôtel Delta (www.metropolisbleu.org/festival). Un programme enlevant, brillant, intelligent et éclectique où la rencontre est encore possible. J’y serai vendredi et samedi!