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Marie-Louise Arsenault - The Marilou show
  Marie-Louise Arsenault

MARIE-LOUISE ARSENAULT

The Marilou show

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10-05-2007 | 04h00
Cette semaine, c’est décidé, je vais vous raconter ma vie.

Après tout,la confession est à la mode, et l’occasion est trop belle pour ne pas la saisir, alors que Prochaine sortie et Libre échange, les seules émissions culturelles présentes dans la programmation de nos deux chaînes publiques, viennent d’être retirées des ondes.

Encore une fois, on bousille tout et on repart à zéro.

Un cauchemar récurrent devant lequel plus personne ne s’insurge, tellement on a tous l’impression de radoter.

Étant donné que l’ampleur du marasme l’exige, je vais vous raconter ma vie dans l’univers rocambolesque et très malsain de la culture à la télé, cette chose rebutante et étrange dont personne ne veut, tout en se sentant obligé d’en produire.

Replongeons-nous donc en 1993, à TVA, alors que naît et meurt Génération T.

J’ai 24 ans, je suis totalement inconnue et je me retrouve, avec mes amies, Les Sœurs T., (Marie-Claude Dionne, Marie-Chantal Perron, Yanie Dupont-Hébert et Joanne Comte), à coanimer cette émission sans plogue, aux propos vaguement culturels, qui oscille constamment entre la réalité et la fiction, la couleur et le noir et blanc, où Marcel Leboeuf se fait attaquer par un travesti et Marie-Chantal Perron converse avec des roches, entre autres choses.

On est à TVA, dois-je vous le rappeler. En 1993. Vous comprendrez, qu’après l’égarement qui a été à l’origine de notre embauche, les patrons de l’époque ont fini par reprendre leurs sens.

On s’empressa d’ailleurs de nous déménager deux ou trois fois dans la grille horaire, puis de nous «flusher» (c’est le terme usuel) avant de nous remplacer par Star Plus, une émission produite par Guy Cloutier, qui avait beaucoup de pouvoir à l’époque, à TVA.

Les temps ont bien changé.

En 1995, toujours au cœur de l’action, je participe aux débuts de Flash à TQS, une émission qui dure encore, qui vient encore une fois de changer d’animateur et qui s’est beaucoup transformée depuis sa première incarnation.

Au départ, avec Sébastien Benoît, nous étions deux à tourner trois ou quatre reportages par jour, à en monter deux autres et à faire un duplex en direct chaque soir.

L’usine. Un véritable fourre-tout où, dans le même épisode, on pouvait trouver, un fan collectionneur des reliques de René Simard et une interview en direct de la première d’une pièce de la troupe Momentum.

Pour résumer, comme le disait si bien, l’un de nos fidèles, expressifs et très compétents caméramans de l’époque: «On n’en ratait pas une.» Je me contenterai d’ajouter que les vedettes populaires, bien que primordiales, étaient loin d’être aussi incontournables qu’aujourd’hui.

En 1999, après quatre ans à Flash, toujours aussi culturelle, je suis choisie pour coanimer Jamais sans mon livre, une émission littéraire diffusée à Radio-Canada, qui se remettait en selle, quelque temps après la disparition de Sous la couverture, qu’animait Suzanne Lévesque.

Vous me suivez toujours? En nous embauchant, Maxime-Olivier Moutier, Sylvain Houde et moi, Radio-Canada voulait rajeunir la façon dont on parle de littérature à son antenne, donc exit les vieux.

On sentait déjà dans l’air le manque de foi qui marqua les dernières années et qui finit par servir de prétexte vicieux au désastre actuel.

Mais, à l’époque, tout tenait encore. En apparence, du moins. Évidemment, Jamais sans mon livre n’avait aucune promotion, était diffusée plein milieu de l’après-midi, le dimanche, mais elle existait.

En 2002, lorsqu’on nous a retirés des ondes, on a vaguement invoqué des raisons de faiblesse d’auditoire et de réorientation du discours sur la culture, dont on parlerait désormais dans les bulletins de nouvelles, entre un topo sur le Viaduc de la Concorde et un potin sur George Clooney.

C’est ainsi que quatre années ont passé, avant que l’on ne voie réapparaître une émission aux prétentions culturelles à Radio-Canada, Prochaine sortie, qui n’aura duré qu’un an.

Pendant ce temps, je me suis retrouvée à Télé-Québec, à animer Écran libre, qui traitait d’actualité cinématographique et qui remplaçait Le Septième, que l’on jugeait trop pointu.

Après une saison, Écran libre a été remplacé par Libre échange, (ça ne s’invente pas), qui marqua le retour de Suzanne Lévesque, qui sera finalement elle-même remplacée par Ça manque à ma culture, qu’animera Serge Postigo, à compter de septembre prochain.

C’est là qu’on est rendu. Dans un perpétuel, maladroit et inutile recommencement. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai une très légère mais persistante nausée.