J'arrive de chez Maxi. Il y faisait une chaleur torride dans l'aire de stationnement. Juste en face, de l'autre côté de la rue Masson, une grande piscine vide nous offre la désolation de sa sécheresse.
Bon! Deux concombres, une laitue Iceberg, un sac de farine de sarrasin, un gobelet de mélasse, un paquet de cigarettes Mark Ten et v'là t'y pas que je tombe sur le Journal de Montréal d'hier, le samedi 20 mai 2012. Des photos chocs! Des images qui auraient pu nous arriver du Moyen-Orient! Du feu! De la fumée! Des policiers armés pointant leurs armes aux canons fumants sur des manifestants masqués aux pancartes montées sur des poutres, des jeunesses ensanglantées, filles et garçons en détresse, des ainés prisonniers de l'émeute!
Mais bout de merde! Qu'est-ce que c'est que cette histoire-là? Qui sont les responsables de ces horreurs civiles? Des arrestations en masse! Des blessés! Des innocents, victimes d'une police incompétente, incapable de cibler les anarchistes psychopathes, dissimulés dans la foule légitimement et pacifiquement revendicatrice, et de les neutraliser!
Alors ces diplômés de l'école de police frappent aveuglément, les passants, les touristes, les clients attablés aux terrasses! Ces bacheliers en techniques policières, ces spécialistes des mouvements de foule, ces techniciens en résolution de crises civiles sont débordés et se laissent emporter par l'ivresse de l'émeute!
Et ces petits et petites mecs des associations étudiantes, que dire d'eux! Des apprentis sorciers enivrés par leur pouvoir? Des aveugles? Ne voient-ils pas qu'ils ont été récupérés depuis le début par des groupuscules anarchiques assoiffés de violence et de délinquance? Ne voient-ils pas qu'ils ne sont plus les maîtres de cette danse qui s'approche d'une mort annoncée? Ne comprennent-ils pas qu'ils envoient des milliers de manifestants pacifiques se mettre à la merci d'une poignée de psychotiques débiles qui donnent à la police le signal de la charge?
Et pourquoi tout ça? Pourquoi ce désordre et ce tumulte? Pour protester contre une hausse de frais de scolarité? Plus maintenant! C'est absurde et obscène! Ça va coûter plus cher aux gouvernements provincial et municipaux en frais de surtemps policier et en poursuites pour dommages divers causés par les manifestations que les quelques petits millions récoltés par la hausse des frais de scolarité imposée! Ça va endetter les étudiants qui n'auront pas déposé d'injonction de retour en classe pour se démarquer des autres, de dizaines de milliers de dollars! Des amendes individuelles qu'ils devront payer jusqu'à la fin de leurs jours et peut-être même transmettre à leurs successions puisque les associations étudiantes ne sont pas reconnues au «collectif» comme des syndicats.
Et attendez! Les poursuites civiles contre les étudiants s'en viennent! Ça fait quoi ça, Monsieur Jean Charest? Une génération de perdue? Peut-être deux avec les retombées psycho-sociales contaminantes d'une génération sur la suivante? Ça fait quoi ça, Jean Charest, dans l'Histoire du Québec? Ça fait quoi ça, Monsieur le premier ministre, de constater qu'il y a des Québécois qui refusent de vous laisser jouer à Machiavel sur leurs dos? Avec leurs richesses naturelles! Avec leur avenir! Avec leur démocratie et leur liberté! Avec ce qu'ils ont de plus précieux: leur Québec! Notre Québec que vous êtes en train de diviser pour nourrir votre orgueil!
Vous n'agissez pas en bon père de famille, Monsieur Charest! Vous n'agissez pas en Québécois! Votre refus de maintenir le gel des frais de scolarités étudiantes n'est qu'une mascarade pour cacher des tractations d'occupation internationale de notre Nord! Vous êtes un assoiffé de pouvoir, tout comme ces représentants étudiants, futurs avocats qui suivront sans doute votre exemple! Une guerre d'orgueilleux qui ne s'arrêtera que lorsque la mort aura récolté sa part!
Vous avez le pouvoir d'arrêter tout ça, Jean Charest! Faites-le donc avant que le point de non-retour ne soit atteint! Faites-le avant que les rues de Montréal ne deviennent le dépotoir des sans foi ni loi internationaux! Avant que des Québécois ne meurent de votre sottise entêtée. Il ne s'agit plus de frais de scolarité! Il s'agit de la paix sociale québécoise! Il s'agit du respect des libertés individuelles et de la démocratie! Vous perdrez sans doute la face devant quelques richards à l'affût de votre Plan Nord, mais vous gagnerez certainement le coeur et la confiance des Québécois...
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Pendant des années, j’ai tenté de lire Le Quatuor d’Alexandrie, de Lawrence Durrell, en vain. Je savais que c’était un très grand roman. Je le savais, je le sentais, je le humais en tournant les pages, très découragé de ne pas y accrocher. Et puis un jour, ça y était, j’ai dévoré les quatre tomes.
Ça ne s’est pas encore produit pour À la recherche du temps perdu, de Proust, que j’ai commencé 15 fois dans ma vie. Ça ne s’est pas encore produit avec Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry, que j’ai, plus jeune, lu au complet en attendant l’étincelle. Et pourtant, c’est un grand livre.
Le roman qu’on lit aujourd’hui est teinté du monde qui nous entoure, des sentiments qui nous traversent, des opinions qui nous forment, des événements qui se produisent.
Le roman qu’on lira demain ne sera pas le même. Nous ne serons plus les mêmes.
Le monde, peut-être, ne sera plus le même.
J’avais adoré l’an dernier le premier tome du Dragonville – porcelaine, de Michèle Plomer. Ma seule réserve était d’être resté sur ma faim, puisqu’il s’agissait d’un premier tome de plus de 300 pages, peut-être, mais écrit gros et aéré. Je craignais qu’entre deux tomes, mon intérêt baisse. Et c’est exactement ce qui s’est passé.
Le second tome, Encre, n’est pas mauvais, loin de là. Mais il ne s’agit pas d’un second livre (comme Durrell, par exemple, dont les quatre parties se suffisent à elles-mêmes) mais d’une suite, comme si le roman avait été plus ou moins arbitrairement coupé en trois et publié en tranches.
Or, un an plus tard, je n’avais plus en tête le détail des péripéties du premier tome, et j’abordais donc le second avec un handicap qui sera celui de tous ceux qui n’ont ni le temps ni l’inclination de relire le premier avant d’attaquer le second.
Évidemment, la situation de ce printemps de plus en plus violent n’aide pas à se concentrer sur une histoire de villégiature d’été sur le bord d’un lac québécois et de la fuite d’un coolie chinois vers l’Amérique du début du vingtième siècle.
Sans doute est-ce pour cela (je donne la chance au coureur) que j’ai senti des longueurs dans le texte, «du slaque dans la poulie», une certaine tentation de «faire des pages» au détriment du récit.
Mais si ce n’est pas la situation du Québec qui entache ma lecture, alors c’est le roman lui-même, dans sa volonté de se déployer sur trois tomes, et qui n’en a pas la puissance.
J’avoue ne pas comprendre cette stratégie éditoriale. Mon fils attendait depuis plus d’un an la traduction du quatrième tome de Eragon, de Christopher Paolini. Mais il s’agit d’un roman de 900 pages écrit serré, on ne peut demander à quiconque de lire plus gros livre, et/ou traîner avec soi plus grosse brique, au risque de se briser le dos! Dans ce cas, l’ampleur du livre exige la publication en plusieurs tomes.
Mais c’est loin, très loin d’être le cas du Dragonville de Michèle Plomer.
Je connais bien l’éditrice de Marchand de feuilles, Mélanie Vincelette, elle-même romancière et nouvelliste hors pair, qui fait depuis plusieurs années un magnifique travail éditorial.
Mais je m’explique très mal pourquoi elle n’a pas attendu d’avoir l’ensemble du livre sous les yeux (car il s’agit bien d’un seul et unique livre) avant de le publier soit en deux ou trois tomes, mais séparés par une seule saison, soit en un seul tome un peu resserré de 700 pages dans une police de caractère qui ne ressemble pas à du texte pour enfant.
On dira que je chipote. On dira que ce n’est pas à un éditeur concurrent de faire la leçon aux autres. Mais je vous garantis que c’est le lecteur qui parle, celui qui a pris tellement plaisir à la lecture du premier tome qu’il est très déçu de ne pas récidiver au second.
Avons-nous peur des gros livres? Avons-nous trop hâte de publier? Souffrons-nous d’empressement, d’une sorte d’impatience propre à la jeunesse relative de nos maisons d’édition?
Je ne sais pas. Je pose les questions. Je suis seulement déçu de ne pas jubiler, alors que les tomes 1 et 2 de Dragonville auraient tout pour que ce soit le cas.
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => La nouvelle saison propose son lot de bonnes nouvelles... [content] =>Toujours est-il que je suis sorti pour aller conduire mon garçon BBLou au parc Beaubien. Il s'en allait rejoindre ses amis pour faire de la planche à roulettes et taquiner les filles. Ça, il ne me l'avait pas dit mais j'en ai vu deux qui se balançaient dans les petites balançoires de bébé et qui avaient l'air heureuses de le voir arriver.
Ça fait que je suis reparti sans me retourner pour aller mettre dix piasses d'essence dans la fourgonnette et acheter chez Maxi une petite pinte de lait, une tarte au chocolat McCain en vente, deux petits casseaux de chocolat avec des petits bâtons en pâte sucrée pour la collation de demain, six petits jus de pomme Choix du Président en vente, et six bagels au césame Gadoua.
Alors là, chers amis, j'ouvre une parenthèse pour vous confier que souvent je préfère utiliser mon language canadien-français traditionnel, qu'on ne devrait pas insidieusement nommer le «joual» par respect pour nos arrières grands-parents, plutôt que le littéraire conventionnel. Là-dessus, je vous suggère de visionner le film de Pierre Perreault, pour le compte de l'ONF, portant sur la commémoration de la pêche à la baleine blanche au milieu du Saint-Laurent.
Tout comme Picasso qui peignait d'indiscibles toiles en ayant l'air d'un peinturluron qui ne sait pas dessiner, tout comme Picasso, qui à l'encontre du gribouillage savait rendre des images d'un réalisme «supra-photographique», je me plais à pratiquer la torture grammaticale et syntaxique imposée par la maîtrise de l'écriture et du parler d'une langue étrangère, le français de France, pour ensuite me délecter, que dis-je, me goinfrer d'impudicités langagières étoilant mon parler québécois originel.
Quoi qu'il en soit, j'en arrive à mon attente de deux chèques, l'un afférent à mon fim Bulldozer, et l'autre à mon film Vie d'Ange, qui ont suberbement été numérisés pour faire partie du corpus Éléphant. Vous savez, Éléphant? Le magnifique projet de ce grand patriote qu'est Pierre Karl Péladeau. Quoi! Vous ne connaissez-pas la nature de ce projet devenu réalité?
Alors je vous propose, après avoir lu cette chronique, de revenir à la page d'entrée et de cliquer sur Éléphant. Vous y verrez et vous y comprendrez l'importance de l'idée de Pierre Karl dans l'histoire culturelle du Québec. Il vous faut savoir que le défunt organisme de diffusion Cinéma Libre qui a mis en location mes deux films pendant au moins une vingtaine d'années, ne m'a jamais payé un seul sou de redevances. Et pourtant, Vie d'Ange a été un succès de location. Et pourtant, les gens constituant le personnel de Cinéma Libre se réclamaient de gauche! Des libertaires! Et pourtant, ils étaient tous des travailleurs culturels, contre l'hégémonie des riches et puissants distributeurs!
Et pourtant çi, et pourtant ça, ils ne m'ont jamais payé un sou alors que bientôt le facteur m'apportera deux chèques en provenance de la diffusion de Bulldozer et de Vie d'Ange sur Éléphant. CE SERA LA PREMIÈRE FOIS DEPUIS PLUS DE TRENTE ANS! LA PREMIÈRE FOIS!
Aujourd'hui, j'ai caressé et humé les mignonnes et minuscules feuilles d'un vert céladon des arbrisseaux dont les petits troncs bordant la ruelle percent courageusement l'asphalte. C'est fort la ve! J'ai eu 68 ans le 8 mai. Je devrais être mort! Je vis encore! C'est le printemps...
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Chaque jour, je suis fier de porter mon carré rouge. [content] =>Quand je suis arrivé au cégep Montmorency, en 1980, j'avais 17 ans et je croyais que j'étais poète. Le premier référendum venait d'être battu, mais on n'avait pas encore compris à quel point c'était déprimant.
L'association étudiante, alors, était constituée de communistes à tendance maoïste du Parti communiste ouvrier, le PCO. Ils portaient des chemises à carreaux et ils avaient la barbe drue, les gars, du moins. Les filles portaient plutôt la moustache. (C't'une joke! Come on. Il est vrai que c'était l'époque du poil partout.)
J'avais timidement cogné à la porte des communistes pour demander un tout petit budget afin de mettre sur pied un club littéraire où d'inoffensifs poètes pourraient réciter du Nelligan en se pâmant, et du Lautréamont en se faisant peur. Si je me souviens bien, j'avais demandé 500 $. Les communistes m'en avaient donné le triple. Contrairement à la croyance populaire, les communistes connaissent la valeur de l'argent. C'est pour ça qu'ils veulent changer le monde.
Moins de six mois plus tard, j'étais un des deux représentants pour la région montréalaise de l'Association nationale des étudiantes et étudiants du Québec, l'ANEEQ, et il m'est arrivé d'avoir un chauffeur à moto qui m'amenait faire des discours de grève dans les cégeps de la région. Je n'aimais pas beaucoup la moto.
Les communistes me faisaient un peu rire avec leur paranoïa. Dans leur réunion de cellule, au cas où on serait enregistré par la GRC, on devait s'affubler de pseudonymes (l'équivalent oral du masque). Pour les niaiser, mon pseudonyme était Geoffroi de Malboeuf. C'était drôle de voir ces bûcherons de gauche s'écorcher la langue sur ma particule.
À l'été, je suis parti sur le pouce en Gaspésie, croyant trouver au retour les choses à peu près inchangées.
Erreur. Les communistes étaient partis, et les partis s'étaient dissous, où s'étaient réfugiés dans une demi-clandestinité qui ressemblait à une fuite.
La nouvelle gang de l'Association étudiante s'est fait élire sur la promesse d'un beach party dans l'Agora. Avec du sable.
«Ben coudon», m'étais-je dit. «On verra.»
J'ai vu. Et c'était bien pire que ça.
Ce qui a disparu pendant des années, c'est l'espoir, c'est la tension qui s'installe quand tu tentes de changer les choses et que d'autres résistent. C'est la camaraderie extraordinaire qui s'impose entre ceux qui livrent le même combat. Cette solidarité qu'on chante dans les manifs n'est pas un simple slogan. C'est de l'amour plus grand que soi, qui nous unit.
C'est en le retrouvant que je découvre à quel point il m'était précieux. Oui, c'est vrai, ça m'a manqué. Oui, c'est vrai, je suis content de le retrouver, intact, les yeux encore brillants, plus jeune que je ne le serai jamais. Un amour plus grand que moi.
Et je plains ceux qui, aujourd'hui, ne font pas trois manifestations par semaine. Je plains ceux qui ne ressentent pas cette extraordinaire et bonne fatigue d'avoir oeuvré toute la journée avec des camarades à tenter d'améliorer le sort du monde. Je plains ceux qui ne se sont pas donné la chance de partager, parce qu'ils voulaient protéger leur acquis en fermant leur porte à la rue, pour s'en protéger comme d'une maladie, la peste, ou le choléra. Je plains ceux qui s'enragent et hurlent contre les étudiants. Je les plains de ne pas connaître ce ravissement quand, dans la rue, vaquant à tes affaires, tu croises un autre carré rouge et qu'il te sourit.
À 18, 19 ans, c'était fini pour moi. La gauche s'était évaporée, la solidarité aussi. Je suis rentré en culture comme on rentre en résistance. Le mot capitalisme ne désignait plus rien, mais il régnait sur tout. J'évitais de l'employer, de peur de me faire traiter de ridicule poète épais. Je ne perdais rien pour attendre. On le fait maintenant, à tour de bras. Allez voir les commentaires sous mon blogue du Journal, vous verrez.
À 19 ans, c'était fini pour moi, pour nous. Il restait… la mémoire d'une défaite. J'étais marqué au fer rouge, je le suis encore.
Alors, je lisais, je regardais des films qui traitaient de ce que j'avais à peine vécu. De ce que j'avais eu à peine le temps de vivre.
En 1981, j'ai vu Reds, ce film de Warren Beatty qui raconte l'histoire d'un journaliste américain qui couvre la révolution russe et revient au pays avec des idées de gauche qui sont sévèrement réprimées par le pouvoir en place. Ce film qui est presque passé inaperçu parce que, ben, c'était dépassé, tout ça.
En 1982, j'ai vu Mourir à trente ans, ce documentaire de Romain Goupil sur la révolte étudiante de Mai 68. Et sur le suicide d'un camarade, qui n'a pas réussi à digérer que tous ses efforts ne se résument à rien, à presque rien, parce qu'il est fort, le système, et qu'il cherche par tous les moyens à rester en place, en haut, au pouvoir, et à t'écraser si tu le remets en question.
En 1989, j'ai lu La mémoire des vaincus, de Michel Ra gon, qui raconte toutes les luttes prolétariennes du vingtième siècle à travers une galerie de personnages que l'histoire officielle a banni de ses livres. C'est un roman splendide, c'est un livre très triste. C'est un livre inspirant. Perdre n'est pas toujours une défaite.
Au moment où j'écris ces lignes, je ne sais de quoi la grève étudiante et ce printemps érable auront accouché: d'une montagne ou d'une souris?
Mais, chaque jour, je suis fier de porter mon carré rouge et je suis ébloui par les sourires des inconnus que je croise en marchant dans la ville.
Ces inconnus de tous les âges. Mes camarades au carré rouge.
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Le temps semble élastique j'en conviens, mais en fait, le temps n'existe pas. Le temps est une invention humaine assez moderne qui semble être apparue en même temps que l'exploitation de l'homme par l'homme. Nonobstant cette observation, il faut admettre que le «temps» tel que nous le concevons est une accumulation de «tics» et de «tacs» qui peuvent servir à régler à peu près n'importe quoi entre n'importe qui.
Cependant, à l'origine du sens, ce que nous appelons le «temps» est une vitesse de combustion stellaire continue et le demeurera aussi longtemps qu'il y aura de la matière en fusion. Donc, le «temps» est l'effet d'une masse et de sa vitesse de combustion, ce qui pourrait expliquer sa diversité, son élasticité et son vide d'espace.
Tout au long de la préhistoire le «temps» ne faisait pas l'objet de mesures fines mais plutôt longues, reliées aux jours et aux nuits, aux saisons, aux lunaisons et aux marées. Au cours de l'Antiquité et jusqu'au Moyen-âge, le mesurage s'est raffiné et on mesurait alors le temps de nuit avec des chandelles graduées et le temps de jour avec des cadrans solaires. Il s'agissait toujours de combustion. Il y a bien eu les sabliers, mais que de travail retourner toutes ces fioles!
Il y a quelques centaines d'années, des bijoutiers, s'inspirant de la mécanique des moulins à eau ou à vent, devinrent horlogers et inventèrent une alternative à la mesure du «temps-durée» qui n'était pas basée sur l'observation de la nature. Ils créèrent les premiers robots capables de matérialiser, hors nature, une durée temporelle: le cadran et l'horloge. Ainsi naquirent les «tics» et les «tacs».
Quoi qu'il en soit, Jean-Guy Moreau n'existe plus que dans la mémoire de nos coeurs. Et croyez-le ou non, il nous fait encore rire! Comme dans mon film Vie d'Ange par exemple, où il jouait le personnage d'un chauffeur de taxi à la Pirandello et racontait à ses deux passagers, Elvus Beausoleil et Star Morgan, les ressemblances entre «mener des vies d'anges» et «charrier des déchets».
Comme cette autre fois, avec Robert Charlebois au chalet de feu la mère de Mouffe, la délicieuse Pe, alors que Jean-Guy nous a interprété et mimé Vie d'Ange en japonais durant au moins une bonne heure avancée de la nuit. J'ai tellement ri que j'en avais des crampes derrière la tête et que je suppliais Jean-Guy d'arrêter, ce qu'il ne faisait pas, ce sadique et cruel rigolo! Mais non! Il en r'mettait l'salaud! Il nous avait à sa merci, sachant qu'on peut mourir de rire!
Jean-Guy Moreau était un maître! Un grand maître dans l'art de provoquer le rire spasmodique. Robert et moi avons souffert ce soir là! Si vous voulez revoir Jean-Guy, allez sur Éléphant et sélectionnez Vie d'Ange, vous l'y verrez nous raconter l'histoire des «vies d'anges» et des «déchets» à Paule Baillargeon et à moi...
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Les yeux voilés du plaisir ressenti d'être ainsi libéré de tant d'erreurs divines rejetées du «Grand Plan NOW», il lut à travers le brouillard analogique, en minuscules caractères gothico-numériques ce petit fait divers: «La Terre, petite planète rongée de vicissitudes humano-démocratiques a été exclue du grand plan divin qui, comme on le sait, tient d'une oligarchie triumvirale considérant la démocratie comme une tare pouvant mettre en péril le pouvoir divin d'essence monocratique. Nous offrons nos plus sincères condoléances à toutes les espèces non humaines qui seront malheureusement, elles aussi, exclues de la pérennité éternelle».
«Ah bin bonyeu», se dit le grand archange errant, quatrième mousquetaire du consortium «Dominus Vobiscum», «v'là ma chance!» Saisissant à la volée une naine blanche, Shatan se nettoya l'anus des traces de politiciens pourris mal digérés et plongea à la vitesse de la lumière noire d'anti-photons vers la planète bleue qui virait au gris. Dès son arrivée le malin fut agréablement surpris de constater que Jéhovah et ses associés jetaient leurs choux gras.
En effet, les humains, qui n'étaient pas l'espèce majoritaire sur cette planète, avaient réussi, malgré leurs nombreuses infirmités dont l'écriture et l'appât du gain, avaient réussi, dis-je, à berner la divine omniscience quant au système démocratique que certaines nations puissantes tentaient d'imposer à l'ensemble des sociétés terrestres.
Malgré les apparences d'égalité entre tous et malgré le mirage du pouvoir partagé entre tous, Shatan découvrait que la domination et l'exploitation de la majorité par quelques-uns existaient bel et bien. «Ah bin, dit-il en se frottant les mains, ça fait longtemps que j'attendais cet instant! J'vas y en passer une vite à Jéhovah! Lui et ses deux associés n'y verront que du feu! Je vais imposer sur cette planète d'affreux malades un système révolutionnaire qui enlèvera à jamais toute fibre de bonté du coeur des hommes et qui enlèvera toute méfiance aux divins, la démoncratie! Ou ! Vous tous, humains de tous les peuples qui croyez encore à la démocratie, vous n'avez qu'un petit et inoffensif "n" à rajouter à ce mot qui fait tout votre malheur.»
Pointant un doigt à l'ongle pointu vers le Québec, la sinistre «Grande Noirceur» elle-même, déclama solennellement: «Je prends officiellement possession de cette société, actuellement gouvernée par des démoncrates de tous acabits pour en faire l'aire de lancement de ma nouvelle théorie socio-politique, et j'ai nommé la Démoncratie! Regardez-les taper sur de jeunes étudiants qui ne veulent que la gratuité scolaire alors que des millions de dollars sont gaspillés en fraudes légales de toutes sortes, alors que de riches richards, déjà démoncrates sans le savoir, s'en mettent plein la charrette, non mais y'a de quoi se réjouir, non? Non mais, c'est-tu pas beau ça? Dieu merci, je m'en réjouiiiiiiiiiiiiiis!» Et sa Sombreté s'envola vers l'Assemblée Nationale...
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Alors, maintenant je sais tout des Y ? Ce que je peux vous dire en tout cas : les Y disent «dude» et «chix».
Elle est toujours pressante, notre envie d'appartenir... Appartenir à une famille, à quelqu'un, appartenir à un groupe, appartenir à quelque chose de plus grand que soi, qui nous enrobe et nous définit. Nous protège et, parfois, nous limite.
On ne pensait pas en ces termes avant l'arrivée massive des baby-boomers. Nés dans les quinze années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils étaient si nombreux, ces bébés, qu'ils ont vite été remarqués par les corporations. «Que voilà un segment de marché juteux!», se sont-ils dit.
Alors, ils ont créé des produits pour eux, des vêtements, des boissons, des jeux, des modes... En fait, ils ont créé cette génération en la qualifiant et en la traitant aux petits oignons. Car le client a toujours raison, n'est-ce pas ?
Depuis, tout a changé, et les X et les Y qui ont suivi sont, je dirais, des générations par défaut. Des générations qui ne se définissent pas par elles-mêmes, mais plutôt par rapport aux bébé-boumeurs.
Ainsi les X, dont je suis, sont arrivés à l'âge adulte quand le party était fini. Fini les partouzes, les hippies, le sexe libre, la contestation. Tout ce qu'il me restait à faire, quand je suis devenu adulte, c'était de ramasser les bouteilles vides et de vider les cendriers laissés par mes aînés qui avaient décidé qu'il était temps de faire de l'argent.
Quand je suis parvenu à l'âge adulte, des jobs, il n'y en avait plus. Tous les postes étaient occupés par les boumeurs. Si on voulait travailler, il fallait s'inventer un travail.
La situation est différente pour les Y. Des jobs, il y en aura. Les boumeurs partent à la retraite. Mais ce seront des emplois sans grande sécurité, avec des pensions de misère comme cadeau de départ.
Car le monde dont les Y ont hérité est pratiquement en faillite et on a mis sur leurs épaules la lourde charge de le faire rouler tandis que des millions de boumeurs vieillissants se paieront une retraite et des soins de santé comme plus personne après eux n'en verra jamais.
Mais l'argent n'est pas tout, surtout pour les Y. Car à quoi bon travailler comme un fou si c'est pour le confort d'une génération qui a verrouillé derrière elle la porte du palais des plaisirs ?
Et puis il y a eu l'arrivée d'Internet, la planète à la portée d'un clic. Toute cette information qui tourne et roule à vitesse folle, instantanée.
À la table ronde, l'autre soir, les auteurs se définissaient comme appartenant à une génération cynique, distanciée. Difficile, en effet, de croire aux discours, n'importe quel discours, quand son contraire existe tout aussi bien, mais sur une autre page Facebook.
Cela dit, ce sont les Y qui ont enfanté cet incroyable mouvement étudiant. Pour une génération qu'on disait apathique et apolitique, on repassera !
Car ce qui reste aux Y, c'est la capacité de dire non. Non à ce fardeau que vous voulez faire reposer sur nos épaules. Non à vos tas de merde que vous voulez pelleter dans notre cour. Non aux «clauses orphelines » qui scindent en deux le monde du travail, ceux qui ont eu la chance de naître dans les bonnes années et les autres.
Non à la poursuite effrénée du profit pour le profit, car regardez à qui tout ça a profité!
Les Y se lèvent. Ils tournent autour de la trentaine, maintenant. Et ils savent tout ce qui les attend, tout ce qu'on a planifié pour eux. Et ils n'en veulent pas.
Quant aux auteurs présents l'autre soir à la librairie Raffin, je sais pas trop. Ce sont des Y, mais ils peinaient un peu à se définir eux-mêmes. Ils semblaient embêtés, parfois, et bien des questions sont restées les quatre fers en l'air.
J'avais envie de leur souffler cette réponse : peut-être est-ce parce que vous n'êtes pas tout à fait des Y
Peut-être est-ce parce que vous êtes, surtout, des auteurs?
Et de livre en livre, par-delà les années et les générations, les auteurs forment une chaîne humaine dont les œuvres se parlent et se répondent parfois en murmure, parfois en cri.
X, Y ou Z, pour les auteurs, au bout du compte, ne sont que des lettres.
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Du nombre des garçons, il y a trois autochtones statués originaires de la Réserve de Pessamit et le dernier, mais non le moindre, BBLou, 12 ans, bien que d'un très beau métissage, ne peut se réclamer de l'origine autochtone. L'aîné, Tshiuetin (Delphis), 29 ans, a joué au hockey de l'âge de trois ans jusqu'à son abandon faute de moyens, alors que son équipe pee-wee venait tout juste de remporter la prestigieuse Coupe Montréal. Il avait onze ans.
Les deux suivants, Pierre-Philippe (Nenemsut) et Pierre-Luc (Mukuman), ont gradué jusqu'à la LHJMQ chez les Drakkars de Baie-Comeau. Par manque d'encadrement et d'argent, eux aussi ont dû abandonner ce qui s'annonçait être une carrière florissante dans le hockey. Pierre-Luc surtout, formidable gardien de but, 6pi 2po, 225 lbs, à l'âge de 17 ans en 2007. Vite comme un lynx, solide comme le roc. Il aurait certainement pu faire carrière dans la Ligue Nationale n'eût été son impossibilité à trouver l'argent nécessaire à l'achat d'un nouvel équipement.
À l'époque je ne pouvais pas l'aider. Je ne le pourrais pas plus aujourd'hui. Le découragement s'est emparé de lui et il en a fait une dépression dont il sort à peine. Maintenant il est trop tard. Il ne s'entraîne plus depuis 4 ans. Son rêve est mort et le chat sauvage s'est transformé en lutteur Sumo.
La sinistre ministre Line Beauchamp, bourgeoise dodue et replète, exécutrice des basses oeuvres de l'actuel gouvernement de Jean Charest, faisait récemment et fièrement, l'annonce que son gouvernement bonifierait le budget afférent aux sports d'une somme de 5 millions de dollars. Je mettrais ma main au feu que tout cet argent servira à aider financièrement le ping-pong à palettes rouges, la pétanque au rouge cochonnet, le mini-golf au gazon rouge, le jeu de poches rouges et le mâchage olympique de gomme «balloune» rouge.
Mais qu'en est-il du hockey? Qu'en est-il de notre sport national? OUI! NOTRE SPORT NATIONAL! Qu'en est-il de tous ces jeunes, garçons et filles qui apprennent à patiner et à manier bâtons et rondelles dès l'âge de 3 ou 4 ans? Qu'en est-il de tous ces papas et de toutes ces mamans souvent héroïques qui accompagnent leurs enfants (souvent 2 ou 3 à des arénas différents) deux soirs semaine et chaque week-end lorsqu'ils ont des pratiques ou des matches?
Qu'en est-il de ces parents qui n'ont pas d'automobiles ou qui doivent occuper deux emplois pour boucler les fins de mois? Qu'en est-il de tous ces jeunes qui ont du talent, souvent des aptitudes remarquables, et qui doivent accepter de jouer dans des catégories inférieures peu dispendieuses, ou de porter honteusement des équipements éculés, déformés, des patins trop petits ou trop grands, des gants et des culottes déchirés, des casques qui ne répondent plus aux normes de sécurité alors qu'ils en côtoient d'autres qui sont revêtus des pieds à la tête de l'étincelante performance du haut de gamme?
Bien je vais vous le dire! Ils souffrent et pleurent en silence comme ce petit garçon de la publicité Canadian Tire! Vous souvenez-vous? Vous souvenez-vous des «Mozart assassinés» quand on parlait d'enfants que la pauvreté ou la méchante stupidité humaine empêchait d'exprimer leur génie artistique? Eh bien là, on peut parler de «Maurice Richard assassinés», on peut parler de «Guy Lafleur assassinés»! Il y en a des milliers au Québec! Des milliers! ET LE HOCKEY EST NOTRE SPORT NATIONAL?
Hier, aux nouvelles matinales de 94,3 fm, j'entendais un dépisteur professionnel de hockey mentionner avec une tristesse mal dissimulée que le calibre des jeunes joueurs de hockey de l'Ouest du Canada est supérieur à celui des Québécois. Allez donc savoir pourquoi! Nous, les parents de jeunes joueurs de hockey, avons un abattement fiscal provincial de 500$! Aye! Ça paye même pas une paire de patins de pointure 6 et au-delà! Ça paye à peine l'inscription Pee-Wee AA ou BB dans une équipe encadrée par une organisation reconnue de Hockey Québec! ÇA PAYE MÊME PAS LES DÉPENSES AFFÉRENTES AUX TROIS TOURNOIS OBLIGATOIRES!
La semaine passée, je suis allé chez Rousseau Sport rue Papineau à Montréal, pour remplacer les jambières de mon fils Lou, avant la tenue du pré-camp Bantam AA de Hockey Montréal. Ça n'était pas un caprice. Celles qu'il avait depuis une année étaient fendues au niveau des genoux. J'avais, de mon mieux, réparé avec de la broche et du «duck tape», mais là c'était devenu dangereux, puisque à partir du niveau Bantam, la mise en échec est de rigueur et qu'un joueur Bantam de 13 ou 14 ans, mesurant 5pi 9po et pesant 140 lbs peut facilement décocher un lancer frappé capable de blesser un joueur mal équipé.
Mon BBLou a 12 ans et fait 5pi 6po pour 125 lbs. Or donc, je paye 129,99$ pour des jambières sécuritaires. LES TAXES! LES P'TIT JÉSUS D'PLÂTRE DE TAXES! 19,47$ DE TAXES! Pour un total de 149,46$! Ce gouvernement, comme les autres et c'est écoeurant, TAXE L'AMOUR DES PARENTS POUR LEURS ENFANTS DONT ILS VEULENT AIDER LE DÉVELOPPEMENT PHYSIQUE, SOCIAL ET PSYCHOLOGIQUE!
Si ce gouvernement se comportait en «bon père de famille», il exempterait de taxation l'achat d'équipements sportifs reliés à la pratique de notre sport national. Pas le soccer! Pas le football! Pas la ringuette! Pas le golf! LE HOCKEY! Un gouvernement québécois conscient des bénéfices sociaux de tous genres que procure la pratique juvénile du hockey ferait en sorte que les entraîneurs-chefs de tous niveaux soient équitablement rémunérés selon leur compétence et leur expérience.
UN TEL GOUVERNEMENT N'EXISTE PAS ENCORE CAR IL Y A 5000 FONCTIONNAIRES DE TROP À L'ÉDUCATION. PAS DES PROFS! DES FONCTIONNAIRES! IL Y EN A AUTANT ET SANS DOUTE PLUS À LA SANTÉ! PAS DES INFIRMIÈRES ET DES MÉDECINS! DES FONCTIONNAIRES! C'EST L'ARGENT DES ENFANTS DU QUÉBEC QUI SE GASPILLE EN BONI ET EN PRIMES DE DÉPART! C'EST L'ARGENT QU'IL FAUT POUR QUE TOUS LES PETITS QUÉBÉCOIS AIENT UNE CHANCE ÉGALE DE PRATIQUER LEUR SPORT NATIONAL, LE HOCKEY! ENTENDEZ-VOUS? LE H-O-C-K-E-Y!
En terminant, il me fait plaisir de vous confier que n'eût été de l'aide ponctuelle de monsieur Pierre-Karl Péladeau pour aider à payer les équipements de mon BBLou et certaines dépenses afférentes à la pratique du hockey depuis sa graduation au Pee-Wee BB il y a deux ans, je puis vous affirmer que Lou ne jouerait plus. Je n'aurais pas été capable de payer tout ça. Oui, il aurait pu jouer au soccer me direz-vous, il y est pourtant excellent et l'équipement n'est pas cher. Mais voyez-vous, mon fils cadet, comme ses frères ainés et des millions de Québécois jeunes et vieux, a le sang des premiers hockeyeurs qui coule dans ses veines. BBLOU AIME LE HOCKEY! LE QUÉBEC AIME LE HOCKEY!
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Qu'est-ce que la ploutocratie ? Réponse de Wikipédia : la ploutocratie (du grec ploutos : richesse ; kratos : pouvoir) consiste en un système de gouvernement où l'argent constitue la base principale du pouvoir. D'un point de vue social, cette concentration du pouvoir dans les mains d'une classe sociale s'accompagne de fortes inégalités et d'une faible mobilité sociale.
Dans Hunger Games, il s'agit d'une poignée de gens très riches qui contrôlent le monde et gardent les autres dans une pauvreté tout juste viable, ce qui les force à travailler dur pour extraire du sol les ressources qui font tourner le monde des privilégiés.
Pour les calmer et leur donner un soupçon d'espoir, la société du spectacle leur offre une téléréalité dans laquelle les pauvres s'entretuent pour échapper à leur condition, en jouant un jeu dont on ne sait jamais s'il est tout à fait vrai ou tout à fait arrangé avec le gars des vues...
À la sortie du cinéma, j'ai discuté avec mes enfants de ce que ça signifie, un film comme ça. De ce que ça dit de nous. Et c'était passionnant. Et mes enfants ouvraient les yeux sur un monde injuste. Et posaient des questions. Gare à ceux qui voudront, plus tard, leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Ils ne se laisseront pas marcher sur les pieds.
Ils seront comme ces enfants de la réforme que nous avons éduqués à la citoyenneté depuis la seconde moitié des années 90. Ceux-là mêmes qui sont maintenant au cégep, et qui résistent aux menaces du pouvoir avec une volonté qu'il faut saluer. Que moi, en tout cas, je salue.
C'est un tout petit livre, publié aux éditions Les Allusifs : Cashtown, de Tony Burgess, un Ontarien.
Ça raconte l'histoire d'un homme simple, pompiste dans une petite ville perdue, qui un jour assassine des gens. Pourquoi ? Pour rien. Parce que.
L'intérêt de ce roman tient dans ses qualités narratives, dans ce ton du tueur qui nous raconte sa journée sanglante sans émotion, sans folie, non plus.
C'est une plongée réussie dans un cerveau malade, psychopathe.
L'autre réussite de ce roman, c'est qu'il nous montre que la folie meurtrière d'un psychopathe ne dit rien sur la société dans laquelle elle prend place, ne révèle rien sur nos manières de vivre ensemble, de souffrir ou d'aimer.
Il s'agit d'un cerveau malade, c'est tout.
Or, des romans sur des tueurs en séries, il y en a des flopées. J'en ai moi-même lu des tonnes. Et chaque fois que je terminais ma lecture, aussi agréable fût-elle, j'éprouvais un petit sentiment de vide.
Car sous prétexte de décrire le plus noir de l'humain, sous prétexte d'affronter l'horreur et de soulever les pierres sous lesquelles grouillent les insectes nocturnes, ces romans ne sont souvent que pur divertissement. C'est-à-dire : des diversions. Des leurres.
Cela fait bien l'affaire des ploutocrates que nous lisions ces romans, développant ainsi une peur sans objet, la crainte irraisonnée de l'autre, afin que chacun se recroqueville sur soi et sa famille. Ça explique le renforcement des lois du gouvernement Harpeur, alors que jamais la criminalité au Canada n'a été aussi faible. Ça explique la campagne de peur du gouvernement Charest, qui parle de cocktails molotov alors qu'il n'y a pas d'incendies. Les ploutocrates aiment notre peur, car elle nous immobilise.
Les ploutocrates, par contre, détestent certainement Université Inc, qu'ont publié aux éditions LUX Éric Martin et Maxime Ouellet, dont le sous-titre est «Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l'économie du savoir ».
C'est lumineux et, à la réflexion, absolument irréfutable. C'est pourquoi sans doute une partie de la population n'acceptera jamais de le lire.
Ceux-là même qui préfèrent les vampires et les tueurs en série à leurs voisins et aux enfants de leurs voisins.
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Non mais quoi! Et en plus, ces m'sieurs dames du 7e art l'ont utilisée pour en faire une niaiserie! Aurais-je eu un peu plus d'argent de «lousse» que j'aurais refusé tout net! Mais nous étions presque sans le sou, mon fils Lou et moi, les fêtes étaient à peine passées, son équipement de hockey sur le bord de la désuétude et il nous fallait internet et le téléphone à la maison. Ça fait que j'ai dis oui saint crémage à beurrer les agonisants! J'aurais été aussi bien de dire NON!
En passant, j'ai entendu ce matin pour la deuxième fois cette année, le chant de la grive qui a cette propriété particulière d'adoucir le coeur des frustrés. Merci mère Grive d'avoir adouci le mien, quoique votre admirable ramage m'a fait penser que là où y'a d'la grive y'a des vers et que vous deviez être toute une chorale autour de Radio-Canada!
En outrepassant, un journaliste de La Presse m'a téléphoné hier pour demander inopinément si je voterais pour ma soeur, «Monsieur Louise Harel», comme l'ont surnommé Les Grandes Gueules de 94,3 fm, par le biais d'une impersonnification hilarante du Maire Gérald Tremblay. J'ai répondu: Oooh que non! Que non! Guenon! Que non!» De toute façon, je n'ai aucune certitude quant à ce que l'aspirante mairesse de Montréal soit ma parente autrement que par un petit, mais minuscule, cousinage de la «fesse gauche», habitante d'une contrée lointaine ni vue ni connue.
Quoi qu'il en soit et toujours est-il que, pour en venir au titre de cette chronique, imaginez-vous donc que je cherchais le mot «poète» dans le Larousse Lexis et que je l'ai trouvé entre les mots «poêle» et «pognon»! Alors que je désirais ardemment y trouver quelque chose étant relié au mot «prophète», qu'une contraction élusive du «r-ph» aurait pu raccourcir en «poète», voilà que tout s'éclaire et que tout, tout, tout s'illumine enfin!
Entre poêle et pognon! Voilà l'essence de la vie du poète! Entre flammes prisonnières et contraintes sociales! Entre l'incandescence psycho-onirique et le froid humide de l'argent, invention de l'Holocène postglaciaire pour éviter l'encombrement intra-muros des entrepôts de biens «troquables».
La vie du poète? Passer le plus clair de son temps à contracter des dettes, à traficoter pour les payer, à pratiquer trente-six métiers et pas une seule bonne d'job régulièrement payante pour subvenir aux besoins de sa ou ses familles! N'est-ce pas! Comment peut-on être poète et monogame! Comment peut-on poétiser en étant fidèle à qui ou quoi que ce soit d'autre que le délicieux vertige de l'inspiration!
On n'exige pas encore des poètes qu'ils fassent voeu de chasteté mais ça viendra! On ne les castre pas encore mais ça viendra aussi, puisqu'un poète digne de ce nom ne peut être qu'un fieffé menteur quand il s'agit de se vouer à l'ascèse et à l'abstinence! Quand tous ces rimailleurs et ces «je jouis de mon obscène platitude» cesseront d'encombrer l'agora, nous verrons peut-être émerger des oripeaux de la littérature, d'iconoclastes et francs poètes qui oseront clamer et déclamer la flamboyante beauté de l'amour et de sa liberté. Ainsi soit-il...
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Ça raconte les nombreuses résurrections du romancier et socialiste Upton Sinclair (1878-1968), des années soixante-dix jusqu'à maintenant, en gros, et ses tentatives un peu désespérées de promouvoir le socialisme et l'égalité des chances dans un pays qui non seulement s'en fout, mais déteste tant l'idée même de l'égalité que les nombreux meurtriers du romancier deviennent des vedettes populaires dont les mémoires se vendent à gros prix.
Il y avait longtemps que je n'avais pas lu un roman abordant la question du socialisme. Pas le communisme : le socialisme. Allez lire sur Google, avant de vous énerver le poil des jambes...
Le gros bon sens, la lucidité, le réalisme... ce sont, tous, des termes pour décrire la résignation, la fin de l'histoire et l'impossibilité de penser au-delà des murs qui nous enferment.
Et c'est dans ce monde clos, fermé aux possible qu'Upton Sinclair, décharné, arborant dans sa chair les trous de balle qui l'ont plusieurs fois conduit à la tombe, c'est dans ce monde désespérant d'inégalités et de cruauté que le romancier idéaliste ressuscite et s'époussette du revers de la main avant de reprendre la route pour tenter de convaincre, ne serait-ce qu'un seul homme, qu'il est possible d'envisager un monde meilleur.
Il est difficile, en lisant ce livre, de ne pas penser à la situation actuelle du Québec, bloqué dans un bras de fer entre le mouvement en grève depuis près de neuf semaines et le gouvernement libéral, qui réaffirme chaque jour sa volonté de ne pas céder et qui répète comme un mantra son obsession de la «juste part».
Ce qu'il y a de plus touchant, et de plus difficile, dans le roman de Bachelder, c'est cette totale incompréhension entre les (rares) partisans du socialiste Sinclair et les (très) nombreux Américains qui, non seulement, sont imperméables à ses propos, mais les rejettent carrément, et avec une hargne qui ne se dément pas.
Tout cela m'est bien connu. En tant que chroniqueur et blogueur, je constate chaque jour la difficulté du dialogue.
Il y a du bon, surtout dans les médias sociaux et ces espaces publics à la fin des chroniques qui permettent aux lecteurs de dire ce qu'ils pensent du sujet du jour. Le lecteur n'est plus impressionné. Il est devenu le contrepoids d'une parole qui s'est longtemps prononcée sans lui. Alors, il se rattrape. Il tonne et éructe et diffuse ses opinions avec une rage incroyable de communiquer ses accords et désaccords, son expérience personnelle et sa vision du monde. Il se chargera de remettre le chroniqueur à sa place si celui-ci lui semble dans l'erreur. Il ne verra pas d'un bon œil la moindre déviance par rapport à ce qu'il considère comme son dogme personnel. Il ne verra pas d'un bon œil l'erreur, l'approximation, le relâchement du style et les fautes d'orthographe. Il insultera volontiers si cela le soulage d'un trop plein de hargne.
Maintenant que le débat est lancé dans un Québec qui se découvre une droite et une gauche (comme dans tous les pays du monde), les médias sociaux et les blogues innombrables participent à plein et modifient considérablement la donne. Nous n'avons jamais autant parlé, échangé, écrit que maintenant. Nous ne nous sommes jamais autant exprimés. L'information n'a jamais circulé aussi vite que maintenant.
Mais tout ça ne sert à rien si chacun reste sur ses convictions
Or nous ne savons pas convaincre. Enfin, vous je sais pas. Moi, moi je ne sais pas convaincre. Ben d'la misère avec ça.
Je me suis découvert une impatience, une sensibilité, une irritation quand les gens ne sont pas d'accord tout de suite avec moi, avec des propos qui me semblent pourtant clairs comme de l'eau de roche.
J'y pensais en lisant US!, car ce qui est beau ET ridicule dans ce personnage d'un vieux romancier socialiste ressuscité d'entre les morts, c'est qu'il continue malgré tout, malgré la hargne, malgré les assassins à ses trousses, malgré le silence qui répond à ses discours enflammés, malgré le mépris que lui voue la grande majorité de la population.
Il continue à dire qu'un monde meilleur est possible, souhaitable, que l'inégalité et les lois de la jungle ne sont pas nécessaires à une société humaine.
Il fait front, malgré les crachats et l'incompréhension.
Parce qu'il sait que son rêve ne se construira pas du jour au lendemain. Et il sait aussi que convaincre demande de la patience, une dose de cheval de patience...
Car le discours de la compassion et de l'empathie n'est pas payant à court terme. Nous le voyons, ici, tous les jours, depuis près de neuf semaines.
Chacun campe sur ses positions. Deux clans s'affrontent.
Ceux qui souhaitent aux étudiants d'avoir autant de misère qu'eux en ont eue, dans le temps, sont animés par une espèce de jalousie mêlée de hargne. Harperland est un pays pour eux, puisqu'on veut y pénaliser plus durement les criminels, en fonction d'un très flou «droit des victimes», qu'on appelait autrefois sous son nom de vengeance. Ceux-là se réclament d'une expérience personnelle qu'ils étendent à tous les autres. J'ai mangé des nouilles, mangez-en câlice.
En face, il y a ceux qui tentent de se mettre à la place des autres, et qui ne leur souhaitent pas de souffrir autant qu'ils ont souffert. Ceux-là se réclament d'un mieux-être collectif qu'ils souhaitent voir s'instaurer.
La gauche est empathique, la droite est revancharde. Or, la revanche est très satisfaisante sur le plan émotionnel, tandis que l'empathie n'a pas de fin, pas de conclusion, pas de paroxysme.
L'empathie est un effort constant. La vengeance est la récompense de la haine. Envoyer chier un étudiant (ou un chroniqueur de gauche) est très satisfaisant sur le plan émotionnel. C'est pour ça que c'est si difficile de convaincre les hargneux.
Seuls la patience, un sourire indéfinissable sur le visage et beaucoup d'oubli de soi peuvent parvenir à en convaincre un. Un seul.
Et c'est un par un que le monde s'éclairera.
Dans le roman, Upton Sinclair souffrira plusieurs morts pour en convaincre un seul.
C'est d'une beauté extraordinaire. Et c'est ça, pour moi, le gros bon sens.
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Tshiuetin est aussi le fils de la poétesse de mes fesses, Joséphine (Bibitte) Bacon, qui devrait revenir de Moscou bientôt. Il n'a pas de cigarettes et pas de vêtements de rechange. Je n'ai pas une cenne et pas d'essence dans la bagnole, ça fait qu'on attend sa «mouman» qui est allée réciter des poèmes à M. Poutine, pour nous rendre à son appartement, foutre à la porte les acariens multiethniques qui l'ont envahi, récupérer quelques jeans, t-shirts, bas et bobettes, et visiter notre merveilleux poète des bas-fonds urbains, comme tant d'autres Autochtones et Inuits nord-américains.
Ça me fait penser à une chanson de Félix Leclerc intitulée L'alouette en colère, que j'ai interprétée en 2002 sur un DC d'une douzaine en hommage à Félix: «Mon fils est en prison...»! Une très belle chanson, dure, mordante, arrachante et douloureuse qui parle du sort réservé à la langue de nos ancêtres qui recule sans cesse devant l'immensité anglophone internationale.
Peu de gens connaissent cet album puisqu'il a été, entre autres, occulté de la compilation de Radio-Canada portant sur tous les disques contenant des chansons de Félix Leclerc interprétées par d'autres que lui-même. On connaît le P'tit train du Nord que Johanne Blouin massacrait innocemment à la «cocktail lounge», mais on ne connaît pas L'alouette en colère que j'aboyais allègrement à la «rock'n'roll» sur des arrangements de Johnny Gravel, le légendaire guitariste d'Offenbach. Quoi qu'il en soit, je suis en train de faire une sauce à spaghetti. Je dois aller l'écouter mijoter et humer ses effluves afin qu'elle soit délectable au goût de mon BBLou qui n'attend que ça!
OOOKay! Bin y'a fallu que je transvide le gros os de jambon et sa gelée de cuisson dans un bol à salade parce que je n'avais rien d'autre et que j'avais besoin de la marmite pour bouillir les pâtes. Au moment où je vous parle, je vois Lou enfourner une énorme fourchetée de spaghetti fumant, les yeux mi-clos de l'ado qui est comblé par la perfection du goût de la sauce.
Justement, voilà où je voulais en venir avec mon titre de «PQJ»! Depuis notre éviction, le 3 octobre 2011, du logement que nous occupions près de Saint-Marc où il termine une sixième année, je vais reconduire mon enfant tous les matins et le chercher l'après-midi puisque nous logeons assez loin de l'école. Le midi, il dîne chez mon amie Linda Hardy, qui habite en face de la cour de récréation.
Tout ça pour vous dire que mon Loupiau affectionne le FM 94,3 et que nous n'écoutons que ce poste chaque fois que nous montons dans la bagnole. Ça fait déjà six mois! Oui M'sieur Dame! Six mois que j'entends les mêmes tounes! Les mêmes hits américains de vedettes comme Lady Gaga, Flo Rida, Pitbull, Rihanna, David Guetta, etc. Six mois! Les mêmes chansons en anglais! Au moins, si ça changeait! Mais non! Woups! En v'là une en français dans l'tas! Français de France, s'entend! Pas québécoise! Meuh non, voyons! Française!
Ah oui! Le contenu francophone à respecter! C'est quoi ça, francophone? Ça m'a l'air d'être n'importe quoi qui s'exprime en français, mais surtout pas en québécois! Bin y'en a eu une québécoise, mais c'était celle de Star Académie, Toi + moi, composée et chantée surtout par un Français. C'est bien, mais pas suffisant!
Bon bin j'vas vous l'dire! «PQJ» tient pour «Pire que jamais»! Le contenu «francophone» des stations radiophoniques montréalaises devrait avoir une spécification québécoise solidement imposée et il faudrait que ça se fasse assez rapidement. Il y a des artistes au Québec tout à fait capables de sortir des beats au goût du jour et de se tailler une place au sein du palmarès anglo-américains de nos stations radiophoniques.
Nous avons des hit makers au Québec. Donnons-leur l'occasion d'avoir un espace réservé et ils produiront. Je crois sincèrement que pour préserver leur culture et leur langue, qui ne sont pas pantoute la langue et la culture françaises, les Québécois doivent contrôler leur monde des télécommunications afin d'imposer le «goût du Québec». Pour l'instant, c'est le gouvernement fédéral qui «runne»! Ça fait que c'est «PQJ»!
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Ils se sont regroupés autour du nom de Fermaille. Au tout début de la grève, ils ont décidé que leur moyen de pression serait de publier, une fois par semaine, une revue littéraire, et de la faire belle et bonne.
Ils ne savaient pas, je crois, à quel point c'est difficile, à quel point ça va vite, à quel point c'est du gros travail. Appel de textes, compilation des textes, correction des textes, mise en page, impression, distribution, lancement… Remarquez, ne pas savoir à quoi s'attendre est normal, à cet âge-là. À 20 ans, la plupart de nos actions, on les fait pour la première fois.
Ce qui est remarquable, c'est qu'ils y parviennent, c'est qu'ils tiennent le coup, c'est qu'ils ont réussi jusqu'à présent à faire paraître sept numéros d'une revue littéraire qui aurait sa place n'importe quand dans n'importe quelle librairie, grève ou pas. Si j'étais leur prof, je leur donnerais un A pour l'ensemble de la session, quand les cours reprendront.
Tout ce qu'ils ont appris, leurs efforts, leurs nuits sans sommeil, leur incroyable vitalité, ça vaut de l'or. C'est eux, vraiment, qu'on a traités de crottés sales et puants ? Dont on s'est moqué sur les ondes de V, par la bouche (et les mimiques méprisantes) de Stéphane Gendron?
Lundi dernier, ces étudiants lançaient leur septième numéro. Pendant plus de cinq heures, ils ont dit, exprimé, crié leur espoir et leurs passions. Et leurs craintes aussi. Ils sont petits, ce sont nos enfants. Et nous envoyons la police pour les encercler. Et nous refusons de leur parler. Par nous, je veux dire notre gouvernement. Ceux qui au pouvoir nous représentent.
Ils sont petits, ils sortent à peine de l'enfance, ce sont des adultes tout frais éclos, et voilà ce qu'on leur fait, ce qu'on leur dit : vous n'avez pas d'importance. Votre voix ne compte pas. Vous n'avez pas un mot à dire sur votre propre avenir. Alors ils ont pris la plume pour nous donner tort, et c'est eux qui ont raison.
Comme l'huître qui transforme en perle le grain de sable qui blesse sa chair, ils transforment leur peine en beauté, en questionnements, en cris du cœur, en poèmes. Ils sont nombreux ceux qui trouvent que la poésie est futile. Ils sont nombreux ceux qui pensent qu'étudier en littérature c'est perdre son temps.
Je ne suis pas de ceux-là. Je suis de ceux qui croient qu'une phrase peut changer le monde. Je suis de ceux qui croient au pouvoir magique des mots. C'est déjà arrivé. Tenez, cette phrase-là : «Au commencement était le verbe». Cette phrase-là, quelqu'un, un jour, l'a écrite. Et le monde en a été changé. Bien sûr, ensuite la politique s'en est mêlée, et les marchands du temple aussi. Et tout est devenu laid à nouveau. N'empêche.
Les jeunes de Fermaille ont toute mon admiration. Lors de la grande manifestation du 22 mars, sous la bannière des Écrivains contre la hausse, nous avons marché avec eux. Et avec eux, nous avons aussi fait ce petit vidéo.
Que vous soyez contre ou pour la hausse des frais de scolarité n'est pas la question, ici. Ce qui importe, c'est qu'ils ne restent pas assis sur leur steak en regardant le train passer. Ils s'investissent, ils prennent en main leur destin. Ils se dépensent sans compter, pour leurs convictions. Oui, pour moi, c'est ça la belle vie.
Ils sont jeunes. Ils sont en grève depuis des semaines. Ils sont cernés jusqu'au coude. Ils ont reçu des coups de matraque, du poivre de Cayenne, des gaz irritants. Chaque jour, ils doivent essuyer le mépris qu'un gouvernement sourd et aveugle leur crache au visage. Chaque jour, ils se retroussent les manches et reprennent la plume pour nous donner une leçon de courage et de ténacité. Je tenais ici à les remercier.
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Mon cher ami décédé, Gilles Groulx, alors cinéaste renommé à l'Office national du film (ONF), était en plein tournage à Saint-Charles-sur-Richelieu dans une superbe vieille maison datant des presque débuts de la colonie, qui avait été miraculeusement épargnée par les incendiaires de l'armée anglo-saxonne en répression de la révolte des patriotes.
Le film devait s'intituler Entre tu et vous et Gilles m'avait choisi comme seul acteur masculin, entouré de neufs femmes, dont Paule. C'est moi qui lui avais suggéré d'engager Mademoiselle Baillargeon que je connaissais de par mon amitié pour les comédiens du Grand Cirque ordinaire, dont elle faisait partie.
La veille, j'étais revenu à Montréal avec la directrice de production, ayant pour mission de ramener Paule sur le plateau de tournage pour une première scène. Nous devions prendre l'autobus tôt le lendemain matin, mais comme j'étais passé par le «Continental» dans la soirée, le bus nous fila sous le nez. Nous avons marché courageusement jusqu'à l'entrée du pont Jacques-Cartier et, rendu là, on a fait du «stop».
Un premier automobiliste nous a fait rapidement traverser le fleuve et nous a amené sur la 20 jusqu'à la sortie menant à Sainte-Julie. Nous venions à peine de tendre nos pouces qu'une Impala noire de l'année s'est arrêtée et qu'on nous a invités à monter à l'arrière. J'ai reconnu immédiatement le célèbre chanteur des Sultans, Bruce Huard. Mlle Baillargeon ne connaissait pas. À l'époque, je n'avais pas encore pris Offenbach sous ma gouverne poétique et les Off's s'appelaient Bucket of blues ou Granpa. Je connaissais les Sultans, qui étaient devenus mes idoles après avoir vu à Sainte-Thérèse-de-Blainville un de leurs innombrables spectacles d'aréna.
En passant, aucun autre artiste québécois, seul ou en groupe, incluant les Gerry Boulet, Offenbach, Charlebois, Dubois, Marjo, Reno, Vigneault, Corbeau, et même la Bolduc, personne n'a connu le succès hystérique et phénoménal des Sultans partout à travers le Québec, le nord de l'Ontario et le Nouveau-Brunswick. Toute proportion gardée, ç'a été aussi intense que pour les Beatles en Angleterre et en Allemagne à leur début.
Les Sultans ont été l'âme et l'intense fierté du peuple des Canadiens-Français, comme l'ont été Maurice Richard et Guy Lafleur dans leur domaine. Bruce Huard et ses amis composaient des chansons originales aux qualités poétiques plus qu'audacieuses et délinquantes. Leurs musiques étaient la surquintessence de celles des Trois Accords, qui chantent en niaiseux des niaiseries sur des mélodies accrocheuses. Les Sultans avaient l'audace «d'être vrais» que leur conféraient la prestance, l'apparence et la voix de Bruce, qui partageait le charisme et la beauté physionomique de Jim Morrison, sans en avoir la lourdeur pessimiste.
Les Sultans étaient à l'image des Québécois d'avant le «politically correct» et le multiculturalisme, ils étaient libres, audacieux, coquins et brillants. Je crois sincèrement que nous y gagnerions tous à connaître et reconnaître les Sultans, sans parler des Français et des Françaises qui en deviendraient complètement folles! En parfaits gentilshommes, Bruce Huard et son bassiste ou batteur, je ne me souviens plus, nous ont accompagnés, Paule et moi, jusqu'à Saint-Charles avant de s'en retourner vers Saint-Hyacinthe. Et nous tournâmes Entre tu et vous que vous pourrez sans doute voir sur Éléphant. En passant, Mme Baillargeon et moi sommes nus dans ce film, comme dans Vie d'ange! Tiens! Y'a quelque chose là....
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Tess fabrique des sous-marins dans un Subway de Grand-Mère. Jude ne fait rien du tout, se contenant d'encaisser une fois par mois son chèque de B.S. Ces deux-là sont-ils amoureux? On ne sait pas. Ils sont frère et sœur dans l'âme, deux faces d'une même médaille, celle d'une médiocrité affirmée, réclamée, voulue. Ils contemplent le monde de loin, comme s'ils n'étaient pas concernés. Ils se moquent de tout, cyniques à souhait. Ils n'ont d'influence que sur eux-mêmes, et encore…
Adeptes de Google, ils sillonnent la Toile avec avidité, comme s'ils avaient faim de connaissances inutiles, farfelues. Ils collectionnent avec délectation les noms bizarres de petites villes américaines. Le joyau de leur collection s'appelle Bird-in-Hand, Pennsylvanie.
Et soudain, qu'est-ce qui leur prend à ceux deux-là? Ils décident de voyager jusqu'à Bird-in-Hand. Un coup de tête. Une folie. Imaginez! Un voyage, pas très loin, d'accord, mais c'est déjà énorme que de sortir de chez soi.
Ils planifient. Il leur faudra de l'argent et une voiture. Mais ils n'ont pas un sou. C'est en empruntant l'identité d'un obscur auteur du coin, recyclé en travailleur manuel, qu'ils comptent trouver l'argent en déposant une demande de bourse pour leur récit de voyage auprès du Conseil des arts.
L'auteur leur prêtera l'argent nécessaire à l'achat d'une voiture. Tess et Jude choisiront une Monte-Carlo 2003 jaune, et s'entraîneront au grand dérangement en sillonnant les routes de la région.
Mais ils ne partiront pas, au bout du conte. Ils recueillent un vieux chien malade et la note chez le vétérinaire s'avère assez salée. Et puis la Monte-Carlo a besoin de réparation. Et puis… Et puis y avoir pensé, n'était-ce pas assez?
Il y a quelque chose de profondément jouissif et de profondément déprimant dans le roman de François Blais. La jouissance tient à un style nerveux, drôle, baveux, ironique dans le meilleur sens du terme.
La déprime tient à ce que les personnages ressemblent étrangement à notre Québec qui ne va nulle part, qui se contente de rêver et accepte son sort en faisant des blagues et en piquant des crises quand le pont est bloqué.
Mais il y a autre chose aussi. Il y a cette chose qui n'est jamais nommée, ce lien qui unit Tess et Jude, cette forme d'amour dont ne sait si elle est charnelle ou fraternelle, ou simplement inscrite dans le ciel, clochards jumeaux et célestes. C'est cet amour, que pas une seule seconde François Blais prend le temps de décrire, qui fait de cet univers romanesque quelque chose de beau. Quelque chose de… grand?
Ou du moins, quelque chose qui pourrait être grand.
Il suffirait d'un peu plus d'imagination. Il suffirait d'oser un peu plus. Il suffirait à l'auteur d'étendre un peu plus ses ailes, et de faire décoller ses personnages, de les envoyer au loin voir qui ils sont…
Français Blais répondrait que ce n'est pas son genre. C'est l'écrivain des personnages qui ne vont nulle part. Je sais, je sais. Et c'est déjà bien bon, son roman.
Et ce n'est certes pas sa faute. Le Québec jusqu'à voilà pas si longtemps n'invitait guère au voyage et au dépassement. En cela, le roman de François Blais est le symptôme d'un mal qui nous atteint tous. Même pas foutus de trouver un titre à leur récit, Tess et Jude se contentent de ce que leur suggère l'application Word. Ce Document 1 est le cimetière de l'ambition.
Notre littérature et notre cinématographie regorgent de personnages qui rêvent de partir et ne le font jamais. Les Bons débarras, de Francis Mankiewicz, par exemple. Tout Ducharme, ou à peu près. C'est ce qui a tué Hubert Aquin. C'est ce qui nous tue tous à petit feu.
Je me prends à rêver que François Blais, dans son prochain roman, envoie pour vrai ses personnages au loin. Je sais, je n'ai pas le droit de le lui demander. Je ne le fais pas vraiment. Mais ce formidable auteur pourrait grandir encore en se donnant plus d'espace en se déployant, en osant.
Au fond, ce n'est pas à François Blais que je le demande. C'est au Québec tout entier. Sortir de la torpeur est la tâche d'un peuple. Les écrivains ne peuvent que constater. Prendre le pouls. Et peut-être suggérer d'aller prendre une marche.
Le roman de François Blais est le résultat de ce que nous sommes. Un peuple velléitaire, qui est souvent passé à deux doigts de se mettre en marche, mais qui finalement est resté dans son Lazy boy pour regarder le hockey.
Peut-être que ça commence à changer. Il y en a de plus en plus qui voient rouge. Il y en a de plus en plus qui n'acceptent pas de rester immobiles plus longtemps.
Il y aura, le samedi 7 avril prochain, au Monument national, à Montréal, un événement de prise de paroles. Organisé par ceux qui nous avaient donné le Moulin à Paroles sur les plaines d'Abraham en 2010, l'événement sera diffusé en direct sur la chaîne Vox.
Pendant 12 heures, de midi à minuit, sur les planches de la salle Ludger-Duvernay, plus de 80 artistes et écrivains, citoyens engagés ou enragés viendront réfléchir à voix haute sur ce que les habitants du Québec rêvent et désirent. Pendant ce temps au rez-de-chaussée, une agora publique suscitera les échanges d'idées et l'expression des désirs.
Ça s'appelle Nous? Et j'y serai, et j'y lirai mon envie de voir mon Québec ouvrir ses ailes et décoller enfin.
Bin oui! Il est 19 h et nous sommes le 21 mars de l'an de «graisse» 2012. Ça fait que je viens de laver les ronds du poêle et les soucoupes sous-jacentes, ainsi que la plaque de fond de mon vieux poêle éclectique, dont le four ne fonctionne plus.
Je fais ça toutes les deux semaines. Encouragé par ma vigueur récurrente, j'ai lavé l'écoeurante petite galerie d'en arrière, dont le plancher était recouvert d'une tôle «jaunasse» cabossée, qui dégueulassait sous des striures de «noirçures démoniacales» rampantes issues sans doute des trains qui passent et repassent non loin sur le viaduc enjambant la rue De Lorimier, un «toutipeu» au nord de la rue Masson.
Fier de moi, fier d'avoir réussi à gagner cette dernière guerre intérieure qui me ravageait depuis le lendemain de La soirée des Jutra, je suis allé fumer une des trois cigarettes restantes sur le balcon d'en avant, en espérant que les choses en resteraient là. Bin non! Le petit balcon donnant sur De Lorimier était lui aussi envahi par cette lèpre noire poilue!
Il vous faut savoir, vous qui lirez peut-être, que BBLou et moi sommes installés ici depuis décembre dernier, alors que nous échappions, enfin, à une longue errance de trois mois des suites désastreuses d'une éviction de logement le 3 octobre dernier.
Celui-ci fut le seul logement dont le propriétaire n'exigea pas d'enquête de crédit. Toujours est-il que j'étais là, fumant, lorsque le parterre frais, fraîchement défraîchi d'un gala de galipettes, exhala un effluve d'absurdité me rappelant la sotte cruauté des imbéciles cultivant leur jardin d'imbécillités, en y arrachant hargneusement les mauvaises herbes.
Je suis une mauvaise herbe et je commence à peine à l'apprécier puisque j'y trouve enfin ma raison d'être, ici, dans ce Québec qui a oublié d'où il vient et qui ferme les yeux sur où il va! Bon! Trêve de «tataouinage» comme disait le grand Patof de Télé-Métropole!
Après l'ignominie du film Gerry qui m'enleva même la paternité d'Offenbach à l'Oratoire Saint-Joseph en 1972, voilà qu'on accorde un «hommage» à Paule Baillargeon, qui réussit à réaliser son premier film grâce à une mention tardive de «réalisateur associé», de concert avec François Gill, au générique de mon film Vie d'ange (Éléphant).
Pour me remercier, à l'époque, Paule tenta d'empêcher la sortie du film par une injonction, mais n'y parvint pas. Par la suite, toujours pour me remercier, Mme Baillargeon se substitua à moi, avec la complicité de la SODEC, pour accompagner, sans vergogne, mon film Vie d'Ange dans quelques festivals étrangers, dont celui de Bruxelles et peut-être celui de Sidney, m'a t'on dit.
Elle y recevait des honneurs et peut-être de l'argent qui m'appartenaient tout en se construisant une notoriété qui usurpait mon génie créateur alors que je demeurais oublié. Non, mais quoi!
Suis-je l'agneau de Dieu qui efface tous les péchés du monde en se faisant écorcher vif? Suis-je la manne des insignifiants? Des insipides? Suis-je la vitamine des «pas forts» de la créativité?
OUI! JE LE SUIS! EGO SUM! BOUTUM DE TABARNACULUM DE SANCTUS CIBOIRUS! OK LÀ!
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J'aime toujours lire, j'aime toujours les livres et la littérature en général, mais il me semble qu'il se passe chez nous des choses que les livres m'annonçaient depuis longtemps, des choses qui méritent qu'on sorte le nez de la page pendant quelques instants.
Les livres me semblent inadéquats ces temps-ci.
Je me souviens de Germinal, d'Émile Zola. Ce roman décrivait l'horreur des mines de charbon au 19e siècle et les conditions inhumaines que réservaient des patrons cruels qui traitaient leurs employés comme du bétail qu'ils pouvaient conduire à leur guise à l'abattoir. Ils croyaient les ouvriers si stupides qu'ils ne craignaient pas de leur mentir à pleines dents, misant sur leur ignorance pour les manipuler. Et ils réussissaient, parce que lesdits ouvriers ne savaient pas compter et éprouvaient envers l'autorité un tel respect qu'ils croyaient à leur bonne foi comme on croyait au Bon Dieu.
J'adorais les livres comme celui-là. Des livres de combat, où des hommes parvenaient à vaincre leurs préjugés et leur ignorance pour finir par écouter leur instinct et leur sens de la justice.
C'était sans doute plus simple alors. Du moins à nos yeux. Nous avons depuis compris certaines choses, développé des habitudes et des structures qui nous protègent. Les syndicats, par exemple. Le salaire minimum.
Ce que ces livres m'ont appris, c'est que les personnages du passé vivaient au présent. Ils n'avaient pas plus de recul que nous en avons. Ils vivaient, comme nous, le nez collé sur leur époque et ne voyaient pas plus loin.
Pour les mineurs de Zola, il était presque impossible d'envisager qu'une grève puisse faire céder les patrons. Ça n'avait jamais été tenté. Ceux qui leur affirmaient que c'était possible, on les regardait avec méfiance, on les rejetait.
Les ouvriers des mines étaient réalistes et cyniques. Ils se plaignaient sans cesse, mais ils n'en voyaient pas le bout. Ils préféraient au fond l'inconfort d'une situation qu'ils connaissaient à l'inconfort d'une situation qu'ils ne connaissaient pas quand bien même semblait-elle plus prometteuse.
En lisant ce genre de livre, je m'émerveillais de la capacité des hommes à surmonter les obstacles de leur propre dépendance.
Je vois la même chose ces temps-ci au Québec. Je vois cet espoir chez les opposants aux gaz de schistes, je l'ai senti dans les démissions du PQ. Dans la rumeur qui court sur le fil des tweets ou sur les pages facebooks.
C'est difficile de lire des livres quand chaque jour s'écrit une page d'un roman du réel aussi passionnant qu'un roman de Zola.
Il y a la grève étudiante, bien sûr, mais pas juste ça. Il y a aussi la Grande marche du 22 avril, à laquelle tout ce que le Québec compte d'insatisfaits sont conviés.
Il y a plein de discussions musclées, des affrontements intellectuels. Il y a une division idéologique entre les Québécois comme je n'en avais jamais vu. Nous ne sommes plus souverainistes contre fédéralistes. Non, maintenant, enfin, nous sommes à gauche ou à droite. C'est à dire pour un gouvernement modérateur, qui aide les moins bien lotis et freine l'appétit des plus voraces, ou pour un gouvernement minimal, qui laisse aux lois du marché le soin de réguler la société.
Je trouve ça cool. Je trouve ça excitant. Je trouve qu'il était temps.
J'ai l'impression qu'on est devenus adultes. Ça ne paraît pas. Les étudiants qui gueulent, le pont bloqué.
Mais au moins on construit quelque chose. Par le passé, on était tellement englué par la question nationale qu'on n'avait pas l'énergie de s'affronter à propos d'autre chose.
Je suis content.
On est en train de se questionner sur notre avenir. Dans l'engueulade collective, on est en train de définir le monde dans lequel on veut vivre.
J'ai envie, non, j'ai besoin de participer à cette discussion.
Faque j'ai moins envie de lire.
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OYEZ! OYEZ! Y'a-t-il des vieux musiciens qui auraient envie d'un dernier tour de piste avant qu'la «Vie» leur fasse une fausse note?
Y a-t-il des anciens flibustiers du rock'n'roll qui embarqueraient avec moi dans une traversée de la mer Dique pour aller faire lever le «pouèl» de tous ces bons Québécois apathiques engourdis de bonnes manières, de pas trop de ci, pas trop de ça, du moment que ça paraît bien et qu'on a l'air bien élévé?
Ça fait que y'en a-t-il? Y'en a-t-il m'sieur, dames? Mais oui, les femmes aussi! Y'en a des bonnes! Mais on les prendrait pas trop vieilles par contre. Les gars, ça dérange pas que ça frise le septuagénaire, parce que… parce que dans notre temps, y'avait pas d'filles qui jouaient du rock ou même de la musique tout court. Ah ben là, y'en avait bien quelques-unes qui touchaient le piano, le violon, le violoncelle, le clavecin ou la harpe, mais pas dans la même gang que nous autres.
Remarquez qu'on pourrait bien les recevoir, celles-là, pour un beau slow genre J'ai si peur de l'amour ou Animal aimé ou même Faut que j'me pousse. Mais oui! Mais oui! On pourrait!
Toujours est-il que j'ai rencontré fortuitement d'une entourloupette du «Destin», une superbe, mais alors divine peintre-junkie du nom de Faye Runaway, pour laquelle j'ai composé une ode avant de la foutre à la porte pour stupidité chronique et incurable, aggravée d'un «me myself and i» pitoyable.
En relisant mon poème, j'ai compris, encore une fois, que rien n'est parfait et que le vieux dicton «un tiens vaut mieux que deux tu l'auras» est toujours vivant. Hélas, la superbe pauvrette avait, au moins, deux personnalités très différentes l'une de l'autre, selon sa sobriété ou son intoxication intraveineuse:
«Elle était tellement mais tellement belle qu'elle m'a presque ensorcelé. Mais on n'apprend pas à un vieux singe comment faire des grimaces, n'est-ce pas? Alors en souvenance de Jack Kerouac et de son «Altessa» junkie mexicaine, je n'ai pas mis de ponctuation à cette prosaïque poésie.
«Je ne sais plus à quel saint me vouer depuis qu'elle est partie avec ses seins radis de paradis ses jambes longues de fine coquine ses épaules royales son cou d'impériale ses bras d'ondine et ses mains de câline
«Faye Runaway n'avait pas de frontière pas de clôture pas de mur palissade pas de geôle pas de prison Elle n'avait rien pour la contenir la brimer l'harnacher l'encadrer l'encorder l'enchaîner pas de garde pas de juge pas de geôlier de surveillant pas de gendarme Je l'aimais libre audacieuse insensée délirante sacrilège et délicieuse Je l'aimais sans foi ni loi comme il se doit sans pitié sans excuse sans pardon n'existant que de coeur et de passion Je l'aimais comme on aime le vent tellement tellement le vent quand elle ment elle ment tellement emportant qui s'emporte et ne résiste pas
«Pourtant Faye Runaway cherche la vérité la résistance la contenance la dépendance l'attachement de l'amour Hélas esclave de la peur d'aimer elle préfère la griserie du pornographe croyant la tendresse immobile comme la mort Faye Faye Faye Runaway run run Runaway comme le vent du soir qui ne veut pas mourir Elle rêve d'un chasseur de vent qui l'attacherait d'une soie infinie autour de son coeur de pute qu'elle puisse retrouver le chemin de loyale et douce passion»
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En matière de littérature, l'une de celles-ci est que les gens préfèrent les petits livres aux gros.
Pas plus tard que ce matin, la formidable recherchiste d'une émission de télé (où j'officie de temps à autre en tant que membre d'un club de lecture) et ancienne étudiante en littérature m'a affirmé sans douter un seul instant de la véracité de l'information, que, oui, les gens aiment mieux quand c'est court.
Je ne sais pas d'où ça sort exactement. Voilà quelques années, les amateurs du genre annonçaient qu'à l'avenir, le public lirait de plus en plus de nouvelles parce que le format court cadrait mieux avec une vie pressée de toutes parts où l'attention est sans cesse sollicitée et où la concentration de longue durée est devenue denrée rare.
Ils se sont plantés pas à peu près. On publie toujours aussi peu de nouvelles au Québec, et la seule maison d'édition qui s'y consacrait entièrement (L'Instant même) n'a pas tenu 7 ans avant de se résigner à ouvrir ses portes au roman et à l'essai.
En édition, rares sont les recueils de nouvelles qui vendent autant qu'un roman. Et pour ce qui est des petits romans qui se vendraient mieux que les gros, il ne faudrait pas oublier d'en avertir Marie Laberge, Dan Brown, la ma-man des Harry Potter ou Jonathan Littell, qui a raflé le prix Goncourt avec Les Bienveillantes, un roman de 1 400 pages. Mais il est malheureusement trop tard pour dire qu'il s'est trompé à Stieg Larson, décédé à 50 ans, dont la trilogie posthume Millénium (près de 2 000 pages) ne s'est vendue qu'à 60 millions d'exemplaires à travers le monde. Imaginez, s'il avait fait court, il aurait pu prétendre à concurrencer la Bible, un autre tout petit livre qui détient le record absolu des exemplaires vendus...
Il suffit pourtant de jeter un simple coup d'œil sur les palmarès littéraires pour comprendre que le public lecteur préfère en général les gros steaks saignants et bien épais aux minces escalopes. Parmi les meilleurs vendeurs, on retrouvait cette semaine Hôtel Adlon de Phillip Kerr, Les anges de New York, de R.J. Ellory et Storyteller, de James Siegel, pour ne parler que de ceux que j'ai lus dans les dernières semaines. Des gros livres.
Bien sûr il y a des exceptions, parmi lesquels Ru, de Kim Thuy, dont la traduction vogue ces jours-ci en tête des palmarès de nos voisins canadiens, alors qu'il continue de triompher sur les palmarès québécois dans sa version originale. Saluons l'exploit.
Mais l'exception ne fait pas la règle. Alors d'où vient cette idée complètement fausse que les gens préfèrent les petits livres? J'ai ma théorie là-dessus.
C'est la faute aux journalistes! Encore. Et aux chroniqueurs culturels, pour la plupart pigistes, à qui on confie d'ordinaire les pages littéraires.
Il faut comprendre: que le livre à commenter compte cent ou mille pages, les chroniqueurs devront livrer un texte de longueur identique pour une paye invariable. Mettons 200 $ pour un article de deux feuillets (600 mots). Calculons deux heures de lecture et deux heures d'écriture pour un livre de 120 pages : ça fait une paye de 50 $ de l'heure. Mais s'il faut consacrer 20 heures à lecture d'un livre épais et trois heures pour en rendre compte le plus succinctement possible, voilà que notre valeureux chroniqueur se retrouve à travailler pour 8,70 de l'heure, ce qui est inférieur au salaire minimum et donne raison à ses parents qui lui déconseillaient fortement d'étudier en communications à l'UQAM.
Quant à moi, j'aime les livres épais. J'aime me plonger longtemps dans un univers, dans une langue, une pensée. Pendant de nombreuses années, j'allais en librairie pour m'acheter sans réfléchir le roman dont la tranche était plus large que celle ses voisins malingres, pressés les uns contre les autres dans les rayons des livres de poche. C'est ainsi que j'ai découvert avant même qu'on en parle dans les médias cet extraordinaire (gros) roman La découverte du ciel, de Harry Mulisch, et cet autre extra extraordinaire (gros) roman, Le temps où nous chantions, de Richard Powers. Chacun de ces romans, fait, à vue de nez, un bon trois doigts de scotch dans un verre à scotch, ou alors une entrecôte pour deux dans un restaurant aux portions typiquement américaines.
C'est un petit jeu auquel se sont adonnés quelques twitteurs ces derniers temps, sur l'importance de la ponctuation. Ainsi, on a pu lire des choses comme : «On va manger, grand-papa? On va manger grand-papa. La ponctuation peut sauver des aînés».
J'ai trouvé la chose amusante, et m'a rappelé ce plus tout jeune Traité de la ponctuation française de Jacques Drillon, un autre gros livre que j'ai acheté voilà près de 20 ans et dont je m'étais régalé à l'époque. Depuis, j'accorde beaucoup d'importance à la ponctuation, car, disait Drillon à propos des traités que rédigent les diplomates : «une virgule mal placée, et c'est une frontière qui déménage. »
Cette virgule si importante, je la dédie à tous les policiers du SPVM qui peinent ces jours-ci à faire la différence entre : Frappez, les jeunes, aux portes du Savoir! Et : Frappez les jeunes aux portes du Savoir.
À eux et à vous tous, amis lecteurs, je demande : pendant leurs études en techniques policières, lorsqu'ils demandaient à leurs professeurs comment devenir de meilleurs agents de la paix, qu'aurait-il fallu leur répondre : le titre, ou le sous-titre de cette chronique ?
* * *
1- La découverte du ciel, de Harry Mulisch
2- Le temps où nous chantions, de Richard Powers
Toujours est-il qu'on m'a refusé, pour une troisième fois en 5 ans, une bourse de carrière en cinéma. Mais oui! Mais oui! On me l'a refusée pour accorder le 100 000 $ qu'elle contenait à Pierre Hébert, un cinéaste d'animation ayant œuvré et peut-être même encore, à l'Office national du film du Canada.
M. Hébert, tout au long de sa vie de cinéaste, a bénéficié d'un cadre de travail confortable, avec pauses, vacances, salaire hebdomadaire et moyens techniques hors du commun mis à sa portée. Le paradis quoi, comparativement à ce qu'a été la mienne!
Loin de moi l'idée de prétendre que M. Hébert ne méritait pas de recevoir cet honneur bien nanti! Mais non! Pierre Hébert est l'un des pionniers québécois du cinéma d'animation. Il a d'ailleurs fait ses classes, dit-on, avec Norman McLaren, alors que moi je n'ai travaillé qu'avec Jean-Luc Godard et que je me suis surtout servi de mon pinceau pour faire apparaître huit (8) nouveaux terriens sur notre planète.
Quoi qu'il en soit, pendant que les salariés du cinéma se reposaient, le soir après le souper, les cinéastes indépendants des années 70 se promenaient dans de vieux bazous avec leurs boîtes de bobines, d'une salle de montage gratuite à l'autre, et la plupart avaient payé de leurs poches une bonne partie ou l'entièreté du tournage de leurs films.
Or, donc, j'en ai tourné quatre, des longs métrages, en y mettant tout l'argent que j'avais. Après la naissance de mon premier fils Tshiuetin et de ma première fille Kukuess en 1983, j'ai quand même tourné Grelot Rouge Sanglot Bleu en 1985 et ç’a été la fin de ma vie de cinéaste. Avec les six autres qui ont suivi, Shashteu, Uasheshkun, Nenemsut, Mukuman, Pukus et Lou Maikan, je n'avais plus d'argent à investir dans le cinéma québécois.
Il vous faut savoir, chers amis, et revenons-en à la fable de Jean de la Fontaine Le chien et le loup, il vous faut absolument savoir que n'eut été de la générosité d'amis techniciens de cinéma, d'amis acteurs et comédiens, et de l'audace de trois femmes séduisantes et efficaces – Lise Lafontaine, Nicole Fréchette et Martine Allard –, aucun de mes longs métrages n'aurait pu être tourné.
Bref, je n'ai jamais reçu un sou de la part d'institutions gouvernementales, par exemple le CALQ, la SODEC, le CAC ou Téléfilm Canada pour le tournage de mes films. J'en ai bavé pour arriver à mettre sur pellicules chacune de mes histoires! J'en ai fait des de jobines au pic et à la pelle! J'en ai réalisé des émissions de télé hypermoches! J'en ai coupé des arbres à la Caniapiscau et ailleurs! J'en ai fait des spectacles dans de petits bouges minables!
Au fond, je suis fier de moi, fier d'avoir accompli tout ça malgré les refus, les interdictions et les négations! C'est exactement cette fierté qui élargit la faille entre Pierre Harel et la société québécoise! Mais qu'est-ce qu'une bourse de carrière, sinon une marque d'appréciation portée à un cinématographe vieillissant, qui a beaucoup donné de sa vie personnelle pour le rayonnement de son art?
Mais qu'est-ce qu'une bourse de carrière sinon une petite remise de tout l'argent, le temps et la résilience investis par un aîné du cinéma québécois dans la production et la réalisation de films qui ont fait évoluer la conscience d'être différents de certains cinéphiles québécois?
Malheureusement pour vous et pour moi, je ne crois plus en rien de tout ce charabia politiquement correct! Je ne crois plus à ma capacité de tourner un autre film ni à ma capacité de monter un nouveau band à compte d'auteur puisque tout comme en cinéma, le CALQ m'a déjà refusé trois demandes de bourses en chanson depuis une dizaine d'années.
Je ne crois plus à l'utilité de postuler pour l'obtention de quelque bourse que ce soit où que ce soit. Si la tendance se maintient, comme disait mon confrère du Petit Séminaire de Sainte-Thérèse, Bernard Derôme, je crois qu'elles me seront toutes systématiquement refusées.
J'aurai 68 ans en mai prochain. J'arrive tout juste à joindre les deux bouts et à donner à mon BBLou de 12 ans le minimum dont un enfant moderne a besoin pour être de son temps. Ne me reste que ces chroniques providentielles et, peut-être, la publication souhaitée d'un roman en écriture. Ça ne coûte rien d'écrire!
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Eh ben, vous avez pas fini de vous offusquer.
Il m'aura fallu lire un roman chinois pour réfléchir à la corruption du mot liberté en Occident. C'est-à-dire chez nous.
Un mot corrompu, oui. Pourri. Un mot plein de microbes et de bactéries tellement il a passé de main en main, tellement il s'est fait peloter dans le coin par des gens qui «veulent notre bien» et savent «ce qui est bon pour nous».
Un mot sali à force de traîner dans la poussière des discours séducteurs, réducteurs, publicitaires, mensongers, habiles. Un mot qu'il faudrait passer à l'eau-de-javel pour lui redonner un semblant de sens sinon de virginité.
«La liberté n'est pas une marque de yogourt», écrivait le cinéaste Pierre Falardeau en titre de son recueil d'articles, paru en 1995 chez Stanké. Il n'aurait pas fini de ruer dans les brancards, Falardeau, s'il était encore parmi nous.
Je me demande ce qu'il aurait pensé des yogourts probiotiques, qu'on nous vend comme de la nourriture santé depuis des années, ce qui n'a jamais été prouvé scientifiquement, et qui au contraire favoriseraient l'obésité (ce qui n'a pas été scientifiquement prouvé non plus). Va savoir qui a raison dans ce all-you-can-eat de l'information où coexiste tout et son contraire et où la liberté se résume souvent à choisir entre deux mensonges et 48 sortes de yogourts.
Un roman chinois, donc. Sauf qu'il n'a pas été publié en Chine continentale, mais à Hong Kong et Taïwan, parce qu'il est critique du régime (maigrissez avec le régime communiste chinois: riche en probiotiques).
Ce qui n'empêche pas les Chinois de le lire puisque les éditions pirates et les versions numériques clandestines pullulent. Les années fastes, de Chan Koonchung est un ouvrage de science-fiction qui se déroule en 2013, alors que l'économie occidentale s'est effondrée et que la Chine est devenue la première économie mondiale. Depuis, presque tous les Chinois sont heureux. Presque, car certains ne participent pas à ce bonheur de produire et de consommer, et disent même que 28 jours ont disparu de l'histoire officielle.
Ça commence comme un roman de Murakami (qui est Japonais) et ça se termine comme un traité de capitalisme d'État appliqué aux masses. Quant aux 28 jours manquants, je révèle pas un gros punch en disant qu'il faut se méfier de l'eau du robinet.
Au centre de ce roman, il y a une réflexion sur la notion de liberté. Certains Chinois trouvent scandaleux qu'il ne soit plus mention dans les livres d'histoire des événements de la Place Tiananmen (1989), dont les plus jeunes ignorent jusqu'à l'existence… Mais d'autres peuvent dire que ce qui est ignoré par le plus grand nombre n'existe plus vraiment et n'a donc plus aucune espèce d'importance et surtout ne fait de mal à personne.
Car la Chine est bien une dictature, mais si ses citoyens bénéficient d'une liberté à, disons 90%, est-ce qu'on peut vraiment parler d'une dictature? Est-ce que l'Occident supposé démocratique est libre à plus de 90%? La liberté complète n'est-elle pas au fond un embarras, alors que des balises bien établies permettent de ne pas trop se casser la tête et de profiter de la vie?
Pendant que je lisais ce roman, j'ai vu passer sur Internet une étude qui disait qu'avoir trop de choix ne rendait pas heureux. S'il y a 100 sortes de crèmes glacées à l'épicerie, vous prendrez celle à la pistache en vous disant que vous auriez peut-être préféré celle à la pâte à biscuit. Mais s'il n'y avait à choisir qu'entre la vanille ou le chocolat, ça serait facile, vous seriez content, votre choix vous comblerait.
(D'ailleurs, en passant, merci aux études scientifiques qui dépensent des millions pour démontrer ce que disent maximes et proverbes depuis la nuit des temps. Celui-ci, par exemple: l'embarras du choix…)
Toute la notion de liberté devient particulièrement confuse dans nos contrées lorsqu'on se met à y réfléchir vraiment. Examinons l'énoncé suivant.
Les étudiants ne sont pas libres d'étudier sans s'endetter.
Par contre ils sont libres de ne pas étudier s'ils ne veulent pas de dette.
Mais alors ils ne sont pas libres de leur choix de carrière.
Des fois on se dit que ça serait plus simple d'aller étudier en Chine…
Je sais, je sais. La liberté, c'est choisir ses liens. Les droits impliquent des responsabilités. Mais pour pouvoir choisir, il faut savoir, il faut comprendre. Ce qui est dénoncé dans le livre de Chan Koonchung, c'est la dissimulation de la vérité qui ne permet pas le choix librement éclairé.
C'est vrai pour la dictature communiste chinoise. Et c'est vrai, de plus en plus, pour nos gouvernements occidentaux. C'est vrai à Québec et à Ottawa.
En ces temps d'ententes secrètes, quand nos dirigeants politiques refusent de répondre aux questions ou d'entamer un dialogue, quand les journalistes sont condamnés à se précipiter sur un ministre pour lui arracher une demi-phrase qui fera, le soir même, l'objet de tous les reportages, quand un gouvernement ordonne aux scientifiques de ne pas parler au public, quand une société d'État, appartenant théoriquement à tous les citoyens québécois, signe avec des compagnies étrangères des ententes dont elle refuse de nous livrer les détails, c'est l'information qui est mise à mal. Et sans information valable, c'est notre liberté qui est compromise.
Dans le roman de science-fiction de Chan Koonchung, les Chinois sont libres à 90%.
Et nous, ici, maintenant, à quel pourcentage évaluez-vous notre quotient de liberté?
Non, ne répondez pas tout de suite. Pensez-y.
Et si la réponse vous déprime trop, mangez du yogourt.
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Je viens tout juste d'en changer le titre, passé de L'Écho des bas-fonds à Rue Molson. Ce que vous lirez bientôt se trouve à être un fragment du troisième chapitre. Il est à noter qu'il s'agit d'un récit de fiction et que toute ressemblance avec des personnes mortes ou vivantes serait le fruit du hasard.
J'écris: Cette nuit-là, la seule nuit de toute ma vie à ce jour, je m'étais endormi près d'elle après que nous eûmes baisé enivrés d'alcool et d'émotions remontées du fond de nos enfances comme des bulles de méthane s'échappent de la boue du fond des marais et s'enflamment à la surface de l'eau putride.
Nous avions pleuré à l'unisson, à chaudes larmes sur notre histoire d'amour pitoyablement sublime et tellement infiniment belle que nous en pleurions d'abandon après toutes ces années à l'écraser au tréfonds de nos cœurs apeurés de croire que l'amour partagé pouvait aussi être à nous, que nous étions assez bien pour ça, que nous y avions droit au moins comme tant d'autres et pire encore, que notre pauvre petit amour était un grand amour, si grand que nous en avions peur comme d'un danger effrayant menaçant deux enfants égarés perdus dans un monde inconnu.
C'est elle la première qui a gémi «je t'aime» comme une plainte, un gémissement douloureux qui s'est entremêlé à mon «moi aussi je t'aime» comme le torrent jaillissant hors d'une digue déchirée emporte le ruisseau. Plus tard au milieu de la nuit alors qu'une coulée de pleine lune inondait la divine perfection de son visage d'albâtre, mes yeux s'ouvrant à ce moment même se sont voués à jamais au mystère de son éternelle féminité. Je suis demeuré silencieux, immobile, en extase devant le masque funéraire de cette princesse inca jusqu'à ce qu'un sombre nuage voile la face de la lune et assombrisse mon minuscule logis de la rue Molson.
Nous arrivions d'une courte présence à la Cinémathèque québécoise rue de Maisonneuve où elle était venue me rejoindre pour l'ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois. Alixane était arrivée en taxi, déjà passablement éméchée d'avoir trinqué en hâte pour se donner l'aplomb et le courage de venir à ma rencontre. J'avais aussi bu, le cœur battant, dans l'attente impatiente de la voir arriver et m'étinceler de ses yeux noisettes si bleus, «telluriquement» bleus et de sa bouche aux lèvres magiques, me décocher un sourire tellement, mais tellement séduisant que j'en devenais à chaque fois incendié.
La voilà! Casquette sur l'œil, petit tailleur parfaitement cintré sur des jeans laissant poindre de minuscules petits, mais alors tout petits pieds enchâssés dans d'adorables mules argentées. Elle titube un peu, juste assez pour que je la prenne dans mes bras et que je l'entraîne vers l'un des fauteuils adossés aux murs du hall. Il y a plein de monde.
Notre traversée de cette salle bondée est une valse d'Éric Satie alors que je tente de nous éviter la bousculade et la collision avec d'autres invités. Tout le monde me connaît puisque le film à l'affiche est l'un des miens, mais jamais je ne me suis montré en public avec une si belle femme, dont la douce fulgurance me gonfle d'une fierté plus qu'apparente.
Heureusement que nous arrivons à destination et qu'elle se laisse choir sur le fauteuil de cuir noir alors que je tourne le dos à la cohue pour dissimuler un trouble somme toute passager, qu'elle prolonge innocemment en allongeant une main ballerine aux longs doigts de fée. Quelques minutes plus tard, je hélais un taxi sous une pluie battante et nous y montions, heureux et enivrés de vivre...
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Je ne suis pas spécialement adepte de la simplicité volontaire, mais je crois que je peux affirmer avec une certaine fierté que je ne suis pas particulièrement de mon temps.
Ça ne date pas d'hier. À 20 ans, je n'étais pas plus de mon temps qu'à trente, quarante ou cinquante. La dernière fois que j'ai acheté un disque qui venait tout juste de paraître, c'était du Bachman Turner Overdrive, en 1975, alors que j'avais 13 ans. J'ai dû l'écouter une fois...
Et si je n'étais pas tenu par le métier de lire une bonne partie de la production littéraire au fur et à mesure des parutions, je me tournerais volontiers vers des livres d'un autre âge. C'est ce que je fais quand je prends de longues vacances : je lis du Dickens, du Melville, du Dostoïevski, du Steinbeck... J'observe ainsi comment d'autres auteurs d'une autre époque ont réussi à s'abstraire de leur temps pour mieux la refléter sans succomber à ses modes qui font voir flou parce qu'elles passent trop vite.
Car c'est une job à temps plein, être de son temps, et j'ai d'autres choses à faire, moi ! Genre imaginer, penser, écrire...
Je me suis déjà fait dire par l'éditeur, journaliste culturel et écrivain Michel Vézina, que mes livres étaient d'un autre siècle, sans doute parce que j'utilisais le passé simple dans mes romans et que mon petit dernier se déroulait en Russie à la fin du XIX siècle.
Ceci venant la part d'un gars qui, en lançant les éditions Coups de tête, avait déclaré sans rire qu'il avait voulu faire une collection de petits livres pouvant se glisser dans la poche d'un jean... Vézina venait de réinventer le livre de poche! Il est fort ce type! Je rigole parce que je l'aime bien. C'est un infatigable animateur de la scène culturelle et littéraire. Et ses romans? Quoi? Vous ne les connaissez pas? C'est peut-être parce qu'ils sont vraiment de leur temps et que ce temps, tsé, il a passé.
J'ai aussi beaucoup de respect pour le travail d'Antoine Robitaille aux éditions Alto. J'aime la plupart des romans qui y paraissent, puisqu'on y privilégie la littérature d'imagination, axée sur le récit, l'art ancestral de raconter une bonne histoire.
Ce que je ne m'explique pas tout à fait, c'est quand parfois on a l'air de s'excuser de n'être pas tout à fait de son temps. C'était vrai pour L'indésirable, de Sarah Waters, un très bon roman gothique, comme on en écrivait au 19e siècle, longues descriptions plates en moins, et c'est surtout le cas pour Les Mille automnes de Jacob de Zoet, un roman d'aventures du Britannique David Mitchell qui met en scène un jeune Hollandais, à la toute fin du 18e siècle, qui s'en va tenir les livres du seul comptoir commercial occidental permis autorisé par le Shogun dans son Japon médiéval.
C'est loin d'être un mauvais roman, même s'il m'a semblé un peu long et qu'il comporte à mes yeux des coquetteries d'écrivain qui en alourdissent la lecture.
En tout cas, c'est certainement un très bel objet, comme l'avait été L'indésirable de Sarah Waters, puisque les deux romans ont été publiés en version «dure», couverture cartonnée rigide, et pages en papier crème épais aux bords inégaux, soigneusement déchirés, comme dans le temps où il fallait, pour lire, se servir d'un coupe-papier.
Ce rappel évident à un autre temps que le nôtre me semble une bonne idée. On est loin ici des Kindle et autres liseuses électroniques. Alto affirme ici un bonheur du livre, une esthétique de l'objet qui fait appel aux sens et à la mémoire.
C'est d'autant plus curieux, alors, qu'en quatrième de couverture (mais ici imprimé en page de garde), on prenne la précaution de nous écrire: « (...) David Mitchell nous offre, dans une prose résolument moderne, une audacieuse réinvention du roman d'aventures (...) »
Mais dis-moi, Antoine, qu'est-ce qu'il a vraiment de moderne, ce roman? À part d'être écrit au temps présent? Et qu'est-ce qu'il réinvente, au juste? Je te jure, j'ai tout lu, j'ai pas trouvé.
Et puis, dis-moi, un bon roman a-t-il vraiment besoin de se faire traiter de «résolument moderne» pour être acceptable? Et acceptable pour qui? T'es-tu fait des ennemis au Conseil, à l'université?
Fouille-moi en quoi il est moderne.
Un bon roman non seulement n'a pas à l'être, mais je crois même qu'il ne peut pas l'être. Le romancier, oui. Il est de son temps, il n'a pas le choix.
Mais un bon roman fera toujours un pas de recul par rapport au temps qui l'a vu naître.
Le recul, c'est la seule façon d'avoir une vue d'ensemble.
Si vous voulez vraiment lire une réinvention du roman d'aventures, alors, sans conteste, c'est Water Music, de T. C. Boyle. Bidonnant. Drôle, picaresque. Picaresque? De l'espagnol picaro. Misérable. Futé. Genre littéraire né en Espagne au 16e siècle...
Bon, OK, pour la réinvention, on repassera. Et puis tiens, voici un nom que vous ne connaissez pas : Robert Penn Warren. C'est un écrivain américain, né en 1905, mort en 1989. De son temps, il était considéré l'égal de Faulkner ou de Hemingway. Et puis les temps ont passé, et Robert Penn Warren, moins flamboyant que ses pairs, est tombé dans l'oubli. On ne le connaît plus ou à peine. Il avait pourtant gagné en 1947 le Pullitzer du roman, et 10 ans plus tard celui de la poésie. C'est pas rien. Il y a eu au moins cinq adaptations au cinéma de son roman le plus célèbre, All the King's Men (Les fous du roi, en français). Voilà quelques années, Actes Sud a traduit et publié Un endroit où aller. Et franchement, c'est remarquable. C'est comment dire... résolument moderne?
Autrement dit, ça n'a pas d'âge. Et c'est pour ça que ça sera toujours bon.
* * *
1 L'indésirable, de Sarah Waters
2 Les Mille automnes de Jacob de Zoet, de David Mitchell
3 Water Music, de T. C. Boyle
4 Un endroit où aller, de Robert Penn Warren
C'est en lisant un polar que ça m'a frappé. Dans celui-ci, Les anges de New York, de R.J. Ellory, l'inspecteur Frank Parrish se penche sur un cadavre et le fouille à la recherche d'indices. Il trouve sur lui presque 100 dollars, dont il s'empare pour les glisser discrètement dans sa chaussure.
Étrange à dire, mais c'est vrai: ça m'a fait un choc.
Peut-être était-ce la petitesse de la somme. On parle rarement de petites sommes, à la télé, aux nouvelles, dans les livres. On parle de millions, de milliards, on ne parle pas des quelques dollars qui manquent pour payer l'épicerie, sauf pendant la Guignolée des médias, bien sûr, ces quelques jours qui nous dédouanent à l'année.
Et ça m'a fait un choc comme lorsqu'on retrouve un vieil ami, des années après l'avoir perdu de vue. Car, à toutes fins pratiques, l'argent est disparu depuis longtemps du territoire de la fiction, du moins la réalité de l'argent. Dans les films et les romans, seuls les polars accordent encore à l'argent le pouvoir qui est le sien, terrible, destructeur, provocateur, désirable… Mais c'est généralement pour le voler, ou pour le retrouver, alors ça ne compte pas vraiment.
Je parle de l'argent qu'on gagne, à la sueur de son front et à la force du poignet, en travaillant, comme la quasi-majorité des gens sur la planète.
Cet argent-là est devenu invisible dans la fiction occidentale, comme un tabou?
Un ami racontait dernièrement qu'un journaliste américain avait fait le calcul de ce que devait gagner par année l'une des protagonistes de Sex and the city pour se permettre le train de vie qui est le sien. Eh ben ça dépassait, et de loin, le salaire qu'elle était censée gagner.
L'argent, ici, est une vue de l'esprit qui permet cinq fois par année de s'acheter des Manolo à 1 000 $ la paire et d'habiter un splendide appartement magnifiquement meublé, à Manhattan, sur un salaire de journaliste. Im-pos-si-ble. Croyez-moi.
Ça n'a pas toujours été le cas, cette disparition de l'argent réel dans les œuvres de fiction. Il y avait encore, voilà une vingtaine d'années, des séries télé américaines qui mettaient en scène des familles de la classe moyenne ou même ouvrière, qui peinaient à joindre les deux bouts et devaient trop souvent manger du meatloaf et faire des heures supplémentaires dans un boulot peu gratifiant. Je pense à Roseanne, par exemple.
Mais la classe moyenne est en train de disparaître, grugée lentement mais sûrement par un pouvoir d'achat en régression, et avec la disparition de la classe moyenne, l'argent est devenu cet objet sans consistance dont se jouent les grands financiers et les places de la bourse.
Même dans la plus bête des téléréalités, on transpose la coiffeuse et le pompier dans des décors somptueux qu'ils n'ont en réalité aucune chance d'un jour pouvoir habiter avec leur seul salaire.
Vie des gens riches et célèbres, flippages de maison, élasticité à l'infinie des cartes de crédit romanesques, l'argent, le véritable, celui qui nous permet de manger et de boire, de payer le loyer et les comptes, a complètement disparu de l'imaginaire occidental, au profit d'une richesse toujours espérée (bien que très illusoire) telle que promise par les chantres du libéralisme économique.
Je ne suis pas un adepte de la théorie du complot. Mais c'est à se pincer de penser qu'on n'a jamais autant parlé d'économie, de millions et de milliards, et jamais aussi peu des quelques dizaines de dollars qui manquent au bout du mois pour nourrir d'innombrables familles. J'en veux pour preuve l'ahurissante augmentation des droits de scolarité telle que prônée par le gouvernement Charest et quelques éditorialistes vendus aux gros chiffres.
On aligne les statistiques, les comparaisons, les économies d'échelle, mais jamais on ne parle des cinq colocataires étudiants dans un quatre et demi qui travaillent jour et nuit et sont cernés jusqu'aux coudes. Et qui aborderont le marché du travail dans un tel état de fatigue et de dettes qu'ils n'auront pas le choix de docilement gober toutes les sornettes qu'on voudra leur faire avaler.
Mais il n'y a pas complot, je le répète. Il n'y qu'un lent glissement de l'indifférence quant au sort des autres, moins chanceux que nous. Un haussement d'épaules, et puis on change de poste, on tourne la page.
On est quoi, 70 % de la population trop largement endettée, vivant d'un chèque à l'autre avec la peur au ventre de ne pas y arriver? Mais on a tellement honte qu'on ne veut pas en parler, parce que l'image de la réussite affichée partout est celle de l'opulence. Alors, on se tait.
Il n'y a pas de complot, je le répète. Il n'y a pas besoin d'un complot. On fait très bien la job nous-même.
Il n'y a que dans les œuvres des pays en voie de développement, et dans les romans de l'exil et de l'immigration, qu'on retrouve encore ce qu'est la valeur d'un dollar durement gagné, quelques sous de plus gratté avec des ongles sales dans une terre pauvre, de plus en plus pauvre, pour manger un vrai repas et, peut-être vendre l'excédent et se construire un toit.
Car il y a encore sur terre des endroits où un dollar gagné est une victoire sur l'adversité, et pas juste un pas de plus vers le premier million.
Je ne compte plus les articles qui annoncent à plus ou moins long terme la mort du roman. Comme ici, (Excusez, c'est en anglais) http://www.weeklystandard.com/articles/great-american-novel_630022.html?nopager=1.
Mais si cela devait se produire, si le roman devait vraiment trouver la mort, il faudrait aussi la reprocher aux romanciers eux-mêmes, qui se sont progressivement éloignés dans leurs œuvres d'une réalité à laquelle pourtant ils sont soumis. On sait ce que c'est que la vie d'auteur, et c'est rarement une vie riche. Et pourtant, ils n'en parlent pas. Ils ne parlent pas des pieds et des mains qu'il faut faire pour rejoindre les deux bouts, préférant écrire des histoires de magiciens en espérant gagner le jackpot comme la maman d'Harry Potter.
Et c'est ainsi qu'en tournant le dos au réel, le roman tourne le dos à la vie – et se meurt.
Qui connaît de nos jours La grosse galette, la magistrale trilogie de John Dos Passos? Roman chorale, l'argent est ici le moteur qui anime les personnages et leurs passions. C'est fabuleux. Et ça fait peur. Parce que la cupidité, même si elle est devenue quasiment noble sous la plume des libertariens, la cupidité est effrayante.
Du côté du cinéma, c'est surtout en Angleterre qu'on a, dans les récentes années, donné à l'argent le rôle qui lui revient. Je pense au charmant Billy Elliot. Dans une famille de mineur en grève, le papa va vendre les bijoux de sa défunte épouse pour payer à son fils le voyage à Londres qui lui permettra d'étudier la danse. C'est à brailler. Et les cigarettes qu'on y fume sont roulées à la main.
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Voilà que cette chanson va paraître sur l'album de Star Académie, chantée par un garçon que j'aurais bien aimé voir jouer mon rôle dans le putride film Gerry. Pas que celui qui l'a tenu soit mauvais, mais plutôt que Jean-Marc Couture a cette étincelle dans l'œil et cette vigueur dans le regard propre aux rockers fondateurs d'Offenbach: les Boulet, Lamothe, Gravel, Belval et Harel.
Alors là, les amis, vous allez être estomaqués! Comme le seront sans doute les éminences de Star Académie qui payeront à la SODRAC ou à la SOCAN les droits d'auteur afférents aux ventes futures de l'album!
Pour la petite histoire des «écoeuranteries» québécoises ou canadiennes en matière du respect du droit d'auteur, sachez que depuis la parution de Chu un rocker, il y a au moins une trentaine d'années, je n'ai jamais reçu un sou, pas une seule cenne noire, pour avoir composé l'adaptation en dialecte québécois de cette chanson de Chuck Berry!
Dans le respect du droit d'auteur canadien, j'aurais dû recevoir 12,5 % des revenus générés par mon adaptation québécoise de cette chanson. Bon! Qu'a-t-il encore à se plaindre lui? Si ce n'est pas Harel qui l'a écrite la toune, y'a pas d'affaire à être payé! Je crois qu'il vous serait sans doute utile de comprendre, rendus où nous en sommes, ce qu'est une adaptation par rapport à ce qu'est une traduction, qu'il s'agisse d'un livre ou d'une simple chanson.
Alors voilà: une traduction, c'est la traduction précise, dictionnaires à l'appui, d'un mot d'une langue à une autre, en respectant la structure élémentaire de la phrase, compte tenu des exigences syntaxiques et grammaticales de la langue d'arrivée, sans apport créatif de la part du traducteur.
D'autre part, une adaptation, c'est une conversion de l'esprit d'un texte dans une langue différente, sans obligation envers le respect vocabulaire, grammatical ou syntaxique du texte adapté, avec un apport créatif de la part de l'adaptateur. Les adaptations sont assez courantes dans le domaine de la chanson, mais beaucoup moins dans le domaine littéraire.
Ceci étant éclairci, je répète que je n'ai jamais reçu un sou de mon adaptation du texte de Chuck Berry pour la chanson Chu un rocker, depuis sa sortie en 1976, car l'éditeur américain A.R.C. Music ne respecte pas la convention canadienne et que le Canada ne protège pas ses auteurs compositeurs canadiens-français, surtout les Québécois, quant aux obligations de compagnies américaines de verser leur juste part aux ayants droit canadiens.
Alors «my friends», lorsque vous entendrez Chu un rocker quelque part, souvenez-vous de ma chronique et pour me consoler, dites à n'importe qui près de vous à ce moment: «En passant, saviez-vous que Pierre Harel, qui a écrit le texte de cette chanson, n'a jamais reçu une cenne noire de droits d'auteur?»
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On parle de divers sifflets d'os ou de roseaux, de conques ou de carapaces, de troncs creux, de voix, de mains et de pieds scandant des mélopées à l'unisson.
En passant, il serait plus que temps de considérer les nombreuses espèces dites «préhumaines», ou même «préhominiennes», comme faisant intégralement partie de la grande famille humaine, tout comme les fœtus humains en font partie et que les différences, mêmes génétiques entre tous ces groupes, ne représentent pas que des étrangetés différentielles, mais des tentatives évolutives vers l'humanité actuelle.
Ceci étant dit, tous ces «piiip», ces «boooo», ces «bong-bong», ces «clap-clap» et ces «ghawaghawa», communs à tous ces groupuscules n'étaient pas de la musique, mais alors pas du tout!
C'étaient des sonorités ou des rythmes ayant une fonction mécanique bien précise. Les différents sifflets aigus permettaient aux individus de télécommuniquer entre eux, de se reconnaître et de se localiser sur de vastes plaines d'herbages touffus, dans les méandres inextricables des boyaux souterrains ou dans des jungles d'une densité végétale dont on n'a pas idée.
Les sifflets sourds servaient les rituels magiques cavernicoles ou la télécommunication montagnarde, tout comme les signaux de fumée avaient un langage chez les autochtones nord-américains.
Quoi qu'il en soit, les sonorités graves devaient surtout servir aux tentatives de communication avec les morts ou les esprits non-hominiens. Les tambours faits de troncs d'arbres creux, d'os de grande taille ou de carapaces diverses servaient à la danse. Mais non! Pas la danse à Saint-Dilon! Pas la danse du samedi soir! Pas la danse juste de même pour «cruiser»! Plutôt la danse rituelle magique zoomorphe, qui faisait copuler les mâles et les femelles d'un même groupe, déguisés en animaux, afin que les troupeaux migrateurs nourriciers soient féconds et ne passent pas trop loin de leur patelin, si je puis m'exprimer ainsi.
Ça se passait ainsi il y a quelques centaines de milliers d'années, quoi qu'en pensent les paléoanthropologues! Et c'est demeuré ainsi jusque vers le néolithique, alors que tous ces groupes d'hominiens étaient depuis longtemps disparus, presque complètement dissous ou absorbés par une humanité triomphante d'homo sapiens, parce que plus méchante, cruelle, et vindicative que la plupart de ses lointains ancêtres.
Mais alors où est la musique? Elle est apparue lorsque toutes ces sonorités ne servaient plus à grand-chose de pratique dans la vie des humains. Elle est née dans un gros hameau fortifié en même temps que le vin son jumeau, sans oublier leur frère cadet: le pouvoir héréditaire.
Tout ça, il y a une vingtaine de milliers d'années, pour le plaisir de guerriers dominants, qui aimaient la douce langueur que la musique faisait fondre sur eux, leur faisant ainsi oublier les vicissitudes de l'«éventrage», de l'étripage, de la défenestration et du «démembrage» d'ennemis massacrés le jour même. Ah douce, douce musique! Ah musique! Mais à quoi sert donc la musique aujourd'hui? Mais à qui sert-elle?
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À sa naissance, l'aviation, la radio, la télévision et le téléphone n'existaient pas. Pour venir à Montréal, il fallait la journée à une carriole, et en hiver, il fallait prendre le pont de glace.
Son père, mon arrière-grand-père, portait une moustache invraisemblable et battait son fils jusqu'au sang. Puis, c'est la grippe espagnole qui a failli le tuer, mais il s'en est sorti là aussi. Il était solide, mon grand-père, et même quand sa carrosserie a commencé à foutre le camp, son moteur rugissait encore. En son honneur, j'ai baptisé toutes mes minounes à son prénom.
Un jour, mon grand-père est tombé amoureux avec la fille qui travaillait dans la boutique du chapelier, ma grand-mère, qui est morte avant que je puisse conserver le moindre souvenir d'elle. Avec elle, à ses côtés, pour tenir maison et s'occuper des enfants, mon grand-père a ouvert une crèmerie dans le faubourg à m'lasse puis a vendu de l'assurance porte-à-porte pendant la Grande Crise de 1929.
Trop jeune pour la Première Grande Guerre, trop vieux pour la Seconde, il n'a pas eu à défendre la mère patrie ni à se cacher dans les bois pour échapper à la conscription.
Il adorait chanter, imitait Maurice Chevalier, buvait souvent un coup de trop.
Quand, en 1969, l'homme a mis le pied sur la lune, il était devant le téléviseur, et je me souviens qu'il s'épongeait le front avec un mouchoir brodé à ses initiales. Il essayait de faire comme si de rien n'était, mais je l'entendais murmurer tout bas : «j'ai mon voyage».
Et il l'avait, en effet, son voyage. 85 ans d'aventures, d'apprentissage, de changements, d'adaptation. Ils étaient un peu plus d'un milliard et demi à se partager la planète quand il est né. Nous sommes plus de sept milliards aujourd'hui.
J'ai pensé à mon grand-père en lisant Hôtel Adlon, de Philip Kerr, qui met en scène l'ex-policier Bernie Gunther dans une Allemagne qui s'apprête à recevoir le monde pour les Jeux olympiques de Berlin, en 1936. Même s'il s'agit d'un très bon polar, ce qui me semble plus intéressant ici est le portrait d'une population qui se met à tabasser les juifs et les gitans sans souci d'humanité, et à saluer, la main levée, le discours haineux d'Adolph Hitler. Et les Canadiens français étaient nombreux à s'en foutre, à l'époque. Mon grand-père ? Je ne sais pas. Je ne lui ai jamais posé la question. Je n'aurais probablement pas aimé la réponse.
Je me suis beaucoup intéressé, jadis, à ce qui s'est passé en Allemagne. Comment une population éduquée, cultivée, l'une des plus éclairées d'Europe, avait-elle pu se prendre d'affection pour une politique répressive ?
L'une des clés était la revalorisation du peuple allemand, justement. Militairement brisée par la Première Guerre mondiale, financièrement mise en faillite par les réparations exigées des vainqueurs, l'Allemagne avait mal à son identité. En flattant le peuple dans le sens du poil, en valorisant un glorieux passé, en accusant les juifs d'être responsables du marasme, Hitler a réussi à transformer ses citoyens en informateurs de la police politique et à faire taire toutes les critiques de son régime.
Ce sont des tactiques vieilles comme le monde, encore utilisées de nos jours. Regardez ce qui se passe à Ottawa, où on remet sur tous les murs des portraits de la reine (valorisation d'un passé glorieux), regardez à quel point on y dénonce la criminalité et combien on s'y muscle pour la juguler. Regardez combien on veut se servir d'Internet pour exercer une surveillance policière débridée.
Attention : je ne dis pas que Harper est un Hitler en puissance, ce serait ridicule et mensonger.
Mais Harper est un Harper en puissance, et c'est déjà bien trop. Je vois tout ce que la population du Québec a réussi à obtenir de droits et libertés depuis la Révolution tranquille être mis en danger par un gouvernement qui préfère la méfiance à la confiance, le monologue au dialogue et l'argent à l'empathie. Je vois les plus grandes victoires sociales des dernières décennies être subtilement remises en question : le droit à l'avortement, le mariage gai, la culture comme outil de civilisation, la recherche scientifique pour le bénéfice de la connaissance pure, etc. Je vois les milliards coupés dans les services et donnés aux marchands de canons...
Je lisais Hôtel Adlon et je pensais aux Allemands ordinaires, pris dans le cauchemar nazi. Et je pensais à mon grand-père et à ce qu'il dirait de notre présent s'il était encore en vie.
Peut-être qu'il n'aurait pas su quoi répondre. Peut-être qu'il aurait gardé le silence parce que... c'est compliqué tout ça.
Peut-être qu'il aurait simplement essayé de me vendre une police d'assurance, parce que, hein, on ne sait jamais ce qui peut arriver... Et qu'il faut toujours présager le pire.
Comment expliquer ça? Comment expliquer qu'on le laisse faire? Il faut, je crois, aller voir du côté de Naomi Klein qui, dans son livre La stratégie du choc, dénonce la stratégie du grand capital qui consiste à profiter des catastrophes et de la peur d'une population pour la contrôler, la rendre docile et la piller sans vergogne.
Le pianiste est un grand film de Roman Polanski qui montre comment on en vient à accepter l'inacceptable, petit peu par petit peu. On y raconte l'histoire d'un pianiste classique qui perd à peu près tout, jusqu'à son humanité, simplement parce qu'il est juif. Son erreur : croire que ça ne peut pas être pire.
Gunter Grass est un auteur allemand de toute première importance, dont la réputation a été légèrement entachée lorsqu'il a révélé qu'il était membre de la jeunesse hitlérienne lorsqu'il avait 15 ans. Mais son œuvre parle pour lui, et il faut absolument lire Le Tambour, une œuvre majeure qui raconte l'histoire du jeune Oskar qui ne veut pas grandir sous l'Allemagne nazie. Un chef-d'œuvre, vraiment. Et le film qu'en a tiré Volker Schlöndorf est de même niveau, ce qui est, avouons-le, plutôt rare.
* * *
Ils sont vieux, mes enfants. Très vieux et ralentis par les médicaments qu'on leur fait ingérer pour les empêcher de mourir et qu'ils puissent continuer de travailler – et consommer – jusqu'à 120 ans, l'âge de la retraite (qui est également celui où le prix des médicaments triple d'un seul coup).
Ils habitent dans une maison de vieux dont les chambres sont des dortoirs de quatre, six ou dix, dépendant de leurs ressources. Le jour, nos chers aînés travaillent sur place, c'est bien commode. Ils assemblent des composantes électroniques. Ils sont nourris et logés, ce qui en fait des privilégiés, et il faut remercier pour cela leurs diplômes universitaires.
Mais ce ne sont pas les vrais privilégiés, loin s'en faut. Ils n'ont pas pris l'avion depuis quarante ans. Pas les moyens. Pour les mêmes raisons, ça fait 25 ans qu'ils ne sont pas allé au restaurant.
Ce sont mes enfants, ces vieillards, et ils ne sont pas riche, et ils travaillent pour survivre tandis qu'une poignée d'hommes et de femmes vivent comme les rois de jadis, sillonnant la planète dans leurs bateaux, leurs avions. Les réserves naturelles, les parcs nationaux leur sont réservés. Ils gardent pour eux les dernières beautés du monde. Ils sont les monarques de demain.
Mais mes enfants, eux, ces jeunes vieillards de 2082, se lèvent avant le déjeuner (œufs artificiels, pain Monsanto) et regardent par la fenêtre le monde dévasté. Le paysage est fracturé pour en tirer les dernières vapeur de gaz naturel, un monde hérissé de puits et de magasins grandes surfaces qui soldent les produits fabriqués en Afrique. Un pain y coûte une heure de travail. C'est un paysage de fin du monde, une existence sans grandeur, sans beaucoup d'espoir.
Après le déjeuner, ils ont droit à un verre d'eau chacun. Ils prennent leur temps pour boire. C'est… si bon. Mon fils ferme les yeux un instant, il faut rouler l'eau dans sa bouche. Il se souvient des lacs. Ils se souvient des glaciers des Alpes où il était allé, enfant, avec son père. Il avale. Il soupire. Il se lève péniblement de table. Son dos gémit. Encore 38 ans avant la retraite.
Dans les années soixante et soixante dix, on avait bien plus peur de la guerre nucléaire que de la destruction du monde causée l'insatiable cupidité des grandes corporations.
La science-fiction d'alors dénonçait avec férocité les puissances militaires qui rêvaient de faire joujou avec un arsenal atomique ayant la capacité de détruire plusieurs fois la terre. Mais maintenant? Nos littératures occidentales, pour la grande majorité, préfèrent les chevaliers des mondes parallèles, les magiciens, les vampires sexy ou les histoires au je qui racontent les baises sans lendemain et les dilemmes moraux de personnages pas d'colonne.
Pendant ce temps, des personnages réels, comme ma collègue Nathalie Elgrably- Lévy, utilisent leur espace médiatique à des fins de fiction qui servent les intérêts des puissants de ce monde, les futurs monarques d'une planète détruite.
En écrivant dans sa chronique du premier février dernier que : «La thèse du réchauffement climatique est morte… Un véritable leader ne pourra feindre de l'ignorer !», Nathalie Elgrably-Lévy, qui est intelligente, sait bien de quel côté son pain est beurré. Elle veut vieillir en vassale des richissimes et se nourrir de ce qui tombera de leur table. Ce qui, avouons-le, est de loin préférable au sort qui guette mes propres enfants si on ne fait rien pour changer la donne : ils vont manger de la marde.
L'économiste-chroniqueure se sert d'une déclaration d'une petite poignée de scientifiques (dénoncée par 90% de leurs collègues sur la planète) pour nier la dévastation de la planète par la cupidité des grandes corporations, dont la soif de profit asséchera à terme toute l'eau potable de la planète.
Elle accrédite des thèses complètement risibles pour permettre à ceux que la complexité du monde irrite de croire au complot plutôt qu'au réel danger environnemental. Il est tellement plus facile (et moins coûteux) de gueuler contre les gauchistes que d'envisager une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. L'économie à tout prix. Au prix de tout, devrait-on dire.
Mais où sont les romans qui contredisent par la fiction ce que les Nathalie Elgrably- Lévy de ce monde inventent pour nous garder en troupeaux bien sages, comme des moutons prêts à la tonte ? Les romans ne sont pas là. Les romanciers ne sont pas au rendez-vous, pour la plupart. Ils ne savent plus comment répondre, par la fiction, à la fiction des cupides. Les histoires de fin du monde ne racontent plus la manière dont le monde finit mais plutôt comment on le reconstruit, avec de la magie en valeur ajoutée.
C'est le cas d'Entropia, de Maxime Chattam, le tome 4 de sa série Autre Monde. Et c'est bien là le problème : il s'agit d'un autre monde, pas du nôtre. Dans l'univers de Chattam, une mystérieuse tempête a dévasté l'Amérique. Y survivent des enfants mutants et des adultes cruels.
Je me suis bien amusé à le lire, oui. Ça m'a rappelé Le Passage, de Justin Cronin, une autre histoire de fin du monde, mais avec des vampires créés par des militaires inconscients. J'attends la sortie du second tome de Cronin parce que c'est agréable à lire, mais comme pour Chattam, je reste quand même sur ma faim. Ma faim de NOTRE monde. Mais faim de NOS espoirs et de NOS épreuves à traverser pour survivre et grandir et nous épanouir. Ma faim de vérité, que seule la meilleure fiction peut révéler, en combattant les mensonges des fossoyeurs du monde.
Louez le Docteur Folamour de Stanley Kubrick. Ce film de 1964 montre bien que la folie préside depuis longtemps aux destinées des peuples.
Mais pour de la grande littérature de combat, de la magnifique littérature qui sait que nous sommes tous et toujours en danger d'être dépouillé de tout, il faut lire ou relire Les raisins de la colère, de John Steinbeck. Ça se passe pendant la grande dépression de années 30, aux États-Unis. Et ça ressemble étrangement à ce qui se passe encore, maintenant, aux États-Unis. Troublant. Beau. Choquant. De quoi, oui, s'indigner.
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Est-ce par orgueil ou par stupidité? Est-ce par cupidité ou nécessité existentielle? Est-ce pour s'approprier ce que certains apppellent la «Création» et devenir «Kalife à la place du Kalife»? Ou est-ce simplement pour améliorer leur sort? Probablement tout ça et plus encore!
Regardons par exemple ce que les humains ont imité depuis quelques milliers d'années afin de transformer une matière originelle dans le but de l'améliorer ou de la domestiquer et de la rendre ainsi digestible ou accessible. Wagner! Wagner que les vagues monstrueuses de la Mer du Nord ont rendu sourd à toutes autres sonorités que mugissantes! Déferlantes furieuses d'écumes grises perlées de blanches se fracassant sur les rochers noirs de l'Europe mythico-mystique en immenses éclaboussures symphoniques!
Il était plus commode de reproduire le fracas naturel maritime et de le jouer en château que de déplacer tout le monde en charettes en haut des falaises ou sur des rochers à demi submergés. Chichén Itzâ! Ah bin là les amis, ça pourrait faire jaser chez les archéologues!
J'étais sur un bateau qui se rendait, depuis Rimouski jusqu'à Blanc-Sablon, en voyage de recherche quant à mon mémoire de maîtrise en ethnographie de la communication. C'était au mois de juin. Nous sortions du petit havre de Sheldrake et longions la Basse-Côte Nord. Il était environ huit heures du matin. En sortant sur le pont, j'aperçois à l'intérieur des terres de petites montagnes pyramidales avec, sur leurs flancs nord non encore réchauffés, de larges bandes de glace verticales donnant l'impression d'escaliers monumentaux.
Je voyais-là l'origine des temples mayas de la plaine du Yucatan! Depuis quelques années déjà, des confidences d'Innus m'avaient allumé sur les voyages entrepris par certains de leurs ancêtres et par les Béothuks jusqu'au Golfe du Mexique et au Yucatan. Il faut savoir que les caribous fréquentent le dessus de ces petites montagnes en hiver puisque le vent balayant la neige rend le grattage plus facile pour trouver le lichen nourricier. C'est là qu'on le tue et qu'on le saigne lorsque les grands troupeaux sont déjà passés depuis longtemps.
Les Mayas ont probablement reconstruit de petites montagnes en blocs de pierres finement ajustés, avec grand escalier au flanc nord, en souvenir des petites montagnes de la Basse-Côte-Nord et du Labrador. C'est sur le sommets des temples que se pratiquaient les sacrifices cannibales d'Attiku Apeo, l'homme-caribou de Papakuassiku.
Enfin, le pain! Le pain! N'avez-vous jamais remarqué combien une miche de pain croûté non tranchée ressemble à un grain de blé? Alors regardez-bien autour de vous et il se pourrait que vous remarquiez d'autres fabrications humaines reliées à des existences naturelles animées ou inanimées. On s'en reparlera dans la prochaine qui portera sur le disco et son origine: les battements d'un coeur en chasse ou en fuite....
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S'il existe un pauvre hère surnommé «Tif» au Québec, le temps des fêtes doit ressembler pour lui, à l'enfer des baudruches malmenées. Bon! Pour la naissance de Jésus le 25 décembre, on repassera! Personne n'a encore découvert avec certitude quoi que ce soit à ce sujet. Les Juifs qui ont toujours été forts en «business» ont peut-être inventé une première opération de propagande en marketing social.
Si je me fie à tout ce qu'on impute à feu Gérald Boulet, alias «Gerry», et qui ne lui a jamais appartenu, notre «Jésus» risque fort d'être un mec assez ordinaire sur le dos duquel des propagandistes esséniens auraient collé des mérites et des extravagances miraculeuses appartenant à quelqu'un d'autre. Comme à ce Saint-Jean-le-Baptiste par exemple, qui est peut-être le thaumaturge originel, ou ce Saint-Paul et ce Saint-Pierre, sans parler du concepteur du prospectus de ce groupe révolutionnaire hébreux, Saint-Jean.
N'oublions pas que l'alphabet hébreu a une correspondance mathématique et que lorsque le «Verbe s'est fait chair» il est probable qu'il se soit aussi fait calculette. Enfin, quoi qu'il en soit après Noël, le Jour de l'an! Et les résolutions! Dans mon cas comme dans celui de bien d'autres, il s'agirait surtout de résolutions de problèmes financiers accumulés depuis quelques années.
Ce genre de problèmes apparaîssant surtout chez les chômeurs, les toxicomanes, les alcooliques et les pensionnés de l'État sans revenus de retraite émanant de fonds privés. Bout de bonyeu! Mais c'est tout à fait moi ça! Mais pourquoi n'y ai-je pas pensé avant? En fait, c'était moi! Puisque je ne bois à peu près plus, sauf à l'occasion rare chez les Giguère-Murphy, quelques p'tites bières avec «Le Murph» et une couple de verres de vin avec sa Nicole.
Le «pot» est devenu dangeureusement trop fort! Une poffe et je ne sais plus où je suis, où je vais et comment je m'appelle! Deux et je parle en anglais! Pensionné de l'État je le suis, mais au fédéral. La vieillesse y vaut une poignée de dollars et des vétilles. Quant à la Régie des rentes et aux revenus de retraite de fonds privés, le rock'n'roll se jouait en dessous de la table il n'y a pas si longtemps.
Alors c'est pas fort quand les dents te branlent et que les genoux te craquent! Les droits d'auteurs c'est pas haut pantoute pi c'est pas si «drette» que ça! Dieu merci qu'il me reste mes chroniques hebdomadaires pour boucler les fins de mois.
En passant, et pour m'aider à résoudre certains de mes problèmes, allez donc chez Youtube visionner quelques-uns de «mes bons rocks» avec Corbach. Tapez Harel-Corbach-Rock ma vie ou Cannibale ou L'Écho des bas fonds ou J'ai si peur de l'amour. Vous y verrez et entendrez l'international du rock'n'roll québécois et vous constaterez que quelque chose ne tourne pas rond dans l'autobus du show-business...
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Ce sont deux visions du monde qui s'affrontent. Si vous me connaissez un peu, vous savez de quel côté je penche, mais là n'est pas la question.
Car j'ai depuis longtemps l'impression qu'en matière politique on ne prêche qu'aux convertis. Ceux qui sont d'entrée de jeu d'accord avec Lysée liront Lysée. Ceux qui partagent les arguments de Duhaime liront Duhaime. Seuls quelques-uns liront Duhaime ET Lysée pour mieux les détester. Ce qui ne nous avance pas beaucoup, n'est-ce pas ?
N'empêche que les élections approchent, si on en croit la rumeur, et qu'un groupe de personnes obtiendra la clé du gouvernement pour les quatre ou cinq années à venir. Or Lysée et Duhaime ne sont pas candidats. Ils préfèrent le ring et recevoir des coups et en donner. Se faire défoncer la gueule en recevant des uppercuts, d'accord, mais se présenter aux élections ? Pas question !
Qu'ont en commun Barak Obama, Mitt Romney, Stephen Harper, Jean Charest, Pauline Marois et François Legault, Sarkosy et Hollande ? Ils veulent être chef. Ils veulent la job.
Ce qui, à mes yeux, est une raison suffisante pour ne pas voter pour eux.
Imaginez une petite annonce qui se lirait comme suit : «Une grosse entreprise publique toujours déficitaire est à la recherche d'un PDG qui accepterait une rémunération dix fois moindre que pour un poste équivalent dans le secteur privé.
«Le candidat idéal sera prêt à travailler 125 heures par semaine et n'aura droit à aucune vie personnelle. Il devra s'exprimer en slogans de six secondes.
«Chacun de ses gestes présents, passés et futurs sera scruté à la loupe par tous les journalistes du pays. Il sera caricaturé, imité, moqué et potentiellement haï par la majorité des actionnaires. Fumeurs s'abstenir. »
Avez-vous envie d'envoyer votre CV ? Ben, moi non plus. Ni Lysée, ni Duhaime.
Une personne sensée veut travailler le moins possible pour le meilleur salaire possible. Une personne sensée veut aimer et être aimée. Une personne sensée fuit les journalistes comme la peste. Une personne sensée trouve qu'un rapport d'impôt, c'est compliqué. En fait, personne de sensé ne voudrait d'un emploi pareil. D'où j'en déduis que les potentiels chefs de nos démocraties occidentales ne sont pas des personnes sensées. Et alors tout s'explique : guerres, déficits, injustices et promesses impossibles à tenir.
Pour que les chefs de nos démocraties soient des personnes sensées, il n'y a qu'une seule solution. Il faut élire des gens qui ne veulent pas de la job.
«Monsieur, aimeriez-vous être premier ministre du Québec ? -T'es-tu fou toi, stie ? -On a un candidat ici ! »
En fait, moins les candidats voudraient la job, plus on pourrait leur faire confiance. Incapable de lever des fonds, de faire des discours en public et dégoûtés à la seule idée de serrer la main de milliers d'inconnus pendant des semaines, on pourrait être à peu près sûr qu'ils se contenteraient de faire le strict minimum pendant leur mandat, ce qui serait la meilleure façon de limiter les dégâts.
D'ailleurs, nous n'aurions plus besoin de plusieurs partis qui se disputeraient le pouvoir pendant d'interminables périodes électorales. On sélectionnerait trois ou quatre personnes qui ne veulent vraiment pas de la job, on ferait un seul débat à la télé, et celui ou celle qui n'aurait aucune réponse toute faite deviendrait notre premier ministre récalcitrant. Pas d'idéologue, pas de fanatique, pas d'assoiffé de pouvoir prêt à tout pour se faire élire. On nommerait à la tête de l'État celui qui, à la question « que pensez-vous du partenariat public-privé dans le domaine de la santé «, répondrait avec candeur : «Ben attendez minute, c'est pas simple, ça là, là ! »
Bravo !
Un seul parti pour tous les gens sensés. Un parti pour tous les remplacer. Le parti de ceux qui en ont marre des combats de boxe et des dopés du pouvoir. La seule condition pour en faire partie, c'est de ne pas vouloir y adhérer.
Je propose même un nom pour ce tout nouveau parti.
Il s'appellerait le Rassemblement des Adultes Logiques du Québec. Ou, pour faire plus court, son acronyme : le RAL'Q.
Sur la pratique du pouvoir et la dure vie de chef, j'ai adoré Elizabeth, un film en deux parties tourné pour la télévision, mais qui se trouve dans les vidéoclubs, avec la formidable Helen Mirren dans le rôle-titre. Pas toujours drôle, la vie de chef ! Mais du temps d'Elizabeth (1533-1603), on était reine de droit divin et il fallait en porter le fardeau. Alors que de nos jours, rien n'y oblige.
Il y a aussi L'automne du patriarche, de Gabriel García Márquez, un roman foisonnant sur un dictateur coincé dans le labyrinthe de ses illusions. Très fort.
Et puis La fête au Bouc, de Mario Vargas Llosa, qui narre les derniers jours du dictateur Rafael Leonidas Trujilo. Mettez-le dans vos bagages pour votre petite escapade au tout inclus de République dominicaine pendant la semaine de relâche. Mais non, faites pas ça. Ça gâcherait le goût de votre piña colada !
* * *
Il y a les histoires de pédophiles qui font frémir. Et puis, il y a les fausses histoires de pédophilie… qui donnent tout aussi froid dans le dos.
Les deux côtés de la chasse aux abuseurs d'enfants, celle qui touche les vrais coupables et celle qui dérape dans des fausses accusations, sont illustrés dans deux films français qui prennent l'affiche au Québec: Polisse et Présumé coupable.
Et dans les deux cas, ces films très durs sont comme des coups de poing qui ne vous laisseront pas indifférents.
Dans Présumé coupable, de Vincent Garenq, qui prend l'affiche aujourd'hui, on découvre le cauchemar vécu par Alain Marécaux. Il a été arrêté en 2001 (avec sa femme et 12 autres personnes) et accusé d'avoir violé des enfants qu'il ne connaissait même pas.
Il a passé vingt-trois mois en prison, ses propres enfants ont été placés en famille d'accueil, il a fait la grève de la faim pendant 98 jours pour clamer son innocence. Et tout ça, alors qu'il n'existait aucune preuve matérielle contre lui.
C'est un cauchemar, doublé d'une descente aux enfers. Il a finalement été innocenté quand ses accusateurs ont admis avoir tout inventé, du début jusqu'à la fin!
En France, l'affaire Outreau a provoqué tout un débat. Sur le système de justice. Mais aussi sur la lutte contre la pédophilie. À cause de quelques affaires horribles très médiatisées, est-ce que la population n'en est pas venue à vivre dans ce qu'un juge appelle «l'ère du soupçon»? Le moindre geste d'un adulte envers un enfant, même le plus innocent, est tout de suite mal interprété.
Dans Polisse, de la réalisatrice Maïwenn, qui prend l'affiche en mars, on suit le quotidien d'un groupe de policiers de la Brigade de protection des mineurs.
C'est à faire dresser les cheveux sur la tête.
Un père qui est fier de sodomiser son ado, une mère qui trouve normal de masturber son bébé, un grand-père qui joue dans les culottes de sa petite-fille: certains des «dossiers» donnent envie de vomir. La réalisatrice a fait un stage d'un mois à la Brigade et toutes les histoires qu'elle raconte dans son film sont des cas vécus. On en sort avec une admiration sans borne pour ces policiers qui sont confrontés chaque jour aux pires horreurs et qui ne s'en sortent eux-mêmes jamais indemnes.
Ces deux films nous montrent les deux côtés de la médaille. On applaudit bien sûr le fait que les policiers comme ceux de Polisse fassent la chasse aux pédos. Mais on ne peut pas s'empêcher, en voyant Présumé coupable, de se poser des questions…
Est-ce qu'on a tellement peur des pédophiles qu'aujourd'hui n'importe quel enfant peut accuser un prof, un voisin, un parent et qu'on va prendre sa déclaration comme parole d'Évangile? Pendant des siècles, on n'a pas accordé d'importance aux déclarations des enfants. Mais aujourd'hui, est-ce qu'on est tombé dans l'excès contraire et que la moindre accusation d'un mineur est prise trop au sérieux?
En 1996, le premier ministre français Alain Juppé avait déclaré: «Il faut parfois mettre entre parenthèses les droits de l'homme pour protéger ceux de l'enfant.»
Pas sûr qu'Alain Marécaux serait d'accord avec lui.
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Je persiste à croire qu'il y a quelque chose de grandiose dans le fait d'avoir terminé l'écriture d'un livre. Pendant des années, j'en ai commencé cent et n'en ai terminé aucun.
Je ne suis pas tout seul. Il ne se passe pas une semaine sans que je rencontre quelqu'un qui me demande conseil parce qu'il est bloqué à la page 20, ou 30, ou 12: «Avez-vous des trucs à me donner?»
En général, je m'en tire avec une pirouette et je réponds quelque chose comme: «l'inspiration consiste à se mettre le cul sur une chaise pour écrire pendant trois heures, tous les jours». Mais cette réponse n'est que ça, une pirouette, et ce conseil n'aide personne. D'ailleurs, il ne m'aide pas moi-même.
Pendant toutes les années de ma jeunesse, j'ai cherché moi aussi un «truc», une astuce qui me permettrait d'aller au bout d'un projet. Pendant des années et des années j'ai cherché à comprendre de quoi était fait cette damnée littérature contre laquelle je me battais en perdant chaque round jusqu'à me retrouver KO avant la cloche.
Je lisais tout ce qui me tombait sous la main et qui se rapportait à l'écriture. Des guides à 25 sous, des articles de magazines, des biographies d'auteurs.
Je me souviens d'avoir beaucoup apprécié L'art du suspense, de Patricia Highsmith. C'était une auteure américaine de romans policiers, morte en 1995 à l'âge de 74 ans. Elle est un peu oubliée, de nos jours, mais c'était une grande artiste du thriller psychologique. Ses romans sont encore disponibles. Vous ne serez pas déçu, je vous jure.
Mais je n'ai pas appris auprès de Patricia Highsmith à maîtriser l'art du suspense.
Des années plus tard, j'ai lu L'art du roman, de Milan Kundera.
Vous connaissez Kundera? C'est vrai qu'il se fait rare par les temps qui courent. Mais c'est un formidable écrivain qui a beaucoup réfléchi sur ce qu'est le roman –et sur ce qu'il n'est pas. Parfois, en le relisant, je me dis qu'il n'a pas très bien vieilli. Mais il appartient à un monde disparu. Tchèque, il a fui son pays pour la France alors que l'empire soviétique régnait encore sur la moitié du monde. La majorité de son oeuvre est tributaire du totalitarisme soviétique. Maintenant que la Russie est un pays comme les autres (enfin presque), les romans de Kundera ont cette mine un peu triste des orphelins trop vieux qui savent qu'aucune famille ne voudra les adopter.
Mais je n'ai pas appris avec Kundera à maîtriser l'art du roman.
Passent encore quelques années, et voici Écriture, de Stephen King. Je dois avouer un gros faible pour Stephen King. Il possède une puissance créatrice exceptionnelle. Je me souviens d'avoir lu son roman Le fléau. Une histoire de fin du monde, mais une fois que le monde est fini, King le reconstruit pendant des centaines et des centaines de pages, et c'est à couper le souffle.
Mais je n'ai pas appris avec Stephen King à maîtriser l'art de la fin du monde.
Et puis voilà que cette semaine la poète, dramaturge et romancière Denise Boucher m'a fait cadeau des deux tomes des entretiens de la Paris Review avec les importants écrivains du vingtième siècle. C'est splendide, merveilleux d'intelligence et de savoir-faire. On y retrouve Borges, Nabokov, Yourcenar, Jim Harrison, Suzan Sontag, William Burrough. Oh, hé! Merci Denise (dont le roman Au beau milieu la fin est splendide, si je puis me permettre, bien que j'en sois l'éditeur).
Mais je n'ai pas appris avec ces Entretiens à calmer mes angoisses et à trouver bon ce que j'écris jour après jour.
Sans doute y a-t-il une raison à ça, et cette raison est un mystère. Les écrivains, quand ils parlent d'écriture, connaissent leur sujet à fond. Et pourtant, toujours quelque chose leur échappe.
Ça n'a jamais été plus clair que dans le très beau recueil que Boréal vient de publier et qui s'intitule La pratique du roman. Huit écrivains s'y livrent au difficile exercice de parler de ce qu'ils connaissent le mieux sans pourtant le comprendre tout à fait.
Gilles Archambault, Nadine Bismuth, Trevor Ferguson, Dominique Fortier, Louis Hamelin, Suzanne Jacob, Robert Lalonde et Monique Larue: tous pratiquent depuis des années un métier dont ils n'auront jamais fini de faire le tour. Sans doute est-ce pour cela qu'ils continuent.
Que m'ont-ils appris ? Rien, sans doute. Et beaucoup, certainement.
J'ai appris qu'il est normal de ne pas savoir.
J'ai appris que le doute, la remise en question et l'impression quotidienne de perdre son temps à triturer une matière qui n'en fait qu'à sa tête sont des phénomènes normaux. J'ai appris que je n'étais pas tout seul. C'est déjà ça.
C'est en gardant en tête ces conseils qui n'en sont pas et ces trucs qui n'aident en rien que je vais continuer l'écriture de mon roman, le cinquième, qui me fait si peur et qui me semble beaucoup trop gros pour moi.
Un roman dont le personnage principal est… un écrivain. Ben coudon.
Faites ce que dis, pas ce que je fais.
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Peut-on trouver une particularité plus étendue à notre espèce que la peur de l'inconnu? Nous qui avons inventé les dieux et leurs phalanges d'anges, de saints ou de demi-dieux pour colmater l'immensité angoissante de notre cosmos intérieur? Nous qui découpons l'univers en petit carrés pour l'étudier, croyant lui enlever son mystère? Nous qui réduisons tout à la dimension de notre petit cerveau dénaturé par les contraintes sociales et religieuses!
Alors crétak! Qu'est-ce que les mathématiques ont à voir avec la musique puiqu'il me semble évident que celle-ci est le contraire de celle-là! Les maths! Les maths! Invention de l'agriculture, de l'élevage et de la monarchie! Non mais quoi! Ça se prend pour qui les mathématiques!
Ce calculage effréné et prétentieux originant de petites mottes d'argile sur lesquelles les chefs de tribus faisaient graver les quantités de n'importe quoi leur appartenant. Ce petit comptage tout à fait vénal et matérialiste serait notre outil préféré pour comprendre d'où nous venons et où nous allons dans l'infinité de la matière! Sans parler de l'infinité de l'anti-matière, de la psycho-matière, des univers matériels extra tri-dimensionnels et des univers de non-matière!M'enfin.
La musique, la musique! Celle qui existait bien avant l'apparition des premières entités vivantes à l'interface du minéral et du biologique. La musique timbalesque des laves en fusion, des giclées de bassons des magmas incandescents, des solos de gaz sifflant tel des exhalaisons d'orgues hors des ignées refroidies, la musique stridente au violon des comètes déchirant l'athmosphère souffré pour exploser en pluies pianotées et cristallines. La musique, quoi!
Et puis il y eut l'eau et la vie et la musique s'enrichit jusqu'au chant des oiseaux et au roucoulement des ruisseaux. Et si les maths ne servaient qu'à éteindre la musique, à lui couper les ailes et à l'enfermer dans la petite cage de nos petits cerveaux pour qu'elle ne nous effraie plus, pour qu'elle soit vidée de sa puissance et puisse être jouée par n'importe qui sans que la trahison transparaisse?
La musique est la nourriture des poètes et il faut tuer tous les poètes, n'est-ce pas? Les poètes ne vivant que de liberté sont un danger pour toutes les sociétés contrôlantes, n'est-ce pas? Les sociétés qui ne le sont pas s'effondrent et sombrent dans l'anarchie, n'est-ce pas? Alors cultivons les maths et laissons-les nous mener à l'écriture de la musique, au calcul des silences, à la topographie des croches et des doubles-croches! Les poètes se cacheront au fond des cavernes et des grottes pour se paqueter la geule et jouer de la guitare.
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En regardant le premier gala de Star Académie hier soir, j'ai beaucoup pensé à cette phrase lancée par le personnage de Michel Côté dans le film Le sens de l'humour, d'Émile Gaudreault.
Pourquoi? Parce que s'il y a une émission qui déboulonne les préjugés sur les régions c'est bien Star Académie et ses candidats qui viennent non seulement de partout au Québec, mais de l'Ontario ou du Nouveau-Brunswick.
S'il y a une émission qui met en valeur la vigueur et la vivacité des «régions» c'est bien Star Ac, la plus grande production télé de la province qui est vue par plus de deux millions et demi de Québécois.
On a souvent reproché aux séries télé de se dérouler dans le petit milieu branché du Plateau. Quand on parle de culture, ça se limite trop souvent aux grandes villes. Qu'est-ce qu'on sait vraiment de ce qui se fait à Rimouski, à Alma ou à Sainte-Anne-de-Madawaska?
La montréalisation des médias, ce n'est pas seulement un mythe inventé par les animateurs des radios de Québec. C'est un vrai phénomène. Comme si seule Montréal bougeait, chantait et vibrait, au Québec!
Et c'est pour cette raison que l'on ressent un vent de fraîcheur avec Star Académie qui nous fait découvrir le talent d'Andréanne A. Mallette de Granby, de François Lachance d'Alma ou d'Andrée-Anne Leclerc de St-Jean Chrysostome.
Sur les 20 candidats, il n'y en a que 2 qui venaient de Montréal et une de Québec.
Ce n'est pas un hasard si des comités d'appui se forment en région pour appuyer un ou une candidate: quelle source de fierté quand le nom de votre patelin est sur toutes les lèvres alors que les gens n'en entendaient parler avant. Savez-vous qu'il y a une banderole à l'entrée de Rivière-Ouelle sur laquelle est inscrit: «On est fiers de toi Sophie!» en l'honneur de Sophie Pelletier?
Ce que Star Académie offre au Québec, c'est un miroir. Un miroir où il peut se voir en entier et se trouver beau et bon.
Pas étonnant que ce premier gala se soit déroulé sous le signe d'un hommage à Gilles Vigneault, un digne représentant des «régions». Vigneault, fils de Natashquan, a toujours été fier de son patelin. Quand on lui dit: «C'est loin, Natashquan» il a toujours la réponse: «loin de quoi?» Tout est une question de perspective. Quand on pense que Montréal est le centre du monde, Natashquan c'est loin. Quand on pense que Natashquan est le centre du monde, c'est Montréal qui paraît bien loin!
Star Académie se veut la championne des chansons d'expression française. Biz a accepté d'être prof à Star Ac, lui qui a toujours critiqué l'émission, parce qu'il trouvait que cette émission misait à fond sur la chanson en français.
Quelle déception, dans ce contexte, que les quatre premières chansons chantées par les aspirantes académiciennes aient été des chansons en anglais. Gilles Vigneault avait raison, lui qui chantait dans Vivre debout: «Il y a toujours péril en la demeure.»
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Celui qui a écrit Miss Maggie et Mistral Gagnant serait en pleine déprime. Selon son frère, il serait même en train de commettre « un lent suicide » en se noyant dans l'alcool.
On ne peut pas assister comme ça au naufrage d'un artiste qu'on aime en se croisant les bras. Quand on a autant de talent que Renaud, quand on a écrit des chansons comme En cloque, Morgane de toi ou Banlieue rouge, on ne peut pas se saouler à la terrasse d'un café et arrêter d'écrire ou de composer.
Il ne faudrait surtout pas que Renaud finisse comme Amy Winehouse. Ou comme Janis Joplin et Jim Morrison, victime de ses excès.
C'est le frère de Renaud, Thierry Séchan, qui a été le premier à tirer l'alarme.
En novembre, il a écrit une lettre ouverte à son frère qui a carrément eu l'effet d'une bombe, en France.
Dans ce texte, qui sert de préface à une biographie de Renaud, Thierry Séchan parle de la descente aux enfers de son frère chanteur : « Tes vieux démons ont repris le dessus. L'alcool a refait son apparition… La déprime est là, omniprésente. Tu dis à qui veut l'entendre que tu ne peux plus chanter. Je n'arrive pas à y croire. Un artiste n'arrête jamais de créer, voyons ! À moins qu'il ne se suicide, bien sûr… »
Puis, le journal Le Parisien révélait que Renaud passait une bonne partie de ses journées à boire des pastis à la Closerie des Lilas, un réputé café parisien.
On a appris dans le Nouvel Observateur que Johnny Hallyday allait le voir à la Closerie, qui est devenue son Quartier Général, pour le secouer en lui disant : « Il faut pas te laisser aller, mon p'tit Renaud. »
Un autre de ses amis, Hugues Aufray, déclare aux journalistes « Il n'est pas en état de chanter. Il ne fait que boire, il se nourrit d'alcool. Il est dans un état épouvantable.»
« Je ne pourrais pas supporter que l'auteur de Mistral gagnant devienne un ministrel perdant », affirme son frère.
On peut se demander si les journalistes ont le droit d'aller fouiller comme ça dans la vie privée des vedettes. Après tout, si Renaud a envie de se taper une bouteille de pastis, c'est un grand garçon, si ça ne fait de mal à personne, en quoi ça nous regarde ?
Mais on peut aussi se dire qu'en mettant au grand jour la détresse de Renaud, son frère et les journalistes lui ont rendu un fier service. Parce qu'ils ont provoqué une vague de sympathie, un grand élan d'amour envers le chanteur, et que c'est peut-être ça qui pourra le sauver et le sortir de sa dépression.
Sur Facebook, le groupe Soutenons Renaud Séchan comptait 31 453 fans et on pouvait y lire des messages plus touchants les uns que les autres : «Laisse pas béton, soit heureux», «Reviens vite», «Ne baisse pas les bras», «On t'aime tous».
Récemment, le frère de Renaud a affirmé que son frère allait un peu mieux : «Il a un suivi médical, psychiatrique, il prend des antidépresseurs.»
Peut-être que son meilleur médicament anti-déprime sera l'amour de ses fans. 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Ça fait dix jours que je suis une usine à morve. Il y a tellement de kleenex roulés en boule chez moi que ma maison ressemble à une chambre d'adolescent.
Vous savez ce que c'est, la nature humaine: quand on est roux, on s'intéresse au roux, à l'histoire des roux, aux préjugés envers les roux, etc.
Quand on est gaucher, on s'intéresse aux gauchers, à l'histoire des gauchers, aux nombres des gauchers (de 8 à 15 % d'une population donnée), etc.
Et quand on est malade? C'est ça, vous avez tout compris.
C'est un Français de haute taille qui s'est jadis pété le dos en plongeant dans une piscine, d'où son nom de scène. Il a une belle voix, faut avouer. Une jolie voix grave. Vous l'avez sans doute entendu: c'est un slameur.
Qu'est-ce que le slam?
Ah, voilà qui est une question difficile.
Le slam c'est… comme du rap, mais sans le rythme. Ou comme de la chanson, mais sans la mélodie. Ou comme de la poésie, mais sans poésie, si vous voyez ce que je veux dire.
Ou alors c'es une sorte de carte postale, vous savez, la Tour Eiffel en photo, puis, à l'endos, un texte griffonné: «Paris c'est beau, mais les Français sont chiants. Bisous, Marcel.»
Des clichés recto-verso.
Ou alors comme une composition d'école primaire, mais avec des rimes.
Bon je sais, je me fais des ennemis chez les slameurs. Mettons que je parle du slam dans sa pire incarnation. Le seul qui passe parfois à la radio.
Grand Corps Malade a d'ailleurs composé un slam sur Montréal, un monument littéraire dont vous trouverez les paroles au complet ici: http://www.rap2france.com/paroles-texte-rap.php?parole=grand-corps-malade-a-montreal et dont voici un court extrait:
«J'me suis réfugié dans un Starbuck afin d'finir de gratter / Mon p'tit hommage sur cette ville où j'me suis senti adopté / sur ces habitants ouverts qui parlent un drôle de patois / et qui m'ont offert leur écoute à 6 000 bornes de chez moi / Je reviendrai à Montréal, car j'ai eu bin du fun / Cette ville où les cheums ont des blondes et où les blondes ont des cheums / j'ai pas encore vu grand-chose, j'veux découvrir et j'sais pourquoi /Je reviendrai à Montréal voir les cousins québécois.»
J'ai entendu plusieurs fois ce chef-d'oeuvre à la radio. Et Grand Corps Malade, Fabien Marsaud de son vrai nom, a fait plusieurs spectacles ici. Ce qui veut dire que vous avez acheté des billets.
Vous êtes malades!
Mais il est vrai que vous aimez les rimes
Les mots qui sonnent pareils, vous trouvez que ça sonne bien
Et puis quoi c'est pas un crime
De faire des phrases qui riment à rien.
Hon. Scusez. Appelez-moi Gros Con Malade.
Contrairement à Fabien Marsaud, les Grands Livres Malades sont généralement morts. Enfin, leurs auteurs, pas les livres eux-mêmes, qui sont devenus immortels en raison même de leur maladie.
Les Grands Livres Malades sont des sortes de folies littéraires ambitieuses et aux limites de l'illisible, qu'il est de bon ton dans certains milieux littéraires d'avoir fréquentées assez jeune. Mettons que vous voulez séduire votre prof de littérature. Voici comment procéder:
Vous achetez de Grands Livres Malades, vous les salissez un peu, vous en cornez les pages, vous leur cassez le dos et vous les tachez de café. Vous les mettez ainsi, sales, usés, bien en évidence dans votre bibliothèque, et vous invitez votre prof de littérature à venir chez vous prendre le thé – et le tour est joué, garanti.
Les Grands Livres Malades sont des expériences extrêmes, la littérature repoussée dans ses ultimes retranchements. C'est par eux, souvent, que l'art romanesque a joué des coudes pour se donner un peu de lousse dans la camisole de force.
Les auteurs des Grands Livres Malades n'ont en général pas gagné un sou avec leur oeuvre, de leur vivant du moins. C'étaient des explorateurs. Certains sont allés si loin qu'on les a perdus de vue.
Voici quelques-uns de ces Grands Livres Malades:
La Mort de Virgile, de Hermann Broch
Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry
L'Homme sans qualité, de Robert Musil
Finnegans wake, de James Joyce
Les Vagues, de Virginia Wolf
Les Détectives sauvages, Roberto Bolaño
La Famille royale, de William T. Vollmann
Tous ces romans sont disponibles en format de poche. Ce sont des livres que ceux qui veulent écrire des livres doivent avoir au moins feuilletés une fois dans leur vie.
Ce sont des électrochocs. Des antidotes. Les Grands Livres Malades sont des anticorps pour contrer l'épidémie des Mauvais Livres Trop en Santé. Mais ils ne sont pas toujours agréables à lire, je vous avertis.
Il faut les prendre à petites doses en faisant la grimace, comme un médicament contre la rime facile et la littérature de carte postale.
Une petite dose matin et soir pendant quelques années, et vous serez à jamais immunisé contre les mauvais slameurs et les oeuvres complètes de Marc Levy.
Oh, vous serez encore malade
Mais, dans tous les cas
Les rimes servies en salade
Vous feront faire ca…
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Et mon achat va surtout servir à donner bonne image à une grande entreprise qui ne remettra peut-être qu'un cent de mon argent à la recherche.
C'est en tout cas ce que laisse entendre un documentaire-choc, qui prendra l'affiche le 3 février prochain, L'Industrie du ruban rose, de la réalisatrice québécoise Léa Pool.
Je suis sortie du visionnement complètement K.-O. Moi qui pensais, comme vous sûrement, que je faisais une bonne action en achetant rose! J'ai compris que j'avais été victime d'une vaste campagne de marketing. Et que toutes les roses ont des épines.
Léa Pool s'est inspirée d'un livre-choc, Pink Ribbons Inc., pour faire une enquête sérieuse sur la campagne de lutte contre le cancer du sein, symbolisée par le fameux ruban rose. Ce qu'elle a découvert donne froid dans le dos.
Les compagnies qui sont le plus associées à la campagne (cosmétiques, géant alimentaire) vendent elles-mêmes des produits qui donnent le cancer! Que ce soit des rouges à lèvres bourrés de produits chimiques ou des yogourts fait à partir de lait de vaches traitées aux hormones synthétiques.
En plus, quand on achète leurs produits roses, il n'y a souvent qu'une infime partie de ce qu'on paye qui va vraiment à la cause. Vaut mieux envoyer un chèque directement à la Société canadienne du cancer.
Même si la campagne de levée de fonds réussit quand même à donner des millions à la recherche, il y a aussi un problème avec ce qu'on fait avec ces fonds. La recherche sur le cancer du sein est majoritairement axée sur le traitement et pas sur les causes et la prévention. Pourquoi?
Parce que les traitements se font avec des médicaments et que ça fait l'affaire des grandes compagnies pharmaceutiques.
Alors que la prévention n'est pas profitable pour les grosses entreprises. Le documentaire pose également une question primordiale : après avoir investi dans la recherche pendant toutes ces années, comment se fait-il qu'on ait fait si peu de découvertes?
Enfin, le documentaire donne la parole à des femmes atteintes du cancer du sein qui se disent insultées par la campagne du ruban rose, puisqu'on essaye de mettre une jolie couleur sur une maladie «dégueulasse» et qu'on ne montre jamais le vrai visage de la souffrance ... et de la mort.
J'ai trouvé Léa Pool très courageuse d'avoir mené son enquête. Mais là où je décroche c'est quand une des intervenantes affirme que la campagne du ruban rose «fait plus de mal que de bien». Il ne faut pas exagérer, quand même! Conscientiser des populations entières à une cause, donner un message d'espoir aux femmes qui viennent d'avoir un diagnostic, saluer les survivantes, ça a quand même du bon, non?
Tenter de trouver des traitements qui vont maintenir notre soeur ou notre mère en vie deux semaines de plus, c'est quand même mieux que de fermer les yeux sur cette maladie, comme on l'a fait si longtemps, non?
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En ce temps-là, les allumettes n'étaient pas toutes petites comme aujourd'hui. Mais non! Elle étaient longues et montées sur une tige en bois d'épinette, un peu comme les allumettes décoratives du Salon des métiers d'art de Montréal. D'habitude, elles se vendaient bien, deux sous pièce, et la minette de petit ange en haillons de la fillette lui valait souvent quelques sous de plus qu'elle rapportait fidèlement à son père qui l'attendait en cuvant son gros vin de lie qu'elle allait quémander chez le marchand de vin du bas de la butte.
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Ses petits pieds meurtris dans leurs bottines percées lui faisaient mal d'engelures qui lui arrachaient des larmes à chaque pas. Elle n'osait rentrer dans la bicoque paternelle sans argent et errait çi et là, sous les étoiles froides d'un cruel Noël en espérant qu'une porte s'ouvrirait et que de joyeux fêtards auraient pitié d'elle en lui achetant quelques allumettes qu'elle tenait serrées dans ses mains au doigts bleuis de froidure.
La pauvre était maigrelette, comme son petit manteau de toile froide qui la couvrait à peine. Elle pleurait silencieusement en murmurant une petite complainte des enfants perdus pour sa maman qui l'entendrait peut-être et viendrait la chercher pour la prendre avec elle et lui donner toute la chaleur de son amour dont elle avait tant besoin.
Elle arrivait aux portes du cimetière du Père Lachaise lorsqu'une calèche qui arrivait de Saint-Germain-des-Prés la frôla en la faisant tomber sur les pavés gelés. Épuisée de souffrance, la petite Fae demeura immobile, recroquevillée comme une poupée de paillasse, les yeux fermés sur ce monde sans amour. Elle allait mourir! Elle souhaitait mourir! «Noël! Noël! Emporte-moi avec toi vers l'amour! Emporte-moi doux Jésus vers la chaleur d'une maison chaude! Emporte-moi vers une cuisine pleine de bonne soupe au poulet et de jambons odorants!»
La petite Fae, s'agenouilla péniblement et alluma toutes ses allumettes en les portant en faisceau devant elle et se releva pour se diriger vers le cimetière. Elle allait y entrer en titubant lorsque la calèche qui avait fait demi-tour freina brusquement près d'elle des quatre fers de son cheval et qu'une voix féminine ordonnait: «Pierre! Faites monter cette petite près de moi! Nous irons la reconduire chez elle!»
Le cocher, sautant prestement sur le pavé la prit dans ses bras alors qu'elle allait s'effondrer et ouvrant la porte de la calèche, l'installa sur la banquette. Pierre le cocher repris son poste et le beau carosse noir lustré disparut dans la nuit. La petite fille aux allumettes ne retourna jamais chez son affreux père qui périt étrangement ce soir-là dans l'incendie d'une mansarde.
Alors je vous le demande? Qui de Dieu ou du Diable a entendu sa prière? Qui du ciel ou de l'enfer a été ému de la souffrance de la petite Fae? Peu importe! Les humains n'ont peut-être pas toujours besoin d'être du côté de l'un ou de l'autre...
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Hier soir, j'ai eu la même réaction en voyant Ricky Gervais aux Golden Globes.
L'année dernière, il avait mis en doute l'orientation sexuelle de Tom Cruise et de John Travolta. Cette année, il a mis en doute la masculinité de Justin Bieber: «La seule façon dont il pourrait fertiliser une fille, c'est en utilisant une poire pour farcir une dinde comme Martha Stewart.» Dans une école, ce genre d'insinuation, ça s'appellerait de l'intimidation.
Et pourquoi faire des blagues sur la vulve de Jodie Foster à partle fait qu'elle ait fait un film qui s'intitulait Beaver, le nom pornographique du sexe d'une femme?
Mais on a si peu vu Ricky Gervais hier soir, il a été si peu présent lors du gala, qu'on peut se demander pourquoi les organisateurs ont fait appel à lui. Pourquoi engager un pitbull pour animer les Golden Globes si vous le tenez au bout d'une laisse ou que vous le laissez dans sa niche la plupart du temps? L'année prochaine, engagez un caniche!
Le moins qu'on puisse dire, c'est que les personnalités qui ont été attaquées pas Ricky Gervais ne lui en ont pas toutes tenu rigueur.
La preuve ? Johnny Depp avait été ridiculisé par Gervais, l'année dernière. «La seule raison pour laquelle The Tourist est en nomination, c'est que les membres de la Hollywood Foreign Press ont accepté des pots-de-vin.»
Plutôt que de pleurer sur son sort, Depp a choisi d'en rire. Il participe à un caméo dans la nouvelle série de Gervais, Life's too short, qui passera bientôt à HBO et qu'on peut voir sur Internet. Dans ce clip, Johnny Depp lance à Gervais: «On s'est réuni avec des copains après le gala et on a écrit des blagues… sur toi. Qu'est-ce qui est plus laid que les jokes de Ricky Gervais? Ses dents! Pourquoi Ricky Gervais fait-il des livres audio? Pour que les aveugles aussi puissent le haïr.»
Comme quoi, devant le bitchage, l'humour reste encore la meilleure vengeance.
La semaine dernière, dans mon texte sur le chef Anthony Bourdain, je déplorais que la Ville ne mise pas plus sur la scène culinaire plutôt que sur «les calèches et le jazz» pour vendre la ville aux touristes.
André Ménard a mal pris mes commentaires. C'est un malentendu. J'ai le plus grand respect pour le Festival de jazz, qui est une immense source de fierté pour tous les Montréalais. J'ai vécu, au cours des ans, d'immenses moments de bonheur lors de ce Festival et j'y ai fait des découvertes formidables.
Le but de mon texte n'était pas de dénigrer le Festival, mais simplement d'inviter Montréal à mettre de l'avant un autre aspect de Montréal: notre cuisine rock'n roll.
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J'ai adoré le film avec Meryl Streep qui sort aujourd'hui. Parce qu'il nous montre Thatcher comme une féministe, qui s'est battue toute sa vie pour qu'on la considère comme l'égale des hommes.
Quand les féministes font la liste des battantes qui ont fait avancer la cause des femmes, elles mentionnent Simone de Beauvoir, Gloria Steinem ou les suffragettes. Mais jamais Margaret Thatcher. Pourquoi ? Parce que le féminisme est un mouvement de gauche. Et que Thatcher était de droite.
Pourtant, il n'y a pas que des Françoise David qui sont féministes. Il y a aussi des Monique Jérôme-Forget.
Dans le film La Dame de fer, on voit comment Margaret, fille d'un épicier, a gravi tous les échelons pour devenir la première femme leader d'un parti politique et la première femme première ministre d'Angleterre.
Cela donne d'ailleurs lieu à une scène très touchante. Lors de la guerre des Malouines, lorsque les premiers soldats britanniques tombent au combat, Margaret Thatcher insiste pour écrire personnellement à tous les parents des militaires tués. « Pour la première fois dans l'histoire de ce pays, le premier ministre est aussi une mère. Je suis la mère d'un garçon et je comprends votre douleur », leur écrit-elle.
On peut être d'accord ou pas avec ses politiques mais il faut reconnaître qu'elle avait le courage de les défendre jusqu'au bout. « Mes politiques sont impopulaires mais elles sont les bonnes politiques » dit-elle dans le film. Elle a administré à l'Angleterre un remède de cheval, coupé dans les dépenses et privatisé. Quand ses ministres lui reprochent d'aller trop vite, trop loin, elle leur répond que le pays est malade. Personne n'aime les traitements. Mais on ne peut pas laisser un malade mourir sous prétexte que le médicament ne goûte pas bon, leur lance-telle.
Le film n'est pas une biographie documentaire. Mais il pourrait être considéré comme un cours Conservatisme 101. Ma scène préférée se déroule au tout début de la carrière politique de Maggie. Elle participe à une discussion politique et elle donne son opinion sur la gestion des finances publiques : « Moi quand j'ai trop dépensé une semaine, je dépense moins la semaine suivante ». « Toute une politique fiscale ! », lui lance un homme âgé. «Non, j'appelle ça simplement bien gérer son budget familial », répond-elle du tac au tac.
Bref, au lieu de démoniser la dame de fer, comme Renaud l'a fait dans sa chanson Miss Maggie, ce film nous présente plutôt Margaret Thatcher comme une femme inspirante. Elle a su se tenir debout, pleinement consciente de sa valeur, ne s'excusant jamais d'être une femme dans un monde d'homme mais misant sur la fermeté et la force de caractère pour devenir la première femme à diriger un pays européen.
Au lieu de la ridiculiser ou de la caricaturer, les féministes devraient saluer sa contribution comme une pionnière. 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Depuis cent ans, on a déclaré par deux fois le roman mort et enterré. Et par deux fois, le roman a fait éclater à coups de genoux le bois de son cercueil et s'est gratté avec les ongles un chemin vers l'air libre.
La première fois, les meurtriers étaient les surréalistes, à la tête desquels le petit pape Breton se plaisaient à excommunier ceux qui avaient le malheur parfaitement rétrograde d'encore «raconter des histoires», quelle horreur.
La seconde fois, c'est autour du Nouveau roman et avec l'aide de quelques théoriciens, dont Roland Barthes, qui affirmaient la disparition du personnage et du vieux conflit balzacien avec «la figure du père», c'est-à-dire l'autorité.
(Il n'y a pas à dire, hein, on en apprend des choses dans le Journal de Montréal un samedi matin.)
Alors, voilà le roman, revenu de ses deux morts, pas très joli, certes, pas propre, surtout, de ta terre sous les ongles et des feuilles mortes et des cadavres d'insectes dans les cheveux.
Le roman avait un petit cousin (ou une grand-tante, va savoir) qui lui aussi a été, à peu près en même temps et pour à peu près les mêmes raisons, déclaré mort et enterré : le récit historique. Je veux dire l'histoire, le passé, raconté.
Il faut croire que les romanciers avaient plus de spring dans le genou que les historiens, puisque le séjour sous terre de ces derniers a été beaucoup plus long que celui des premiers.
Pendant plus de trente ans, les historiens n'ont plus voulu raconter les histoires de l'Histoire. Ils se sont voulus plus théoriques, et ils ont commencé à écrire sur des sujets tellement spécialisés que seuls deux ou trois autres historiens sur la planète étaient capables de les contredire. Histoires des poignées de porte en Nouvelle-France. Ce genre de choses.
Ils y reviennent, lentement, les historiens. À leur tour ils émergent, pas propres et hébétés comme des zombis par la lumière du jour, et ils recommencent à raconter.
Et les historiens savent maintenant que pour raconter l'Histoire, ils doivent en imaginer de grands bouts. Que pour redonner vie aux personnages historiques, ils doivent donner à leur récit un pouls qui bat, et des émotions qui parfois font perdre la raison.
Et c'est exactement ce que les romanciers ont commencé à faire, depuis quelques années. Et ça, c'est une bonne nouvelle pour tout le monde, cette convergence entre la fiction et l'histoire. Que les historiens deviennent un peu plus romanciers, et les romanciers un peu plus historiens.
«Toute l'Histoire serait-elle ainsi? Celle qu'on apprenait à l'école? Celle écrite par les historiens? Une construction plus ou moins idyllique, rationnelle et cohérente de ce qui, dans la réalité pure et dure, avait été un chaotique et arbitraire enchevêtrement de plans, de hasards, d'intrigues, d'événements fortuits, de coïncidences, d'intérêts multiples, ayant entraîné changements, bouleversements, avancées et reculs, toujours inattendus et surprenants par rapport a ce qui avait été anticipé ou vécu par les protagonistes.»
Tiré de Le rêve du Celte, le plus récent roman du Péruvien Mario Vargas Llosa, ce passage illustre à merveille la position du romancier par rapport à l'Histoire officielle, et la nécessité pour les romanciers d'interroger l'histoire comme ils interrogeaient auparavant leur propre imagination.
C'est ainsi qu'ils se tournent vers l'histoire pour alimenter leur réflexion sur le monde et pour lester leur fiction d'une vérité vérifiable, mais jamais totalement compréhensible en l'état, puisqu'il lui manque ce sang, cette chair, ces émotions qui font parfois de l'Homme un monstre et parfois un ange et souvent les deux en même temps.
Le rêve du Celte n'est pas une biographie du révolutionnaire irlandais Roger Casement. C'est un roman qui raconte sa vie, tel qu'il s'en souvient dans sa cellule alors qu'il attend de savoir si sa peine de mort sera commuée. C'est un roman informé, qui prend appui sur la réalité des faits pour s'élancer dans l'exploration de ce qui fait et l'Homme et l'Histoire dans cette déferlante chaotique qu'est la musique du hasard. Dans ce cas-ci, c'est un livre terrible sur la cupidité, car Casement, du Congo au Pérou, avait eu pour mission (il était diplomate) de faire un rapport sur la manière dont on traitait les indigènes cueilleurs de caoutchouc au début du vingtième siècle. Et on les traitait pire que des bêtes. Vous allez avoir des sueurs froides, je vous préviens. Mais le Congo du début vingtième rappelle étrangement le Nigéria du début du XXIe siècle. Suffit de remplacer le caoutchouc par le pétrole et les coups de fouet par l'empoisonnement du territoire.
Un jour que j'interviewais Jacques Attali dans sa maison parisienne (hé que ça se place bien dans une conversation, un début de phrase comme ça), il m'avait dit: «vous savez, les historiens n'ont pas encore assez exploré l'importance que peut avoir un simple rhume dans la conduite des affaires de l'État.»
Un rhume, ou un lendemain de veille. Ou une peine d'amour. Ou un gros orteil fracassé contre la patte de la table du salon…
Ou la cupidité, l'envie, la jalousie. La honte.
Toutes ces choses qui ne dépendent pas des dates et des traités signés par des hommes d'État, mais de leurs désirs confus, et souvent si inavouables qu'ils ont rarement trouvé leur place dans les livres d'Histoire.
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Cette déclaration percutante n'a pas été faite par une rock star ou une vedette d'Hollywood. C'est encore mieux que ça: elle a été prononcée par le chroniqueur culinaire le plus rock'n roll des États-Unis, Anthony Bourdain. Il a passé 24 heures à Montréal pour son émission de bouffe et il a adoré nos restos, nos bistros et nos chefs.
Son émission The Layover (Montreal), diffusée au Travel Channel, le 26 décembre, est le plus beau cadeau de Noël dont Montréal pouvait rêver.
Si vous ne connaissez pas Anthony Bourdain, sachez que c'est le Éric Lapointe de la cuisine aux USA. C'est un buveur, fumeur, carnivore invétéré qui s'est fait connaître, en 2000, en écrivant Kitchen Confidential, un bouquin dévastateur sur le monde des restaurants. Depuis, il se promène aux quatre coins de la planète pour la télé: il a son émission à Zeste.
Il aime la bouffe qui vous met K.O., des plats qui ont du punch et des chefs qui déménagent. Il a donc détesté le Vieux-Montréal (trop cliché), le Montréal sous terrain (trop commercial). Mais il a adoré le restaurant Joe Beef et ses tranches de foie gras au bacon. Au Marché-Talon, il est viré fou devant nos fromages au lait cru (qui sont interdits aux États-Unis). Il a eu un coup de foudre pour nos bagels et nos smoked meats, mais aussi pour le canard du Club de chasse et pêche, la fameuse saucisse de Montréal de Normand Laprise et pour les tacos (végétariens) de Grumman 78. «C'est une ville pour les gens qui aiment se coucher tard et avoir du plaisir», a-t-il conclu, un peu saoul, à l'arrière d'un camion, avec Martin Picard, le chef d'Au Pied de cochon.
En voyant mon idole Bourdain saliver autant devant Montréal, je me suis passée trois réflexions.
D'abord, nos chefs et nos producteurs sont des artistes au même titre que Marie-Mai ou Denis Villeneuve. Ils font preuve d'autant de créativité, d'imagination que des compositeurs ou des cinéastes. Derrière les chaudrons, il se crée des oeuvres d'art aussi excitantes qu'un bon roman ou une belle toile.
Deuxièmement, je me suis demandé pourquoi Montréal ne misait pas plus sur le côté rock'n roll de notre scène culinaire pour nous vendre à l'étranger. Une campagne pour les foodies et autres obsédés de la bouffe serait pas mal plus efficace que les petites images de calèches et de Festival Jazz.
Troisièmement, si Bourdain capote autant sur Montréal, sur son style et son attitude, pourquoi est-ce que nous aussi on ne partage pas son enthousiasme? On pourrait peut-être moins parler de ses nids de poule et plus de ses poulets flambés…
«Si j'étais le maire de Montréal, je mettrais votre photo systématiquement sur la couverture du magazine qu'on donne aux touristes. Vous êtes la raison pour laquelle les gens doivent venir à Montréal», dit Bourdain à Normand Laprise et Martin Picard.
J'espère seulement que le service des communications de la Ville de Montréal a filé une copie de l'émission au maire Tremblay.
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Toujours est-il que je suis chez une amie qui était partie en vacances depuis une semaine avant Noël, c'est-à-dire il y a environ un million d'années. J'y suis pour écrire enfin une chronique publiable qui apportera un peu de beaume sur la sécheresse de nos peaux d'âme, BBLou et moi. Entre deux coups de balais, quelques assiettes et verres lavés, je vais vous raconter une légende du temps perdu.
J'y suis et je m'y adonne à des activités de nettoyage pour compenser l'utilisation d'internet que cette adorable amie me laisse le loisir d'utiliser. J'avais tellement hâte qu'elle soit enfin revenue de son voyage habituel au pays des confortables malgré tout, que je vais me transformer en tourbillon de fraîcheur et faire étinceler son appartement de tous ses chatoiements lustrés.
En fait et terriblement réalistement, je suis amoureux de cette femme depuis bien avant ma naissance et il se pourrait que je sois privé d'internet pour la voir et la revoir une fois de temps en temps, et même chaque semaine depuis une vingtaine de chroniques. Mais vous savez, tout passe, tout lasse et l'amour avec, ce qui me laisse un peu d'espoir que nous ayons notre propre internet Lou et moi dans un proche avenir.
Hors donc, mais qu'est-ce que cette «Légende du temps perdu»? Comment pourrait on «perdre» le temps puisque selon Lavoisier «rien ne se perd, rien ne se crée, tout ne fait que se transformer».
C'est justement cette incongruitée qui me tarabouine depuis longtemps et m'amène à penser que je devrais me mettre à la recherche du temps perdu ou plutôt de la nature de sa transformation aussi surprenante soit-elle.
C'est que, voyez-vous, durant la nuit de Noël, alors que l'enfant chéri de ma vieillesse dormait paisiblement, doucement éclairé par les huit lumières de notre vrai sapin acheté la veille chez Canadian Tire pour la somme de 10 $, je me suis mis à penser à tout ce que j'aurais pu créer, inventer, sortir du néant pour le bénéfice de mes compatriotes québécois, à tous les films que j'aurais pu faire de mes scénarios inédits, à toutes les chansons que j'aurais pu chanter de mes feuillets épars dans des boîtes en plastique comme des tombes à poèmes, à toutes les musiques que j'aurais pu composer des mes guitares et de mes pianos abandonnés au cours de mes périgrinations nomadiques, enfin à toutes ces merveilles du temps perdu à gagner l'argent du loyer et de l'épicerie, à survivre sans vivre, à tant tirer le diable par la queue qu'il n'en a plus qu'une minuscule.
Alors que j'arrivais à croire ce que je n'avais jamais voulu accepter, ce que je refusais de tout mon être et qui explosait dans ma tête comme une bombe à nétron, enfin, vous savez, que «nul n'est prophète en son pays», et tout ce qu'on raconte sur les parias poétiques, mon enfant chéri s'est mis à éternuer dans son sommeil sans ouvrir les yeux et a murmuré: «Papa, Kleenex et j'ai soif».
J'ai doucement arraché une poignée de mouchoirs que je lui ai tendi et me suis dirigé vers le frigo pour lui verser une verre de jus d'orange de la Floride non fait de concentré et sans pulpe que je lui ai apporté sans en renverser une goutte. En le regardant se désaltérer et me tendre le verre vide, alors qu'il s'emmitouflait dans ses couvertures en me murmurant: «Papa, je t'aime"».
J'ai compris une bonne fois pour toutes que Lavoisier avait vu juste. Le temps perdu se transforme en amour.... Bonne et heureuse année à vous tous.
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Ce sont les livres de l'année passée, que j'ai reçus en service de presse, parfois à peine parcourus, d'autres commencés puis laissés en plan, ainsi que ceux que j'ai commentés ou dont je me suis servi pour parler d'autre chose. Il y en a tant. Et encore, je ne reçois pas tout. Des milliers des livres.
Il y a tous ces polars scandinaves. Comme si toute la Scandinavie s'était subitement mise au polar. Des hordes déchaînées de polars scandinaves qui prennent d'assaut nos contrées pour finir la job que les Vikings avaient entamée, voilà plus de mille ans.
Il faut dire que c'est ce sacré Charlemagne qui avait commencé. Le Roi des Francs était un chrétien, comment dire, convaincu. Il a christianisé de force l'essentiel de l'Europe. Il a décapité des milliers de Saxes (qui habitaient le nord de l'actuelle Allemagne) et déportés tous ceux, femmes et enfants, qui refusaient le baptême. Les Saxes se sont réfugiés au Danemark, et voilà que les Vikings se sont vengés en vargeant sur le clergé chrétien, en violant les nonnes et les prêtres, en brûlant les chapelles et en faisant pipi dans les ciboires.
Ultimement, la chrétienté a gagné la partie. Sauf que, mille ans plus tard, on ne lit plus la bible, mais Henning Mankell, Joe Nesbo, Stieg Larsson, Camilla Läckberg.
Parlant de Camilla Läckberg, vous devez aimer ça puisque vous en achetez des tonnes. Moi, je sais pas, ça me tombe des mains et j'ai pas réussir à en finir un seul.
C'est d'ailleurs le sujet de cette chronique, même si ça paraît pas: les livres que je ne finis pas. Considérez donc que la première partie de cette chronique est également un faux départ.
Pour finir un livre, il faut en avoir envie. Ce n'est pas une activité normale, lire. Je veux dire, ça demande un certain effort, plus que de se soûler la gueule avec les copains ou regarder la télé. Alors si le livre a des faiblesses, des longueurs, des redondances ou manque simplement de tension dramatique, il accumulera la poussière sur la table de chevet.
Dans mon cas, ils accumulent la poussière par terre à côté du lit, parce qu'il y en a trop pour la table de chevet. Tiens, celui-ci par exemple: Une ombre japonaise, de Lee Langley, au Fleuve Noir, qui se présente comme la suite de l'histoire de l'opéra Madame Butterfly. Intéressant, me suis-je dit. Faut croire que non parce que la page 54, cornée au coin supérieur, m'indique que je n'ai pas eu envie de le finir. Trop de «sagesse orientale» fleurie versus une «barbarie» occidentale devenue un cliché littéraire et cinématographique depuis Shogun, le très bon roman populaire de James Clavell (et la mini-série des années 80 que j'ai religieusement suivie, à l'époque).
C'est à la page 57 que j'ai abandonné la lecture de L'Origine du silence, encore au Fleuve Noir, écrit par Jed Rubenfeld. Je sais pas trop bien pourquoi, sinon que ça me semblait une resucée de Sherlock Holmes pas très vraisemblable.
(Parlant de Sherlock Holmes, je suis allé au cinéma en voir la plus récente incarnation, et j'ai trouvé que c'était un James Bond très moyen.)
Il y a aussi, publié chez Calmann-Lévy, La question Finkler, dont j'ai arrêté la lecture à la page 63. C'est un roman comique. Les Britanniques sont des experts dans le roman comique, et si vous n'en avez jamais lu, je vous recommande, de Zadie Smith, Sourires de loups, L'homme à l'autographe et De la beauté, tous publiés chez Gallimard. Mais pas La question Finkler tant l'humour m'y a paru forcé, vous savez, comme dans rire forcé?
Puis il y a aussi le plus récent Amélie Nothomb. J'ai juste lu la première page et je me suis dit: ah, je l'ai déjà lu. Mais je ne l'avais jamais lu.
C'est un mystère, franchement.
Et puis il y a un que j'ai lu au complet, mais dont j'hésite quand même à vous parler parce que c'est le parfait exemple d'une littérature américaine forgée dans les ateliers d'écritures universitaires aux États-Unis. Ça s'appelle Famille modèle, d'Éric Puchner, publié par Albin Michel, et c'est exactement le contraire de son titre, l'histoire d'une famille qui éclate, et ça ressemble beaucoup à de nombreux romans sur les familles qui ont été écrits par de nombreux auteurs qui sont passés par le même moule des ateliers d'écriture universitaire américains. C'est efficace, bien fait. C'est propre, mais pas trop. C'est déjanté, mais pas trop. C'est triste, mais pas trop. C'est drôle, mais pas trop. C'est ambitieux, mais pas trop. Ce qui fait trop de «pas trop» pour un seul et même livre.
Et puis il y a le Mario Vargas Llosa devant moi. Le rêve du Celte. Et celui-là, je n'en ai pas encore lu la première page. J'ai tellement envie d'un bon livre que je n'aurai pas honte d'avoir apprécié lorsque je l'aurai terminé… vous comprenez? Un bon livre authentiquement bon. Ne copiant rien ni personne. N'appartenant qu'à lui-même. Ça pourrait être celui-là. J'espère.
On verra.
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Mais non, ce n'est pas à cause des travaux de voirie, des rues bloquées ou des ponts qui menacent de s'effondrer. Notre chialage légendaire n'est légendaire que pour nous. Tous les citadins du monde entretiennent avec leur ville un rapport qui oscille entre l'amour et la haine. Chialer contre un maire ou un bouchon, c'est comme pester contre l'ex: c'est une manière de rester en relation.
C'est pas de ça que je parle.
C'est de Montréal qui surgit au détour d'une page dans un livre publié à l'étranger. Il me semble que ça revient de plus en plus souvent et que c'était moins le cas avant.
Je le répète, c'est pas très scientifique, contrairement à l'étude sur la visibilité de Montréal qui a été réalisée par la Chaire de tourisme Transat de l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal. Cette étude nous affirme que le Stade olympique et le hockey sont ce qui représente Montréal dans la tête des touristes étrangers.
Un stade sans toit et une équipe qui ne gagne pas.
Vous remarquerez aussi le commanditaire: la Chaire de Tourisme Transat.
Quand tu es étudiant à la Chaire de Tourisme Transat et que tes frais de scolarité augmentent de 1 650 $, tu te dis quoi? Que ton gouvernement t'a vendu à l'entreprise privée et te le fait payer en plus?
M'enfin, ce n'est pas mon sujet. Les étudiants vont débrayer en masse et je les encourage à le faire. J'ai deux enfants qui, un jour, iront à l'université. J'espère qu'ils n'auront pas à faire comme moi: se marier pour avoir droit aux prêts et bourses. Ce que je sais, c'est que si je veux leur payer des études supérieures, il faudra que j'arrête d'écrire des romans et que je me trouve une vraie job. Pas évident quand tu as plus qu'un demi-siècle de recommencer à zéro. Ce qui est également le score que je donne au gouvernement libéral pour l'ensemble de son oeuvre.
M'enfin, c'est pas mon sujet.
Mon sujet, c'est Montréal, que je rencontre de plus en souvent dans les romans que je lis.
Dans La trace de l'araignée (Best-Sellers Robert Laffont), de Kathy Reichs, c'est normal, puisque l'auteure travaille ici, à l'Institut médico-légal. Elle a écrit 13 polars scientifiques, mais c'est le premier que je lis. Et le dernier d'ailleurs. C'est tellement confus, écrit n'importe comment, arrangé avec le gars des vues… Vous aimez vraiment ça? Tant mieux pour vous. Tant mieux pour elle, surtout. J'avoue que l'aspect scientifique un peu morbide éveille la curiosité. Mais quand un récit est à ce point invraisemblable, ça prend un talent d'écriture pour nous le faire avaler. Je ne sais pas si c'est le temps des Fêtes, mais j'ai eu l'impression d'être gavé de force comme une oie.
Je ne m'attendais pas du tout à trouver Montréal dans Vilaine fille, un polar d'Olivier Bonnard publié chez Michel Lafon, qui se passe à Hollywood, dans le milieu du cinéma. Un premier roman pour ce journaliste du Nouvel Observateur, en poste à Los Angeles. On y découvre le cadavre découpé d'une star. Un détective privé est engagé par un client anonyme pour découvrir le coupable. Ça se tient tout du long, assez palpitant, et puis ça se bousille vers la fin dans une scène de pow-pow assez regrettable. Et puis, épilogue, surprise! c'est Montréal. C'est ici, chez nous, que se réfugie un personnage pour recommencer sa vie. Et Montréal dans ces quelques pages est un endroit que je voudrais habiter.
J'ai oublié plein de titres dont je ne vous parle pas parce que ça n'en vaut pas la peine, dans lesquels Montréal fait une apparition au détour d'une phrase, d'un chapitre, d'un dialogue. Comme si nous étions sortis de notre province pour devenir un lieu de fiction à part entière dans l'imaginaire mondial.
Je vous jure, c'est presque un livre sur deux dans les derniers mois. Et pas avec des Indiens. Pas avec des «petits cousins». Pas avec des «tabarnacles».
Juste une ville, parmi les villes qui font rêver. Oui, ailleurs Montréal fait rêver. Je vous le dis comme ça, des fois que ça vous tenterait de retomber en amour avec votre ville. C'est comme votre ex, dont vous commencez à vous ennuyer depuis qu'elle s'est fait un nouveau chum.
Montréal n'est qu'un nom évoqué dans Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon, chez Grasset. Ça se passe en Irlande pendant la seconde moitié du 20e siècle, dans l'armée révolutionnaire irlandaise. Ça raconte le combat politique et le combat à balles réelles de ces hommes et femmes qui espéraient un pays. C'est formidable. Terriblement bien fait, vif, tendu comme une corde de piano.
Montréal n'y est qu'un ailleurs possible, un endroit où il ne serait plus nécessaire de se battre. C'est vraiment un lieu fictif. Comme si on n'avait plus besoin de se battre, à Montréal!
Comme si le combat était gagné. Vous allez voir, en 2012. Ce n'est qu'un début, continuons-le combat! On va l'entendre.
Il va falloir se battre pour que Montréal et le Québec deviennent vraiment ce qu'ils représentent dans les rêves des gens d'ici et d'ailleurs. Il va falloir se battre contre le gouvernement Harper, contre Charest. Contre la vente au rabais de nos espoirs.
Ça va être chouette, non? Se battre plutôt que chialer. Et peut-être alors qu'ici sera là pour rester.
Allez, bonne année!
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Il y avait une fois un Papa, une Maman, et deux enfants, Jean-Jean et Dédé. C'était une famille moyenne de la classe moyenne comme il en existait encore dans la deuxième moitié du siècle dernier.
Ils habitaient un bungalow à Laval. À cette époque-là, tous les bungalows de la rue d'Argenteuil avaient l'air neufs. C'est qu'ils l'étaient. Des maisons de briques rouges, et d'autres de briques beiges. Les arbres n'étaient pas bien grands, les pelouses étaient très vertes, et partout il y avait des enfants qui couraient, qui jouaient au hockey dans la rue, en bottines. Qui jouaient à la cachette dans les cours que des haies de cèdres ou de chèvrefeuille séparaient, mais à travers lesquelles les enfants avaient aménagé des passages secrets.
L'hiver, les congères s'élevaient jusqu'à atteindre trois fois la taille des enfants, car il y avait encore de la neige en hiver dans la seconde moitié du vingtième siècle.
Pour Noël, le Papa, la Maman, Jean-Jean et Dédé recevaient dans leur bungalow tous les cousins et toutes les cousines et tous les oncles et toutes les tantes, et sous le sapin, il y avait tant de cadeaux que ça prenait des heures pour les déballer. Le papier d'emballage déchiré qui jonchait le tapis vert du salon représentait à lui seul une petite forêt, comme il en existait encore dans la seconde moitié du vingtième siècle.
Les années ont passé. Les arbres ont grandi, les enfants aussi. Noël a perdu graduellement un peu de son lustre, les bungalows sont devenus vieux, pas bien beaux, mais pas le sapin de Noël, qui était en plastique, fabriqué avec du pétrole comme il en existait encore dans ce temps-là.
Jean-Jean et Dédé sont devenus des adultes, ils ont quitté la maison de leurs parents, qui vieillissaient comme le bungalow, en devenant pas bien beaux.
Il y a eu des disputes. Des froids. Des épreuves. Des réconciliations. Le Papa avait des convictions que Jean-Jean trouvait rétrogrades. C'était un mot qu'on employait dans la seconde moitié du vingtième siècle. Alors, pour soigner les convictions rétrogrades de Papa, Jean-Jean a décidé de ne lui offrir que des livres à Noël. Ainsi pour soigner son racisme, il lui a offert L'Alliance, de James Michener, qui raconte l'histoire de l'Afrique du Sud sur plusieurs siècles, du règne des Zoulous jusqu'à l'Apartheid.
Des années plus tard, quand Mandela a été relâché de prison, quand il est devenu le premier ministre de son pays, Papa savait ce qu'il en était, de quelle victoire il était question, et que c'était une grande et belle chose comme il en existait encore dans ce temps-là. Il le savait parce qu'il avait lu l'Alliance et que depuis il n'avait pas arrêté de lire. Et Papa ainsi, sans quitter son bungalow de Laval un peu défraîchi, avait voyagé partout sur la planète, et imaginé des parfums d'épices qu'on ne retrouvait pas à l'épicerie Steinberg.
Et puisque Papa lisait, Maman lisait aussi. Et ce couple qui vieillissait dans sa maison sans enfant, dans ce quartier devenu vieux puisque tous les enfants étaient partis au loin faire leur vie, Papa et Maman lisaient ensemble des tas de livres que Dédé et Jean-Jean leur offraient, à Noël, des tas de livres et de papier d'emballage qui auraient coûté une grosse forêt si ce n'était que des forêts, il n'y en avait plus et que le papier était recyclé.
Dédé créait des décors et des costumes pour les opéras du monde entier. S'il était en Suède, Papa et Maman lisaient sur la Suède. Peut-être un polar d'Henning Menkel. Ainsi ils imaginaient Dédé dans un pays un peu gris. Si Dédé était en Alsace, Papa et Maman lisaient Michel Folco, Un Loup est un loup. Ça ne se passait pas vraiment en Alsace, mais aller donc trouver un bon livre qui se passe en Alsace, vous.
Les années ont passé. Papa et Maman sont devenus vieux. Jean-Jean et Dédé aussi, à leur manière. Mais pas les livres. Les livres ne vieillissent pas. Ils jaunissent peut-être un peu, ils craquent du dos, mais c'est tout. Papa et Maman, lisant, retrouvaient leur jeunesse. Ainsi allait la vie.
Cette année, Papa n'aura pas de livre sous le sapin. Papa est mort voilà quelques années.
Il n'y aura pas de livres non plus sous le sapin pour Maman. Maman ne viendra pas chez Dédé pour Noël. Elle ne quitte plus sa maison pour vieux, où elle est confinée à sa chaise roulante. Elle se fait laver à la débarbouillette. Ses yeux, vous comprenez: elle ne peut plus lire. Elle écoute la radio. Mais la radio, ce n'est pas comme les livres. Quand on écoute la radio, on sait qu'on est vieux. On le sait. Maman le sait.
À Noël, cette année, Dédé et Jean-Jean ne se donneront pas de cadeaux. La Crise, vous savez… Il n'y en aura que pour les enfants de Jean-Jean. Deux cadeaux sous le sapin. Dans le salon, nous serons, quoi, peut-être six? Des survivants, en quelque sorte.
Voilà, c'est ici que se termine mon conte de Noël. Je sais, ça ne finit pas très bien.
Mais c'est la vie.
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Cette année, Vegas a acclamé Céline Dion, les Grammy Awards ont consacré Arcade Fire, New York a applaudi Robert Lepage, Julie Snyder a épaté Oprah Winfrey, et Karine Vanasse a eu son visage sur tous les écrans, en France comme aux États-Unis.
2011 a été, plus que toute autre, l'année où les artistes québécois ont charmé la planète.
Ce n'est pas un hasard si les 10 personnalités qui ont marqué l'année ont toutes, sans exception, rayonné à l'étranger. On en est rendus là. Comme peuple, comme milieu culturel, on se frotte à ce qui se fait de mieux sur les 5 continents. Et on se retrouve sur les plus hautes marches du podium. Notre talent est reconnu, recherché, apprécié. C'est la touche Québec qui fait son effet.
Vous me direz que ce n'est pas nouveau. Le Cirque ou Céline sont nos vedettes mondiales depuis des années. Vrai. Mais la différence, aujourd'hui, c'est qu'ils ne sont plus tout seuls. La différence aujourd'hui, c'est qu'ils ne sont plus l'exception, mais la règle.
Nos artistes qui s'illustrent en si grand nombre et de façon si éclatante sur toutes les scènes et tous les écrans, c'est surtout un signe de maturité. Avant, il fallait qu'un artiste réussisse d'abord à l'étranger pour qu'on reconnaisse son talent. C'était le bon vieux principe de «Nul n'est prophète en son pays». Réjean Ducharme avait été édité en France chez Gallimard après que l'éditeur québécois Pierre Tisseyre ait refusé son manuscrit. Félix Leclerc a connu la gloire à Paris avant que son talent soit apprécié ici.
Mais en 2011, on n'en est plus là. Connaître le succès à Paris ou à New York, c'est la cerise sur le sundae. Pas un passage obligé pour être reconnu au Québec.
On se réjouit que Karine Vanasse soit la chouchou des Américains, mais on n'a pas attendu qu'elle fasse Pan Am pour reconnaître son talent et lui donner des rôles au grand écran.
En 2011, les artistes québécois qui réussissent à l'étranger sont portés par l'immense appui du public de chez nous, et non pas en quête d'une approbation qui leur est refusée chez eux.
En 2012, Michel Rabagliati sera au Festival de bande dessinée d'Angoulême avec son album Paul au Parc. Moment Factory et le Cirque du Soleil participeront au spectacle de Madonna à la mi-temps du Superbowl.
Le prestigieux Théâtre du Rond-Point, à Paris, accueillera la comédie musicale Les Belles-Soeurs (signée Michel Tremblay, René-Richard Cyr et Daniel Bélanger) dans le cadre de sa saison sur le thème La Femme dans tous ses états. Avec une première représentation la journée de la femme, le 8 mars 2012. Ça c'est tous ceux que l'on connaît déjà.
Mais il y aura sûrement aussi des jeunes chanteurs, des auteurs, des acrobates ou des cinéastes qui vont nous surprendre et qui vont eux aussi, l'année prochaine, porter aux quatre coins du monde la culture québécoise. J'ai déjà hâte.
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Je la trouve pétillante aux Enfants de la télé. Impeccable au Verdict. J'écoute régulièrement son émission de radio à Rythme FM où je la trouve allumée et attachante. En personne, je la trouve élégante et splendide. Même avec un costume d'ours sur la tête, dans En audition avec Simon, elle est belle comme un coeur.
Elle est drôle dans les pubs pour la Monnaie royale. J'aime ses vêtements pour L'Aubainerie (j'en ai d'ailleurs acheté plusieurs). Je trouve qu'elle danse bien, qu'elle a de sacrées belles jambes et qu'elle pète l'écran.
Bref, elle a tous les talents.
C'est pour ça que j'ai été si déçue qu'elle boude le Journal de Montréal. J'avoue que je ne la comprends toujours pas.
Véronique et son chum Louis Morissette ont refusé de donner une entrevue à ma collègue Emmanuelle Plante au sujet du Bye Bye. L'adjointe de Véro et Louis a précisé que le couple ne donnerait pas d'entrevue au Journal de Montréal « étant donné le traitement déjà reçu dans ce journal ».
Voyons, Véro, un petit effort ! Même René Angélil a été capable de tendre la branche d'olivier à Radio- Canada, après le reportage d'Enquête qui avait ridiculisé sa femme, Céline Dion, il y a cinq ans.
Si le King de Vegas, le plus grand manager au monde, le mari de la plus grande vedette internationale de la chanson, a été capable de mettre fin à la chicane et d'aller sur le Plateau de Tout le monde en parle, Véro et Louis sont sûrement capables de donner une entrevue au Journal de Montréal. Non ?
Quelle a été la pub marquante de 2011 ? La campagne UNHATE de Benetton. On y voyait le pape embrassant un imam, un Israélien embrassant un Palestinien.
La non-haine, ça c'est beau, c'est inspirant : les ennemis d'hier qui se donnent des becs. Ça c'est l'esprit des Fêtes.
On peut vraiment dire que 2011 au complet a été l'année des UNHATE.
Il n'y a pas eu que René Angélil. On a même vu ce qu'on pensait ne jamais voir, Denise Bombardier embrasser Guy A. Lepage ! Si la pasionaria anti-humour-en-basde- la-ceinture a été capable de prendre dans ses bras l'humoriste qui lui a déjà dit publiquement d' « aller chier », jamais je ne croirai que le couple Cloutier-Morrissette n'est pas capable de tendre la main à un quotidien de Quebecor.
Ironie du sort : Le Lundi, qui appartient à Quebecor, et qui est sorti en kiosque hier, vient de choisir Véro comme une des 10 femmes marquantes de l'année 2011.
Et j'ai tout un scoop pour vous : demain, dans le cahier weekend, Véro fait partie du palmarès des 25 personnalités culturelles ayant le plus marqué l'année 2011. Je le sais, j'étais sur le jury !
Le Bye Bye à l'origine de la dispute a été diffusé il y a trois ans. Moi je dirais à Véro : « Tourne la page, tourne la page »… comme le chantait si bien Nathalie Simard. Celle qui, elle aussi, a su passer l'éponge.
Comme le disait Guy Bedos, « Le vrai plaisir de la dispute, c'est la réconciliation. »
Sur ce, je vous dis moi-même bye bye et je vous retrouve dans cette chronique le 11 janvier 2012. 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Vous avez sans doute remarqué que je parle peu de littérature québécoise. C'est normal puisque je suis romancier moi-même. Il faut vraiment qu'un livre me plaise pour que j'en parle ici, sinon, pour ma propre santé, mieux vaut me taire.
Voilà un des paradoxes du monde du livre québécois: on s'y plaint constamment que les médias ne parlent pas assez de la littérature d'ici, mais dès qu'on s'avise de la barouetter un peu, ça boude dans les salons du livre.
C'est exactement comme quand votre blonde vous demande si sa nouvelle robe de Noël lui fait bien. Elle a eu beau la prendre deux tailles trop petites (ce qui lui fait des bourrelets là où il n'y en avait pas) et malgré ses couleurs criardes, t'as avantage à la complimenter, sinon, c'est le divan pour le restant de la semaine.
Le milieu littéraire est comme n'importe quel autre milieu. Il y a des cliques et des claques, des trafics d'influence, une certaine forme de corruption. À la différence du monde de la construction, ce ne sont pas des enveloppes brunes remplies d'argent qui circulent sous le manteau, mais des invitations à des colloques étrangers, des festivals, des conférences, des voyages d'écrivains, des nominations aux prix littéraires.
Il serait tout à fait normal qu'un jury composé d'écrivains dont j'ai critiqué les livres au fil des ans décide à l'unanimité de NE PAS m'accorder un prix.
Ainsi donc, afin de mettre toutes les chances de mon côté et préparer ma future candidature au Prix Nobel, je fais montre de prudence et de circonspection. La littérature québécoise? Elle est tellement géniale que je préfère ne pas en parler plutôt que d'en oublier. Les auteurs québécois? Tous trop grands pour cette petite page.
Je sais, je sais. Ce n'est pas très courageux de ma part. Mais, que voulez-vous? Moi, j'veux d'l'amour.
Ce que je peux vous dire de la littérature québécoise, c'est qu'en trente ans, elle s'est professionnalisée. C'est-à-dire qu'elle est devenue une industrie, avec ses hauts et ses bas, ses imitations, ses produits industriels, ses focus groups et ses études de marché. Chicklit et romans jeunesses préformatés, bouillabaisse pour l'âme et autres livres de recettes.
Maintenant, au Québec comme partout ailleurs, plus un seul segment de marché n'est oublié. Maintenant, au Québec comme partout ailleurs, des scribes professionnels sont capables d'écrire des romans en un mois et d'en publier six dans l'année. Maintenant, au Québec comme partout ailleurs, l'offre a explosé sans que la demande l'accompagne tout à fait.
Maintenant au Québec, un bon livre est aussi rare que partout ailleurs. Mais il y en a. Et la véritable raison pour laquelle j'en parle peu, c'est que je suis un romancier québécois, moi aussi, et éditeur, et que j'ai le nez dedans ma québécitude à longueur d'année et que parfois je manque un peu d'air. Ça sent le renfermé.
Or, un livre, c'est une fenêtre ouverte sur le monde. J'aime ouvrir des fenêtres qui ne donnent pas sur ma ruelle. Alors j'ai lu cette semaine un thriller américain, Jusqu'à la folie, de Jesse Kellerman. Solide, un très bon divertissement.
Ça ne sert à rien d'en dire plus. Pendant quelques jours, vous tournerez les pages à toute vitesse. Quelque mois plus tard, vous ne vous souviendrez plus de rien.
J'aurais pu trouver l'équivalent dans la littérature québécoise, c'est sûr. Mais son auteur aurait-il été content que j'en parle ainsi?
Le monde du livre du Québec s'est professionnalisé. Mais pas encore nos égos d'auteurs.
Ça viendra, j'imagine. En 2012, peut-être, juste avant la fin du monde...
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Il y a eu dans l'histoire de Dominique Strauss-Kahn plus de cul que dans tous les épisodes d'Occupation Double. Plus de revirements que dans 24 heures chrono. Et des personnages plus louches que dans Omertà.
C'était comme un téléroman écrit par un scénariste qui aurait fumé du maudit bon stock.
Quelle histoire! Quel drame! Quel suspense! On avait un combo explosif: le conflit racial (un Blanc vs une Noire), le conflit homme-femme (le macho vs la victime); le conflit de classes sociales (le grand patron du FMI vs la femme de ménage) et le conflit des cultures (la prude Amérique vs la France libertine).
Comme dans une tragédie grecque, on a eu droit au personnage de la femme stoïque (Anne Sinclair) qui reste aux côtés de son mari alors que son bateau est dans la tempête, comme Pénélope qui attend gentiment le retour d'Ulysse.
Mais ce qui a été vraiment hallucinant, ce sont les reportages publiés dans les magazines français sur le réseau de prostitution qui aurait fourni des escortes à DSK dans ses différents déplacements.
Les magazines ont eu accès aux témoignages, textos et écoutes qui ont permis à la justice française de découvrir un «système d'approvisionnement en call-girls mis en place pour satisfaire l'ex-patron du Fonds monétaire international». Silvio Berlusconi peut aller se rhabiller! À côté des partys de jambes en l'air de DSK, ses soirées de bunga bunga ont l'air d'une réunion du Cercle des fermières des Basses-Laurentides.
Un des membres du réseau de prostitution auquel est mêlé DSK porte un surnom savoureux: Dodo la saumure (parce que c'est un maquereau et que les maquereaux sont conservés dans la saumure). Ça ne s'invente pas!
Le dernier rebondissement dans la rocambolesque année DSK, ce sont les vidéos de surveillance du Sofitel qui ont été diffusés jeudi dernier. On y voit Nafissatou Diallo mimant son agression, DSK prenant son temps pour quitter l'hôtel et deux employés de l'hôtel faire une petite danse de joie. On n'est pas plus avancés: ces images peuvent convenir autant à valider la thèse de DSK que celle de Diallo!
On dit souvent que la réalité dépasse la fiction. L'histoire de DSK est si formidable qu'on devrait tout de suite lui remettre le prix du meilleur film, du meilleur roman ET de la meilleure téléréalité de l'année. Il n'y a pas un seul auteur qui est capable d'accoter ça.
En terminant, savez-vous ce qu'une journaliste de The Gazette a écrit à mon sujet sur Twitter? Mécontente de mon texte sur Mordecai Richler, elle m'a traitée de «trou de cul».
Quand je l'ai appelée pour lui parler de son gazouillis, elle m'a d'abord dit ne pas se souvenir de l'avoir écrit, puis m'a dit ne pas trop savoir comment fonctionnait Twitter, puis m'a dit être trop occupée pour me parler, puis… m'a raccroché au nez.
Ah oui, et cette journaliste qui couvre la scène municipale montréalaise, a été incapable de me dire un seul mot en français.
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Après avoir lu sa biographie, qui vient d’être traduite en français, on est en droit de se demander pourquoi sa ville de naissance devrait lui lancer des fleurs. Il s’est acharné à mépriser ses compatriotes et à ridiculiser leurs aspirations nationalistes.
Mordecai Richler: Entre séduction et provocation, de Reinhold Kramer, est une biographie fouillée. Et c’est l’occasion de se rafraîchir la mémoire et de se rappeler à quel point ce brillant écrivain s’est obstiné à dénigrer les Québécois aux yeux du monde.
En 1991, Richler écrit dans le magazine New Yorker un texte méprisant dans lequel il ridiculise le Québec et sa «police de la langue», une allusion à la police nazie. Mordecai qui est juif, accuse même les Québécois d’antisémitisme. Et il dit à propos de la revanche des berceaux:
«Cette fécondité exténuante, qui revenait à prendre les femmes pour des truies». Des truies!
La journaliste du Devoir Lise Bissonnette l’attaque pour ces propos. Résultat: pendant une entrevue avec Barbara Frum pour l’émission d’affaires publiques The Journal, à la CBC, il compare Le Devoir à l’hebdomadaire nazi Der Stürmer.
Pendant un dîner organisé par l’Association pour les jeunes adultes juifs, il conseille carrément aux jeunes anglophones de fuir le Québec.
Après la parution de son livre Oh Canada! Oh Quebec!, des anglophones l’accueillaient parfois dans les restaurants en criant: «faites-les baver, ces frogs».
Dans ces écrits, articles ou pamphlets, il fait référence aux francophones comme étant une « collectivité tribale». Pour se moquer de l’obligation pour les commerces d’afficher en français deux fois plus gros qu’en anglais, il crée la Société deux fois plus, «pour obliger les habitants du Québec à parler le français deux fois plus fort que l’anglais».
En 1992, pour ridiculiser l’idée de la séparation, il laisse entendre à la BBC que «les anglophones devraient déclarer l’indépendance des Cantons de l’Est, parce qu’ils sont majoritaires dans cette région».
Après le référendum de 1995, pour se moquer de la SSJB, il crée la Société Impure laine, qui a pour but de remettre le prix Parizeau: une caricature de Jacques Parizeau. Bref, chaque fois qu’il en a eu l’occasion, au lieu d’entamer le dialogue avec ses compatriotes, Richler, qui parlait à peine le français, a choisi d’humilier ou de caricaturer la majorité francophone.
Je comprends qu’il a écrit des livres superbes, L’apprentissage de Duddy Kravitz, Le monde de Barney, etc. Mais son combat ressemblait beaucoup à de l’acharnement.
Ce qui frappe dans la biographie de Reinhold Kramer, c’est qu’à part quelques bémols, l’auteur semble endosser l’attitude de Richler face à la loi 101, qu’il qualifie de «loi linguistique maladroite qui a restreint la liberté d’expression» des anglophones.
Et il fait des affirmations surprenantes, comme: «Les nationalistes québécois se soucient peu des aspirations des minorités».
Que Richler soit étroit d’esprit, c’est une chose. Mais il n’était peut-être pas nécessaire que son biographe, lui aussi, en rajoute une couche.
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En 2011, il y a eu le mouvement des indignés, une crise financière mondiale, le printemps arabe, l’affaire DSK, la mort de Steve Jobs, de Jack Layton, la vague orange aux élections, etc.
Mais ce que retient le Maclean’s comme « top newsmaker » (vedette de l’actualité) c’est une histoire d’amour entre un prince et une princesse ?
Comme journalisme sérieux, on repassera.
Peut-être que les éditeurs de Maclean’s ont fait exprès.
Ils se sont dit : « Comment on fait parler de nous, cette année ? Si on choisit comme personnalité de l’année des gens qui ont vraiment eu un impact majeur, ça va passer dans le beurre. Alors que si on fait un choix éditorial insensé, populiste, superficiel et démagogique, tout le monde va en jaser. Let’s go, gang ! »
Ou peut-être qu’ils ont été carrément cyniques et opportunistes. Ils ont fait sortir les chiffres de vente de l’année et ils ont vu que chaque fois qu’ils mettaient les deux tourtereaux à la une, ça faisait vendre des copies. Alors ils se sont dits : « quelle excuse on peut trouver pour remettre ces deux-là à la une ? Je le sais, on va faire comme si ils avaient fait quelque chose d’important en 2011.»
Sur Twitter, hier, les internautes se sont carrément déchaînés. « Comment osez-vous ? », « Vous choisissez le spectacle plutôt que le contenu », « C’est décevant de voir un média respecté laisser tomber l’analyse politique sérieuse», « C’est terrible, comment j’annule mon abonnement ? ».
Comme le soulignait un internaute, pourquoi ne pas choisir le mariage de Kim Kardashian comme événement de l’année, tant qu’à y être ?
C’est sûr qu’en termes de volume, il s’est écrit des tonnes de choses sur le mariage de Kate et William puis sur leur visite au Canada. Mais le magazine aurait au moins pu choisir quelqu’un qui a vraiment eu un impact sur le cours des choses en 2011!
Des peuples entiers qui se soulèvent et qui disent «NON » à leurs leaders, c’est quand même plus lourd de conséquence sur l’échiquier mondial que deux bellâtres qui se disent « OUI » dans une église.
Et vous, qui auriez-vous choisi comme acteur le plus important de l’actualité en 2011 ?
Parlant de reconnaissance… Cette semaine, à l’Assemblée Nationale, Maka Kotto a déposé une motion pour souligner « les nombreux prix » et la « contribution au milieu artistique de chez nous» de l’artiste Élage Diouf.
Cette année, son album Aksil a remporté un Félix, un Juno, un prix Étoiles Galaxie. Il chantait en wolof sur Tassez-vous de d’là des Colocs … en 1997. Il a vendu 5 000 exemplaires de son disque de musique du monde.
Et l’Assemblée nationale lui rend hommage pour ça ?
Je n’ai rien contre Monsieur Diouf. J’ai écrit une excellente critique de son album dans le Journal de Montréal. Mais si nos députés rendent hommage à un artiste chaque fois qu’il gagne un Félix, un Gémeaux ou un Jutra, on n’est pas sorti du bois. 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Le roman, dans sa traduction française,s’appelle Comment rêvent les morts. Ce n’est pas un super titre. Remarquez, c’était pas meilleur en anglais: How the Dead Dream... C’est quand même mieux que le Freedom, de Jonathan Franzen, qu’on a publié en France sous le titre de... Freedom. Si vous pensez que le français fout le camp à Montréal, allez faire un tour à Paris, vous en reviendrez rasséréné (d’ailleurs plus personne à Paris n’utilise le mot rasséréné.)
Comment rêvent les morts est un mauvais titre parce qu’il évoque une sorte de monologue tristounet, un lent ballet d’images un peu floues, alors que c’est tout le contraire. C’est vif et souvent drôle, et incroyablement maîtrisé. Mais, tout comme le Freedom de Franzen (dont le titre était avant tout ironique), il raconte la vie d’aujourd’hui en Amérique du Nord, une vie sans grande envergure, sans grands desseins, sans trop d’espoir. Et c’est là que ça devient un peu zombie.
Thomas est, dès son plus jeune âge, attiré par l’argent. Il ment comme un vendeur de voitures usagées pour faire des profits et garde son argent sous son oreiller pour pouvoir le palper, la nuit, d’une manière quasi érotique. On ne s’étonnera pas de le voir devenir homme d’affaires.
Mais l’argent, si important pour lui, n’est qu’une petite partie de cette histoire, qui au fond ne raconte pas autre chose que les épreuves que nous sommes tous appelés à connaître: l’amour et la perte de l’amour, le deuil, le vieillissement de nos parents, l’échec de nos projets.
Je sais: dit de même, ç’a l’air plate. Mais ce ne l’est pas.
C’est passionnant, merveilleusement écrit et traduit, sans temps morts.
Mais s’il n’y a pas de temps morts, pourquoi ce titre?
...Ils se contentent de durer. C’est extraordinaire à quel point ce roman, écrit par Lydia Millet, ressemble au Freedom de Franzen, mais en mieux. Ici, comme là, on assiste à la vie de personnages qui semblent toujours un peu à côté de la vie.
Ici comme là, les personnages principaux ressemblent parfois à des marionnettes abandonnées par leur manipulateur. Ici comme là, ils finissent par découvrir dans la faune animale une sorte de miroir cruel qui révèle sans expliquer ce qui leur manque, une sorte d’absence. Ici comme là, la vie en Amérique se résume au travail et aux petites histoires qui blessent, mais qu’on n’a pas le temps de soigner, et qui finissent par s’infecter.
Les morts ne rêvent pas, ils se contentent de durer. Ils vivent de plus en plus vieux, mais pourquoi?
Ça avait pris plus de 900 pages à Franzen pour faire le tour de vies plates. Lydia Millet le fait en 288 pages bien tassées.
Pourquoi vivre, en effet, si ça se résume à travailler toute une vie pour amasser des biens ? Les morts ne rêvent pas, ils prennent des RÉER. Les morts ne rêvent pas, ils se dégradent sous les assauts du temps. Les morts ne rêvent pas, ils ont les yeux ouverts sans voir. Les morts ne rêvent pas, leur coeur ne bat plus, pour rien, pour personne, sinon sporadiquement, comme sous l’effet d’électrochocs qui ne les ressusciteront pas.
Les morts ne rêvent pas, ils travaillent tout le temps. C’est pour ça qu’ils n’ont pas de vie.
Ainsi sont les zombies de l’Amérique. Ils ne se promènent pas en gigotant dans les rues, du sang aux lèvres et les yeux révulsés. Ils prennent le métro pour aller travailler. Et même s’ils sont au volant d’une Mercedes, c’est juste qu’ils sont des zombies un peu plus riches que les autres. Mais pas plus vivant pour autant.
Les morts ne rêvent pas. Les romanciers non plus, par les temps qui courent. Ils se contentent de faire passer un électroencéphalogramme à leur époque. Et ce n’est pas de leur faute si la ligne est bien droite.
Désespérément droite. 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Le film dont tout le monde parle est un film où personne ne parle.
Alors que les réalisateurs de l'heure n'en ont que pour le 3D et les effets spéciaux, c'est un film vieillot, sans paroles, en noir et blanc, qui vole la vedette dans les festivals et la course aux Oscars.
The Artist, qui prend l'affiche vendredi, est un film charmant grâce aux sourires craquants de Jean Dujardin et Bérénice Bejo.
Officiellement, c'est une déclaration d'amour à l'âge d'or du cinéma. Mais je pense plutôt que c'est un film sur... les relations hommes femmes.
Quel est le reproche numéro un que les femmes de 2011 adressent aux hommes de 2011 ? «Mon chum ne parle pas».
Les filles sont toujours prêtes à parler en détail de leurs bobos, à partager leurs sentiments les plus intimes, et même à se confier à de parfaits inconnus. Les gars, eux, sont fermés comme des huîtres, communiquent en se donnant des tapes dans le dos et leur orgueil masculin leur interdit formellement de parler de leurs bobos.
Or, que nous montre le film The Artist ? Un acteur, George Valentin, qui a connu la gloire en jouant dans des films muets. En 1927, il voit son monde s'écrouler parce que le son fait son arrivée au cinéma. Une jeune femme, qui excelle dans les films parlants, lui vole la vedette et connaît la gloire et la fortune.
Le pauvre Valentin perd tous ses points de repère. Toutes ses valeurs sont dépassées. Il refuse obstinément de jouer dans les talkies (les films parlant) parce qu'il n'a pas de talent pour ça. Sa femme excédée lui crie par-dessus la tête «Pourquoi refuses-tu de parler.»
La métaphore est tellement claire : un acteur de film muet qui voit son monde changer autour de lui et le public s'enticher des films parlant, c'est exactement comme un gars silencieux qui voit son monde changer autour de lui et tout le monde s'enticher pour des valeurs féminines de communication. Dans les deux cas, les hommes ont peur du dialogue.
Les hommes d'aujourd'hui sont décontenancés parce qu'on leur dit que les valeurs qui leur ont été transmises par leurs pères et leurs grands-pères sont maintenant démodées. On leur dit qu'il faut qu'ils changent sinon, comme George Valentin, ils n'auront plus... de rôle à jouer.
Le réalisateur de The Artis a demandé au créateur de costumes de faire des vêtements pour Jean Dujardin deux tailles trop grandes, pour que son personnage ait l'air d'avoir rétréci. En plus, on voit toujours le personnage de Dujardin descendre des escaliers alors que l'actrice montante, elle, est toujours en train de les monter.
L'image est grosse et soulignée au crayon gras. Mais elle a au moins le mérite d'illustrer clairement une certaine déroute masculine actuelle. Les gars qui se sentent comme des minus. Et qui ont l'impression que leur valeur est à la baisse.
Je me demandais comment le réalisateur allait terminer son film. Bien sûr, il fallait un happy ending. Le vieux George Valentin et la jeune starlette exécutent un numéro de danse fabuleux qui leur permet de jouer tous les deux dans le même film. Sans se parler.
Si seulement les relations hommes femmes pouvaient se régler de façon aussi simple.
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Sur une diachronie de plus ou moins 200 millions d'années, multipliée par la quantité de Tricérathops broutant sur la planète et surmultipliée par les quantités de déjections produites par les autres espèces d'herbivores dinosauriens, on dépasse en kilogrammes de merde le nombre d'étoiles de notre galaxie. Ajoutons à ce calcul d'une affroyable lucidité les milliards de mégalogrammes de crottes produites par les dinosauriens carnivores pendant les mêmes 200 millions d'années ainsi que les milliards de kilogammes de leurs pourritures post mortem, super-multiplions par toutes les espèces vivantes connues qui ont déféqué et décédé sur la quatrième planète de notre système solaire depuis au moins 2 milliards d'années et nous atteignons les confins du fin fond de l'hyper-galaxie qui nous héberge. Hors donc, amis de la Science et de la Sagesse, herméneutes et simples paillards, v'là-t'y pas que par la vertu d'une modeste réflexion analogique nous pouvons enfin comprendre l'intensité, la profondeur et la richesse de notre attachement à la Terre.
Nous, Vivants, sommes les moisissures qui florissons sur l'épaisse couche de déjections et de pourritures dont nous recouvrons patiemment et quotidiennement le roc incandescent originel depuis la naissance, sous un ciel jaune strié de mauve, du premier organisme doté d'une bouche et d'un cul. Le modèle fondamental de ce qu'est un être vivant pourrait donc ressembler à un tuyau peu importe la forme, les appendices et autres particularités.
La matière entre par un bout et sort par l'autre après que chaque tuyau en ait retiré ce dont il a besoin pour se maintenir dans le champ de force de la Vie. «Mais l'esprit?» Me direz vous! «L'âme, l'intelligence, la raison?» L'Homme ne serait-il qu'un cylindre extracteur moléculaire ? Il l'était sans doute jusqu'à ce que le cerveau humain échappe à sa fonction primitive de coordination alimentaire et devienne peu à peu un régulateur des rejets usés de l'alimentation.
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Le développement de l'intelligence humaine va de pair avec l'accroissement des individus de toutes espèces confondues qui défèquent quotidiennement sur notre planète. Réussira-t'il a trouver les outils technologiques nécessaires à la transformation salutaire de toute cette merde qui n'a de cesse depuis des milliards d'années de recouvrir la Terre? Originellement elle servait à faire pousser plus de végétaux pour nourrir plus d'herbivores qui nourrissaient plus de carnivores. Dans un proche avenir, elle devrait nous permettre d'atteindre enfin à la fonction autrefois dévolue par Dieu à l'Humanité: gardiens et protecteurs de la Création. À défaut de quoi, notre propre merde nous empoisonnera et nous tuera tous autant que nous sommes... 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Sur une diachronie de plus ou moins 200 millions d'années, multipliée par la quantité de Tricérathops broutant sur la planète et surmultipliée par les quantités de déjections produites par les autres espèces d'herbivores dinosauriens, on dépasse en kilogrammes de merde le nombre d'étoiles de notre galaxie. Ajoutons à ce calcul d'une affroyable lucidité les milliards de mégalogrammes de crottes produites par les dinosauriens carnivores pendant les mêmes 200 millions d'années ainsi que les milliards de kilogammes de leurs pourritures post mortem, super-multiplions par toutes les espèces vivantes connues qui ont déféqué et décédé sur la quatrième planète de notre système solaire depuis au moins 2 milliards d'années et nous atteignons les confins du fin fond de l'hyper-galaxie qui nous héberge. Hors donc, amis de la Science et de la Sagesse, herméneutes et simples paillards, v'là-t'y pas que par la vertu d'une modeste réflexion analogique nous pouvons enfin comprendre l'intensité, la profondeur et la richesse de notre attachement à la Terre. Nous, Vivants, sommes les moisissures qui florissons sur l'épaisse couche de déjections et de pourritures dont nous recouvrons patiemment et quotidiennement le roc incandescent originel depuis la naissance, sous un ciel jaune strié de mauve, du premier organisme doté d'une bouche et d'un cul. Le modèle fondamental de ce qu'est un être vivant pourrait donc ressembler à un tuyau peu importe la forme, les appendices et autres particularités. La matière entre par un bout et sort par l'autre après que chaque tuyau en ait retiré ce dont il a besoin pour se maintenir dans le champ de force de la Vie. «Mais l'esprit?» Me direz vous! «L'âme, l'intelligence, la raison?» L'Homme ne serait-il qu'un cylindre extracteur moléculaire ? Il l'était sans doute jusqu'à ce que le cerveau humain échappe à sa fonction primitive de coordination alimentaire et devienne peu à peu un régulateur des rejets usés de l'alimentation. Le cerveau primitif était à l'image du système digestif, comme lui composé de circonvolutions digestives des diverses perceptions sensorielles devant diriger et coordonner l'obtention de nourriture. Le développement de l'intelligence humaine va de pair avec l'accroissement des individus de toutes espèces confondues qui défèquent quotidiennement sur notre planète. Réussira-t'il a trouver les outils technologiques nécessaires à la transformation salutaire de toute cette merde qui n'a de cesse depuis des milliards d'années de recouvrir la Terre? Originellement elle servait à faire pousser plus de végétaux pour nourrir plus d'herbivores qui nourrissaient plus de carnivores. Dans un proche avenir, elle devrait nous permettre d'atteindre enfin à la fonction autrefois dévolue par Dieu à l'Humanité: gardiens et protecteurs de la Création. À défaut de quoi, notre propre merde nous empoisonnera et nous tuera tous autant que nous sommes... 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À une époque où on est bombardé de milliers d'images, la seule façon de se démarquer et de faire parler de soi, c'est de provoquer. Si vous n'en êtes pas convaincu, feuilletez le livre 100 images qui ont fait scandale, qui vient de sortir en librairie.
Vous allez voir qu'au cours des dernières années, les artistes et les publicitaires ont toujours cherché à aller de plus en plus loin pour choquer et vendre leur produit (ou leur oeuvre).
En 1991, le groupe de black metal norvégien Mayhem a mis sur la pochette de son album la photo du leader du groupe, qui s'est suicidé d'une balle dans la tête après s'être coupé les veines avec un couteau de cuisine. Le sang coule partout et la cervelle s'écoule d'un trou de son crâne.
Toutes les photos ne sont pas aussi dégueulasses que ça dans ce livre, mais l'auteur Emmanuel Perrat y a regroupé des dizaines d'images qui ont choqué le public au cours des ans.
Ce qu'on remarque? La mort, le sexe et la religion sont presque toujours utilisés pour provoquer. En 2002, l'affiche du film de Costa-Gavras Amen avait suscité la colère des groupes catholiques.
On y voyait une croix nazie amalgamée à la croix catholique. Il faut dire que le film parlait du silence du Vatican face à l'extermination des juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale.
En 2007, l'affiche publicitaire des vêtements No-l-ita montrait une jeune femme anorexique qui n'était plus qu'un paquet d'os. Le but de la campagne était-il de dénoncer l'anorexie... ou de faire vendre des vêtements?
En 2010, en France, l'Association de défense contre le tabac a préparé une campagne destinée aux jeunes. Le slogan: «Fumer, c'est être l'esclave du tabac». Et les affiches montraient des jeunes, cigarettes au bec, à genoux devant des adultes, comme s'ils s'apprêtaient à leur faire une fellation.
Ce qui est le plus intéressant dans ce livre, c'est de voir à quel point les mentalités ont évolué. Ce qui choquait hier nous paraît inoffensif aujourd'hui. En 1956, l'affiche de Et Dieu... créa la femme de Roger Vadim avait créé le scandale. On y voyait Brigitte Bardot les seins à l'air, mais pudiquement recouverts par ses longs cheveux blonds.
Aujourd'hui la moindre annonce de shampoing est plus sexy que ça.
Il y a 20 ans, Nirvana a sorti son album Nevermind, avec la fameuse photo du bébé nu nageant dans une piscine devant un billet de 1 dollar accroché à un hameçon.
Vous souvenez-vous qu'à l'époque, des grands magasins avaient refusé de vendre le disque si on ne cachait pas le pénis du bébé ? Kurt Cobain et sa bande avaient refusé. Mais des autocollants avaient été apposés sur le petit robinet. En 2011, qui se choquerait de voir un bébé nager tout nu?
On comprend pourquoi les artistes et les publicitaires vont toujours plus loin. C'est qu'ils ont devant eux un public qui, lui, est de plus en plus blasé. 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«Sept mauvaises filles souffrant de troubles de comportement se retrouvent ensemble pendant trois mois ». « Je vais te péter les dents », lance la brune à la blonde. Quand j’ai vu la bande-annonce du Club des BG (les bad girls, ou mauvaises filles) diffusée à MusiquePlus, je n’en croyais pas mes yeux et mes oreilles.
Vous vous demandez pourquoi il y a autant d’intimidation dans nos écoles? C’est peut-être que les jeunes baignent dans une culture populaire où les blondes et les brunes s’entretuent, où les plus faibles sont éliminés sauvagement, où c’est toujours « au plus fort la poche », où on ridiculise ceux qui ne portent pas la bonne marque de vêtements.
Admettons-le : on vit dans une culture de « bitchage ».
Le suicide de Marjorie Raymond a bouleversé le Québec. Et envoyé une onde de choc partout dans la société. Éducateurs, parents, camarades : tout le monde doit se poser des questions sur sa part de responsabilité. Y compris les diffuseurs et les créateurs qui offrent aux jeunes des modèles de compétitions féroces, d’une cruauté sans précédent.
Oui, l’intimidation a toujours existé. Ce n’est pas né d’aujourd’hui. Ça n’a pas vu le jour avec Facebook ni Twitter. Mais la différence entre hier et aujourd’hui, c’est qu’avant on ne glorifiait pas le bitchage dans la culture populaire.
Avez-vous remarqué comment les juges dans les émissions de compétition à la télé utilisent un vocabulaire de plus en plus raide et mesquin ? Il ne suffit plus de dire à un candidat qu’il est recalé, il faut lui dire qu’il est nul et pourri.
Une jeune fille qui a 15 ans en 2011 a grandi en lisant Gossip Girl, en allant voir des films sur des rivalités cruelles entre des clans de filles. Dans les émissions de téléréalité qu’elle regarde à la télé, l’intimidation entre les participants est chose courante et est synonyme d’ambition et de détermination.
Et après ça vous pensez vraiment qu’en rentrant à l’école vous allez pouvoir la convaincre que ce n’est pas correct de ridiculiser une élève ? C’est exactement ce que font les adultes à la télévision !
C’est justement parce que cette culture du « bitchage » est si omniprésente que j’ai été captivée quand je suis tombée sur un magazine que lisait ma belle-fille de 12 ans. Dans Full fille on présente un « dossier » sur l’intimidation. On rappelle que les vedettes préférées des jeunes, Jessica Alba, Lady Gaga, Rebecca Black, Miley Cyrus, Demi Lovato ou Robert Pattinson ont tous été victimes d’intimidation.
Et même la vedette canadienne Nico Archambault fait partie de ceux qui en ont souffert, « parce que les autres garçons n’acceptaient pas qu’un gars puisse danser ». « Même en arrêtant la danse, je me suis fait achaler pour mon acné et mes grosses lunettes. Il n’y a pas de façon d’arrêter ça, mais il y a une façon de le prendre, de ne surtout pas s’établir en victime » a-t-il déclaré au magazine.
C’est de ce genre de témoignages auxquels les jeunes ont besoin d’être exposés. Pas à une autre émission, un autre film ou un autre livre où les plus forts humilient les plus faibles, en toute impunité. 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J’aime beaucoup ma grosse cocotte. Mais non, pas ma blonde, nono! Ma cocotte en fonte. J’y fais présentement revenir des champignons qui brunissent doucement en concentrant leurs saveurs. Ensuite ce sera le tour des lardons, et puis la viandecoupée en gros cubes, que je ferai caraméliser sur toutes les faces. Je couvrirai de vin rouge, avec quelques écorces d’orange. Plus tard j’ajouterai les légumes de saison et les tubercules: poireaux, oignons, panais, carottes, patates douces et rabioles. Une cuillère de pâtes de tomates pour épaissir la sauce, quelques tours du moulin à poivre, une poignée de gros sel de mer, un peu de quatre épices et le tour sera joué. Je ne vous dis pas comment la maison sentira bon quand les enfants reviendront de l’école.
Je sais, je sais. Je suis censé parler de livres. Mais si j’égare du côté de la cuisine, c’est que j’ai un peu honte, voyez-vous: je me suis laissé avoir comme un débutant. Le livre que j’ai lu, je n’ai pas envie de vous en parler, parce qu’il est épouvantable. Une horreur, je vous jure. Tout ce que je déteste.
Mais voilà, je l’ai lu, fasciné, et ça m’a pris la semaine tellement il fallait que j’y aille à petites doses sous peine de nausées.
Je vous raconte comment ça s’est passé. Il est arrivé chez moi dans une boite, en deux tomes, l’un noir, l’autre blanc. Je connaissais l’auteur parce que plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, et souvent avec un certain bonheur pour ce genre de film, thriller d’espionnage et cie.
Mais je n’avais pas l’intention de le lire, je vous jure. Il y avait plein d’autres livres qui méritaient mon attention. J’ai été nul sur ce coup-là. Vraiment. Parce que j’ai eu le malheur de lire le résumé sur la quatrième de couverture, que je vous livre intégralement:
«Le Campus: une organisation secrète, créée sous l’administration du président Jack Ryan, chargé de traquer, localiser et éliminer les terroristes. Et tous ceux qui les protègent.
Son pire ennemi: L’Émir, un tueur insaisissable, qui a programmé la destruction de l’Occident.
Ses hommes: Jack Ryan Jr et ses cousins, plus quelques recrues de choc. Leur mission : prendre l’Émir. Mort ou vif!»
J’ai tellement ri quand j’ai lu ça, c’était tellement cliché, tellement absurde de bêtise en raccourci que… ben oui: j’ai ouvert le livre pour en parcourir les premières pages, histoire de rigoler un peu.
J’étais fait à l’os.
Pas parce que c’était bon. Ce n’est pas bon. C’est Horrible.
Justement. Pour ça.
On y suit de bons soldats qui tirent sur des gens endormis, et quand on le leur reproche, c’est qu’on ne comprend rien à la guerre. Le personnage principal conduit un gros Hummer jaune canari (l’environnement, c’est quoi ça?). À chaque fois qu’un coup de feu est tiré, on a droit au nom et à la description de l’arme en question, comme s’il s’agissait de placement de produits. Les ennemis des États-Unis sont ici les Méchants. Pas de blague. Les Méchants. Et quand nos valeureux défenseurs de la démocratie doivent éliminer un gosse de 19 ans pour rejoindre sa cible, il le fait en haussant les épaules et en disant: «c’est pas mon problème. J’obéis aux ordres.»
Je me disais: c’est pas possible! Il va y avoir un contrepoint, une variation de point de vue. Un personnage va venir bientôt remettre en question cette invraisemblable croisade pour le Bien!
Mais non. Jamais. On s’enfonce de plus en plus dans un récit où les personnages ne sont jamais en proie au doute ou à la remise en question de leurs certitudes.
Et quand la direction de la CIA tente de faire un peu le ménage parmi ses cow-boys à la gâchette facile, le narrateur les présente comme de vulgaires fonctionnaires gratte-papier qui ne connaissent rien de la réalité du terrain. D’où la nécessité d’avoir une unité clandestine qui n’hésite pas à faire son travail (tuer) sans se laisser ralentir par des choses aussi inutiles que la Convention de Genève ou les Droits de la personne.
Oui, j’ai lu ce livre. Les deux tomes. Je me sentais comme un chevreuil sur la route, hypnotisé par les phares d’un Hummer jaune qui fonce vers moi à toute allure.
Fait à l’os.
L’auteur de cet ouvrage de propagande trouvait que l’ex-président George W. Bush était trop timide dans sa politique contre le terrorisme. C’est tout dire.
Mais bon, ça ne serait qu’un illuminé de plus dont je ne ferais pas grand cas si ce livre n’avait pas trôné en tête des listes des meilleurs vendeurs lors de sa sortie chez nos voisins du sud.
C’est en lisant un truc comme ça qu’on réalise l’ampleur du fossé culturel entre les États-Uniens et nous.
C’est plus qu’un fossé. C’est une fosse commune, emplie des cadavres réels et littéraires.
Ce livre est un danger public. Et son auteur? Je ne veux pas vous dire son nom. Je ne peux pas. Bon, d’accord.
C’est Voldemort.
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C’est formidable de ramasser des boîtes de conserve et des 20 $, le 1er décembre. Mais est-ce que les médias ne devraient pas plutôt nous sensibiliser au sort des pauvres… pendant les 364 autres journées de l’année?
C’est fou comme vous allez entendre parler des pauvres demain. Il y aura des témoignages à vous tirer des larmes à la radio, dans les journaux et à la télé. Ouvrez bien vos oreilles. Vous n’en entendrez probablement plus parler le reste de l’année.
Vous pensez que j’exagère? La compagnie Influence Communication, qui surveille et analyse les médias au Québec, a sorti des chiffres à faire dresser les cheveux sur la tête.
«Environ 78 % de l’intérêt de nos médias pour la pauvreté survient pendant la Grande Guignolée».
Plus des trois quarts de la couverture médiatique de la pauvreté se déroule pendant une journée par année! En clair, ça veut dire qu’au lendemain de la Guignolée, la pauvreté et la souffrance sont rejetées aux oubliettes comme une vieille chaussette sale qu’on tasse sous le lit pour ne pas avoir à faire le lavage.
«La cuisine occupe en moyenne 18 fois plus de place que la pauvreté.»
En clair, ça veut dire que les médias trouvent 18 fois plus intéressant de parler de la recette de gâteau à l’orange de Josée di Stasio que des enfants qui n’ont même pas d’orange pour le petit déjeuner.
«La violence est le principal vecteur d’intérêt médiatique à l’égard de la pauvreté avec 57%».
Autrement dit, nos médias ne parlent des pauvres que s’ils font quelque chose d’intéressant, comme s’entretuer dans un demi-sous-sol à St-Henri. S’ils sont tranquilles, s’ils ne troublent pas l’ordre public, on ne parle pas d’eux ni de leur condition de vie. Si vous êtes pauvres et que vous voulez passer aux nouvelles, tapez sur votre voisin ou poignardez votre belle-soeur. Sinon, les nouvelles de 18 h ne veulent rien savoir de vous.
«Les aînés constituent le vecteur d’intérêt médiatique le moins intéressant avec seulement 2 %».
Ce qu’il faut lire entre les lignes, c’est que déjà que les pauvres n’intéressent pas grand monde, mais en plus les vieux pauvres n’intéressent carrément personne. Personnellement, c’est la cinquième et dernière conclusion qui m’a le plus estomaquée.
«En excluant les événements propres à la Grande Guignolée, une année de pauvreté au Québec a représenté cette année l’équivalent de la médiatisation de 2,5 minutes d’une seule partie du Canadien».
Sans commentaire.
Comme le chantait Plume Latraverse dans Les pauvres (une chanson qui d’ailleurs ne passe jamais à la radio): «Les pauvres, ça l’a pas d’ char/Ça boé de la robine pis ça r’garde les vitrines/Pis quand ça va trop mal/Ça s’tape sa photo dans l’journal...»
Les pauvres, c’est comme la marmotte: ils se montrent le bout du nez le 1er décembre. Et le reste du temps, ils restent dans leur trou.
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Nous n'avons, mon fils Lou et moi, ni montre ni cadran et c'est plus rapide d'aller chez LCN pour l'heure et la météo que d'ouvrir nos cellulaires respectifs. Le sien est un Virgin à la carte, le mien est un Vidéotron à forfait mensuel, cadeau de la fulgurante poétesse Christiane Joncas qui ne supportait plus de me voir dépenser 40 dollars par semaine chez Telus.
Hors donc, pitonne par-ci, pitonne par-là et voilà que la grosse face germanique de Pauline Marois m'appararaît de plein fouet. Doux Jésus! Mais c'est Fardoche! Mais oui! C'est elle! Mais qu'est-ce qu'elle dit? Elle parle sûrement, je vois ses lèvres bouger. Non mais de quoi peut-elle bien parler?! Bon! Le piton de la manette semble bloqué! Le son est inaudible! Dieu que je suis poète! Un son inaudible! Poète et physicien, s'entend!
Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je m'applique à lire sur les lèvres de la «wallkyrie péquiste»: «Jean Charest a dit ci, Jean Charest a dit ça, Jean Charest ne fait pas ci, Jean Charest ne fait pas ça, Jean Charest est un ci, Jean Charest est un ça.» Ah bin! Cré tak! Non mais ça se peut-tu? Pauline Marois travaille pour Jean Charest maintenant! Elle ne parle que de lui! Elle a r'viré son capot de bord ma foi du bonyeu! Sauvons-nous chez LCN, ça presse!
Et vlan! La tête du nouveau patron de Fardoche qui dévore l'écran de demi profil avec sa grosse poche frisottée lui prolongeant l'occiput d'un élan mou tombant vers l'arrière. Bon! V'là l'autre! Ecce homo brochafouinus! Pas lui! Mais oui! C'est Broche à Foin! Maudite manette de merdouille! Je la tape, je la retape, je la cogne contre mon genoux droit, ayoye, ma rotule enflammée que j'avais oubliée me ramène à l'oreille des sourds, les yeux!
Je cherche à lire sur les lèvres de Broche à Foin ce qu'il est en train de dire: «Plan! Plan! Plan! Plan et rantamplan!» Quoi? Rantamplan? Mais qu'est-ce que le chien de Lucky Luke fait dans cette histoire? Ah c'est vrai! Fardoche a un p'tit air de Ma Dalton! «Plan now! Plan now! Plan now!» Bon! Broche à Foin est un admirateur de Simple Plan! Un simple plan qui consiste à creuser des trous partout où il n'y en avait pas déjà au nord du 52è parallèle et d'engager des multinationales étrangères pour le faire. Génial! Fallait y penser!
Mais qu'est-ce qu'il baragouine? Je n'arrive pas à saisir le mouvement de ses lèvres serrées comme les parois d'un étau: «Moline! Moline Parois! Parois! Marois! Ah! Bon! Pauline Marois!» Ah bin! P'tit Jésus d'plâtre! Fardoche est sa roi! Mais pourquoi ne dit-t-il pas ma reine plutôt que ma roi? Une petite gêne? Une petite précaution toute rougissante sous le bleu de ses yeux?
Bon! Quelle heure est-il! 10 heures! Enfin les nouvelles! Plongeons vers TVA! Pas vrai! Le son sonne! Enfin! Mais que vois-je? Que vis-je, que dis-je? Mais c'est Bric-à-Brac que je vis, que je vois-là! Dret-là chez TVA! Plus besoin de me plisser le frontal à chercher le sens du mouvement des lèvres de ce gargantuesque Bric à Brac, je l'entends! Mais qu'entends-je? Il ne parle pas des deux autres! Quel égocentrique! Pas une mention, pas un mot, pas une allusion! Mais que d'illusions! «M'a faire ci, m'a faire ça, m'a couper ci, m'a couper ça, m'a en enlever un grand boutte, m'a recoller trois ou quatre p'tits bouttes, m'a oter ça de d'là, m'a rafistoler ci pi ça, pi ça va marcher pareil!»
Bon! J'en ai assez vu et entendu! Il est dix heures et quart, m'en va m'coucher. Asteure que j'fais pu d'show j'tombe fatigué de bonne heure...
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Le banquier bien connu, militant contre le décrochage scolaire, a rencontré des sportifs, des scientifiques et des gens d'affaires pour connaître le secret de leur réussite. Mais c'est du côté des artistes qu'il a trouvé, selon moi, les exemples les plus inspirants.
Yvon Deschamps, Kent Nagano, Robert Charlebois, Luc Plamondon, Chuck Comeau de Simple Plan... Ils disent tous que leur réussite est le fruit d'un travail acharné, de sacrifices importants, d'une détermination à toute épreuve et de la capacité à apprendre de ses échecs.
À une époque où les jeunes rêvent de succès instantanés et de 15 minutes de gloire faciles, c'est tout un autre discours que leur offrent ces vedettes qui ont travaillé fort pour en arriver où elles sont aujourd'hui.
La chanteuse Céline Dion raconte qu'à 40 ans, elle se rend compte à quel point elle doit travailler fort pour être meilleure. «Moi, je veux plus que la moyenne, je veux être exceptionnelle».
Et elle fait cette déclaration étonnante: «Plein de gens sont plus talentueux que moi, mais ils ne sont pas capables de faire la moitié de ce que je fais. Plusieurs ne sont même plus dans le métier, d'ailleurs. Ils n'ont pas assez travaillé, ils ont manqué de discipline et probablement d'équilibre.»
Le parolier Luc Plamondon se confie: «Mon père était illettré. C'est déjà étonnant que je gagne ma vie avec ma plume.» Et son secret? «J'attribue une bonne partie des succès que j'ai pu avoir au travail préparatoire que j'ai effectué pendant des années avant d'écrire des chansons.»
Et quand Jacques Ménard lui demande si on valorise suffisamment la réussite au Québec, voici ce qu'il répond: «Valoriser la réussite, c'est d'abord la reconnaître. C'est désolant de constater que les Québécois qui ont réussi à l'étranger ont souvent été victimes d'un profond mépris de la part de la presse d'ici et des critiques. Comme si on n'était pas assez bons pour nous classer parmi les meilleurs au monde. C'est déplorable.»
L'humoriste Yvon Deschamps raconte à quel point sa carrière a été prenante. «C'est un business qui est constamment dans ta tête, 24 heures sur 24. On ne peut jamais fermer la porte du bureau à cinq heures. Il faut penser constamment aux chansons, aux monologues. Pas de répit. C'est certain que la famille, les enfants, les amis entrent parfois en conflit avec notre travail. C'est une bataille constante.»
Yvon Deschamps est un décrocheur, qui a quitté l'école à 16 ans, mais qui, à force de travail acharné, a connu le succès. «Vous comprendrez qu'ayant quitté l'école aussi jeune, j'ai trouvé merveilleux de voir mon nom dans le dictionnaire Larousse, en 2005», raconte-t-il avec humour à Jacques Ménard.
Le livre Réussir est une réflexion passionnante sur la notion de succès.
Et c'est un véritable «mode d'emploi pour réussir dans la vie», qu'on devrait mettre entre les mains de tous les jeunes qui pensent naïvement que réussir ça veut seulement dire «passer à la télé».
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Si vous trouvez qu’au Québec on est accro à l’anglais, il suffit de regarder ce qui se passe en France pour voir que là-bas, leur situation est encore pire.
Un nouveau magazine a vu le jour le 19 octobre et il s’appelle… The Good Life!
Je n’exagère pas. Ce magazine pour hommes utilise un mot sur quatre en anglais. Sur la couverture du premier numéro, on lit que c’est un mélange de «news» et de «lifestyle».
Dans cette publication française, éditée en France, pour un public français, toutes les rubriques ont un nom anglais. Il y a «Good to know»(sur les incontournables du mois), «Good world»(sur les médias et les livres) «Good trips» (sur les voyages), «Good comics» (sur la bande dessinée) «Good look» (sur la mode), «Good toys» (sur les voitures) et «Good vibrations «(sur des bonnes adresses à découvrir).
Moi, ça me donne envie de leur dire «Good bye».
La langue de Molière se porte mal au pays de Molière.
Déjà, en 2008, j’avais capoté quand j’avais vu que le nouveau magazine français sur les livres s’appelait… Books! On y trouve une section «buzz», des «bookblogs» et même un «mediakit».
Vous me direz que ça fait longtemps que les Français parlent du «pressing» et du «footing». Mais quand l’anglais vient s’immiscer au coeur même de la culture d’un peuple, dans ses livres et ces magazines, c’est plus grave.
J’ai acheté le magazine Elle français en kiosque. Et j’ai failli m’étrangler. «Do it yourself», «Best of des défilés», «Les filles bien lookées», «les bons mix». Et ça, c’est rien que sur la page couverture.
Nos cousins auraient bien besoin d’une loi 101 et d’un Office français de la langue française.
Faut croire que chaque culture trouve les autres langues plus exotiques que la sienne. Alors qu’à Montréal des boutiques branchées prennent des noms anglais, à Toronto, on leur donne un nom français pour faire tendance.
Pendant ma visite à Toronto, récemment, j’ai noté des tonnes de noms français : Clafoutis, Minimioche, Pavillon, Châtelet, Niche, Elle ou Cabaret.
C’est bien la preuve que le français est rempli de mots poétiques pour mettre à la devanture d’un magasin.
D’ailleurs, ça me donne une idée. Au lieu de donner des subventions aux entreprises fautives pour qu’elles se conforment à la loi 101, l’OQLF devrait plutôt lancer un concours pour féliciter les entreprises qui ont choisi un joli nom français pour leur nouveau commerce.
Chaque année on remettrait des Camille (du nom de Camille Laurin, le père de la loi 101) à ces commerçants qui se sont donné la peine de trouver des noms originaux et charmants et qui font la preuve que le français, c’est accrocheur.
Pour les finalistes de 2011, je propose la boutique de vêtements Une île en Amérique, l’épicerie fine Les agitateurs Gourmands et le restaurant Les 400 coups.
On ne sait jamais… peut-être qu’ils se retrouveront dans les pages «Good Vibrations» du magazine The Good Life.
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Je tremperais ma plume dans tout ce qui est sec. J’écrirais des romans sur des sujets lointains à propos de personne, ou alors d’inconnus dont j’essaierais d’imaginer la détresse dans le théâtre vain de mes fabrications. Je ne me croirais pas moi-même. Et ça me ferait sourire.
Détaché de tout. Vous comprenez sans doute. Pas la simplicité volontaire qui dicte que vous utilisiez Communauto plutôt que de vous acheter un char, ni que vous limitiez à trente minutes par jour le temps passé devant le téléviseur.
Je parle de cette tradition qui remonte à Diogène de Sinope, qui couchait dans une jarre et ne possédait qu’un plat pour y recueillir la nourriture qu’on lui donnait. C’était un philosophe aussi bien qu’un clochard. Il était fils de banquier. Ceci explique peut-être cela.
Il y a tout un courant d’écrivains vagabonds qui ne date pas d’hier. Plus jeune, je les lisais avec délices: Sous l’étoile d’automne, de Knut Hamsun (1908), qu’on trouve encore en livre de poche dans la collection Biblio. Puis Kerouac, Sur la route, bien sûr, mais surtout Les Clochards célestes, Les Anges vagabonds, et Big Sur, tous disponibles en Folio.
Cette envie de fuir n’est pas une lâcheté. Elle révèle une envie de préserver une part de soi qui ne veut pas se rendre. Les meules du social sont abrasives.
Peut-être que je vieillis. J’entame cette semaine ma cinquantième année sur terre. Un demi-siècle dans les flancs, comme disait Léo Ferré. Ça laisse des traces, des cicatrices. Des regrets. Et l’hiver qui commence.
Sylvain Tesson, que je n’avais jamais lu (il a pourtant beaucoup publié), est de cette race d’écrivains voyageurs tentés par le dénuement. Son livre Dans les forêts de Sibérie raconte les six mois qu’il a passés dans une cabane en compagnie de deux chiens et d’une fenêtre donnant sur le lac Baïkal, à cinq jours de marche du village le plus proche. Un hiver, un été. Pour avoir de l’eau, il doit creuser un trou dans la glace. Mais il possède une importante provision de vodka et de cigares. Et des livres, aussi.
Le récit alterne entre des moments de béatitude, quand le temps semble devenir soudain un ami et que le regard perdu suit avec passion les arabesques d’une nuée d’oiseaux, et les rencontres occasionnelles avec les lointains voisins, tous un peu ermites, avec lesquels il lève volontiers le coude.
C’est une aventure de la contemplation, une sorte de moment suspendu. Jusqu’à ce qu’un message de la personne aimée lui parvienne. C’est fini, je te quitte. Et alors tout est différent:
«Je suis cadenassé dans l’éden que je me suis bâti. Le ciel est bleu, mais noir. Étrange comme le temps vous retire son amitié. Hier encore il glissait, soyeux. Chaque seconde, à présent, une aiguille.
«Avoir trente-huit ans et être là, sur une plage, à demander à un chien pourquoi les femmes s’en vont.»
Mais le chien ne répond pas. S’il l’avait fait, ce serait un autre genre de récit.
Il n’y a pas de réponse dans les arbres, dans les traces de pas sur la neige. Il n’y a pas de réponse dans le ciel immense. Il n’y a que des questions. Et la tentation de l’ermite est de se dépouiller de tout pour revenir à cette question, essentielle parmi toutes: qui suis-je sans les autres?
Je vous laisse là-dessus. Ce qui, avouons-le, est assez chien de ma part.
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Est-ce que la série d’ABC est seulement en période de turbulence ou devra-t-elle faire un atterrissage forcé? Seul le pilote le sait.
Même si Karine Vanasse elle-même a écrit sur Twitter que l’équipe n’avait pas eu de confirmation officielle de Sony, les rumeurs allaient bon train.
Il faut dire que le vol 2011 de Pan Am n’a jamais atteint sa vitesse de croisière.
Aux États-Unis, les diffuseurs sont impitoyables. NBC a annulé la série Playboy Club après seulement trois épisodes!
Or, après neuf semaines en ondes, Pan Am a perdu 42 % de son public clé, celui de 18 à 49 ans. Et ça, ça ne pardonne pas.
Au Québec, on s’est passionné pour cette série parce que Karine Vanasse y joue le rôle charmant de Colette Valois. Mais soyons honnête: combien d’entre nous auraient continué à suivre les péripéties de ces hôtesses de l’air s’il n’y avait pas eu de Québécoise dans l’avion?
Il y a une raison essentielle pour laquelle Pan Am n’a pas volé très haut. C’est que cette série était trop calquée sur la série culte Mad Men, qui se déroulait aussi dans les années 60, mais dans le domaine de la pub. Or, malgré ses beaux costumes et ses décors anciens, Pan Am n’a jamais réussi à atteindre la même profondeur ni la même complexité que Mad Men.
Mad Men faisait le portrait d’un homme torturé et d’une époque mouvementée. Alors que trop souvent les intrigues de Pan Am étaient superficielles.
En attendant de connaître le verdict, pour les vrais fans de la série, il ne reste qu’à se croiser les doigts. Ou à signer la pétition en ligne adressée aux dirigeants de ABC pour le maintien de la série (www.petitiononline.com/panamabc/petition.html).
Peu importe ce qui arrivera à cette série, la carrière de Karine Vanasse aux États-Unis, elle, a bel et bien décollé. Et plus rien ne pourra l’arrêter.
Les Américains ont découvert la beauté et le talent de Karine, et ils en redemandent. Elle a été pétillante lors de son passage à l’émission The View avec Barbara Walters. Elle était tout simplement craquante en petit lutin de Noël dans le spécial-cadeau du magazine pour hommes Esquire. Elle a même fait une apparition dans le quiz Jeopardy.
Je ne serais pas du tout surprise que toute cette attention médiatique amène Karine à recevoir des offres alléchantes pour des rôles de premier plan au cinéma.
À Montréal, on voit le visage de Karine Vanasse sur les affiches de parfums de Jacob. À New York, on voit son visage partout dans les affiches de Pan Am.
Cet été, j’étais à Paris et qui avait son visage en format géant sur des affiches sur les Champs-Élysées? Karine Vanasse! Elle tenait la vedette dans le film Switch, aux côtés de la mégastar Éric Cantona.
Oui, décidément, Karine en a fait du chemin depuis ses débuts à 16 ans dans le film Emporte-moi.
Attachez vos ceintures, elle est partie pour la gloire!
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Non! Non! Pic Paquette n'est pas le slogan des fournisseurs de services téléphoniques à la carte, ni celui des grandes banques et des pétrolières qui réalisent par la sueur de nos fronts, ou perlant sur d'autres parties de nos anatomies, des profits pharamineux! Ne vous trompez pas!
Pic Paquette n'est pas le nom d'un nouveau joueur des Canadiens de Montréal, qui rachètera et revendra à 500% de profitable majoration aux amateurs sincères, des billets déjà vendus à des amis ou «hang around» de la Molson Brewery. Ah guenon! Ah que non, voulais-je dire. Pic Paquette n'est pas le pseudonyme d'un exécuteur testamentaire! Ni celui d'un notaire véreux! Pic Paquette n'est sûrement pas le nom de l'un des préposé magouillant en centre d'hébergement luxueux pour personnes agées.
Mais qui est donc ce Pic Paquette? Quel est cet être capable d'agripper jusqu'au fond de vos poches ce qui vous appartient légitimement sans que vous n'y puissiez rien? Qui est cet individu ou «individuse» qui se repaît de la piraterie de vos biens les plus précieux, même de ceux que vous avaient légué vos parents disparus? Pic Paquette travaille-t-il au comptoir d'un centre d'alimentation, est-il pompiste, dentiste, mécanicien? Pic Paquette est-il bénévole dans une association sportive dédiée à la jeunesse?
Pic Paquette! Pic Paquette! N'est-ce pas lui le patron du bénévolat? N'est-il pas le saint qui protège les milliers de bénévoles du Québec oeuvrant dans des centaines d'organisations vouées à l'allègement de la lourde vieillesse et au développement harmonieux de la jeunesse?
Mais non que diable! Vous errez! Pic Paquette est le président-fondateur de l'Association des parlementaires québécois! Quoi! Mais vous ne savez rien! Vous ne savez pas que Pic Paquette est un thérapeute renommé? Mais oui! Mais oui! Pic Paquette m'a guéri de mon optimisme maladif, me disait cet homme en me montrant sous son bras le holster d'une arme de poing. Depuis que je ne crois plus à la grandeur de l'homme je vais beaucoup mieux, me disait cet autre au volant d'une Carrera.
Mais voyons! Consommateurs! Consommatrices! Capitalistes! «Capitalisettes»! Laissez-moi éclairer vos lanternes! Je sais qui c'est, moi, Pic Paquette! Eh non! Ce n'est pas Marcel Aubut! Encore moins Pauline Marois! Voyons! En fait Pic Paquette n'existe pas comme unité! Pic Paquette est un ensemble! Et j'ai payé cher pour le savoir! Sept ans de recherches assidues! Sept années de traque de ce «crak» de la simplicité involontaire des autres pratiquant l'équarrissage pour tous comme le préconisait déjà feu Boris Vian, dont plus personne ne parle puisque plus personne ne parle!
Quoi qu'il en soit et toujours est-il, en passant par peu importe, viande à chien, bouleau noir et never mind, je prétends savoir qui est ce Pic Paquette. En fait, je devrais plutôt dire qui sont ces Pic Paquette! Ils sont légions, comme disait le démon du possédé de l'évangile. Pic Paquette est une hyperstructure psychotique composée d'êtres voués par nécessité à la négation de la beauté de ce monde dont l'éclat peut en effet brûler la peau à vif d'âmes autrefois écorchées par la noirceau laideur sans soleil sans lune sans étoiles d'une nuit éternelle que la joie fait hurler de souffrance.
Pic Paquette est un éteignoir! Mais là! Mais là! Enough is enough, comme le disait Ève à Jéhova! Voici! Voilà enfin la résurgence de l'Allumeur...
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Ceux qui pensent encore que c’est une ville-dortoir, où l’on roule les trottoirs à minuit, et où la culture se limite à des peintures de police montée, ont quelques années de retard. Ou alors ils sont encore coincés dans la chanson où Charlebois disait: «J’ai passé une belle nuit à Toronto, mais si j’me rappelle ben, ça fermait un petit peu trop tôt.»
Toronto est une ville terriblement stimulante. Et il n’y a pas que leur festival du film qui devrait nous rendre jaloux.
Invitée par Tourisme Toronto, j’ai patrouillé dans la ville de bord en bord. La piscine turquoise sur le toit de l’hôtel Thompson avec vue sur les gratte-ciel, les boutiques de mode branchées de West Queen Street West, le nouvel hôtel de la chaîne québécoise Germain dans le complexe des Maple Leafs... Je comprends très bien pourquoi les grandes vedettes américaines se précipitent chaque année au TIFF, le festival de cinéma de Toronto qui est maintenant aussi réputé que ceux de Cannes, Venise et Berlin.
Je me suis extasiée devant les délires des starchitectes Daniel Libeskind (le Royal Ontario Museum) et Frank Gehry (la Art Gallery of Ontario), deux bâtiments audacieux qui donnent une signature distinctive à la ville.
J’ai adoré le design de l’OCAD University: l’architecte britannique Will Alsop a carrément placé le building 26 mètres au-dessus du sol, sur 12 pattes de couleur. La dernière fois qu’on a eu une architecture aussi flyée à Montréal, c’était en 1967...
Mais ce qui m’a le plus inspirée, c’est ma visite du Distillery District.
Le Distillery, ce sont 44 bâtiments historiques transformés en un centre de culture, de divertissement et de shopping. Ces bâtiments industriels du 19e siècle abritaient la plus grande distillerie au monde. Quand ils ont été abandonnés, dans les années 1990, un groupe de rêveurs, des investisseurs immobiliers, a décidé de les retaper et d’en faire un site moderne, mais respectueux de l’histoire. Tous les bâtiments ont été restaurés en récupérant et en recyclant les poutres et la machinerie récupérées sur place.
Le résultat est superbe. Des restaurants branchés, des boutiques originales, une microbrasserie, des galeries d’art, une salle de spectacles. Et grâce aux loyers des commerces, les propriétaires subventionnent des ateliers d’artistes.
J’ai visité le Distillery avec un des copropriétaires, Mathew Rosenblatt, qui m’a raconté une anecdote très révélatrice. Pour pouvoir ouvrir à temps pour l’été 2003, Matt et ses partenaires devaient rénover en même temps et à toute vitesse les 44 bâtiments historiques. La Ville tardait à leur remettre les permis nécessaires. «Si vous ne nous aidez pas, on n’y arrivera pas. Si on fait faillite, c’est la Ville qui sera la plus perdante», ont-ils dit aux fonctionnaires. La Ville a compris le message et ils ont pu travailler ENSEMBLE pour que la construction avance. Aujourd’hui, le Distillery est un attrait touristique énorme, qui remporte des prix de design...
J’ai tellement hâte que Gérald Tremblay aille faire un tour au Distillery District pour s’en inspirer! Imaginez si on avait un projet pareil à Griffintown...
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L’ancien patron du FMI aurait profité de ses voyages d’affaires pour se taper des call-girls aux quatre coins de la terre. Vous pouvez lire tous les détails ahurissants de l’enquête dans le magazine L’Express qui titre : « L’effarante double vie de DSK ».
Eh oui. Les Français se rendent maintenant compte que les Américains avaient raison : DSK n’est pas simplement un « homme qui aime les femmes ». C’est un assoiffé sexuel incapable de garder sa tuyauterie dans son pantalon.
Vous vous souvenez quand DSK avait été arrêté à New York, soupçonné d’avoir violé Nafissatou Diallo ? Le tabloïd Daily News avait fait sa une avec une photo du patron français qui se pourléchait les babines et avec le mot « Le perv’ » en grosses lettres.
À l’époque, l’intelligentsia française avait crié au scandale et ridiculisé les attaques en bas de la ceinture des méchants médias US. « Jamais on ne verrait une telle chose en France », nous disaient-ils en se bouchant le nez.
Mais cinq mois plus tard, le vent a changé. DSK est identifié comme un client régulier d’un réseau de prostitution. Alors, les journalistes ont enlevé leurs gants blancs et la pince à linge qu’ils s’étaient mis sur le nez. Et ils se mettent eux aussi à traîner DSK dans la boue.
Cette semaine, la journaliste Élise Karlin de L’Express a traité DSK de « queutard compulsif ». Queutard, c’est un joli mot. C’est un fêtard qui pense avec sa queue.
Nos cousins se rendent à l’évidence. Un homme qui se fait faire une fellation par une femme de chambre (Diallo), qui agresse une jeune journaliste (Tristane Banon) et qui sodomise des call-girls entre deux réunions du FMI, c’est un « perv ».
Le plus drôle, c’est que les mêmes intellectuels qui, cet été, critiquaient le fait qu’on s’en prenne à la « vie privée » de DSK sont sûrement ceux qui aujourd’hui se régalent à la lecture de ses textos croustillants publiés dans L’Express.
Parlant de baiser, vous avez vu la fameuse campagne de publicité UNHATE de Benetton, qui montre des ennemis jurés se frenchant à pleine bouche ?
Les publicitaires nous disent que le but de leur campagne est uniquement de prêcher la tolérance.
Si Benetton fait de la pub, ce n’est pas par grandeur d’âme, ni par charité chrétienne, ni pour le bien-être de l’humanité. C’est pour une raison et une seule : vendre des produits Benetton, une marque un peu démodée.
Est-ce que quelqu’un peut rappeler à Benetton que le rôle d’une compagnie de vêtements, c’est de nous vendre des pantalons et des jolis pulls pour nous tenir chaud l’hiver ? Pas de nous faire la morale en nous disant de nous aimer les uns les autres.
Le plus ridicule de la campagne UNHATE, c’est les images des leaders Nord et Sud-Coréen qui s’embrassent. Pensez-vous vraiment qu’une pub de vêtements italiens va empêcher les pires ennemis du monde de s’envoyer des bombes nucléaires sur la tête ?
Décidément, les publicitaires nous prennent vraiment pour des valises. 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Le Salon du livre de Montréal bat son plein. C’est ce moment annuel où on vante les mérites de la lecture, l’importance des livres. Et, de fait, ils seront plus de cent milles à parcourir les allées du Salon pour acheter, feuilleter, lire et rencontrer des auteurs.
C’est ironique. En évacuant les Indignés d’Occupons Wall Street à New York, les policiers et les pompiers ont d’abord jeté leurs livres aux poubelles, puis, comme pris d’un remords, ils les ont récupérés pour les entreposer. On les donnera à ceux qui viendront les réclamer.
C’est un fait qui n’a pas été souligné: les campements des Indignés ont (avaient…) presque tous une bibliothèque dont les livres, reçus en dons, sont (étaient…) prêtés gracieusement. C’est une particularité de ce mouvement d’avoir mis ses «priorités à la bonne place», comme on dit: cuisine, infirmerie, et bibliothèque. Se nourrir, se soigner, se cultiver.
Il y avait 5 554 livres dans la bibliothèque de Occupy Wall Street. Il y en a beaucoup plus au Salon du livre, donc celui-ci, qui aurait également sa place dans la bibliothèque des peuples, sur l’ancienne place Victoria: Petit cours d’autodéfense en économie, L’abc du capitalisme, de Jim Stanford (aux éditions Lux) est une forme d’initiation à l’économie dont la lecture vous permettra de répondre calmement la prochaine fois qu’un démagogue vous pitchera des chiffres à la face comme autant de crachats.
«La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires», disait Georges Clémenceau. On pourrait dire la même chose de l’économie et des économistes. On remerciera ici Lux d’avoir fait traduire ce manuel.
Si l’argent mène le monde, il est important de savoir où il va. Droit dans le mur, si vous voulez mon avis. Mais peut-être que vous n’en voulez pas, préférant écouter les grands de ce monde (c’est-à-dire ceux qui le possèdent) vous expliquer comment ils comptent le garder.
Et si, en plus des bases de l’économie, vous voulez comprendre comment les grands de ce monde parviennent à en acquérir toujours plus, il faut lire La Stratégie du choc, de Naomie Klein. C’est publié chez Leméac/Actes Sud, où je suis éditeur à la pige, mais ma plogue ne me rapportera pas un sou, alors je me la permets.
Dans ce livre essentiel, l’auteure raconte comment les multinationales profitent des catastrophes pour affermir un peu plus leur mainmise. C’est vrai des catastrophes naturelles, mais c’est aussi vrai des catastrophes financières, comme on a pu le constater depuis la crise de 2008, alors qu’il pleut sur les PDG des bonus et des avions privés.
Vous pardonnerez à un littéraire de prendre la cause des petits, des bizarres, des clochards et des indignés. Le roman occidental après tout est fondé sur un livre qui a tout changé: le Don Quichotte de Miguel de Cervantes. De nos jours, on ne le lit peut-être plus beaucoup, mais tout le monde a en tête l’image du «chevalier à la triste figure», son plat à barbe sur la tête, piquant des deux sa pauvre Rossinante et chargeant les moulins à vent comme s’ils étaient de dangereux géants.
C’est le génie de l’imagination. Avant le roman de Cervantes, dans la littérature, les chevaliers étaient beaux, nobles et héroïques, et tuaient le dragon et recueillaient ensuite les fruits de leurs efforts. Après…
Après, nos nouveaux héros sont devenus ceux qui n’avaient pas la chance de naître nobles, de naître beaux et riches. Le roman est devenu cette expression d’un combat souvent impossible, mais qu’il est important de mener.
L’adversaire est un moulin à vent? Et puis, après? Écoutez parler les politiciens d’aujourd’hui, et dites-moi si Cervantes n’était pas visionnaire.
J’ai aussi lu cette semaine Galveston, de Nic Pizzolatto, publié chez Belfond. Bon roman noir pas vraiment noir. On y suit un casseur de jambes à la solde de la pègre de La Nouvelle-Orléans prendre la fuite en compagnie d’une jeune prostituée pour éviter de se faire assassiner par son boss. Pas d’histoire d’amour, ici. Et très peu de bang bang. Mais un climat. Un récit porté par une écriture d’une apparente simplicité. Le personnage principal n’a rien d’un héros. Mais il acquiert une certaine vision du monde lorsqu’il découvre la lecture.
Et l’ancienne brute deviens, quoi au juste? Pas grand-chose, une sorte de concierge qui regarde le ciel? Un pelleteur de nuage, diront les mauvaises langues.
Mais plus nous serons nombreux à pelleter les nuages, plus le ciel sera clair, non?
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Un gars à casquette qui proteste contre le 1% de la population fortunée… mais qui possède un château que 99% de la population ne pourra jamais se payer.
Ce cinéaste, c’est Michael Moore, le réalisateur du documentaire Capitalism: a Love Story. Pas étonnant qu’il se fasse traiter d’«hypocrite» et de «menteur» par certains commentateurs, au Canada et aux États-Unis.
Michael Moore a été un des plus ardents défenseurs de Occupy Wall Street. Ce mouvement affirme qu’il y a 1% de la population qui s’en met plein les poches pendant que le 99% restant en arrache.
Mais à l’émission de Piers Morgan à CNN, il a refusé d’admettre qu’il faisait partie du club sélect des Américains les plus fortunés. Et à Denver, il a bousculé et traité de «punk» un reporter qui lui demandait s’il ne faisait pas lui-même partie du 1%.
Or le vrai visage de sa fortune a été dévoilé quelques jours plus tard. Le blogueur américain Andrew Breitbart a diffusé sur le web les photos exclusives de son immense résidence secondaire. Oups!
Sis au bord du Lac Torch, au Michigan, sur un terrain de 10 000 pieds carrés, c’est un domaine qu’on pourrait très bien voir à La vie des gens riches et célèbres. Ses voisins sont Madonna et Bruce Willis. Son compte de taxe est de 16 000 $. Et ce n’est que pour l’été!
Michael Moore a parfaitement le droit d’avoir une grosse maison. Son argent, il ne l’a pas volé. Mais qu’il arrête de dépeindre tous les riches comme des sans-coeur assoiffés. Qu’il arrête de se faire passer pour un pauvre Robin des Bois alors qu’il habite Le Domaine dans les Bois.
Michael Moore n’est pas le seul à avoir eu l’air fou pendant le mouvement Occupy Wall Street. Roseanne Barr a suggéré le retour de la guillotine pour tous ceux qui valent plus de 100 millions. Le chef Mario Batali a comparé les banquiers à Hitler et Staline.
Et le rappeur Jay Z a fait imprimer des t-shirts avec le slogan «Occupy All Streets», mais il a dû les retirer quand on a appris qu’il n’avait pas l’intention de partager les profits avec les indignés!
Les protestataires qui ont été délogés de Wall Street devraient lancer le mouvement Occupy Michael’s Street. Moore serait sûrement ravi que des milliers de petites tentes s’installent sur son beau terrain. Il paraît que la vue sur le lac est splendide.
Ce n’était pas un film de Michael Moore, mais l’autre jour je suis allée au cinéma voir Melancholia de Lars Von Trier. Des cellulaires ont sonné dans la salle, pas une, pas deux, pas trois, pas quatre, mais bien cinq fois! Les deux dames derrière moi ont fourni une piste de commentaires ininterrompue pendant les deux heures du film. Et mes voisins de gauche ont dégusté des tacos au cheddar fondu pendant toute la première partie.
Et après ça, on se demande pourquoi les gens préfèrent rester chez eux et regarder des DVD!
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => La poésie de Félix Leclerc baigne toutes les couches de notre société, avec elle nous sommes tous de la même famille! [content] =>La semaine dernière, alors que je revenais de promener mon manteau sous une fine pluie d'automne, il m'est arrivé quelque chose de merveilleux en autant qu'il puisse encore se produire des évènements fulgurants dans ma vie, pourtant déjà pleine de ce qui pourrait en énerver bien d'autres, mais qui ne sont pour moi que des péripéties habituelles.
En fait, je revenais d'un rendez-vous innocent avec une jeune femme dont la maturité surprenante et la grande beauté avaient fait souffrir ma vieillesse envahissante en me foutuant une déprime de taille. Le souvenir de mon ami Serge Reggiani, que je n'ai malheureusement pu revoir avant sa mort, m'était alors revenu sur les mots de sa chanson Il suffirait de presque rien que je me mis à chantonner tristement en montant la butte Saint-André entre Sherbrooke et Roy.
Me revenait aussi l'inexorable Promenade sur Mars, dont j'avais soutenu la poésie sur une mienne musique: «L'homme que je suis, quoi qu'il en pense n'a pas accès, ni de près ni de loin.»
Je maudissais presque ma vieille face ridée, ma grosse bédaine d'épais, mes minables cheveux gris «teindus» jaunasses, mes jambes douloureuses, mon dentier «cheap & slaque» et comble de stupidité, arrivé en haut de la colline, j'en étais rendu à maudire la pauvreté qui me privait de beaux vêtements, d'une Dodge «Vapor» grise et noire, d'implants dentaires de luxe, d'un chalet à Tremblant, d'un condominium à Vegas, d'un «ranch» au T.N.O. et d'une pourvoirie à Shefferville qui m'auraient assuré une vie sexuelle et sentimentale de sexagénaire régénéré, lorsque j'entendis, venant de nulle part, quelqu'un siffler l'air d'une chanson de Félix Leclerc qui avait accompagné mon adolescence: «C'était un p'tit bonheur que j'avais ramassé...», en passant par: «C'est toi ma reine...» jusqu'à: «Mon bonheur est parti sans me donner la main...»
Bin oui toué! À bien y penser, la vieillesse c'est pas si pire que ça! J'en ai assez eu de peines d'amour, de déceptions amères, de cruels réveils solitaires «pieds nus dans l'aube» alors que le crépuscule avait pourtant annoncé une fin de solitude tant espérée!
Non mais, je ne vais pas recommencer à croire aux miracles de l'amour! Je ne vais pas encore une fois retomber dans le traquenard des vieux fous! J'allais me convaincre d'accepter et d'aimer cette vieillesse qui nous gonfle l'âme mais nous raccourçit la nouille lorsque le sifflotement que je n'entendais plus vint me tirer du royaume des vaincus assagis et que j'apperçus un itinérant, tête baissée sous le long capuchon noir de sa défroque, sortant de la ruelle Saint-Christophe en sifflotant l'air de la chanson de Félix.
Fulgurance! Fulgurance! Un éclair de bonheur et de joie vive me frappa de plein fouet! Me revint joyeusement cette chanson de Mouloudjy que je trouvais triste jusqu'à ce jour béni et qui chante les poètes disparus: «Leurs chansons courent encore dans les rues...».
Félix était toujours vivant! Cet homme-là qui siffait Le p'tit bonheur était un immortel! Cet homme dont je ne pouvais voir le visage était l'Homme d'un peuple! L'âme d'une nation! Je suivis l'homme du regard alors qu'il s'élopignait vers le Parc Lafontaine en sifflant l'air salutaire.
J'étais guéri, lavé, nettoyé de mon cafard! Nous sommes sauvés! Le Québec vivra et pour longtemps! La poésie de Félix baigne toutes les couches de notre société, avec elle nous sommes tous de la même famille! La vieillesse sert à quelque chose! Tout n'est pas perdu...
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Personnellement, je me fiche que des Second Cup, Future Shop et Urban Outfitters conservent leur nom anglais: ils s’appellent comme ça partout dans le monde, c’est leur marque de commerce.
Non, moi ce qui me choque, ce sont des commerçants montréalais qui vivent dans une ville francophone, dans une province francophone et qui décident, de leur propre chef, de donner un nom anglais à leur restaurant ou leur boutique de vêtements sans que personne leur ait tordu le bras.
Ils ont parfaitement le choix parmi les millions de mots de la langue francaise, riche et colorée, de trouver un nom original pour leur commerce. Et ils appellent leur restaurant Greasy Spoon? Quelle belle occasion manquée!
Sur le site internet du magazine Clin d’oeil, je tiens depuis deux ans un blogue dans lequel je présente mes coups de coeur pour des nouveaux commerces qui voient le jour au Québec.
Je m’étais bien promis de ne jamais parler de commerce avec un nom anglais ou avec un site web uniquement en anglais. Mais je n’ai pas eu le choix: ils sont tellement nombreux que si je m’en tenais uniquement aux commerces avec des bannières en francais, j’aurais manqué de matière au bout de trois mois.
J’ai mangé de très bonnes huîtres chez Lucille’s Oyster Bar. Mais j’aurais aussi bien mangé si le resto s’était appelé 5 à l’huître. Ou Chez Lucille. Alors, pourquoi ce nom anglais?
Il y en a qui sont de bonne foi et qui veulent une marque de commerce dans les deux langues. Malheureusement, ça donne une langue bâtarde, qui n’est ni de l’anglais ni du francais, une sorte de baragouinage de franglais. Comme Les thés David’s Tea (les thés du thé de David).
Ça me fait penser quand j’étais jeune et qu’on entendait les gens parler du pont bridge.
Ce qui me tue dans ces noms de commerce en anglais, c’est le manque d’imagination des commercants. C’est à s’arracher les cheveux de la tête. Vous avez devant vous Le Petit Robert, Le Larousse, l’oeuvre complète de Michel Tremblay, et vous n’êtes pas capable de trouver un seul mot en francais pour exprimer votre personnalité?
Vous ouvrez une épicerie fine de produits italiens et le mieux que vous trouvez c’est «Italian Pantry»?
Et quand la Societé des arts technologiques a ouvert cet été un volet d’activités culinaires, j’ai été complètement découragée de voir qu’ils les avaient baptisées le «Foodlab». Ça m’a coupé l’appétit.
Mais c’est dans le domaine de la mode que j’ai noté le plus grand nombre de boutiques ou de marques avec des mots anglais. Ça pullule. Preloved, Unicorn, Bodybag. Je pensais avoir tout vu. Mais récemment, j’ai apercu une nouvelle boutique: Vintage Citizen. En plein Montréal!
Qu’on se fasse imposer des noms anglais de multinationales, c’est une chose. Toutes les grandes villes vivent la même chose. Mais que les commercants et les artisans de chez nous se donnent eux-mêmes une identité anglaise, c’est un signe de colonisation qui m’inquiète bien plus.
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Mardi, Louis-Jean Cormier de Karkwa a réagi sur Facebook aux critiques de certains de ses fans qui se disaient déçus que le groupe ait cédé les droits de la chanson Le Pyromane pour une publicité de Coca-Cola.
Certains leur reprochaient d’avoir vendu leur âme pour de l’argent. D’autres leur en voulaient spécifiquement d’avoir choisi Coca-Cola, une entreprise pas assez politically correct à leur goût.
Quant à moi, c’est une tempête dans un verre de Coke.
« Not made in Quebec»
Dans les années 70, on ne voyait sur nos écrans que des publicités réalisées à Toronto ou à New York et (mal) doublées pour le marché québécois. Puis, les publicitaires d’ici se sont fâchés et maintenant les pubs pour notre marché sont réalisées par des gens d’ici, avec des comédiens d’ici et du talent d’ici.
Chaque fois que j’ai entendu une chanson de Coeur de pirate, de Malajube, de Jean-Pierre Ferland, de Vincent Vallières dans une publicité, je me suis réjouie que ce ne soit pas une toune en anglais, en me disant : « en voilà une que les Américains n’auront pas ».
À tous ceux qui reprochent aux artistes de faire de la pub, j’aimerais poser cette question : c’est quand la dernière fois que vous avez refusé un chèque de plusieurs dizaines de milliers de dollars offert sur un plateau d’argent ?
Au Québec, il est devenu de plus en plus difficile de gagner sa vie avec la musique, entre les téléchargements illégaux et les CD copiés pour en donner aux petits amis.
Si un groupe comme Karkwa décide de vendre un Pyromane contre un Coke, il n’y a pas mort d’homme. Comme leur écrivait leur fan Steve Martel sur leur page Facebook : « Go Karkwa ! Prenez tout ce qu’il y a à prendre. »
Décidément, c’est pas drôle être un artiste au Québec. Tu reçois des subventions ? Tu te fais traiter de BS de luxe qui vit aux crochets du gouvernement. Tu joues à la Fête du Canada ? T’es un traître à la nation. Tu reçois de l’argent de Coke ? T’es un fils de pub.
S.V.P., est-ce qu’on peut juste laisser les artistes GAGNER LEUR VIE ?
Prix Nobel de la beauté
Et puis, on pourrait peut-être donner un répit à Karkwa, qui vient juste de se prendre une gifle en plein visage, lors du dernier gala de l’Adisq… Ils ont vu le Félix du Groupe de l’année leur échapper pour passer aux mains des Cowboys fringants, qui étaient pourtant en sabbatique et qui avaient spécifiquement demandé aux fans de ne PAS voter pour eux !
Au moins, ils pourront se consoler en relisant la critique dithyrambique du magazine français Les Inrocks qui vient de les qualifier de « l’un des groupes rock les plus passionnants du monde ». « Avec Les Chemins de verre, Karkwa aurait pu empocher un prix Nobel de la beauté. Karkwa touche désormais à l’immensité. Tout le reste risque de vous paraître minuscule. »
À côté de ça, les critiques de trois quatre fans sur Facebook doivent paraître bien minuscules. 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Quand j’étais jeune –adolescent, disons–, j’avais toujours sur moi un canif et un briquet. Je passais beaucoup de temps, à cette époque, à m’imaginer survivant d’un accident d’avion sur une île déserte, cherchant à survivre. Comme dans Sa Majesté des Mouches, de William Golding, qui est un extraordinaire roman écrit en 1954 et un excellent film de Peter Brook sorti en 1963.
On y raconte l’ensauvagement progressif d’une bande d’enfants d’une école privée, la découverte de la cruauté. Magnifique, vraiment. Conseil de lecture (et de DVD, si ça se trouve).
Dans mon imaginaire personnel, je me voyais plutôt seul, réinventant le monde, comme dans Robinson Crusoé, un merveilleux récit de Daniel Defoe, publié pour la première fois en 1719. Ou comme dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, de Michel Tournier, publié en 1967; une relecture contemporaine et philosophique de Robinson Crusoé.
Si j’oubliais mon canif à la maison, je me sentais mal toute la journée. Je me disais: en cas de catastrophe mondiale ou de fin du monde intempestive, tu ne seras pas prêt…
Je sais faire cuire de la viande sur une pierre chauffée au feu. Je sais plumer un poulet, dépouiller un lapin. Je sais construire un abri avec des branches. Dans mes romans, ceux que j’écris, il y a presque toujours un personnage qui doit chasser ou pêcher, perdu dans la nature, se débrouiller pour survivre.
Dans la cour, chez mes parents, j’ai longtemps cherché à faire du feu avec deux bouts de bois et un lacet de bottine, ou en heurtant deux morceaux de silex. Mais, va savoir pourquoi, je n’ai jamais trouvé de silex dans la cour de mes parents...
Je rêvais d’aventure, de longs voyages à pied, de découvertes, comme dans L’homme qui voulut être roi, une superbe nouvelle de Rudyard Kipling dont le cinéaste John Huston a fait, en 1975, un film qui compte parmi mes favoris de tous les temps (avec Sean Connery et Michael Caine). Un pur délice.
… parce qu’aucune aventure ne m’était promise. Tous les dimanches, la famille élargie, mononcles et matantes, se réunissait chez l’un ou chez l’autre pour boire des dry gins et parler d’obligations d’épargne, de système de chauffage et des avantages des produits Chrysler sur les produits Ford. Puis, le gin aidant, les esprits se déliaient un peu, et ça racontait des jokes cochonnes. Un peu comme dans Les beaux dimanches, la terrible pièce théâtre de Marcel Dubé, produite pour la première fois en 1965 à la Comédie Canadienne.
On aurait dit qu’il n’y avait que deux métiers possibles dans toute la famille. On était soit chauffeur d’autobus pour la Société de transport de la communauté urbaine de Montréal, soit vendeur de clôtures en broches pour Frost Steel Compagny, une sous-division de Stelco inc.
Le souvenir de ces dimanches me donne encore des frissons tout le long de la colonne vertébrale. J’étouffais. J’aurais voulu crier. Mon esprit cherchait désespérément une porte de sortie. L’idée de reproduire un jour mot pour mot et geste pour geste l’existence de mes parents me semblait une condamnation à une mort lente et cruelle.
L’accident d’avion, la catastrophe naturelle et la fin du monde me semblaient de meilleures avenues d’avenir. Au moins, si j’étais le dernier homme sur la Terre, il n’aurait appartenu qu’à moi d’inventer les règles du jeu, comme dans le roman de Richard Matheson, Je suis une légende, dont Boris Sagal a fait un film en 1971 avec Charlton Heston, et Francis Lawrence en 2007 avec Will Smith.
La plupart du temps, j’étais prêt.
J’avais mon canif dans une poche, mon briquet dans l’autre. Je savais gosser un arc et des flèches. J’aurais pu, au départ, me nourrir d’écureuils avant de trouver le tronc parfait pour me fabriquer une arme plus puissante. Je savais tendre des collets et je n’aurais pas hésité une seconde à manger la bête qui s’y serait prise, fût-elle un porc-épic.
Mais il n’y a jamais eu de fin du monde. Ça ne s’est pas produit. J’ai toujours un couteau dans la poche. Il me sert à ouvrir les boîtes de livres que je reçois à la maison.
Les oncles ont continué à vendre des clôtures de broches et à conduire des autobus. Ils sont maintenant tous à la retraite. Certains sont morts. Le cancer, évidemment.
Et, souvent, je me demande encore pourquoi nous continuons ainsi à parler d’obligations d’épargne ou des avantages des voitures louées sur les voitures achetées. Je me demande pourquoi nous continuons à avancer jusqu’à l’épuisement, comme dans le roman Le pied mécanique, de Joshua Ferris, paru cet automne chez JC Lattès. Un avocat est atteint d’une étrange maladie que nul ne sait diagnostiquer. Régulièrement, ses jambes s’emparent de lui et il est forcé de marcher, marcher, marcher jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce qu’il s’écroule littéralement de fatigue là où il s’est arrêté, même en plein air, en plein au coeur de l’hiver. Sa femme, qui l’aime tant, pendant des années, à chaque fois le cherche et le trouve et le ramène à la maison. Mais tout s’épuise, se fatigue. Les jambes auront raison du couple, du boulot, de l’amour, de la vie. C’est le roman le plus bizarre, le plus intrigant que j’aie lu depuis bien longtemps.
Le plus effrayant. Je ne cesse d’y penser depuis quelques jours. Ainsi va le monde, de l’avant, jusqu’à l’épuisement de nos forces.
En attendant, j’aiguise mon couteau de poche et remplace la pierre de mon briquet.
On ne sait jamais.
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Cette campagne, qui a été financée par des citoyens ordinaires et par l’Association végétarienne de Toronto, fait beaucoup jaser en Ontario.
Pour moi, elle est la preuve que les militants pour les droits des animaux ont eu raison de changer leur message.
Culpabiliser? Non. Toucher, informer, sensibiliser? Oui.
La méthode douce est bien plus efficace que la méthode forte. Et s’adresser au coeur et à l’intelligence du public est bien plus efficace que de l’agresser avec des images dégueulasses d’abattoirs.
Il y a 5 millions 700 000 usagers pas semaine qui prennent le métro de Toronto et qui seront donc exposés à ces affiches jusqu’au mois de décembre. C’est énorme comme impact!
Sur ces affiches, on explique que les cochons sont plus intelligents qu’un enfant de trois ans, que les vaches sont des mères affectueuses et protectrices et que les poulets ont des liens familiaux très serrés. Bref, ce sont des animaux comme les autres.
Que pensez-vous de cette campagne publicitaire? Est-ce qu’elle vous fait réfléchir? Pensez-vous qu’elle pourrait être montrée dans le métro de Montréal? Après tout, la question est légitime: Pourquoi certains animaux sont-ils «des amis de la famille» alors que d’autres sont «le souper de ce soir»?
La première chose que les pro-végé ont compris, c’est qu’il fallait arrêter de taper sur les doigts des carnivores et de leur faire la morale.
La deuxième, c’est qu’il fallait rendre le végétarisme sexy. C’est quand des personnalités comme Natalie Portman, Ellen DeGeneres, Stella McCartney, Isabelle Maréchal, George Laraque, Julie Snyder disent qu’elles ne mangent pas de viande que tout d’un coup, ça a l’air plus attirant.
Hier, dans le Journal de Montréal, Jean-Marc Léger écrivait que manger mieux était devenu «une des sept grandes tendances québécoises de notre décennie» et que manger végétarien était IN avec 17 % d’augmentation de popularité.
Comme le titrait Elle Québec en juin 2010, «Moins de viande... c'est in!»
Allez faire un tour chez votre libraire. Vous y trouverez Le grand livre de la cuisine végétarienne (écrit par deux professeurs de l’ITHQ) Biographie gourmande de Joël Legendre (avec ses 175 recettes sans viande), Les carnivores infidèles (60 recettes végés pour tromper votre boucher) et Pas besoin d’être végé pour aimer ce livre, tous des livres publiés au cours de la dernière année.
Et dans leur livre de recettes pour enfants lancé la semaine dernière, Annie Brocoli et Germaine la grenouille végétarienne préparent de la «salade de pois qui rient» et des «falafels bébé fafa », comme elles le font dans les capsules G cuisiné diffusées depuis deux ans à Radio- Canada.
Avant, l’image du végétarien, c’était un hippie au teint blême qui vous culpabilisait de manger un hamburger.
Maintenant, c’est Pamela Anderson qui vous regarde droit dans les yeux et vous dit de manger vos légumes. C’est pas mal plus excitant!
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => J'accepte d'être poète pour tous ceux qui ont cru en moi et que je n'ai eu de cesse de décevoir. [content] =>Voilà un peu de kikshu: jeudi dernier je revenais du Collège Lasalle où j'avais promis à une étudiante de participer à son examen de fin de session comme personnalité interviewée. Ça ne me tentait pas pantoute mais je m'y suis rendu croyant que c'était très important pour elle que je respecte mon engagement.
V'là-t'y pas que j'y rencontre mon vieil ami Gilles Duceppe qui lui aussi avait été recruté pour participer à l'examen d'une collègue de Marion, ma journaliste de show de chaise en herbe. Nous avons parlé brièvement de choses et d'autres. Comme par exemple, qu'il se souvenait de ma présence en 1968 lors d'un congrès politique quelconque où j'avais été invité en tant que poète. Qu'il se remémorait encore que j'y avais fait le récital de quelques poèmes fraîchement pondus pour l'occasion.
Pondus? Se pourrait-il que les poètes soient ovipares? Comme les dinosaures, nos moineaux et volailles leurs actuels descendants? Quoi qu'il en soit, Gilles Duceppe m'a rappelé que j'étais d'abord et avant tout un poète et que cette apparition poétique d'il y a plus de 40 ans, aura sans doute été la seule qui ne m'ait jamais été offerte de toute ma vie.
Merci Gilles d'avoir ravivé ce souvenir qui s'est aussitôt jumelé à celui murmuré par Louise Forestier lors de ma remise du prix Luc Plamondon au Gala de la SPACQ. Il m'est revenu en mémoire que Madame Forestier m'avait à ce moment chuchoté que je devrais publier un recueil de poèmes alors que je lui manifestais une belle répulsion envers la poésie québécoise et la plupart de ses «poétons»!
On va t'aider m'a-t'elle dit, toute patiente et toute gentille. Louise! Louise! Toi qui m'as déjà aidé à sortir d'un bois de Labelle qui sentait l'humide et l'touffu, l'énorme poèle à bois d'une ancienne «couquerie» de chantier dont t'avait parlé le beau Paul Piché! 600 livres! 300 kilos! Pas Paul! Le poèle! Enwèye Louise! Dans boîte du pick-up! On s'enfarge! On tombe dans bouette! On roule din fardoches! On lâche pas!
OK! J'attache le poèle avec une chaîne et tu l'arraches du fond d'la cabane en bois ronds pourris. Moué j'mets des p'tits rondins d'sour pour qu'y glisse dessus pi toué té dans l'cab du truck su'l beu, pi tu pézes su'l gaz dou-ce-ment! Té capable! Tu sais pas chauffer? Y'a rien là Loulou! Y'a pas d'police icitte! Enwèye let's go! Au bout d'une heure, la lourde relique était bien installée dans la boîte du Ford F-100, alors que Madame Forestier et moi fonçions à travers branches et branchailles vers le chemin asphalté qui nous mènerait vers Sainte-Véronnique où j'avais une merveilleuse cabane à flanc de montagne et un gallon de vin de merises.
Louise! Ma chère Louise, toi qui me console de la dureté de coeur d'une autre! J'accepte enfin d'être poète! Je l'accepte pour toi, pour mes enfants, les tiens et tous les jeunes Québécois! Je l'accepte qu'ils puissent entendre et voir ma folie, qu'ils sachent qu'être poète ne s'apprend pas à l'école, ne sera jamais une façon de gagner sa vie mais de la perdre, n'a jamais été un métier et ne sera toujours qu'une aliénante, tyrannique et dévorante dévotion à la fulgurance!
Mais ça ne veut pas dire qu'on ne s'y amuse pas! Au contraire! On s'y amuse éperdument! On s'y pète le péteu! On s'y défonce la fafouin! On s'y enfonce le ratafouin! On y perd la boule, le moule, et qu'honni soit qui mal y pense! C'est ça qui enrage les sépulcres blanchis, les culs serrés, les bourreaux de travail, les fanatiques de toutes religions, les frustrés de l'amour et du sexe, riches ou pauvres, les payeurs de taxes qui n'aiment pas leurs d'jobs et ceux qui croient qu'une mordée de pain brun éloigne la mort.
J'accepte d'être poète pour tous ceux qui ont cru en moi et que je n'ai eu de cesse de décevoir parce que je n'y croyais pas! J'irai aux Trois-Rivières ânnoner avec les poétons ron ron petit patapon! J'irai à Paris! J'irai à New York s'il le faut! J'irai frissonner sur la tombe de Pierre Réverdy et délirer sur celle d'Antonin Artaud! J'irai à Lowell psalmodier Jack Kérouac! Enfin, j'irai ici, j'ira là, patati et patata j'irai où il le faudra!
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[slugline] => [byline] => Sophie Durocher [dateline] => at 07:26 on November 7, 2011, EST. [copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Pourquoi une enquête sur Quebecor et pas sur Gesca? [content] =>La semaine dernière, sur son blogue, l’animateur d’Enquête, Alain Gravel, écrivait que «des gens du milieu des communications» l’avaient abordé pour lui demander «Pourquoi une enquête sur Quebecor et pas sur Gesca?»
Quelle bonne question! Malheureusement, M. Gravel n’y a jamais répondu.
Pourquoi en effet la société d’État ne dégage-t-elle pas pendant un an un journaliste à temps plein pour enquêter sur Power Corp, l’entreprise qui possède la filiale Gesca, qui publie entre autres La Presse et Le Soleil?
Il y a au Québec quelqu’un qui a déjà mené une vaste enquête sur l’empire Power. C’est Robin Philpot, l’auteur du livre-choc Derrière l’État Desmarais: Power, publié en octobre 2008.
L’auteur y présentait Paul Desmarais comme l’homme d’affaires ayant le plus de pouvoir politique au Québec et au Canada, et Power, comme un État dans l’État.
Je l’ai rejoint vendredi et je lui ai demandé quel accueil son livre avait eu à Radio-Canada lors de sa parution.
«Radio-Canada n’en a pas parlé du tout. Ils ne m’ont jamais invité. Pourtant, j’avais fait énormément de recherches. Ils m’avaient invité à une émission, mais ils ont annulé ma présence à la dernière minute. Et deux autres personnes en ont parlé, en mon absence, dont un invité qui était en conflit d’intérêts parce qu’Hélène Desmarais siégeait au CA de son organisme. Radio-Canada a tout fait pour étouffer la chose.»
Donc pour résumer, un auteur publie un livre fouillé sur l’entreprise de Paul Desmarais, un des hommes les plus riches du Canada et aucun journaliste de Radio-Canada ne trouve pertinent de l’inviter ? Pas un reporter économique? Pas un animateur d’affaires publiques Pas une recherchiste de Tout le monde en parle?
Toujours dans son blogue, Alain Gravel écrivait à propos de Quebecor: «La démocratie serait mal servie si personne ne pouvait critiquer le groupe médiatique le plus important au Québec.» Elle serait donc mal servie, cette démocratie, si personne ne pouvait critiquer Power, qui, par le biais de Gesca, possède 7 des 10 quotidiens de la province.
Puis M. Philpot m’a donné un petit cours d’histoire, que je partage avec vous.
«On a commencé à parler de concentration des médias au Québec quand Power Corp., qui possédait Le Nouvelliste de Trois-Rivières, La Voix de l’Est de Granby et La Tribune de Sherbrooke, a pris le contrôle de La Presse. C’est Yves Michaud, en 1968, qui a amené l’Assemblée nationale à enquêter là-dessus. Ensuite, au Canada, il y a eu la Commission Davey, une commission sénatoriale. Il y a eu des enquêtes considérables pendant de nombreuses années. Robert Bourassa, pourtant un grand ami de Paul Desmarais, a refusé à deux reprises de permettre qu’il mette la main sur le Soleil de Québec. Il craignait pour la concentration des médias! C’est bizarre qu’en 2011 Radio- Canada fasse une enquête sur la concentration de la presse et ne mentionne jamais ce problème-là...»
J’aimerais bien savoir ce qu’en pense Brian Myles, le président de la Fédération professionnelle des journalistes, qui était interviewé dans le reportage d’Enquête sur Quebecor.
Et j’aimerais aussi savoir pourquoi nulle part dans le reportage il a été mentionné que deux des principaux commanditaires de la FPJQ pour son prochain congrès qui aura lieu les 25, 26 et 27 novembre à Québec sont... Gesca et Radio-Canada.
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Mais ce qui me choque dans l’affaire Charlie Hebdo, ce n’est pas qu’un journal humoristique rie des religions.
Ce qui me choque, c’est que CNN a carrément censuré la une de ce journal satirique dans son reportage sur l’incendie des locaux de Charlie Hebdo. Et ça, ça ne se discute pas: c’est inacceptable.
Dans le reportage diffusé sur la chaîne d’information continue américaine CNN, on voit un des employés de Charlie Hebdo tenir dans ses mains le journal controversé. Mais l’image a été complètement brouillée! On ne voit donc pas la une, soit le prophète Mahomet, un turban sur la tête, en train de dire aux lecteurs: «100 coups de fouet, si vous n’êtes pas morts de rire».
On sait que la religion musulmane interdit les représentations du prophète Mahomet. C’est pour cette raison que la publication des fameuses caricatures danoises avait provoqué une flambée de violence. Et c’est aussi pour cette raison que des internautes avaient demandé à l’encyclopédie en ligne Wikipédia d’enlever les images de Mahomet des pages consacrées à l’islam.
Mais pourquoi CNN a-t-elle accepté cette omerta et délibérément caché ces images? Y a-t-il une loi aux États-Unis qui interdit de montrer le prophète? Non! Depuis quand des principes religieux d’une minorité dictentils le comportement des médias de masse?
On comprend que les grands médias brouillent des images pornographiques, par exemple, pour ne pas choquer leur public ou les jeunes enfants qui sont devant leur télé. Mais qui CNN veut-elle protéger en brouillant la une du Charlie Hebdo?
En se livrant à ce type d’auto-censure, CNN adhère exactement au jeu des extrémistes: contribuer au climat de peur en laissant entendre que toute représentation du prophète sera punie par la violence et les représailles.
Les fondamentalistes ont gagné: le monde laïc se plie maintenant de son plein gré à des lois musulmanes qui ne le concernent pas.
Parlant d’images qu’on doit cacher, avez-vous entendu parler de la politique de «non-retouche» du détaillant de mode canadien Jacob? Il s’est engagé publiquement «à ne plus retoucher numériquement la forme des corps de ses mannequins».
Wow, quand j’ai entendu parler de cette campagne, j’ai été impressionnée. Enfin, on va voir des vraies femmes, avec des vrais corps! Mais quand j’ai vu la campagne, j’ai déchanté.
La pub de Jacob montre la mannequin décharnée Coco Rocha. Cette brindille filiforme, limite anorexique, a des bras aussi maigres qu’une fillette de 12 ans qui se serait nourrie de céleris et de verres d’eau.
«La silhouette de ce mannequin n’a pas été retouchée» peut-on lire sur la pub, à côté du corps rachitique de Coco Rocha. Euh… J’ESPÈRE BIEN que vous ne l’avez pas retouchée, les amis!
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Ah! Ça va faire du bien de ne parler que de livres, aujourd.hui. [content] =>Ah! Ça va faire du bien de ne parler que de livres, aujourd’hui. Des travaux d’écriture m’ont beaucoup accaparé ces derniers temps, et ont également occupé quelques-unes de mes nuits. Je suis très fatigué. Je ne suis pas sûr que j’aurais aujourd’hui la force de me frotter aux Grands Problèmes du Monde.
Tiens, par exemple, je ne suis pas sûr que j’aurais l’énergie pour contredire l’inestimable collègue Éric Duhaime, qui, dans ces pages ou sur les ondes de V, traite les indignés de la Place des peuples de pouilleux ou de clochards et se lamente parce qu’on ne peut plus amener pisser son chien au square Victoria.
Si j’ai écrit «l’inestimable collègue», c’est qu’il est franchement difficile à estimer. Que répond-on à quelqu’un qui qualifie de «campagne de terreur» le boycottage de la boutique Le Marcheur, rue Saint-Denis, dont certains voudraient qu’elle cesse de vendre des chaussures fabriquées en Israël?
C’est drôle parce que j’habite juste à côté, et je passe régulièrement devant Le Marcheur, et pas une fois je n’ai vu de manifestants. Oh, il doit bien y en avoir de temps en temps. Mais pas souvent. Et à chaque fois, la vitrine est intacte. On a plus la terreur qu’on avait. Tout fout l’camp.
Je ne sais pas vraiment ce qu’Éric Duhaime déteste tant chez les indignés d’Occupons Montréal. À le voir trépigner l’autre jour chez Dumont, j’aurais juré qu’il se sentait personnellement insulté par leur existence, leur camaraderie et leurs toilettes portables.
Ça m’a rappelé ce jour où mon père a vu le chanteur Claude Dubois à la télé, et qu’il s’est mis à crier des bêtises au téléviseur. «Trou d’cul, c’t’un trou d’cul!» hurlait-il. Ça m’avait intrigué. Je l’avais habilement questionné. Et puis j’avais compris.
Mon père, depuis son enfance, avait toujours scrupuleusement respecté la hiérarchie, les ordres de ses supérieurs, la loi, tout ça. Avec pour seul résultat, qu’il s’était retrouvé à la cinquantaine incapable de travailler et en grave dépression nerveuse parce que ses patrons l’avaient traité d’une manière inhumaine, le harcelant sans cesse jusqu’à ce qu’il craque.
Alors que Claude Dubois avait pris de la drogue, fait de la prison, était néanmoins riche et célèbre et n’avait pas de patron pour le traiter comme de la marde.
Dubois était tout ce mon père n’était pas. Et au bout du compte, c’est Dubois qui avait eu raison. C’était gros et difficile à avaler, pour mon père. D’où le «trou d’cul», puisque ce qui est difficile à avaler est également difficile à évacuer.
C’est probablement tout aussi difficile à avaler pour Éric Duhaime, j’imagine, de voir qu’une grande majorité de la population éprouve de la sympathie pour les gens d’Occupons Montréal et leurs revendications. Car si ce sont les Indignés qui ont raison, ça veut dire que Duhaime a tort, complètement, et depuis toujours. Ça serait insupportable, ça. Il faut qu’il ait raison, à tout prix. Des clochards! Des pouilleux! Alors que lui est si propre de sa personne.
D’où sa fascination pour le pipi de chien et les chiottes portables.
Hon, pardon, je dis n’importe quoi.
C’est la fatigue. Je suis très content de pouvoir simplement parler de livres et ne pas m’occuper de Grands Problèmes du Monde. De toute manière, vous connaissez l’adage: Les chiens aboient, la caravane de l’espoir passe.
Chaque torchon trouve sa serviette, disait ma mère, ce qui, avouons-le, n’était pas une manière très élégante de s’exprimer. À l’automne, chaque prix littéraire trouve son lauréat. Et pour une fois, j’aurai lu le Prix Goncourt avant qu’il n’obtienne le prix Goncourt. Et le Renaudot avant qu’il n’obtienne le Renaudot.
Je les ai lus et je les ai aimés sans cette petite voix agaçante qui me murmure à l’oreille «ça doit être bon, puisqu’ils ont gagné des prix». Oui. Sont bons.
Pour le Renaudot, je vous ai déjà dit tout le bien que j’ai pensé du Limonov d’Emmanuel Carrère. Je n’ai pas changé d’idée.
Par contre, je ne vous avais rien dit de L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni, qui mérite amplement son Goncourt. Pour un premier roman, c’est grand. Par grand, je veux dire la grandeur de l’ambition du romancier de 48 ans, qui couvre trois guerres en 633 pages avec un souffle extraordinaire. De la seconde guerre mondiale à la guerre d’Algérie en passant par l’Indochine (futur Vietnam), Jenni passe au laminoir notre cécité partielle en ce qui concerne la violence et l’horreur de nos guerres qui permettent en retour le confort domestique et tous ces petits machins qu’on peut acheter pas trop cher parce qu’on soumet le monde à notre botte et qu’on l’écrase pour en tirer profit.
Le personnage principal vit dans une cabane sur un toit, une sorte d’abri de jardin. Il ne possède plus rien, sauf sa capacité à réfléchir. Il s’est défait de tout, et c’est en se défaisant de tout qu’il libère son humanité.
Un très beau livre, qu’Éric Duhaime détesterait à tout prix.
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Mais le bonhomme n'inspire personne du milieu des producteurs. Le bonhomme joue de la guitare à la maison et fredonne plus souvent que d'habitude sa bonne vieille Câline de blues en insistant sur le «faut que j'te jouze»!
Quoi qu'il en soit et trève de récriminations, voilà que mon fils Lou et moi avons regardé et bien écouté le dernier Gala de l'ADISQ, à l'instigation d'amis qui nous hébergent encore pour quelques jours sur le Plateau. En passant, Lou et moi cherchons un trois et demi dans les environs de l'école Saint-Marc du quartier Rosemont, afin qu'il puisse se rapprocher de ses centres d'intérêts scolaire et sportif. Le Plateau c'est beau mais c'est loin, sans parler de la rareté du stationnement et de l'acharnement sournois des «donneux de tickets».
Toujours est-il que nous sommes demeurés devant l'énorme écran HD jusqu'à la fin. Bien sûr que j'ai ronchonné souvent! Bien sûr que j'ai manifesté ma «désolance» à quelques reprises! Bien sûr que je me suis levé à quelques occasions pour aller fumer une cigarette sur le balcon afin de calmer ma nervosité de «chialeux» patenté!
Mais, il y a eu ce magnifique Gilles Vigneault et cette lumineuse Brigitte Boisjoly qui ont été des diamants étincelants rehaussant de leurs éclats ce gala par ailleurs assez terne malgré la prestation surprenante de Louis-José Houde qui habituellement me tombe dur la rate. Cette fois, il a été superbe!
Gilles Vigneault! Gilles Vigneault! Ce grand homme aimé de tout un peuple! Cet immense poète qui a chanté aux Québécois qu'ils pouvaient s'asseoir le «cul sul'bord du Cap Diamant, les pieds dans l'eau du Saint-Laurent». Ce barde qui a fait courir le long des rues des chansons pleines d'images de notre passé plus grand que nature, qui a parfumé l'air de nos Noëls de rigodons plein de poésie, qui nous a fait frémir l'échine de frissons patriotiques inespérés!
C'est lui, qui prolongeant Félix, nous a révélé que nous étions un peuple coloré, plein de saveurs et que nous avions le coeur encore plus grand que notre grand pays d'hiver et de neige! Gilles Vigneault a chanté qui nous sommes afin que nous puissions enfin nous aimer! Il a réussi ce beau sorcier du langage! Il nous a tous ensorcelé d'amour de nous-mêmes, nous qui ne nous aimions plus depuis depuis quelques centaines d'années, nous qui nous croyions infimes et laissions les infâmes nous rapetisser encore.
Gilles Vigneault nous a montré la grandeur, à ses risques et périls. Il a osé s'aventurer sur les chemins de ce que nous pensions autrefois être de la vantardise et qui étaient bel et bien ceux menant à notre véritable identité nationale.
Quant à la belle Brigitte, cette fraîcheur québécoise si naturellement vivifiante, ça faisait déjà un bon bout de temps que je l'avais remarquée pour ses textes hors du commun et leurs musiques bien campées dans la modernité radiophonique.
On n'a pas fini d'entendre parler de Brigitte Boisjoly, sur la scène comme au cinéma. Son attitude, pour l'instant tout à fait simple et presque dénuée de séduction évoluera sans doute vers un épanouissement incroyable de son style vestimentaire et comportemental. Tout le reste elle le possède déjà dans la continuité de ce qu'était la superbe Monique Leyrac avec une touche coquine que la grande interprète n'avait pas encore...
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Entrevue avec la première récipiendaire du prix Guy-Mauffette. [content] =>Lors de l’annonce des gagnants des Prix du Québec, on a appris, lundi, que Janette Bertrand était la toute première récipiendaire du nouveau prix Guy-Mauffette. C’est «la plus haute distinction accordée à une personne pour l'ensemble de son oeuvre et de sa carrière dans les domaines de la radio ou de la télévision».
Le prix lui sera remis en personne, mardi prochain, lors d’une cérémonie à Québec. J’ai parlé hier à Madame Bertrand qui, après 60 ans de carrière, est toujours aussi pertinente et touchée par les causes sociales et humaines.
R - C’est un immense cadeau, le plus gros cadeau qu’on peut avoir au Québec et c’en est un qui n’était pas attendu. C’est une joie, même si je me demande s’il n’y en a pas d’autres qui auraient dû l’avoir plus que moi.
R - Je le voit beaucoup quand je vais dans les Salons du livre ou ailleurs, les gens me remercient. Mais il y a aussi le fait que j’ai 86 ans et que c’est l’âge des prix. J’ai l’âge de la reconnaissance. On ne donne pas ça à quelqu’un de 40 ans. Et il est heureux qu’on me le donne avant ma mort. Je le prends très bien et je remercie ceux qui ont pensé à moi pour ce prix-là. Je le prends avec modestie et chaleur.
R - Il a eu énormément de place dans ma vie parce que le dimanche soir, c’était sacré, on ne pouvait pas manquer le Cabaret du soir qui penche. C’était complètement «capoté», comme on dirait de nos jours. C’était de la poésie. Il s’en allait dans toutes sortes de directions. Il parlait et on ne savait pas où il s’en allait. C’était toujours léger, drôle et poétique. C’était la grand-messe!
R - Ça a changé. Ça a évolué. Si l’histoire n’évolue pas, on stagne. Ça évolue dans tous les sens. Moi je me passerais bien du sens de la téléréalité, mais c’est très personnel. Je ne peux pas supporter ça. D’autres le supportent et aiment ça beaucoup. Je pense que notre télévision et notre radio sont très bonnes. On a énormément de talent au Québec.
R - Ça existait quand j’étais là, mais personne n’en parlait! La série Quelle famille a été vue partout en France. Tous les épisodes ont été vus dans toute la francophonie. On n’en a pas parlé. Et pourtant, c’était la première fois.
R - On ne peut pas changer le monde tel qu’il est depuis des millénaires en 30 ans. Ça se fait petit à petit. C’est correct que les jeunes filles prennent pour acquis la promotion de la femme, parce qu’elles vont exiger des choses qu’elles tiennent pour évidentes, comme l’égalité homme femme. Elles ne vont pas se laisser faire. Mais on ne peut pas passer de l’archaïsme au modernisme en 30 ans, ça ne se peut pas. On se dit qu’il n’y a pas assez de femmes aujourd’hui dans les médias, mais avant il n’y en avait pas UNE seule! J’ai essayé de travailler comme journaliste, et parce que j’étais une fille, on m’a affectée à la description des mariages! Ce n’était pas au Moyen-âge, c’était il y a 60 ans. Il y a un homme qui me disait récemment: «vous avez tout pris, il n’y a plus d’hommes aux nouvelles.» Ça aussi, c’est le backlash. Il faut s’attendre à ça. Aujourd’hui, on prend pour acquis qu’il y a des femmes aux nouvelles. On a fait de tellement grands pas, on ne peut pas tout avoir dans la même année.
R - Je suis d’accord. Mais il ne faut pas forcer les gens à le faire. Déjà, c’est extraordinaire qu’en si peu de temps il y en ait eu beaucoup qui soient sortis du placard. Je pense que la campagne devrait bien plus se faire auprès des parents pour leur dire: «surveillez votre langage et parlez des homosexuels comme de vrais êtres humains et non pas comme des phénomènes à part». C’est là que ça va se faire. Les parents ont un rôle à jouer, ils ont une responsabilité énorme. Ils ne devraient pas dire à leur enfant: «ne fais pas ta moumoune» ou «t’as l’air d’une moumoune quand tu ne fais pas de sport». J’enseigne l’écriture dramatique à l’INIS. Un de mes élèves avait écrit un scénario et il faisait dire à un de ses personnages: «ne fais pas ta moumoune». Je lui ai fait comprendre que comme auteur il avait une responsabilité sociale. Je lui ai dit: «en écrivant ça, tu contribues à promouvoir la haine des homosexuels».
R - J’ai su très tôt que je n’irais pas en politique. Et que je ne serais pas journaliste parce qu’on ne me laissait pas faire ce que je voulais. Et j’ai su que je me servirais de la télévision pour passer mes messages.
R - Les relations hommes femmes et les relations parents-enfants. Et en écrivant les Avec un grand A, j’ai abordé 54 sujets dont on ne parlait jamais./p>
R - Celui sur la violence faite aux femmes. C’est celui qui a été le plus emprunté, le plus copié. J’ai eu énormément de femmes qui m’ont dit que c’est en le regardant qu’elles ont compris qu’elles étaient maltraitées.
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Aujourd’hui, ce qui la met en colère, c’est le traitement réservé à Pauline Marois, politicienne attaquée de toutes parts.
Selon Janette Bertrand, la chef du Parti québécois est victime d’une approche de deux poids deux mesures : un traitement pour les hommes, un autre pour les femmes.
R: Ça me décourage. Je trouve terriblement injuste que dès qu’elle fait quelque chose, on applique un double standard. Si elle se met en colère, c’est une hystérique. Si elle est trop bien habillée, on dit qu’elle est trop riche. Toute chose qu’on ne fait pas aux hommes. Ça m’enrage. Ça m’enrage! Il y a même des femmes qui disent: « ce n’est pas parce que c’est une femme, mais... ». Certains la qualifient de bourgeoise. Mais oui, mais regardez les autres voir s’ils sont bourgeois!
R: Elle subit un traitement totalement injuste. C’est un double standard, complètement! On ne lui permet rien, mais rien, rien, rien! Si elle est douce, on la traite de doucereuse. Elle a toujours tort. Ça me met vraiment en colère!
R: On devrait se dire que, comme femme, on va l’appuyer en tant que femme, et ce, au-delà des partis. Les femmes qui sont au pouvoir dans les autres pays sont des femmes beaucoup plus « hommasses ». Ce sont des femmes qui ont pris l’apparence et parfois même la façon de faire des hommes. Là ça marche. Mais si tu veux régner à ta façon de femme, c’est ça qui ne passe pas. Dans chaque femme qui va voter, il y a la question: « est-ce qu’on peut lui faire confiance? » Il y a ce vieux fond de rivalité. C’est pas beau, c’est pas joli, mais ça existe.
On a été tellement habituées à donner notre confiance à des hommes politiques qui nous ont trompées. C’est notre conditionnement qui est fort. Devant l’isoloir, on se dit encore: « un homme est meilleur que nous autres ».
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Avec la qualité de la relève, la diversité des styles et le talent impressionnant qui s'est déployé lors du gala, on avait vraiment toutes les raisons d'être rassurés sur l'avenir de la chanson francophone.
Cette soirée de fête a été riche en émotions. Et voici les moments qui m’ont le plus marquée…
Le monologue d'ouverture hilarant de Louis Josée-Houde sur la musique: «télécharger, c'est comme frencher ta cousine. C'est pratique, mais c'est pas le même feeling.»
Le numéro d'ouverture endiablé avec le rap de Samian, les accents de Radio Radio, le rock de la nouvelle mariée Marie-Mai.
Les larmes et les trémolos dans la voix de Ginette Reno, qui a raconté quels avaient été les derniers mots de son complice Léon Bernier: «sais-tu c'est quoi le plus important dans la vie? Aimer et être aimé.»
Le smoking de velours bourgogne et le noeud papillon de Philippe Fehmiu. Le veston de velours mauve du pianiste Alain Lefèvre. Qui a dit que les hommes ne se mettaient pas sur leur 36 pour assister à un gala au Québec?
L'intégration des nouveaux médias dans ce gala 3.0, avec les tweets irrévérencieux de Louis-José Houde à chaque retour de pause.
La belle formulation des remerciements sincères et sentis de Marie-Mai qui a lancé à son public de tournée: «je m'ennuie d'entendre vos histoires, je m'ennuie de vous chanter les miennes».
La spontanéité des interprètes de Douze hommes rapaillés qui se sont mis à chanter du Gaston Miron, a cappella, en allant chercher leur Félix, pour l'album de l'année en folk contemporain.
J'ai surtout bien aimé entendre sur les ondes de la société d'État Radio-Canada, Richard Séguin qui chantait l'appel à l'indépendance de Gilles Vigneault: «je vous entends demain parler de liberté».
Il n'y a eu que quelques irritants dans ce gala, sans controverse et sans grand coup d'éclat.
On se serait bien passé du sermon de l'animatrice d'Espace Musique, Monique Giroux. En venant présenter un prix, elle a fait la morale aux Québécois qui dépensent des millions pour acheter des bonbons à l'Halloween… plutôt que pour acheter des disques. Ce n'est pas en culpabilisant le public qu'on va lui faire aimer la belle et grande musique.
Et puis, j'ai un petit message pour tous les musiciens amoureux du chewing gum: quand c'est ta catégorie, et que tu sais que les caméras vont être braquées sur toi, arrête de mâcher ta gomme, ou avale-la, ou accroche-la sous ton siège. Personne n'a envie de te voir ruminer. Surtout pas en haute définition sur une télé grand écran.
Quand le conteur et interprète Fred Pellerin a rendu hommage à Gilles Vigneault, il lui a lancé: «Dis-nous que ça se peut de changer un bout du monde avec nos chansons.»
Au gala de l'Adisq, hier, des dizaines de jeunes et de moins jeunes musiciens et chanteurs sont venus prouver que… oui, ça se peut.
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En effet, Joseph L. Rotman, un homme d’affaires philanthrope de Toronto, préside depuis juillet 2008 le plus gros portefeuille de financement de la culture au Canada.
(En 2010-2011, le Conseil des Arts du Canada a octroyé plus de 154 millions de dollars en subventions, paiements et bourses. C’est le principal organisme de soutien aux artistes au pays.)
Or, depuis sa nomination, Joseph L. Rotman prononce ses discours en anglais uniquement. Quand il y a des francophones dans la salle, c’est le vice-président, le québécois Simon Brault, qui prononce un discours en français.
La culture au Canada se crée dans les deux langues officielles. Mais celui qui gère les cordons de la bourse parle « only in English ».
J’ai appelé au Conseil des arts pour savoir si depuis juillet 2008 Monsieur Rotman avait suivi des cours de français. « Non », m’a répondu Grace Thrasher, responsable des relations publiques.
Pourrais-je faire une entrevue avec Monsieur Rotman en français ? Non, l’entrevue devrait se faire en anglais.
C’est quand même fort ! Ça signifie que le président du Conseil des arts ne peut même pas lire les bouquins des auteurs francophones à qui on remettra le 24 novembre les Prix littéraires du Gouverneur général ! Ces prix sont administrés, financés et promus par le Conseil.
Les prix du GG, d’une valeur de 25 000 $ seront remis en personne aux lauréats à Rideau Hall, à Ottawa. À la remise des prix, je doute que Monsieur Rotman puisse féliciter les gagnants dans leur propre langue.
Parmi les finalistes des prix du Gouverneur général se trouve l’homme de théâtre Wajdi Mouawad. S’il gagne, j’ose espérer qu’il mettra tout son coeur à dénoncer l’unilinguisme de son bailleur de fonds.
J’ai demandé à Simon Brault si ça ne le dérangeait pas d’être en quelque sorte le « francophone de service ». « C’est un accommodement raisonnable » m’a-t-il répondu.
Malheureusement, je ne suis pas d’accord avec Monsieur Brault. Je ne vois rien de raisonnable dans cette situation. En acceptant de parler en français à la place de son président, il cautionne chaque fois le fait qu’un unilingue anglais préside le conseil d’administration d’un organisme fédéral dédié à la culture.
Mercredi dernier, Joseph L. Rotman était à Calgary où il a présenté un discours (en anglais) devant la Chambre de commerce. Il s’est décrit lui-même comme « quelqu’un qui provient de l’industrie pétrolière et gazière ».
Et il a déclaré aux hommes d’affaires albertains : « J’ai souvent fait référence aux entrepreneurs de l’industrie pétrolière et gazière comme des peintres travaillant sur un canevas de beauté (…) Je vois l’industrie pétrolière et gazière comme une entreprise créative ».
Finalement, j’ai compris ! Que Monsieur Rotman parle français ou pas, ça n’a aucune importance pour le gouvernement Harper qui l’a nommé au Conseil. L’important, c’est qu’il parle la langue universelle, qui est comprise coast to coast : celle de l’argent. 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Si je vous dis Georges Laraque, vous pensez «bagarreur», «homme fort du hockey», «toujours prêt à frapper»?
J’étais comme vous. Avant de lire son autobiographie qu’il a écrit avec Pierre Thibault. Maintenant, je sais que Georges Laraque s’est plus souvent battu pour ses idéaux que contre un joueur de l’équipe adverse.
Dans le livre La force d’y croire, lancé hier, j’ai découvert un homme à la volonté de fer. Il a décidé, dès l’âge de huit ans, de marcher sur les traces de son idole, Jackie Robinson, le premier joueur noir à oeuvrer dans les ligues majeures du baseball.
Laraque écrit dans l’introduction: «J’espère que mon autobiographie sera une source d’inspiration pour un grand nombre d’entre vous, autant que le fut pour moi celle de Jackie, qui a changé ma vie.» Je ne sais pas si ce livre changera des vies. Mais Laraque y donne toute une leçon de courage et de détermination.
J’ai eu froid dans le dos quand Laraque raconte le racisme auquel il a été confronté pendant sa jeunesse. «J’entendais si souvent le mot nègre que j’aurais fini par croire qu’il s’agissait de mon prénom».
Il se rappelle l’hostilité des parents, des enfants, des entraîneurs et des arbitres qui lui faisaient sentir qu’il n’avait pas sa place sur une patinoire et que les Noirs n’étaient pas faits pour jouer au hockey. Et il admet que seul chez lui, il pleurait toutes les larmes de son corps.
Et pourtant, qu’a-t-il fait en 1995 quand il a été repêché par la LNH? Il a remercié ceux qu’il appelle ses bourreaux… «Cette xénophobie dont je fus victime avait été le plus explosif et efficace des carburants. Si je n’avais pas subi de racisme, je ne serais jamais devenu joueur de hockey professionnel».En effet, chaque fois que quelqu’un l’insultait, ça lui donnait encore plus envie de relever le défi qu’il s’était fixé: être Noir et jouer sur la glace blanche.
En 2010, Laraque a appris dans le livre Black Ice que dès 1820 des descendants d’esclaves avaient créé une ligue de hockey en Nouvelle-Écosse, avec des règles très semblables à celle qu’on connaît aujourd’hui. «Ce sport pratiqué en grande majorité par des blancs avait été inventé de toutes pièces par des Noirs».
Et qu’a fait Laraque? Il s’est battu, bien sûr. Grâce à lui, la LNH a changé sa version officielle des débuts du hockey en Amérique du Nord, pour inclure l’héritage des Noirs de Nouvelle-Écosse. Je ne sais pas vous, mais moi je pense que Jackie Robinson aurait été fier de Georges Laraque.
Lundi, je vous parlais du documentaire sur le sexisme dans les médias Miss Representation. Ça m’a valu de nombreux courriels intelligents de lecteurs. Mais aussi ce message: «Hey! la Bitch avez vous fini de chialé, si les femmes son pas capable de prendre la critique, bien! retournez donc derriere vos h… de chaudron et faite plaisir a vos hommes. Ses simple ca il me semble...»
L’histoire de Georges Laraque montre bien que le racisme est encore bien vivant aujourd’hui. Et ce courriel démontre bien que le sexisme, lui aussi, est encore bien présent dans certaines chaumières.
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Quelqu'un s'est servi de la technique de karaoké pour enlever ma voix de la bande sonore de mon film Bulldozer et la remplacer par celle d'un inconnnu. Hé oui! On a remplacé l'inimitable voix de Pierre Harel à l'interprétation de l'hymne des gueux de Bulldozer par celle d'un mièvre quidam! C'est du pur Nathalie Petrovsky, qu'elle ait ou non trempé son poignard dans le calice des conjurés!
Et c'est la chanson Bulldozer qui gronde sur les premières images du film éponyme, que les conspirateurs ont choisi pour tenter d'asséner un coup fatal à ce vaillant Harel déjà affaibli par la lèpre rampante du film Gerry! La sublime chanson tonitruée, râlée, rauque, simplette et pas jolie qui éclate sur les premières images du film Bulldozer, le poème hurlé de tous les «Borderliners» de cette planète-dépotoir.
Heureusement qu'il ne semble exister qu'une seule copie numérisée de Bulldozer, chez Éléphant, qui ait été trafiquée. Voilà pourquoi la projection a eu lieu dans la toute petite salle de l'ONF et pourquoi personne de la vingtaine de spectateurs, la plupart des étudiants en cinéma, n'avait déjà vu le film.
Il aura fallu la complicité de plusieurs conjurés pour monter le coup. Nous sommes assis, Lou et moi, bien confortablement, lorsqu'apparaît sur l'écran noir de mes histoires l'image inoubliable du gros coeur rouge, traversé par le lettrage jaune Caterpillar, annonçant le tout début du film et que jaillit brutalement: «J'ai détruit tout ce que j'aimais pour enfin voir mon visage surgir sur le miroir du temps et surtout savoir mon âge». Quoi! C'est quoi ça? C'est pas moi qui chante! J'ai failli capoter, arrêter la projection, hurler, faire un fou de moi-même! Mais je me suis retenu! Lou était avec moi! Il est très orgueilleux et soucieux de ses apparitions publiques dans l'autobus, le métro, aux arénas de son hockey, à l'école ou ailleurs. Je ne pouvais lui faire le coup du papa les yeux sortis de la tête, les veines du cou gonflées, la face rouge, qui tonitrue son indignation dans une petite salle de cinéma à moitié vide!
Ayant fait la promesse il y a quelques années de ne plus jamais lui faire vivre une telle situation, je me contins donc et demeurai presque stoïque. Sauf quand mon Michel (Willie) Lamothe (peut-être l'un des conspirateurs) m'a étrangement téléphoné sur cellulaire quelques secondes après le coup de Jarnac, m'avisant qu'il passait par le coin Saint-Denis et De Maisonneuve à Montréal et qu'il ne voulait que s'enquérir si j'allais bien!
Sautant sur l'occasion, je sortis de la salle rapidement et déversai au téléphone, sur «Willie» ma hargne ravalée. «J'arrive», me dit-il. La porte de l'ascenceur s'ouvre et il en sort comme si de rien n'était, tiré à quatre épingles comme d'habitude, élégant et svelte. Comme par hasard, le très souriant Claude Chamberlan, directeur du Festival du nouveau cinéma (FNC), dont le renom déborde nos frontières, arrive inopinément d'une porte dérobée, sourire aux lèvres, et me demande aussi si je vais bien.
Non mais quoi! Comment voulez-vous que j'aille bien? On vient de me voler ma prestation de la chanson thème de mon film! Quelqu'un a trafiqué la bande sonore pour substituer une autre voix à la mienne! COMMENT VOULEZ-VOUS QUE J'AILLE BIEN GANG DE COMIQUES!
Et s'ensuit un torrent d'imprécations diverses destinées à l'univers, à cette merde de vie qui ne cesse de m'affliger d'épreuves nauséabondes. Et voilà Marc Daigle de l'ACPAV que j'ai fondée en 1971, dont Bulldozer est la première production, qui arrive presque hilare et tente de jouer à l'innocent.
Je retourne m'asseoir à coté de mon BBLou toujours assis à regarder le déroulement du film. Je lui demande à voix basse: «Comment tu trouves ça?» Il me répond: «C'est hot!» J'essaye de lui faire part de ma révolte et sans quitter l'écran des yeux il me répond : «Calme-toi papa, ça doit être une joke!»
Il avait raison le cher enfant. Ça n'était qu'un bon tour! Mais quand même! Je vous invite donc à aller sur Éléphant de Vidéotron, visionner ce film culte qu'une bande de «trous de culte» ont finement utilisé pour me tendre un piège presque irrésistible. Cependant, l'âge aidant, je ne suis pas tombé tout à fait dedans. Merci les copains de votre affectueuse comédie, on se reverra bien....
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Ces commentaires d’analystes politiques américains, prononcés à la télé, m’ont fait dresser les cheveux sur la tête quand j’ai visionné le film Miss Representation.
Ce documentaire présenté jeudi dernier à Own, la station d’Oprah Winfrey, a fait l’effet d’une bombe aux États-Unis. La réalisatrice y affirme, avec de nombreux exemples à l’appui, que les médias sont beaucoup plus durs envers les femmes, qu’ils présentent de façon dégradante. Comme le dit une des personnes interviewées: «Les médias traitent les femmes comme de la merde.»
Et après avoir visionné les deux heures de ce document-choc, je vous avoue que j’étais moi aussi... sous le choc.
Jennifer Siebel Newsom présente des extraits de publicités, d’émissions de téléréalité ou de bulletins de nouvelles qui montrent à quel point la télé et la radio envoient toujours aux femmes le même message: «Sois belle et tais-toi.» «On martèle aux femmes que leur valeur vient uniquement de leur apparence physique.»
Les téléréalités sont pointées du doigt. «Ces émissions représentent les pires stéréotypes sur les femmes, qui sont considérées comme purement décoratives, stupides, manipulatrices et pas dignes de confiance. Les corps de femmes sont offerts en vitrine et les gars décident qui a un corps acceptable.»
Les publicités montrent des femmes aux corps parfaits, complètement retouchés. Pas étonnant d’apprendre que 80 % des filles de 17 ans sont insatisfaites de leur corps. «On est confronté à un standard impossible à atteindre», affirme Katie Couric, inquiète pour sa fille.
Le documentaire Miss Representation démontre que les femmes de pouvoir sont sous-représentées dans les médias. Et que quand on voit des femmes fortes, elles y sont ridiculisées.
Et c’est dans le domaine politique que le traitement réservé aux femmes est le plus dur. «Quand Hillary Clinton passe à la télé, je me croise les jambes», dit un commentateur qui a manifestement peur pour ses bijoux de famille. Le documentaire nous montre un montage de dizaines de commentateurs qui ont traité Hillary Clinton de «bitch». L’un d’entre eux la compare même à l’éléphant Dumbo parce qu’elle a de grandes oreilles!
Quand une femme est jolie, comme Sarah Palin, les commentateurs politiques changent de ton : ils font des allusions sexuelles, la traitent de «babe», s’extasient sur ses jambes comme des adolescents en rut et font des blagues de masturbation.
Nancy Pelosi se rappelle que lorsqu’elle s’est présentée en politique, la première question qu’on lui a posée avait été: «Mais qui va s’occuper de vos enfants?» Condoleeza Rice raconte que les journalistes lui demandaient si elle était assez «tough» pour être commandante en chef. «La plupart des hommes que je connais ne sont pas assez tough pour être commandant en chef», leur a-t-elle répondu!
Quand j’ai visionné ce documentaire coup-de-poing, j’aurais souhaité qu’une politicienne québécoise comme Pauline Marois soit à côté de moi.
J’aurais bien aimé voir sa réaction quand une des femmes interviewées dans le documentaire affirme: «Plus les femmes ont du pouvoir, plus on leur manque de respect.»
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Ce film pétillant comme une bulle de champagne s’intitule La guerre est déclarée. Les comédiens français Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm y racontent leur vraie histoire: leur enfant de 18 mois a développé une tumeur au cerveau, un cancer avec seulement 10% de chance de survie.
Ils ont passé des années dans les hôpitaux, vivant littéralement sur place, pour accompagner leur enfant qui suivait ses traitements.
Une fois que leur fils a été guéri, ils ont décidé de partager leur histoire au cinéma. Ce film sur la peur de la mort est une déclaration d’amour à la vie.
Vous lisez les mots «enfant malade» et vous vous dites: «tiens, voilà un film triste que je n’irai pas voir.» Mais vous vous trompez.
La vie est belle (La vita e bella) de Roberto Benigni était un film sur les camps de concentration, mais c’était tout sauf un film déprimant. Eh bien, La guerre est déclarée, c’est pareil.
Ce film frais et charmant est plein d’humour: on y rit beaucoup de l’absurdité de certaines situations, de la fragilité des parents, de la réaction de la famille.
En entrevue, Jérémie Elkaïm racontait qu’il avait voulu partager le meilleur de ce qu’il avait vécu pendant cette période difficile de sa vie. Et le meilleur, ça veut dire l’envie de tout donner pour son enfant et de mordre dans la vie à pleines dents. Quand la guerre à la maladie est déclarée, on se bat, on se démène. Et c’est ce combat, cette énergie folle, cette pulsion de vie qui traverse le film, qui est branché sur le 220.
«Pourquoi c’est tombé sur nous?», demande le père dans le film. «Parce qu’on est capable de surmonter ça», répond la mère.
Ce film a été présenté à Cannes où il a charmé les festivaliers. Il représentera aussi la France aux Oscars. Il est réalisé avec fantaisie et légèreté, avec des chansons, de la musique, des courses folles dans les rues de Paris.
Il est bien la preuve que l’art nous aide à mieux vivre. En effet, Valérie et Jérémie auraient pu s’apitoyer sur leur sort, se présenter en pauvres victimes du mauvais sort.
À la place, ils ont fait sur un sujet sombre un film lumineux.
En terminant, je veux vous parler d’une autre vie de famille, celle des Dunphy, des Pritchett, des Delgado et des Tucker qu’on pourra voir à Télé-Québec, en janvier 2012. En effet, la série Modern Family (d’ABC) y sera présentée sous le titre Famille moderne.
Cette série accrocheuse, filmée comme un faux documentaire, met en vedette trois familles californiennes un peu dysfonctionnelles qui confient à la caméra leurs états d’âme et leurs frustrations. C’est drôle, décapant et émouvant.
Décidément, la télévision publique québécoise a du flair. Après la série culte Mad Men, voilà que Télé-Québec met la main sur LA série américaine qui rafle (presque) tout aux Emmy Awards. Chapeau!
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J’ai beaucoup aimé. J’y retournerai. J’y amènerai mes enfants en fin de semaine, parce qu’il me semble important qu’ils fixent dans leur jeune mémoire cette image de centaines de gens qui ont créé un village au coeur de la ville, un endroit hors de la frénésie du commerce, où discuter tranquillement de ce qui nous semble fonctionner tout croche et des moyens pour y remédier.
Ça m’a rappelé certains épisodes de ma jeunesse, quand j’avais les cheveux longs, les vêtements lousses et les idées larges. C’étaient les derniers soubresauts de la période hippie, quand il était encore permis de rêver l’avenir.
Aujourd’hui, si j’avais 25 ans et pas d’enfants à qui je dois faire des lunchs et réviser les leçons, je serais là, sous la tente, au square Victoria, à me geler le cul et à dialoguer avec tous les passants pour refaire le monde ou du moins le remettre en question.
Mais j’aurai 49 ans le mois prochain, et mes deux enfants encore jeunes ont énormément besoin de leur boîte à lunch quotidienne et un peu besoin de moi.
N’empêche, quelque chose dans ma poitrine vibre à nouveau, qui s’était endormi pendant plus de 30 ans: l’espoir.
Je n’y peux rien, je serai toujours ainsi. À 16 ans j’étais poète, à 18 j’étais communiste. Pour moi c’était la même chose. Il s’agissait de ne pas bâtir mon confort sur la souffrance des autres. Il s’agissait d’exprimer ce qui faisait mal. Il s’agissait de ce rêve : s’épanouir collectivement.
Et quand le passage était barré sous de drôles de prétextes, il s’agissait de contester les règles qui me semblaient arbitraires.
Arbitraire: qui dépend du bon vouloir d’un homme, sans souci particulier de justice ou d’équité.
Il y a La gestion des produits, de Maxime Olivier Moutier, qui parle du malaise intrinsèque à la condition humaine, qui empire quand le monde en rajoute un peu trop dans l’inconfort et la cruauté. Il y a eu Tout ça m’assassine, la pièce mise en scène par Dominique Champagne, sur le cul-de-sac où la finance et la lulucidité ont conduit le Québec. Il y a République, le film documentaire présenté au festival du Nouveau Cinéma par Hugo Latulippe, qui présente 50 penseurs pour un monde nouveau.
Il y a les députés qui démissionnent de leur parti, les nouveaux partis qui émergent du grand vide. Il y a la grogne, le cynisme, le ras-le-bol des citoyens.
Il y a un moment historique, une remise en question collective qui nous fait passer par toute la gamme des émotions et que nous identifions mal parce que nous sommes trop occupés à slalomer entre les cônes orange ou à trouver les sous qui assurent notre survie.
Et pourtant, le monde change. Ça ne paraît pas encore, mais il change. Il changera.
Il changera sous l’impulsion des millions de citoyens qui, à travers le monde, manifestent leur mécontentement. C’est vrai en Espagne, en Grèce, en Afrique du Nord, en France. Ce sera bientôt le cas partout où l’argent est devenu la seule valeur qui compte.
Nous savons tous que nos sociétés foncent dans le mur. Notre instinct nous le souffle, notre intelligence nous le confirme. De plus en plus, ça crève les yeux.
Mais il était impossible, au cours des 30 dernières années, de lever le doigt pour émettre un commentaire critique sans se faire traiter d’idéaliste, de pelleteur de nuages ou de communiste.
Hé! désolé. Le temps est venu de pelleter les nuages à nouveau pour dégager le ciel et voir la splendeur des étoiles.
De quoi le Québec a-t-il besoin? Il y a autant de réponses qu’il y a de futurs possibles. Mais cette question est maintenant un livre, dont je suis à la fois l’éditeur et le collaborateur, et pour lequel j’ai oublié la notion de vacances et de salaire parce qu’il me semblait vital de participer à ma manière à ce moment historique que nous vivons sans le savoir vraiment.
La question a d’abord été posée aux invités de Bazzo.tv, sur les ondes de Télé-Québec. Puis Vincent Marissal, collaborateur régulier de l’émission, a suggéré d’en faire un livre. C’est à ce moment que je suis arrivé dans le décor, puisque les livres, je m’y connais.
Marie-France, Vincent et moi avons interviewé une quinzaine de penseurs en leur demandant: de quoi le Québec a-t-il besoin? Ils nous ont répondu.
Je n’en dirai pas plus. Je ne suis pas à l’aise dans l’autopromotion et le conflit d’intérêts.
Mais tout ce que j’ai écrit aujourd’hui, et même tout ce que j’écris depuis 20 ans (parfois sans que personne le lise) trouve de nos jours une pertinence qui me permet de recommencer à penser que les choses peuvent changer. Et ce livre est une étape. Un pavé dans la mare. Un survol de nos insatisfactions.
Les gens qui y ont participé ne dorment pas sous la tente, au square Victoria. Mais c’est tout comme. Ils font ce qu’il faut faire.
Se fâcher. Se plaindre. Puis rêver mieux.
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Quand j’ai vu Odysséo, le deuxième spectacle de Cavalia, j’ai dit à mes amis: «C’est le plus beau spectacle que j’ai jamais vu.»
Pourquoi? Parce que dans un monde de laideur, Odysséo est un spectacle de beauté. Dans un monde de violence, c’est une dose de tendresse. Dans un monde de méchanceté, c’est une injection de poésie. Et par ces temps-ci, ça fait du bien à l’âme.
Pendant les deux heures et demie d’Odysséo, j’ai eu le coeur au bord des larmes, émue devant tant de douceur. J’ai eu l’impression d’ouvrir une fenêtre sur un monde plus humain. J’ai été bouleversée par les cavalières sur leur manège en bois; par les danseuses suspendues à leurs toiles blanches. J’ai été enveloppée par la musique apaisante de Michel Cusson. J’ai été bouleversée par la complicité et le respect entre les cavaliers et les 52 nobles chevaux.
On parle beaucoup de bouffe réconfort. Odysséo, c’est de l’art réconfort.
Et quand, à la fin du spectacle, une douzaine de chevaux blancs se sont lancés dans l’eau dans une course folle, j’ai pensé à Claude Léveillée: «Sur un cheval blanc je t'emmènerai/Défiant le soleil et l'immensité/Dans des marais inconnus des Dieux/Loin de la ville/Uniquement nous deux».
T’allumes la télé, tu vois des émissions de téléréalité où le bitchage fait la loi et où les couteaux volent bas. Tu regardes les nouvelles et tu vois la vidéo de cette petite fille chinoise de deux ans qui s’est fait renverser par une camionnette et devant qui 17 personnes sont passées, sans lui venir en aide. Tu vas sur les médias soi-disant sociaux et tu n’en reviens pas des injures et des attaques qui s’échangent sur Twitter et Facebook.
Tu te dis que tu vas te changer les idées avec un bon livre ou un bon film. Mais non ! Ce qui a la cote aujourd’hui chez les artistes, c’est le cynisme, le sarcasme.
C’est pour ça que Normand Latourelle et sa bande de créateurs de Cavalia sont si révolutionnaires, ils ont misé sur une chose toute simple, un peu démodée: la beauté.
Vous connaissez Soleil vert, ce film de science-fiction de 1973 mettant en vedette Charlton Heston? L’action se déroule en 2022 sur une Terre surpeuplée, violente et polluée. Dans une des scènes les plus célèbres du film, Sol Roth (incarné par Edward G. Robinson) se rend dans une clinique. Dans une salle qui ressemble beaucoup à nos cinémas Imax, on lui projette des films animaliers, des images sous-marines, et des beaux paysages. Bref, on le fait triper en lui montrant des images d’un monde qui n’existe plus.
Odysséo, c’est un peu ça. Pendant quelques heures, on se fait parler doucement à l’oreille, on voit des images d’un monde qui n’existe plus, où les hommes et les animaux peuvent vivre en harmonie, sans boucherie.
Et après, on sort du chapiteau de Laval, on retourne à sa voiture, on ouvre la radio. Et là, la vie moderne de 2011 nous rattrape. Avec sa violence, sa laideur et son manque d’humanité.
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Cependant, après avoir été hébergés durant une semaine par des voisins indignés, au courant des écarts éthiques de notre proprio, nous voici installés, soyez rassurés, dans un joli petit appartement sur le Plateau Mont-Royal.
Revenons aux faits. Le monsieur en question voulait absolument foutre sur le trottoir notre voisine, son mari et ses deux enfants parcequ'elle avait loué en 2008, disant qu'elle était seule. Ce qui était vrai au moment de la signature du bail. Voilà-t'y pas que le mari malentendant qui avait la garde de leurs deux enfants de 4 et 7 ans à l'époque, quitte son logement et revient vivre avec sa femme, ma voisine malentendante.
Le proprio fou de rage à l'idée d'être responsable du chauffage et de l'eau chaude, tel que stipulé sur nos bails respectifs, décide de mettre tout en oeuvre pour les expulser. Pour ce faire, le rusé personnnage tente donc de m'inciter à faire de fausses plaintes contre mes voisins dans le but de les traîner devant la Régie du logement.
Je refuse évidemment et ce faisant, je me découvre en cet homme un ennemi acharné qui nous prive, la famille de ma voisine et la mienne, de chauffage et d'eau chaude en 2008 et 2009, durant les mois de janvier et février. Nous chauffions donc nos logements voisins de palier avec de petites chaufferettes et devions faire chauffer l'eau du bain des enfants sur le poèle. Malgré une mise en demeure et une plainte à la Régie, nous avons dû subir cette situation durant deux hiver. Le proprio attendait la veille de sa comparution pour mettre quelques litres d'huile à chauffage dans le réservoir.
À l'été 2009, n'en pouvant plus, ma voisine, son mari et ses enfants déménagent pour un environnement plus chaleureux. Une nouvelle locataire, elle aussi malentendante, arrive nous voisiner pour avoir sous-loué de la précédente. Le même scénario de privation d'huile se répète. La nouvelle voisine fait elle aussi une plainte à la Régie du lLogement. Peine perdue!
Plus fortunée que moi, elle décide donc de remplir le réservoir à ses frais. Le 10 mars 2009, le propriétaire change le système de chauffage de l'eau chaude des calorifères et du réservoir d'eau chaude et le fait subrepticement passer de l'huile à l'électricité, sans avertissement ou avis. Ce fieffé coquin en profite pour brancher le tout sur mon compteur de consommation d'électricité. Pourtant, mon bail stipule clairement que le chauffage et l'eau chaude sont au frais du locateur.
Nouvelle mise en demeure et nouvelle plainte à la Régie. Rien n'y fait! Je paye ce que je ne devrais pas payer pendant presque deux années. En mai 2011, je décide de retenir un mois de loyer en croyant amener mon locateur à un réglement équitable. Peine perdue! Je retiens juin, juillet et août. J'aurais pas dû! Le loyer c'est sacré! Mon proprio m'amène à la Régie du logement de Montréal et nous comparaissons le 7 septembre 2011. Alors que je tente d'expliquer les tenants et les aboutissants de l'affaire, le juge me somme de m'asseoir et de me taire. J'obtempère mon pépère!
Quelques jours plus tard. je reçois copie d'un jugement qui nous expulse mon fils Lou et moi du logement que nous occupions depuis quatre ans. Le 3 octobre, je transporte toutes nos affaires en entrepôt, n'ayant aucune confiance en l'humanité de notre ex-proprio. Depuis, de jour, nous cherchons un nouveau logis...
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C'est la question que je me pose depuis que le commentateur de hockey a traité trois anciens joueurs de «salauds», de «vomissures» et «d'hypocrites».
Cherry a beau s'être excusé samedi, il n'en reste pas moins que de tels propos sont parfaitement inacceptables sur les ondes de la télévision publique.
Et l'attitude de la CBC, qui défend la «liberté de parole» de son commentateur, est tout simplement incompréhensible. Surtout quand on compare avec la SRC qui a suspendu Jacques Languirand pendant six semaines pour avoir insulté ses collègues des communications.
Y a-t-il des injures qui sont acceptées à Toronto et qui sont refusées à Montréal?
Si c'était la première fois que Don Cherry tenait des propos controversés, on pourrait peut-être comprendre que ses patrons souhaitent passer l'éponge. Mais l'épisode disgracieux de la semaine dernière n'est qu'une note de plus dans le dossier d'injures et d'insultes de Don Cherry. C'est la cerise (cherry) sur le sundae.
En 1993, il avait pris la défense des résidents anglophones de Sault Ste-Marie en affirmant qu'ils parlaient «la bonne langue», ce qui en dit long sur son amour de la langue française. En 1998, il avait critiqué le choix de Jean-Luc Brassard comme athlète pour porter le drapeau canadien lors des olympiques d'hiver. «C'est un gars français, un skieur que personne ne connaît», avait-il dit.
En 1998, il avait traité les joueurs de hockey québécois de «bande de pleurnicheurs» («bunch of whiners»).
Don Cherry est bien connu comme un québecophobe et un francophobe. Qu'est-ce que la CBC attend pour le sortir de la patinoire et le mettre au banc des punitions? Qu'est-ce que ça va prendre comme déclaration outrancière pour que le diffuseur public décrète que Cherry est allé trop loin?
Qu'il traite le grand patron de voyou?
Au fil de toutes ces années où Don Cherry a tenu des propos controversés, la CBC ne lui a pas fait de reproches. Au contraire! En mars 2010, la CBC a présenté Keep Your Head Up, Kid: The Don Cherry Story, une série de quatre heures sur la vie de leur commentateur vedette! Une série écrite et produite par… le fils de Don Cherry, Timothy.
Imaginez: vous tenez des propos méprisants en ondes et au lieu de vous taper sur les doigts, la télé publique donne un beau contrat de production à votre fils pour qu'il raconte votre vie et que tout le monde sache à quel point vous êtes un être exceptionnel!
On n'imagine pas un chroniqueur économique de la CBC traiter un chef d'entreprise de «vomissure». Ni un chroniqueur culturel qualifier un chanteur de «salaud». Alors pourquoi de tels propos seraient-ils acceptables pour un commentateur sportif?
Mario Tremblay a demandé que la CBC renvoie Don Cherry. Denis Coderre a demandé qu’il soit suspendu et a déclaré au Devoir jeudi dernier: «La CBC a une responsabilité comme diffuseur public, et si elle ne fait rien, ça veut dire qu'elle cautionne.»
Comme l'écrivait un internaute la semaine dernière: «La place de Don Cherry est à la radiopoubelle, rien de plus».
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D'abord, il y a la série Les Lavigueur: le Journal révélait hier que Radio-Canada s’est excusée auprès de l’avocat Jean-Pierre Pilon, personnifié dans la série biographique sous les traits d’un avocat ratoureux, trois ans et demi après la diffusion de la série.
Et puis il y a la biographie non autorisée de Nelly Arcan qui est sortie mardi et dont on a beaucoup jasé cette semaine. La famille affirme que le livre est rempli d’erreurs factuelles. Les auteures disent qu’elles ont droit à leur vision littéraire de la vie de la jeune écrivaine.
Peut-on prendre toutes les libertés, sous prétexte qu’on présente une oeuvre artistique? Ma réponse est claire: c’est non!
Quand vous regardez une série ou un film sur quelqu’un de connu, vous croyez vraiment ce que vous voyez à l’écran. On vous montre un roi qui bégaie de façon déplorable et vous y croyez. Mais quand vous apprenez que The King’s Speech (Le Discours du roi) était truffé d’erreurs historiques, ça vous fâche. Et vous vous sentez trahi.
La série Les Lavigueur, la vraie histoire mettait en scène un avocat fictif, Me François Léonard, présenté comme l’avocat de la famille. Mais même en mettant un avertissement au début de la série, disant que des éléments de fiction avaient été utilisés à des fins dramatiques, on a tous cru que le vrai avocat était vraiment un pourri!
Quand on me dit: «oui, mais c’est de l’art!», j’ai envie de répondre: «oui, pis?» Ce n’est pas parce que ça arrange les scénaristes de faire des raccourcis que c’est acceptable de tordre la vérité.
Dans le livre Nelly Arcan, de l’autre côté du miroir, les deux auteures racontent dans le menu détail plusieurs scènes entre Nelly Arcan et Bertrand Visage. Monsieur Visage est un auteur et surtout un grand éditeur de la maison du Seuil, à Paris. C’est lui qui a «découvert» Nelly Arcan et publié son premier roman Putain.
Quand j’ai lu ces scènes, je me suis dit: «Ah tiens, c’est comme ça que ça s’est vraiment passé. Intéressant».
Mercredi, j’ai passé un coup de fil à Monsieur Visage. Il m’a appris que Marguerite Paulin et Marie Desjardins ne l’avaient jamais contacté pour leur livre. Il était estomaqué qu’elles aient pu décrire des rencontres entre lui et Nelly Arcan. «Vu que Nelly est morte et que moi, je ne leur ai jamais parlé, je suis plutôt surpris de me retrouver cité dans ce livre».
Mesdames Paulin et Desjardins avaient le droit d’offrir leur vision littéraire de la vie de Nelly. Mais pas celui de faire passer des scènes fictives pour des scènes réalistes.
J’ai un message pour les créateurs : si vous avez envie de raconter des histoires inventées, racontez donc l’histoire de gens qui n’ont jamais existé. Mais si vous prétendez me raconter la vraie vie de vraies personnes, racontez-moi… la vraie histoire.
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Les livres sont un luxe, et en disant cela on dit tout. On ne lit pas quand on a faim, quand on a froid, quand on est malade comme un chien. On lit quand on est à peu près bien, ou juste assez mal pour regretter le temps où on était à peu près bien.
Il est vrai que, dans les camps nazis, les livres étaient une denrée précieuse, mais je suppose que c’était parce que les prisonniers en avaient eu l’habitude avant et, qu’en lisant, ils retrouvaient un peu de la dignité d’être libre.
Les livres sont affaire de bourgeois éduqués disposant de suffisamment de temps libre pour réfléchir à ce qu’il a accompli quand il n’avait pas le temps de penser.
C’est dire que mon métier est futile, puisque je suis en quelque sorte un conseiller pour ceux qui ont le loisir de lire; guère mieux qu’un consultant en feng shui.
À quoi je sers, au juste? Est-ce vraiment utile de dire que Le Système Victoria, d’Éric Reinhart, est un roman profondément ridicule, tellement mauvais qu’il n’en est même pas drôle, une triste histoire de cul qui sert de prétexte à des dialogues foireux qui réfléchissent sur le monde et ses grandes tendances. Le narrateur se trouve beau, se croit intelligent, trompe allégrement sa femme et ne s’occupe pas de ses enfants, mais qu’importe puisqu’il est le centre de l’univers.
C’est insupportable, misogyne, long comme un jour de pluie, et probablement l’un des pires romans que j’ai lu de toute ma vie.
Mais, maintenant que je vous ai dit ça, sommes-nous beaucoup plus avancés?
Le Système Victoria, vous ne l’auriez probablement pas lu, de toute manière. C’est tellement parisien qu’on n’y comprend rien dès qu’on sort de la ville.
Et maintenant, on fait quoi? Je vous suggère de lire plutôt Limonov, d’Emmanuel Carrère, qui est un roman emballant, rapide et généreux, brillamment écrit avec une apparente simplicité qui est le résultat d’un immense travail et d’un souci du lecteur qui n’est pas l’apanage de tous les écrivains.
Et maintenant, on fait quoi? À quoi je sers au juste? Ce que je pense d’un livre a-t-il une quelconque importance? Autant, du moins, que la circulation des énergies dans votre demeure.
Si je me pose la question, c’est que nous sommes à une époque où tout se vaut. Chacun son truc, et les goûts de chacun sont devenus des gages de qualité, parce que le plaisir est le seul but et la seule vérité, et ce qui fait me fait plaisir est par définition quelque chose de bien. C’est ainsi que les adultes lisent maintenant des livres pour enfants, parce que ça fait plaisir, et des récits invraisemblables, et n’allez surtout pas dire que ce n’est pas bon, ces trucs, parce qu’ils plaisent, alors ils sont bons.
La notion de valeur est à peu près disparue de notre vocabulaire courant. Les minous charmants sur YouTube sont plus commentés qu’une pièce de théâtre. Au fond, un critique ne sert qu’à ça: classer les oeuvres en fonction de leur valeur.
Vous n’aimez pas vraiment. C’est élitiste, comme vision du monde. Et ce n’est pas gentil pour ceux que j’égratigne. Ça fait de la peine. Dire d’un livre qu’il n’est pas réussi, c’est presque se rendre coupable de harcèlement moral.
Et pourtant, vous le savez que tout ne se vaut pas. Vous le sentez quand c’est plate à mort, pas drôle du tout. Pas bien fait. Pas riche.
Mais c’est difficile de le dire, non?
On ne se sent pas fin, et puis quoi, chaque guenille trouve son torchon, alors peut importe, quelqu’un trouvera bien des qualités à ce que vous trouvez un défaut.
Oui, mais voilà, si tout se vaut, on va perdre un temps fou à ne pas aimer des livres, des films, des pièces de théâtre.
Les critiques sont là pour ça. Je suis là pour ça. Pour classer les oeuvres selon leur valeur.
De quel droit, demandez-vous? Parce que je l’ose.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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J’ai envie de partager avec vous un immense coup de coeur: le livre Pour en finir avec le sexe, de Caroline Allard.
Dans ses Chroniques d’une mère indigne, Caroline Allard nous avait fait mourir de rire en nous déculpabilisant face à la maternité parfaite. Son livre sur le sexe nous déculpabilise face à la sexualité parfaite.
Non, on n’est pas obligés d’aimer les trips à trois ou de collectionner les jouets érotiques. Non, on n’est pas obligés de connaître toutes les positions du Kama Sutra. Caroline Allard nous offre carrément de signer une pétition contre le 69. Elle nous présente une BD, dessinée par Iris, mettant en scène un clitoris qui rappelle aux hommes qu’il n’est PAS une balle de baseball!
Et elle vous propose des pancartes à suspendre au-dessus de votre lit pour envoyer des messages clairs à vos partenaires: «Si tu aimes la lingerie fine, rien ne t’empêche d’en porter» ou «Si je veux recevoir des ordres, je vais appeler ma mère».
Oui, on peut parler de sexe en rigolant, sans que ce soit des blagues vulgaires d’humoristes ou des jokes de mononcles saouls.
Après avoir lu Caroline Allard, je vous recommande un roman complètement à l’opposé. Dans son livre L’envie, la journaliste française Sophie Fontanel raconte une période de sa vie où elle avait complètement perdu tout intérêt pour le sexe. «Je n’en pouvais plus qu’on me prenne et qu’on me secoue», écrit-elle.
Or, Sophie Fontanel raconte qu’elle s’est carrément fait traiter comme une bête curieuse ou une extra-terrestre par son entourage qui ne concevait pas qu’on puisse vivre sans sexe. On vit, dit-elle, dans «une culture où les êtres humains mourraient plutôt que d’avoir eu, à un stade de leur histoire, une lassitude sexuelle».
Elle décrit l’énorme pression que lui a mise la société pour qu’elle rentre dans le rang et se remette à faire l’amour. Quelle hypocrisie: ses amis lui disaient de faire des enfants alors qu’eux-mêmes étaient écoeurés de leurs propres bambins.
C’est fascinant de lire ces deux livres l’un après l’autre. Voilà deux femmes qui prennent du recul face au sexe. La première pour en rire, la deuxième pour faire abstinence.
Mais dans le fond, les deux disent la même chose: on vit dans une société d’obsédés sexuels. Qu’on le fasse tout le temps ou qu’on ne le fasse jamais, on ne pense qu’à ça.
Lundi, je vous demandais ce que vous pensiez de cette controverse en France, où certaines féministes réclament la fin de l’expression «Mademoiselle». Un lecteur, Damien
Rousseau, m’a raconté une anecdote savoureuse. «Vers la fin des années 70, jeune journaliste à la télé de Radio-Canada à Ottawa, j’ai eu l’occasion de mener une entrevue avec une féministe ultramilitante. J’ai commencé l’entrevue à la nommant "madame". Rapidement elle m’a lancé: "Non, pas madame, s’il vous plaît". Nous avons repris le tournage et je pose ma première question; "mademoiselle machin…». "Non, non me dit-elle…". "Mais alors??? Appellez-moi madelle! Rien de moins.!
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La famille de Nelly Arcan est profondément blessée et catastrophée à la veille de la sortie en librairie de la «biographie» non autorisée de la jeune auteure, un ouvrage que leur avocate qualifie carrément d’«insulte à son oeuvre et à notre intelligence».
L’avocate de la famille, Me Marilène Bélanger, publiera aujourd’hui un communiqué dont j’ai obtenu copie en exclusivité.
Elle y dénonce le «manque de rigueur et de recherche factuelle» de Marguerite Paulin et Marie Desjardins, les auteures de Nelly Arcan, de l’autre côté du miroir, ce «portrait biographique» publié par Les éditeurs réunis.
Le livre sort en librairie demain.
«Il s’agit plutôt d’un ramassis de ouï-dire et d’éléments de fiction empruntés de manière aussi navrante que flagrante à l’oeuvre Putain», affirme le communiqué.
«Ce manque de rigueur est inacceptable du point de vue littéraire, il est odieux du point de vue humain.»
«Nous ne pouvons qu’en venir à la conclusion que l’intention réelle des auteurs et de l’éditeur était de profiter d’une occasion d’affaires», affirme la famille dans ce texte au ton cinglant.
La famille de Nelly Arcan, de son vrai nom Isabelle Fortier, n’exclut pas la possibilité de s’en remettre à la justice pour demander à l’éditeur et aux auteures de se rétracter.
«La famille se réserve le droit d’intenter tous les recours judiciaires appropriés pour faire valoir leurs droits et obtenir compensation pour les dommages causés en raison de la publication du livre», peut-on lire dans le texte qui sera rendu public aujourd’hui.
«Ce n’est pas du tout biographique. C’est effrayant», m’a affirmé Me Marilène Bélanger, qui représente la succession de la jeune auteure, qui s’est suicidée le 24 septembre 2009.
«Ça m’a pris deux heures pour me remettre de cette lecture. Il faudrait les poursuivre pour amateurisme.»
L’avocate dénonce le fait que les deux auteures aient pris au pied de la lettre des affirmations contenues dans les livres de fiction de Nelly Arcan, mais sans en vérifier la véracité.
«C’est de la pure fantaisie», dit-elle. À titre d’exemple, les auteures laissent entendre que Nelly aurait eu une soeur décédée en bas âge, ce qui est faux selon Me Bélanger.
Les auteures affirment que pour leur ouvrage sur Nelly Arcan, elles se sont basées «sur ses écrits, sur des témoignages et sur une recherche factuelle exhaustive».
Or, l’avocate de la succession, elle, est formelle: il n’y a pas eu de recherche réelle. «C’est de la pure fantaisie. Elles ont écrit un roman à partir des romans de Nelly. Ce n’est pas du tout biographique!»
«La famille ressent beaucoup de douleur. Ils vivent un deuil depuis deux ans, depuis le suicide de Nelly. Et là, ils doivent vivre une deuxième douleur, qui est la publication de ce livre qui leur manque de respect» m’a confié Me Bélanger.
J’ai obtenu de Me Bélanger la confirmation que les deux auteurs n’ont cherché à aucun moment à entrer en contact avec la famille que ce soit avant, pendant ou après la rédaction de leur ouvrage.
La famille de Nelly Arcan aurait appris par les médias l’existence de cet ouvrage.
«C’est comme un massacre», affirme à nouveau l’avocate de la succession de Nelly Arcan. «Depuis deux ans, on a cherché à protéger un trésor, les oeuvres de Nelly Arcan, avec entre autres la création du site nellyarcan.com. Et là, les deux auteures viennent saccager ça ! C’est un manque de délicatesse envers la famille.»
Vendredi dernier, je soulevais déjà dans le Journal de Montréal de nombreuses questions quant à la rigueur des vérifications des auteures. Dans ma chronique intitulée «Putain, quel gâchis», je critiquais le manque de sérieux de ce projet et je déplorais le fait que cette première biographie de Nelly Arcan soit un «affront à sa mémoire».
Les deux auteures prétendent, dans leur livre, raconter les dernières pensées et les derniers gestes de Nelly Arcan le jour de son suicide. Et elles écrivent les dialogues qu’aurait eu Nelly avec son psychanalyste, alors que ces rencontres privées sont protégées par le secret professionnel.
L’attachée de presse des Éditeurs Réunis, Virginie Perron, n’a pas rappelé hier soir. Je n’ai pas pu rejoindre les deux auteures pour obtenir leur réaction à la version des faits de la famille d’Isabelle Fortier, alias Nelly Arcan.
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Certaines de nos cousines veulent carrément bannir l'utilisation du mot «mademoiselle», qu'elles trouvent macho, paternaliste et ringard.
Depuis le 27 septembre, il y a en France une campagne pour faire supprimer la case «Mademoiselle» de tous les documents officiels. En effet, là-bas, quand on remplit un formulaire administratif, on doit cocher Monsieur, Madame ou Mademoiselle.
Tous les journaux et magazines français parlent de cette controverse. Sur Twitter, il y a deux semaines, c'était le sujet de conversation nº 1 en France! Mme ou Mlle: c'est LE débat de l'heure. Et c'est très amusant d'écouter les arguments des deux côtés.
Pour celles qui ont lancé la campagne contre «mademoiselle», le terme est sexiste parce qu'il n'y a pas d'équivalent masculin. On ne demande jamais aux hommes s'ils sont des «damoiseaux» ou de «jeunes puceaux». À leurs yeux, c'est une discrimination selon l'âge: on appelle les jeunes Mademoiselle, on appelle les plus vieilles Madame. On fait une différence de statut entre Mademoiselle (qui est libre et disponible) et Madame (qui est mariée et casée). «Madame ou Mademoiselle?», c'est une question qu'on se fait poser par des hommes pas trop subtils qui veulent draguer les femmes et savoir si elles sont disponibles ou pas. Mais ce n'est pas une question qu'on devrait se faire poser sur un formulaire administratif.
Celles qui sont en faveur de «mademoiselle» rappellent que la créatrice de mode Coco Chanel, une femme férocement indépendante, s'est toujours fait appeler comme ça. D'autres insistent sur le fait que se faire appeler «Mademoiselle» est une exception culturelle française. «Je fais partie de ces nombreuses femmes qui se réjouissent qu'on les appelle Mademoiselle. Je ne veux pas d'une France où les hommes ont peur de prendre les ascenseurs avec les femmes pour ne pas être accusés de harcèlement comme aux États- Unis», a écrit une féministe française.
Et puis, il y a celles qui hésitent, comme cette chroniqueuse qui a écrit dans le Nouvel Observateur:«Moi la première, je me sens stupidement flattée (même si c'est de plus en plus rare) lorsqu'on m'appelle "mademoiselle", tout en sachant très bien combien c'est ridicule.»
Et vous, qu'en pensez-vous? Devrions-nous aussi abolir le mot «mademoiselle»? Au Québec, personne n'a déchiré sa chemise quand le Groupe TVA (propriété de Quebecor) a lancé la chaîne Mlle au mois de mai. Faut croire qu'ici, on est trop occupées à se battre pour l'équité salariale, des places dans les garderies, la fin de la violence sexuelle...
S'il y a une chose que nous a montrée l'affaire DSK, c'est bien que la France a quelques années de retard en matière de relations hommes-femmes. Là-bas, de grands intellectuels ont dit des horreurs et banalisé le viol d'une femme de chambre en parlant de «troussage de domestique».
D'ailleurs, ont-ils parlé de «Madame» ou de «Mademoiselle» Nafissatou Diallo?
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Le livre Nelly Arcan, de l’autre côté du miroir est «fondé sur ses écrits, sur des témoignages et sur une recherche factuelle exhaustive», selon la maison d’édition Les éditeurs réunis, qui sortira le livre, le 12 octobre.
J’ai lu le livre hier. C’est à pleurer. Les auteures se mettent dans la tête de Nelly pour imaginer ses pensées les plus intimes, décrivent des scènes dont on ne sait jamais si elles ont vraiment eu lieu et sont incapables de citer la moindre source pour appuyer leurs affirmations.
Tant d’arbres coupés pour éditer un tel brouillon.
Ce bouquin mal ficelé a été écrit par Marguerite Paulin (détentrice d’un doctorat de l’université McGill) et Marie Desjardins (PhD, qui a enseigné la littérature à McGill). Ces deux universitaires citent des déclarations de Nelly Arcan, sans jamais nous dire devant qui, dans quel journal, quel magazine, quelle émission de radio ou de télé ces propos ont été tenus. Une biographie d’auteure, mais pas une seule note en bas de page, aucune source identifiée et aucune référence bibliographique? Faut le faire!
Pire encore, elles prennent plusieurs pages pour rapporter en détail, sous forme de dialogues, des conversations que Nelly Arcan aurait eues avec… son psychanalyste! Soit, le psychanalyste en question a commis une faute grave et brisé le secret professionnel en fournissant aux deux auteures la transcription des sessions privées. Soit, les auteures ont scénarisé des scènes fictives et imaginé des dialogues.
Elles avaient parfaitement le droit d’écrire un roman sur la vie de Nelly Arcan, le fruit de leur imagination d’auteures. Mais alors, qu’elles n’appellent pas ça un «portrait biographique»!
Elles affirment s’être basées sur les écrits de Nelly Arcan pour raconter sa vie. Mais leur rôle de biographe était de départager le vrai du faux dans les fictions de l’auteure, ce qu’elles n’ont pas réussi à faire.
Un exemple du manque de rigueur des auteures… Le jour où Nelly Arcan s’est suicidée, elle devait apparaître comme chroniqueuse à l’émission Ici et là, que j’anime à Vox. Dans leur livre, les deux auteures prétendent raconter ce qui s’est passé sur le plateau ce soir-là et citent des propos que j’aurais supposément tenus. Mais ni l’une ni l’autre ne m’a jamais parlé! Quand j’ai lu l’extrait du livre à mes collègues, ils n’en revenaient pas.
Qui peut prétendre savoir à quoi pensait Nelly Arcan, le 24 septembre 2009, dans les heures qui ont précédé sa pendaison? Les auteures elles, nous décrivent pendant plusieurs pages les pensées et les gestes de l’écrivaine, comme si elles avaient réussi à entrer dans sa tête cette journée fatale. Elles doivent avoir une sacrée planche Ouija pour arriver ainsi à faire parler les morts.
Pauvre Nelly. J’espère seulement que très bientôt une autre biographe viendra rendre à sa vie et à son oeuvre… ses lettres de noblesse.
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Des livres de grands auteurs, ou d’inconnus, ce n’est pas bien différent. Les grands auteurs ont l’avantage sur les inconnus d’avoir écrit des livres qui m’ont plu, c’est tout, et ce n’est pas une garantie que le prochain me plaira.
Les livres sont des rendez-vous à l’aveugle (des blind dates) dont on espère qu’ils déboucheront sur le grand amour. Mais, comme dans la vie, la plupart du temps ça ne débouche sur pas grand-chose, ou alors sur une p’tite vite qui tient de l’hygiène plus que du sentiment.
Les grands amours sont l’exception, pas la règle.
Mais bon, je l’avoue, chu une bolle, un littéraire. Je m’aventure dans des livres qui sont des terres inconnues, et je tripe à me penser explorateur, comme si ça prenait du courage, alors que ça ne prend que de la patience…
J’ai ce petit snobisme de croire que les plus grands orgasmes se dénichent dans le secret de l’alcôve et pas dans l’enthousiasme de la foule. Je crois encore à l’intime. Pendez-moi.
Mais quand deux, trois, quatre romans littéraires me tombent des mains, je fais comme la plupart des lecteurs, je me tourne vers des valeurs sûres, des investissements à moindre risque: des romans de genre.
Lire des polars, des thrillers, quand on est un littéraire, c’est comme aller aux putes parce qu’on ne trouve pas le grand amour.
Ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas ÇA.
Fait que, je me suis lancé dans Le passager, de Jean-Christophe Grangé et j’ai passé trois jours agréables qui ont débouché sur une sensation de vide pas tout à fait désagréable. Excellent récit. Un psychiatre se penche sur le cas d’un patient, probablement témoin d’un meurtre, qui a réagi au choc psychique en développant une amnésie bien vite recouverte d’une identité fabriquée de toutes pièces par un inconscient affolé. Or, le psychiatre ne tarde pas à découvrir qu’il souffre lui-même d’un mal identique. Le reste est une course folle, sur 600 pages, entre un homme qui cherche à savoir qu’elle est sa vraie nature et des forces policières (et d’autres forces, occultes), qui voudraient bien mettre un terme à sa quête.
C’est passionnant, je vous le dis. Une très bonne histoire. Mais, oh boy, l’écriture! Tellement banale. Les descriptions! Longues!
Voulez-vous bien me dire à quoi ça sert de décrire sur trois ou quatre pages le gars qui s’achète des vêtements, se change, se lave les mains, marche dans la rue, tire sur ses bobettes qui lui rentrent dans la craque (bon, j’exagère, mais vous voyez le topo). Les romans de genre respectent des règles qui n’appartiennent pas à la littérature, mais qu’on ne remet pas en question. On accepte ou pas ces règles. Sur 749 pages, il y en a peut-être deux ou trois cents qui ne sont que des descriptions cinématographiques, qui plantent le décor, mais ne disent rien.
Moi, au bout de trois lignes, je saute. Ça va, j’ai compris.
C’est cette acceptation inconditionnelle de mots, de phrases et de paragraphes purement utilitaires qui à mes yeux caractérise ce qu’on appelle la littérature de genre. On accepte qu’un certain nombre de pages soit du remplissage, que l’écriture ne soit que description d’action, sans charge émotive ou symbolique, sans sous-entendu ou suggestion.
Moi, je rêve d’un roman qui aurait un récit aussi passionnant que le meilleur des polars, mais dont pas une phrase ne serait que ça, une phrase.
Je rêve du livre qui me captiverait autant par ce qu’il raconte que par la façon dont il le fait.
Il y a José Carlos Somoza qui fait ça, à peu près. L’appât est un polar inouï, qui revisite Shakespeare dans un suspense complètement surprenant. D’ailleurs, tous ses romans valent le détour.
Ce sont des romans de genre. Mais, genre bol, tsé. On ne se sent pas con quand on a fini.
Et ça, c’est beaucoup.
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Quand j’ai vu cette histoire, j’ai regardé mon calendrier. Je voulais m’assurer qu’on n’était pas revenu en 1950.
On pense que les choses changent, on croit sincèrement que les mentalités évoluent. Et puis arrive une histoire comme celle de Jennifer Gish pour nous rappeler que les femmes l’ont deux fois plus dure que les hommes.
On voit Céline Galipeau et Sophie Thibault lire les nouvelles et on pense que les femmes ont maintenant leur place en journalisme. Mais même en 2011, le sexisme est bien présent dans le monde des médias.
C’est toujours la même chanson. Une femme qui émet une opinion qui dérange se fait dire: 1—qu’elle est mal baisée; 2— qu’elle a couché avec ses supérieurs; 3— qu’elle est moche… ou les trois en même temps.
Autant les femmes que les hommes qui choisissent de s’afficher sur la place publique doivent être prêts à se défendre et à avoir des discussions corsées. Ça fait partie de la game comme on dit. Mais ce qui est choquant, c’est que la nature des attaques change selon que vous êtes une femme ou un homme. Pensez-vous que Réjean Tremblay se fait dire de «retourner dans sa cuisine» quand il tient des propos qui déplaisent aux fans du Canadien?
[encart] Vous savez quoi? Si Jennifer Gish s’était appelée John Gish, jamais les fans des Bills de Buffalo n’auraient suggéré qu’elle avait fait des pipes pour avoir sa job.
Ça fait froid dans le dos de lire toutes les âneries qui ont été écrites à Madame Gish. «T’es rien qu’une femme minable qui ne connaît rien au sport.» «Les femmes ne connaissent rien au football.» «Mon enfant de 12 ans connaît mieux le sport que toi.»
Heureusement que Jennifer Gish a du front tout le tour de la tête. Elle a tenu tête à ses attaquants. Elle a refusé de se taire. Et elle a publié intégralement dans son journal les pires insultes qui lui avaient été envoyées. Et elle a terminé son texte avec un message d’espoir: «Partout au pays, des filles développent une passion pour les sports et elles ont l’occasion comme jamais d’en pratiquer plusieurs. Peut-être qu’un jour, quand elles décideront de devenir journalistes sportives, quand elles affronteront les inévitables tempêtes, elles n’auront pas à regarder par-dessus leur épaule pour surveiller leur angle mort.»
C’est ce que je souhaite aussi. Que de nombreuses jeunes filles choisissent le métier de reporter sportif, comme Liza Frulla l’a fait à l’époque pour Le Journal de Montréal, elle qui a été la première femme à rentrer dans le vestiaire du Canadien.
J’espère sincèrement que de nombreuses jeunes filles marcheront dans les pas de Chantal Macchabée, Marie-Claude Savard ou Marie-Josée Turcotte. Et qu’elles ne seront plus l’objet d’attaques sexistes et dégradantes.
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Vous savez, l'invention ou la fabrication vocabulaire de mots ou d'expressions nouvelles fait partie de l'ensemble des fonction sociales des poètes depuis fort longtemps. Ce sont eux qui renouvellent le vieux «stock» de mots parfois usés jusqu'à la corde ou vide de sens. L'Académie française, qui n'est pas poétique pour deux sous, n'y fait pas grand-chose et même quelques fois moins que rien si on considére la francisation boiteuse de mots ou d'expressions vocabulaires étrangers.
Quoi qu'il en soit, voilà-t'y pas que le prince Luc Plamondon, de sa lointaine Europe, entend parler de la blessure cuisante que m'a infligée la sorcière Nathalie Petrowski en contrefaisant vénéneusement la saga d'Offenbach pour m'en faire boire la potion pestilentielle et me plonger dans un état de détresse affreux. N'écoutant que son coeur, Luc suggère alors aux membres fondateurs de la Société professionnelle des auteurs et compositeurs québécois, la SPACQ, de me décerner le prix qui porte son nom, le Prix Luc Plamondon, afin de mettre un peu de baume sur ma blessure.
Ce prix prestigieux, dont le fond provient de l'Espace Musique de Radio-Canada, m'a donc été remis le 21 septembre dernier lors d'un dîner dans les quartiers du pdg de la Banque Nationale du Canada, rue de La Gauchetière à Montréal. Madame Diane Juster, qu'autrefois je prenais tant de plaisir à voir et entendre chanter ses poésies d'un romantisme délicieux alors qu'elle s'accompagnait au piano, admirablement vêtue d'une robe de tulle noire au décolleté baudelairien, Diane, régente et passionnaria de la SPACQ, m'y attendait pour que je ne me perde point au dedans de moi-même, étourdi de revoir tant d'amis et de connaissances issus de mes 50 années d'artisterie chansonnière.
Toujours est-il que la coquine et sa complice Louise Forestier me font monter sur un petit podium et qu'elles me présentent à la centaine de personnes présentes comme si j'étais un grand personnage de la culture québécoise, moi, le quêteux de la rue Beaubien qui tendait le gobelet aux passants pour acheter de la nourriture à mon enfant, moi le presque pas grand-chose que personne n'invite nulle part.
Des larmes de vieilles misères roulent sur mes joues alors que je reçois une ovation debout et que j'en suis «flabberghasté» comme dirait Mister French Machin-Truc. Devant moi, m'applaudissant chaudement, il y a des personnes célèbres, des vedettes consacrées, des icones internationales, enfin, la fleur de la parité des auteurs et compositeurs du Québec et certains des mécènes québécois les plus importants. Je n'en aurais pas rêvé!
Bon! Vous devez sans doute vous demander ce que le mot «poisse» vient faire dans cette belle histoire digne d'un conte de fée? La poisse! C'est gluant, collant, glauque, morveux, dégueulasse, tout comme mon expulsion du logement que j'occupe depuis 4 ans avec mon BBLou. Bin oui vous! Lou et moi sommes à la rue! Le locateur qui ne blaire pas les poètes et malgré son non respect flagrant des termes du bail, a réussi à obtenir une décision d'expulsion de la Régie du logement.
Alors voilà ce qu'est la poisse! Que nous arrivera-t-il? Lou pourra-t-il poursuivre son année scolaire à Saint-Marc, de l'autre côté de la rue? Pourra-t-il terminer la saison de hockey Pee-Wee Élite BB avec les Bombardiers de Rosemont? Ou irons-nous? Le commissaire Éric Luc Moffat qui a rendu cette décision sans avoir considéré les tenants et les aboutissants de la problématique, vient de nous jeter à la rue sur la foi du témoignage unique d'un locateur propriétaire d'environ 300 logements à Montréal.
Lorsque j'ai voulu me lever pour faire remarquer au tribunal que le locateur avait porté subrepticement sur mon compteur Hydro les frais de chauffage et d'eau chaude pourtant inscrits à sa charge sur le bail, le commissaire Moffatt m'a ordonné de me taire et de m'asseoir. Alors c'est-y pas ça la poisse?
Aujourd'hui, lundi le 3 octobre, j'irai acheter des boites en carton et des bâches pour ne pas que la pluie ruine nos affaires. J'ai une chanson inédite qui s'intitule: SDM/SDC et qui va comme suit sur un petit air gospel: Société de merdeux, société de cons, nous sommes venus au monde enfants de l'amour.....»
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Ce que j’ai vu hier soir au Centre Bell est un spectacle terriblement inégal. Une alternance de numéros spectaculaires et de saynètes soit quétaines, soit carrément ratées. Dommage. Michael Jackson méritait mieux que ca.
Tout le long du spectacle, je me suis ennuyée de Dominic Champagne. Le metteur en scene québécois a réussi dans LOVE à évoquer l’univers et l’imaginaire des quatre Beatles avec poésie et magie. Alors que cet hommage à Michael Jackson ressemblait davantage à une illustration littérale, au pied de la lettre, de ses chansons. C’est toute la différence entre suggérer et montrer. Si LOVE est une fresque, Immortal est de la peinture à numéros.
Pour illustrer Dancing Machine, une machine avec des athlètes qui dansent dessus. Pour Have you seen my childhood, on a eu droit à des projections de manèges et de petits trains, pour bien nous faire comprendre que Michael s’était fait voler son enfance. Pour illustrer Ben, des projections d’animaux. Et pour bien nous montrer que Michael Jackson, la musique, il en mangeait, on a vu un acrobate attraper des notes de musique volantes et les ingurgiter.
Et pour Thriller, on a fait danser des momies qui reprenaient la même chorégraphie que dans le vidéoclip de la chanson. Avait-on vraiment besoin de nous montrer le clip de Thriller, que tout le monde connaît par coeur? Ce que j’aurais voulu voir, c’est la version Cirque du Soleil de ce hit planétaire, pas une pâle copie de la version de M.J.
Je ne sais pas ce qui m’a le plus agacée. L’acrobate déguisé en singe pour nous rappeler que Michael Jackson avait un primate nommé Bubbles. Le personnage tout en blanc qui revenait entre chaque scène et qui représentait sûrement l’enfant intérieur de Michael. Ou la montgolfière qui a survolé la scène avec à son bord un automate représentant le jeune Michael. Par moments, je me demandais si j’assistais à un spectacle du Cirque du Soleil... ou de Disney, tellement c’était enveloppé dans la guimauve.
Heureusement que le Cirque du Soleil peut compter sur des acrobates, contorsionnistes et trapézistes exceptionnels, car ce sont eux qui ont fait la grande force de ce spectacle bancal. Un duo plein de tendresse entre un cygne blanc et un cygne noir suspendus a un fil; un unijambiste qui se servait de ses béquilles pour virevolter; des athlètes cachés dans un immense gant blanc à paillettes.
Sans eux, sans ces rares moments de poésie ou de prouesses techniques, Immortal aurait vraiment ressemblé à un banal hommage à Michael Jackson dans un gala televisé.
Hier soir, la plus grande star québécoise de tous les temps était en vedette sur le reseau de la plus grande vedette americaine de la télévision. Au même moment, le plus important producteur culturel québécois, rendait hommage au plus grand nom du showbiz américain. Céline Dion chez Oprah Winfrey, Michael Jackson au Cirque du Soleil... Je ne sais pas vous, mais moi, ca me fait un petit velours.
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Pas sûr. Et c’est pour cette raison que le documentaire sur Céline Dion 3 boys and a new show est si intéressant. C’est sûrement la première fois qu’une vedette de son calibre accepte de se montrer dans son intimité avec autant de simplicité.
Ce documentaire d’une heure et demie filmé par les Productions J sera présenté dimanche à 21h sur OWN Canada, le réseau télévisé d’Oprah Winfrey.
Céline commence les répétitions de son spectacle à Las Vegas 12 semaines à peine après avoir accouché de ses jumeaux. En parallèle à son travail, on la voit reconduire René-Charles à l’école, s’occuper de ses devoirs, tirer son lait pour les jumeaux, courir pour préparer ses valises, allaiter dans l’avion, s’endormir dans l’auto, etc.
Bref, on la voit cernée, épuisée et complètement débordée, comme n’importe quelle mère qui vient d’accoucher et qui a l’impression qu’un camion de 18 roues vient de lui passer sur le corps.
Vous me direz que Céline, une des femmes les plus riches au monde, a des moyens mille fois plus importants que le commun des mortels. Vrai. Sa vie n’est pas « métro-boulot-dodo ». C’est plutôt « jet privé-Las Vegas- maison de 10 000 pieds carrés en Floride ».
Mais c’est justement pour ça qu’on est impressionnés de la voir allaiter Nelson et Eddy, alors qu’elle pourrait facilement les confier à une nounou qui leur donnerait leur biberon pendant qu’elle se repose.
C’est pour ça qu’on est charmé de la voir confier ses enfants uniquement à sa soeur Linda, alors qu’elle pourrait facilement engager 72 gardiennes différentes qui travailleraient 24h sur 24.
Depuis quelques années, les films et les livres sur la maternité sont très à la mode. Les femmes modernes ont pris la parole pour dire à quel point elles trouvaient difficile de jongler avec les enfants, le chum et le boulot.
Ce documentaire nous montre que même quand on s’appelle Céline Dion, on en arrache quand on essaye de tout faire en même temps. Quand on est une mère, on est toujours confrontée à la même réalité : on est déchirée entre l’amour qu’on porte à nos enfants et l’amour qu’on porte à notre métier.
Et ça, ça ne change pas, peu importe la grosseur de notre compte en banque.
Il y a deux semaines, j’ai interviewé pour le magazine 7jours la fille de l’imitateur Jean-Guy Moreau, Sophie , qui vient d’écrire la biographie de son père.
« Un grand artiste ne peut pas être en même temps un grand parent », m’a dit Sophie Moreau. Elle-même a beaucoup souffert des absences répétées de son père, toujours parti en tournée aux quatre coins du Québec. Elle est convaincue que quand on se donne à fond à son métier d’artiste, il ne reste que des miettes pour ses enfants.
Si vous regardez dimanche le documentaire Celine : 3 boys and a new show, vous verrez que ce n’est peut-être pas une fatalité. Tous les artistes ne sont pas forcément des parents absents. 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Au secondaire, j’ai eu un professeur de français qui a beaucoup compté dans mon amour des livres. Dion, qu’il s’appelait. Monsieur Dion. Jamais il ne me serait venu à l’idée de l’appeler autrement. Ce n’est pas que j’étais sage (je ne l’étais pas!), mais il montrait envers les ti-culs que nous étions un tel respect qu’il nous semblait naturel de lui retourner la pareille. C’était à la fin des années soixante-dix, il portait des chemises à fleurs, un collier de barbe, et il était tout petit.
Souvent, quelques étudiants s’attardaient dans sa classe longtemps après les cours, assis en indien sur les pupitres, pour discuter littérature en baissant la voix, comme des comploteurs.
Il y avait quelque chose d’interdit, de dangereux, de clandestin, dans ces réunions informelles: nous lisions pour le plaisir. Cela suffit, à l’école, pour vous faire une sale réputation.
Et puis, Monsieur Dion ne suivait pas toutes les règles. Il avait réquisitionné, dans la réserve, un vieil exemplaire du Livre d’Or de la poésie française, des origines à 1940, de Pierre Seghers, qu’il m’avait tendu en disant, avec une pointe de tristesse dans la voix:
– Tiens, c’est pour toi. Je te le donne. Personne ne s’en apercevra. On ne s’en sert plus, de toute manière.
Je l’ai encore, cette anthologie, dans ma bibliothèque. Il y a encore, dans les marges de certains poèmes, des notes maladroitement calligraphiées par un jeune homme de quinze ans qui me ressemble étrangement, mais qui a, contrairement à moi, toute sa vie devant lui.
Un jour, sur le grand tableau, Monsieur Dion avait écrit un quatrain en alexandrins, tiré de je ne sais plus quel poème de Victor Hugo. De la craie, il nous avait fait la leçon, comptant les syllabes qu’on appelle de pieds, et désignant l’hémistiche, et démontrant la richesse des rimes, et ainsi de suite.
Puis il s’était arrêté, comme pris par un dégoût subi.
Il a déposé sa craie. Il nous a longtemps regardés. Et il a dit ceci, que je traîne avec moi depuis, et qui guide ma main quand j’écris, et mon regard quand je lis. Il a dit:
– Vous savez, faire de l’analyse de texte comme ça, c’est disséquer un cadavre à la morgue. On dissèque un cadavre pour trouver les causes de sa mort. Mais ce n’est pas comme ça qu’on trouvera les causes de la vie.
Qu’est-ce qui fait qu’un livre, une histoire, un récit constitué de petites taches d’encre abstraites imprimées sur la page soudainement prennent vie pour le lecteur? Ah! Si je savais, il me serait plus facile d’écrire, et je serai le meilleur éditeur au monde.
Mais je ne sais pas, et je continue, comme dans le temps de Monsieur Dion, à lire pour le plaisir, même si j’ai fait mon métier des mots et des livres. Je suis un lecteur naïf, je vous assure, toujours prêt à embarquer, ne demandant que ça.
Et pourtant, ça n’arrive pas toujours. Souvent, mon regard relit trois fois la même phrase sans que la magie opère. Et si je n’avais pas fait mon métier des livres, j’arrêterais là, je ne pousserais pas plus loin une conversation qui ne va nulle part.
C’est arrivé deux fois ces derniers jours, avec des livres dont je croyais pourtant que j’allais les dévorer. D’abord avec le premier tome du 1Q84 du formidable romancier japonais Haruki Murakami. Et ensuite avec La porte du ciel de Dominique Fortier, auteure québécoise de haut vol dont j’avais grandement apprécié son Du bon usage des étoiles.
Je ne vais pas m’attarder. Ça m’attriste, c’est tout, de ne pas avoir senti, entre le livre et moi, cette étincelle qui est le début de la vie.
Ce ne sont pas là des auteurs maladroits, loin de là. Ils savent ce qu’ils font. Murakami, je crois, a été voir du côté du feuilleton pour sa trilogie. Mais le premier tome m’a donné l’impression d’une chose un peu forcée, avec des dialogues appuyés et même parfois gnangnan. Bon, d’accord, peut-être que la suite est excellente, mais 500 pages, c’est long, quand il s’agit d’un temps mort.
De même avec La porte du ciel de Dominique Fortier. C’est magnifiquement écrit, le sujet est vaste comme l’Amérique et grave comme l’esclavagisme au 19e siècle. Et pourtant, le livre entre mes mains est resté lettre morte. Tous les éléments que j’aime sont là-dedans.
Mais on peut mettre l’un à côté de l’autre un paquet d’os, un peu de gras et quelques morceaux de viande, ça ne fera pas être vivant pour autant.
C’est cette impression que j’ai. Tout est là. Manque la vie, le souffle de la vie.
Il n’y a pas eu miracle.
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Vous avez vu Karine Vanasse en hôtesse de l’air dans Pan Am dimanche soir? Avez-vous remarqué quelque chose qui clochait? Vous n’avez pas rêvé: aucun des personnages principaux n’a grillé une cigarette!
Alors que la série se déroule au début des années 60, à une époque où tout le monde fumait comme des cheminées, vous n’avez jamais vu Karine ou ses copines ou les pilotes allumer une Marlboro dans cette série d’ABC.
Ce vol de Pan Am ressemblait à une publicité pour le rafraîchisseur d’air Febreeze, alors que les avions des années 60 étaient tellement remplis de fumée de cigarette qu’on avait l’impression de voyager avec un brouillard.
Pourquoi? Parce que ABC appartient à Disney et que dans le monde merveilleux de Disney, la terrible cigarette est un mauvais modèle pour les jeunes. Je n’ai rien inventé. C’est le producteur exécutif de Pan Am, Tommy Schlamme luimême, qui l’a confirmé au mois d’août à Entertainment Weekly.
À la demande de Disney, aucun des personnages principaux ne peut être montré avec une cigarette. Les figurants, dans les avions et ailleurs, pourraient être vus seulement avec une cigarette à la main mais jamais en train de fumer.
«C’est compréhensible», a déclaré Schlamme. «C’est un élément qui peut avoir une influence énorme. C’est notre seul mensonge révisionniste».
Rendus là, je n’appelle même plus ça du révisionnisme. J’appelle ça prendre une grosse gomme à effacer pour enlever tout ce qui n’est pas politically correct. On sait que Disney est une entreprise familiale qui a à coeur la santé de son public. Mais ils devraient comprendre qu’on ne vit pas à Disneyworld!
Dans la vraie vie, en dehors des dessins animés de petits animaux et de Cendrillon, il y a des êtres humains en chair et en os qui ont des gros défauts. Montrer une hôtesse de l’air de Pan Am qui ne fume pas c’est aussi ridicule que de montrer un mafioso des Sopranos qui ne casse pas des jambes dans une ruelle.
Et ce n’est pas tout. Dans les prochains épisodes de Pan Am, on verra apparaître un nouveau personnage: une hôtesse de l’air noire. C’est tout à fait anachronique! Dans les faits, les compagnies d’aviation étaient racistes et refusaient d’engager des noires. Il a fallu attendre 1966, et plusieurs causes devant les tribunaux, pour que les compagnies comme Pan Am se fassent tordre le bras et acceptent des hôtesses de couleur.
C’est comme si on faisait une série sur les années 50 au Québec, avant la révolution tranquille, et qu’on montrait des francophones diriger des grosses compagnies. Oui, dans les années 60 les États-Unis discriminaient contre les Noirs. Oui, dans les années 60 même les médecins fumaient comme des cheminées.
Alors pourquoi avoir gommé les défauts de cette époque? Pourquoi revisiter les années 60 avec un regard de 2011? Heureusement que Disney ne possède pas de stations de télé au Québec: ils auraient été capables de nous faire une série sur René Lévesque sans jamais le montrer avec une cigarette au bec!
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NON, BIEN SÛR!
C’est pourtant ce genre de costumes de mauvais goût qu’on a pu voir récemment aux États-Unis à l’émission Toddlers & Tiaras. Diffusée au réseau TLC, cette téléréalité suit des petites filles qui participent à des «concours de beauté».
Au cours des dernières semaines, on a pu voir à l’émission: la petite Mia, deux ans, portant un soutiengorge doré à la Madonna; Paisley, trois ans, habillée en prostituée comme Julia Roberts dans Pretty Woman; et Madisyn, quatre ans, avec une brassière double D et un faux derrière rebondi comme Dolly Parton.
Bref, des petites couche-tôt équipées pour veiller tard.
Les petites qui participent aux «beauty pageants» sont tellement bronzées, maquillées, coiffées et couvertes de bijoux bling-bling qu’elles finissent toutes par ressembler à la drag queen Mado Lamotte, l’humour en moins.
Si un extraterrestre se posait sur la Terre et écoutait Toddlers & Tiaras, il penserait qu’il a atterri sur la Planète des fous.
D’un côté, on n’arrête pas de dire aux parents qu’il faut protéger les enfants des pédophiles et des cyberprédateurs. De l’autre, deux millions de personnes sont collées devant leur télé pour regarder des bouts de chou échanger leurs Pull-Ups contre des G-Strings.
Les costumes de Pretty Woman et de Dolly Parton ont tellement fait scandale aux États-Unis que même le magazine People a consacré sa une à cette controverse en posant la question: «Est-ce que ça va trop loin?»
Il me semble qu’on est déjà rendu bien plus loin que trop loin! Sinon, c’est quoi la prochaine étape? Une fillette de deux ans flambant nue avec un tatouage dans le bas du dos qui fait une danse poteau pendant que Joe Cocker chante You Can Leave Your Hat On? Au moins elle n’aurait pas besoin de se faire une épilation bikini pour ressembler à une vraie danseuse du Solid Gold.
Comme le disait un travailleur social interviewé par People, «Les petites filles sont censées jouer avec des poupées, pas s’arranger comme des poupées».
Amy Winter est la vice-présidente exécutive de TLC. Elle s’est défendue dans le magazine People en affirmant que sa station ne faisait que diffuser Toddlers & Tiaras, et n’était qu’un observateur du phénomène des concours de beauté. «Nous n’approuvons pas, mais nous ne portons pas de jugement non plus».
C’est bien ça le problème. Un diffuseur qui montre à la télé des comportements complètement indécents et perturbés ne peut pas s’en laver les mains en disant: «ce n’est pas ma responsabilité». C’est trop facile. Si tu montres des petites filles habillées comme Samantha Ardente, aie au moins le courage d’admettre que tu contribues toi aussi au voyeurisme.
Les parents affirment que s’ils inscrivent leurs petites dans des concours des beauté, c’est parce que leurs filles en exprimaient leur désir. Alors il faudra bien m’expliquer pourquoi certaines de ces petites beautés ont été inscrites à des «beauty pageants» dès l’âge de six mois…
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Et puis, en 2004, il avait récidivé avec l’écrivaine Audrey Benoît. Il l’avait interviewée en québécois, en prenant un gros accent de cul-terreux. Il lui avait demandé si elle avait « des gosses » et si elle se « pognait le cul ». Le fou du roi Laurent Baffie l’avait même comparée à une bûcheronne.
Eh bien, sept ans plus tard, il faut croire que les oreilles des Français se sont débloquées. Dans le sondage exclusif que publiait hier le Journal, on apprenait que ce que 52 % de nos cousins aiment le plus chez les artistes québécois, c’est… leur accent !
Que les Français aiment l’accent de nos artistes, c’est une sacrée bonne nouvelle. Ça veut dire que nos chanteurs et nos humoristes ont bien fait de s’entêter et de continuer à parler « de même », sans s’excuser d’être comme ils sont, sans mettre d’eau dans leur sirop d’érable. Ça veut dire que comme Québécois, à force de rester eux-mêmes, ils ont fini par imposer leurs intonations aux oreilles réfractaires des irréductibles Gaulois. Et ce qui, au début, paraissait ridicule aux Parisiens ou aux Bretons s’est transformé en un atout incontournable qui fait précisément leur charme.
C’est comme une comédienne qui a un espace entre les deux dents d’en avant (Vanessa Paradis) ou un mannequin qui a un grain de beauté au beau milieu du visage (Cindy Crawford). Au début, on ne voit que ça. Tout le monde leur suggère de se faire opérer. Mais avec les années, on ne peut plus les imaginer autrement et on les aime précisément parce qu’ils ont des signes distinctifs.
Notre accent, c’est peut-être ça qui fait de nous une « société distincte ».
Bon, maintenant qu’on sait que les Français n’haïssent plus l’accent québécois, il serait peut-être temps que les Québécois, EUX, arrêtent de ridiculiser… l’accent français !
Je suis née à Bordeaux. Pas la prison, mais la ville de France où on fait du vin. Mes parents sont Québécois. À cause du travail de mon père, on a vécu à Marseille, puis à Paris. Et à 12 ans, je suis venue vivre au Québec. Pouvezvous croire que ça fait 33 ans que je reçois des commentaires sur mon accent pointu ? Il y a même un lecteur du Journal qui m’a écrit pour me reprocher mon accent. Comme si ça s’entendait quand j’écris !
C’est bizarre quand même… Vous appréciez l’accent haïtien de Dany Laferrière, l’accent sénégalais de Boucar Diouf. L’accent italien de Marco Calliari ? No problema ! Mais vous sautez au plafond dès que quelqu’un articule comme Catherine Deneuve.
Mais il y a de l’espoir : si les Français qui traitaient les Québécois de bûcherons il n’y a pas si longtemps sont capables de tomber en amour avec l’accent de Coeur de pirate, les Québécois seront sûrement capables un jour de craquer pour l’accent des maudits Français ! 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Je pitonnais, dimanche soir dernier, entre le gala des Gémeaux et celui des Emmy, à la fois ému et énervé par les applaudissements, les remerciements sincères, tout cet amour qui dégoulinait partout... J’étais jaloux, évidemment. Et furieux.
Jaloux. La reconnaissance, pour un écrivain, qu’est-ce c’est? Il n’y a pas de rapport direct avec le public. Combien de fois m’est-il arrivé de voir quelqu’un me lire dans l’autobus ou dans le métro? Jamais. La reconnaissance est diffuse, s’établit dans le temps, qui laisse le temps au doute. Je referais ma vie, je deviendrai musicien. Le rythme, le public, les copains sur scène avec soi. Je me sentirais moins seul.
Et furieux. Je me disais : Victor-Lévy Beaulieu n’y aura pas droit, lui non plus.
35 000 pages d’écriture pour la télé, des romans inclassables, formidables, ambitieux. Y a-t-il au Québec plus grand monstre littéraire? Et on voulait le reléguer au gala d’après-midi?
La décision de présenter hors des ondes le trophée Hommage est d’une ahurissante bêtise, évidemment. Il n’y en a pas un dans toute cette bande d’innocents qui s’est dit: «coudon, si c’est un hommage, la plus grande récompense de l’année, ça serait-ti pas logique que ça passe à télé?»
Mais non. Pas de problème par contre quand l’animatrice de la soirée saisit le micro, après que son chum eut fait ses propres remerciements, pour préciser qu’il le méritait vraiment, lui.
J’imagine qu’il n’avait pas eu assez de temps d’antenne à son goût.
N’empêche. Vu l’état de semi-abandon dans lequel on laisse habituellement mariner les auteurs, ça prend des couilles comme ça pour refuser un hommage pour une question de principe. Pour l’ensemble de son oeuvre, le trophée des Couilles d’or est décerné cette année à Victor-Lévy Beaulieu.
Ce mépris (l’innocence, dans ce cas-là, est un mépris) avec lequel on traite la littérature se poursuit jusque dans la mort. On ne lit pas vraiment les livres, on préfère commenter les passages à la télé, les rumeurs, les potins. À la rentrée, les feuilles mortes se ramassent à la pelle, ces pages qui ne seront jamais lues.
Chaque année comme éditeur, je mets en garde les nouveaux auteurs que je publie: «Ne vous attendez à rien.» La plupart du temps, c’est exactement ce qu’ils obtiennent, rien. Quelques centaines d’exemplaires vendus. Un ou deux petits papiers dans les journaux.
Peut-être est-ce aussi bien ainsi. Car quand il y a succès, il y a forcément malentendu.
Pour la plupart, les écrivains ne sont pas confortables dans le monde réel. C’est pourquoi ils passent leur temps à construire des univers parallèles, dans lesquels ils finissent par acquérir une certaine maîtrise de leur destin. Ils s’entourent de livres et dialoguent avec ceux qui ont écrit avant eux. Ce n’est pas sexy, une vie d’écrivain. Ce n’est pas palpitant. Et pour accéder au monde parallèle, il faut souvent tourner le dos au monde réel. Beaucoup d’écrivains sont célibataires. On passe un an ou deux sur un livre, on relève la tête, et il n’y a plus personne.
On essaye alors, tant bien que mal, de réintégrer le monde réel. Mais on y est gauche, maladroit, comme à l’étroit. Et il nous tarde de nous replonger dans l’écriture.
Tout ça pour quoi? Pour qu’un passage à la télé génère plus de commentaires que les textes eux-mêmes?
Nelly Beaulieu Victor Arcan. Morts ou vivants, ils ne sont pas plus compris, acceptés pour ce qu’ils sont. Il faudrait les lire en fermant les yeux et en éteignant le son.
Mais les jeunes auteurs nés dans l’agitation des médias sociaux pensent qu’ils obtiendront un plus grand succès en faisant du bruit autour de leur oeuvre, en se faisant interviewer, en montrant leur binette à la télé, en réalisant des bandes-annonces.
Je vieillis, sans doute. Je leur souhaite bonne chance. Mais plus le temps passe et plus je me dis que l’auteur n’est rien.
Et que le livre est tout.
Dan Simmons est un cas. Auteur polymorphe, il a publié de la science-fiction, de l’horreur, du policier, la plupart du temps avec beaucoup de bonheur. Dans son plus récent roman, Drood, il met en scène Wilkie Collins et Charles Dickens, autour d’un récit dont on ne sait pas très bien s’il est d’horreur ou d’opium. Mais il s’agit surtout d’un formidable roman sur la littérature, sur l’écriture, sur le talent. Comme Salieri dans le film Amadeus, de Milos Forman, Wilkie Collins, lui-même auteur à succès de la fin du 19e siècle, fréquente et admire Dickens jusqu’à le détester, car il comprendra, malgré toute sa vanité, qu’il n’a pas l’ombre de son génie. Cela se révèlera à lui à la lecture d’une simple description de la mer écrite par Dickens. J’ai lu ça, comme un coup au coeur, qui m’a vidé d’air un moment. Je sais ce qu’on ressent quand on comprend nos limites.
C’est effrayant.
Les mécanismes de l’écriture, de l’orgueil, de la jalousie et de la célébrité sont ici décortiqués. Mais il s’agit dans les faits d’un hommage à ce mystère qui est le plus grand de tous, et qui échappe aux lois du commerce et de la vedettarisation: le talent.
Cette chose si vaste qu’elle ne peut être confinée au petit écran.
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[slugline] => [byline] => Sophie Durocher [dateline] => at 08:48 on September 21, 2011, EDT. [copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Selon le réputé philosophe Michel Serres, les albums d’Astérix et Obélix font l'éloge du fascisme et du nazisme. [content] =>Obélix est un homme violent. Astérix est un drogué. Et ces deux-là tabassent les artistes. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un intellectuel français, le réputé philosophe Michel Serres. Selon lui, les albums d’Astérix et Obélix font l’éloge du fascisme et du nazisme.
Dimanche dernier, à France Info, Michel Serres a carrément accusé nos irréductibles Gaulois d’être d’horribles modèles pour la jeunesse. «Mettez ces albums entre toutes les mains et vous en ferez des adeptes de la violence, de la drogue et du mépris de la culture».
Quand j’ai entendu ce grand esprit, je l’ai trouvé pas très sympathix et un peu hystérix. Et j’ai même trouvé qu’il avait… une idéfix. Il a analysé les albums d’Astérix (signé Goscinny et Uderzo) avec un regard complètement politically correct!
Quand les villageois prennent de la potion magique préparée par le druide Panoramix, vous et moi on trouve ça drôle. Mais ça ne fait pas du tout rigoler Michel Serres. «La potion magique n’est rien d’autre qu’une drogue», affirme-t-il. Et selon lui, Astérix n’est pas meilleur que les cyclistes ou les coureurs dopés qui se shootent pour avoir une meilleure performance physique.
Obélix adore foutre des baffes aux soldats romains et les habitants du village gaulois sont toujours en train de se battre. C’est marrant. Mais Michel Serres dénonce le fait que dans le village du chef Abraracourcix «tous les problèmes sont résolus à coups de poing». Et comme selon lui, «la force physique, c’est fasciste», il en conclut qu’Astérix et Obélix sont des fachos.
Vous avez avalé votre café de travers? Attendez, vous n’avez pas fini.
Les 325 millions de fans d’Astérix savent que les albums se terminent toujours de la même façon: lors d’un grand banquet, tous les Gaulois festoient. Dans un coin, le barde Assurancetourix qui chante faux est bâillonné et suspendu à un arbre. Michel Serres trouve ça scandaleux: «c’est le mépris forcené de la culture!» Et il va même jusqu’à comparer nos amis Gaulois au nazi Hermann Göring qui déclarait: «quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver».
Heureusement que Michel Serres n’a pas fait une analyse de la chanson Le pouding à l’arsenic tirée d’Astérix et Cléopâtre, il aurait été capable de nous dire que c’était un complot terroriste!
Vous avez entendu parler du bouquin Le petit livre bleu? Antoine Bueno y affirme que les Schtroumpfs est «un archétype d’utopie totalitaire empreint de stalinisme et de nazisme».
On ne peut même plus schtroumpfer en paix. Après les petits êtres bleus qui se font traiter de nazis, c’est Astérix et Obélix qui y passent.
Là, les intellos, ça va faire. Peut-on s’il vous plaît lire nos petits comiques innocents, drôles et naïfs sans devoir se taper vos analyses socio-politiques?
J’ai des petites nouvelles pour vous. Les douze travaux d’Astérix, ce n’est pas Mein Kampf!
Même Sigmund Freud trouvait qu’on ne pouvait pas toujours tout analyser pour y trouver un sens caché. Il disait: «parfois un cigare est juste un cigare».
Et je rajouterais: «parfois un sanglier est juste un sanglier».
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Je suis entièrement en accord avec Victor-Lévy Beaulieu quant à son boycott des Gémeaux. [content] =>Hier soir se tenait le gala des fameux prix Gémeaux devant décerner des récompenses aux meilleurs de l'industrie canadienne de la télévision.
En passant, je suis entièrement en accord avec Victor-Lévy Beaulieu quant à son boycott de l'honneur qu'on lui faisait en regard de l'importance de son apport au monde théâtral télévisuel québécois.
Victor-Lévy est notre Kérouac et notre Molière à nous, Québécois. De lui remettre son prix en cachette, hors d'ondes, un peu comme on fait la distribution de moulée aux cochons, nous donne une solide indication quant à l'importance de la culture québécoise télévisuelle dans le vaste ensemble culturel anglo-saxon canado-américain.
Je viens tout juste de voir et d'entendre ce cher Martineau, copie du quotidien The Gazette en main, nous indiquer d'un index indigné, que la une de ce journal anglophone ne parle pas des Gémeaux mais plutôt des Emmys, dont le gala se tenait hier soir en même temps que celui des Gémeaux.
Ça, on le savait depuis longtemps que la Ville de Montréal, autrefois appelée Ville-Marie, n'était pas bondée de patriotes. En fait, depuis la reddition de la colonie à l'armée d'occupation anglaise par Monsieur le Marquis de Vaudreuil, acculé à cette infamante décision par les marchands de Montréal craignant pour leurs biens. Quoi qu'il en soit, tempus fugit!
Voilà-t'y pas que tout ça rappelle que moi aussi j'ai déjà reçu un prix Gémeaux, conjointement avec Messieurs Michel Lamothe, Roger Belval, Johnny Gravel et posthumement, Gerry Boulet, pour notre prestation d'une commémoration de La Messe des Morts à l'Oratoire Saint-Joseph de Montréal le 2 novembre 2002. Ce prix prestigieux, nous l'avions reçu pour la tenue du meilleur show de variétés de l'année au Canada, d'un océan à l'autre.
Évidemment, nous ne fûmes pas invités à cette cérémonie hors d'ondes elle aussi, même si nous en étions les créateurs et les artisans reconnus depuis 1972. Notre producteur Jacques Fortin fut le seul invité à la remise du prix, au nom de Pixcon TV, compagnie productrice de l'évènement.
Personne ne sait que nous avons été la meilleure émission de variétés au Canada pour l'année 2002. Personne ou presque! Pourquoi? Mais voyons! Parce que la remise du prix s'est déroulée hors d'ondes!
Nous aurions mérité une remise pancanadienne, potentiellement vue par plus de 2 millions de téléspectateurs! La télédiffusion de La Messe des Morts du rituel liturgique romain, livrée en Grégorien par les rockeurs-fondateurs d'Offenbach n'est pas un évènement télévisuel banal, n'est-ce pas? Comme ne l'est pas et plus encore, la contribution exceptionnelle et extraordinaire de Victor-Lévy Beaulieu à l'excellence de notre culture télévisuelle québécoise.
Combien y a-t-il de Québécois qui ne savent pas que je suis le compositeur d'un requiem qui ne sera sans doute jamais joué par l'Orchestre symphonique de Montréal? Combien y a-t-il de Canadiens qui ne savent rien de Victor-Lévy Beaulieu? Mais quand va-t-on sortir du ghetto! GET IT OUT OF THE GHETTO BOYS! GET IT OUT OF THE GHETTO!
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Ça se passe au Kingdom-Gentleman’s Club, boulevard St-Laurent. Ça s’intitule Danse à 10. Mais si vous allez voir se spectacle, allez-vous passer pour un vieux cochon voyeur ou pour un brillant amateur d’art contemporain?
Personnellement, je trouve par ticulièrement brillants les huit chorégraphes qui ont eu l’idée de ce spectacle. En montrant des danseuses professionnelles dans le cadre d’un bar érotique, ils nous forcent à réfléchir à l’hypocrisie de notre société en matière de nudité.
Quand une danseuse érotique se met à poil devant un groupe de motards dans un bar de Brossard, on dit que c’est une travailleuse du sexe qui vend son corps. Mais quand une danseuse de la troupe de Marie Chouinard se met toute nue devant un groupe d’intellectuels dans une salle de spectacle du Plateau Mont-Royal, on dit que c’est une grande artiste qui explore les limites de son intimité spatio-temporelle.
Je me suis toujours demandée pourquoi il y avait deux poids deux mesures en matière de tout nus. D’un côté la nudité respectable, de l’autre la nudité détestable.
Il y a quelques années, en 1983, la performeuse Annie Sprinkle était venue donner un spectacle au Club Soda. Cette féministe, ex-prostituée, star du porno avait présenté son spectacle dans lequel elle peignait avec ses seins énormes des oeuvres vendues ensuite dans les galeries d’art. Juste en face, il y avait un bar de danseuses, où des Linda et des Jessica se mettaient elles aussi à poil.
D’un côté de la rue, une fille qui montre ses nichons, c’est considéré de l’art. De l’autre côté de la rue, une fille qui montre ses seins, c’est considéré du cul.
Tout ça me fait penser au film My Little Princesse, qui a énormément fait jaser en France cet été. Ce film mettant en vedette Isabelle Huppert raconte la vraie histoire de la réalisatrice Éva Ionesco.
Quand elle était toute petite, dans les années 1970, sa mère la photographiait nue dans des poses très explicites et vendait ses oeuvres à des collectionneurs. À 4 ans, elle faisait des photos à la limite de la pédophilie.
Mais, les plus grands intellectuels s’extasiaient devant ces images de petite fille en jarretelles parce que sa mère Irina Ionesco était… une grande artiste.
En parlant justement de nudité, vendredi dernier, je m’en prenais avec humour à tous ces artistes québécois qui se sont fait photographier nus pour une bonne cause, comme viennent de le faire 17 personnalités dans la campagne pour Centraide.
Imaginez-vous qu’en France, il y a 15 professeurs qui ont posé nus pour un calendrier pour protester contre «le dépouillement de l’école» et dénoncer le fait que dans leur pays «l’école est nue».
Ça va peut-être donner des idées à quelques personnes au Québec. Les gens de la construction pourraient eux aussi poser nus devant des tractopelles ou suspendus à une grue pour nous prouver qu’ils n’ont… «rien à cacher».
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[slugline] => [byline] =>Est-ce qu’il reste encore quelqu’un dans le bottin de l’Union des artistes qu’on n’a pas vu tout nu?
Il me semble qu’il y à peu près juste Pierre Bruneau, Janine Sutto et le Bonhomme Carnaval dont on n’a pas encore vu les fesses.
Isabelle Boulay, Boom Desjardins, Caroline Dhavernas, Mitsou et Abeille Gélinas, Patrice L'Écuyer, Laurence Leboeuf, Luc Picard, Joannie Rochette, Guylaine Tremblay, Jean-Nicolas Verreault, Annie Villeneuve et les membres du groupe Simple Plan viennent de poser nus pour Centraide.
Catherine Pogonat l’avait déjà fait pour le calendrier d’Artv. Mara Tremblay l’a fait pour la couverture de son album Tu m’intimides. Anne-Marie Losique le fait sur le calendrier Vanessa… et tous les autres mois de l’année aussi.
Virginie Coosa s’est complètement déshabillée en 2008 pour le magazine Pure. Mais, bizarrement, elle a posé toute habillée pour le magazine érotique pour hommes Summum.
Il y a deux ans, Karine Vanasse, Anne-Marie Cadieux, Mélanie Maynard, Caroline Néron, Sophie Cadieux, Julie Ménard, Anne-Marie Losique, Amélie B.
Simard, Catherine Yale, Marie-Johanne Boucher, Marie-Luce Béland, Élizabeth Dupéré et Caracol l’avaient fait pour le magazine Clin d’oeil et la cause du cancer du sein.
Même moi, je l’avoue, j’ai montré mon sein gauche, pour la cause de l’allaitement…
C’est plus une colonie artistique, qu’on a, c’est un camp de nudistes !
Qu’est-ce qu’il y a dans l’eau du Saint-Laurent pour que nous, les Québécois, on soit rendus un peuple de tout nus? Tout le monde se prend pour Samantha Ardente?
Le premier qui se met à poil, ça choque l’imaginaire. Le deuxième, ça provoque une réaction. Mais si tout le monde est prêt à montrer ses fesses pour aider son prochain, si tout le monde montre ses seins pour passer pour un saint, ça ne provoque plus rien du tout.
C’est rendu tellement banal maintenant de poser sans bobettes que dans la prochaine campagne publicitaire choc pour une cause humanitaire on va voir des artistes … TOUT HABILLÉS! Ça, ça va frapper l’imaginaire, mes amis!
Je vois déjà l’affiche. «Exclusif: Anne-Marie Losique porte un col roulé pour une bonne cause!». «Images-chocs: Caroline Néron n’enlève PAS le haut!» «Provocante: Mitsou porte un anorak et une tuque et amasse 40 000 $ pour les enfants malades».
En montrant 17 vedettes sans vêtements, Centraide a vraiment pris au pied de la lettre l’expression «déshabiller Paul pour habiller Jean».
Mais je ne suis pas sûre qu’ils vont convaincre bien des gens de donner des sous pour les pauvres après avoir vu les foufounes de Boom Desjardins.
Le slogan de la campagne Centraide est: «En dessous, on est tous pareils». Mais tous ceux qui sont photographiés sont jeunes et beaux. Désolée, mais c’est justement la preuve qu’en dessous, tout le monde n’est pas pareil! Ils n’ont pas pris des flasques et des adipeux.
Moi, tant qu’à voir des tout nus, je veux voir de la cellulite, des vergetures, des poignées d’amour, des bedaines de bière et du gras de bras. Ça, ce serait une campagne audacieuse qui nous ferait réfléchir.
Tout le monde tout nu, d’accord, mais tout le monde égal.
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Il n’est même pas question de la disparition du français comme langue commune, dans l’étude de l’Office de la langue française. On y révèle seulement que les Montréalais qui parlent français À LA MAISON seront minoritaires vers 2031.
Je serais tenté de dire: So what?
Alors qu’il était ministre de la Justice sous Lester B. Pearson, Pierre Elliott Trudeau avait présenté un projet de loi qui autorisait le divorce et décriminalisait l’homosexualité et l’avortement.
«L’État n’a pas d’affaires dans la chambre à coucher de la nation», avait-il alors déclaré.
Pourquoi ça serait différent pour la langue, en autant elle soit parlée dans l’espace public?
Car c’est là le coeur du problème. Au même titre que les symboles religieux, burqa et compagnie ne sont pas la religion, on fait mal la différence entre la langue commune, la langue du forum, et la langue maternelle.
La foi est une affaire personnelle. L’espace public devrait être laïc. Point, à la ligne.
La langue pratiquée à la maison est également une affaire personnelle, qui tient des origines culturelles ou des choix de vie. Je suis certain qu’il y en a qui parlent Klingon dès qu’ils rentrent du boulot.
Mais si l’espace public est francophone, si l’affichage est en français, si la langue d’enseignement est le français, quel mal cela me fait-il qu’autour d’un souper de Ramadan on rigole en arabe?
Le véritable problème est qu’on a dépensé plus d’énergie, au cours des quarante dernières années à craindre pour la survie du français qu’à l’enseigner décemment. Je répète les chiffres: 49 % d’analphabètes fonctionnels au Québec. La moitié de la population n’est pas capable de lire une boîte de céréales. Dans le tas, ils sont nombreux qui ont traversé le primaire et le secondaire sans avoir appris à lire. De toutes origines confondues.
Ce que je constate, ce n’est pas l’échec de la langue française à s’installer durablement en Amérique du Nord, c’est l’échec de nos gouvernements successifs (péquistes y compris) à instaurer un système d’éducation qui sait l’enseigner et en dévoiler toutes les richesses.
Conclusion: on est meilleurs chialeurs que professeurs.
Mais voilà: peu importe dans quelle langue il chiale, on a tendance à fuir le chialeur. Parce qu’il est chiant, pas agréable à écouter, geignard, victime.
Le chialage n’est pas sexy.
Et ça s’adonne qu’ici, on chiale en français.
Deux livres lus cette semaine montrent pourtant toute la force d’une langue qui est forte et vive et belle et séduisante. Arvida, de Samuel Archibald est un recueil de nouvelles dont la majorité des textes s’apparente aux contes que revisitent depuis quelques années les Fred Pellerin et compagnie. Hauts en couleurs, vifs, ils offrent à la lecture des personnages qui ne sont pas des anges ni des démons, mais des hommes et des femmes opiniâtres qui tentent de leur mieux de se débrouiller dans un monde imparfait.
La majorité des textes se passent dans ou autour de la ville d’Arvida, du nom du fondateur d’Alcoa, ARthur VInning DAvis. La majorité des textes, mais pas tous, ce qui rompt un peu la magie. On s’arrache, on ne sait trop pourquoi, à cet univers particulier d’une ville conçue et pensée pour les travailleurs de l’aluminium, une sorte de ville-concept un peu bizarre, quand on sait à quels points les humains destinés à l’habiter ne sont pas des concepts. Mais c’est un petit défaut pour un livre d’un jeune homme né en 1978 qui possède de grands dons.
Un autre jeune homme, Ryad Assani-Razaki, né, lui, en 1981, au Bénin, a écrit, en français, un extraordinaire premier roman qui lui a mérité le prix Robert-Cliche. La Main d’Iman (L’Hexagone, 324 pages) est en gros l’histoire de trois générations nées dans un pays d’Afrique, aux prises avec un atavisme culturel et religieux qui les empêche de se rêver un monde meilleur que celui, misérable, où l’ont jeté l’impérialisme colonial, les dictateurs successifs, le racisme, la pauvreté endémique et la violence institutionnalisée. Le représentant de la troisième génération, Iman, sera le seul à pouvoir se déprendre du poids culturel qui pèse sur lui pour commencer à espérer mieux. Mais ça ne se fera pas sans mal.
C’est un très grand premier roman.
Et si la moitié des Québecois de toutes origines savaient un peu mieux lire, ils verraient dans le recueil d’Archibald et dans le roman d’Assani-Razaki toute la puissance d’une langue qui ne porte pas pour tous les mêmes vêtements et ne mangent pas les mêmes plats.
L’un est né ici, à Arvida fusionnée depuis à Jonquière. L’autre est né à Cotonou, en Afrique Occidentale. Mais tous deux cherchent à exprimer la violence et la beauté, l’espoir et la force, l’amour, dans une langue qui est riche et puissante et rassembleuse.
Ces livres-là, et bien d’autres, si nous savions lire plus qu’à moitié, seraient de véritables french kiss. Et nos sens affolés par le désir d’une langue nous pousseraient à la parler en retour.
Mais nous ne savons lire qu’à moitié. Alors, nous chialons sur la disparition du français.
Et le chialage, ce n’est pas un french kiss, c’est le baiser de la mort.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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Dans le texte La Honte, publié aujourd’hui, deux ans après sa mort, elle s’en prend à Guy A. Lepage qui l’aurait «humiliée» lors de son passage à Tout le monde en parle le 16 septembre 2007.
Il y a un juste un problème. Ce soir-là, Guy A. n’était pas un loup. C’était un agneau!
Nelly décrit son passage à l’émission comme une véritable torture, une sorte de Dîner de connes dont elle aurait été la victime. Elle dépeint Guy A. comme un «pou», au visage «autiste» posant des questions «haineuses».
Ouch!
En m’installant pour visionner l’émission de 2007, j’étais certaine que j’allais assister à une vraie séance de «demolition derby». Avec la pauvre Nelly au milieu d’hommes en rut. J’étais certaine que j’allais voir un Guy A. super baveux, prêt à sacrifier la brebis Arcan à l’autel des cotes d’écoute.
J’ai vu Guy A. interviewer respectueusement une jeune femme extrêmement intelligente, parfaitement capable de se défendre comme une grande. Je l’ai entendu présenter aux spectateurs un résumé des thèmes de l’oeuvre d’Arcan puis lui donner la chance de s’expliquer et de préciser sa pensée… devant 2 millions de personnes.
Après avoir vu l’émission, j’étais convaincue d’une chose: Nelly Arcan devait être furieuse… contre Dany Turcotte. Parce que ce soir-là, il a osé la placer devant ses multiples contradictions.
Quand Arcan a dénoncé le fait qu’on vit dans un monde de «consommation de la féminité», Turcotte lui a répliqué, poliment, «Vous le dénoncez, mais en même temps vous l’entretenez». À la fin de l’entrevue, Turcotte lui a remis sa traditionnelle petite carte. « ans vos livres, vous dénoncez le culte de la beauté, la chirurgie plastique et le désir de plaire à tout prix. On peut donc conclure que votre devise est: "Faites ce que j’écris, mais pas ce que je vis"».
Eh bien! Le fou du roi n’est pas si fou. Il a mis exactement le doigt sur le bobo: dénoncer la chirurgie plastique quand on s’est fait refaire les seins, le nez, alouette, c’est comme dénoncer la violence dans les sports en frappant votre voisin en pleine face.
Nelly Arcan a toujours joué sur les deux tableaux. Elle écrivait Putain, mais se plaignait qu’on lui rappelle son passé de prostituée. Elle jouait à fond le jeu de la séduction, mais se plaignait que les hommes tombent sous le charme de son physique et pas de son intelligence.
Elle portait à TLMEP une robe décolletée montrant d’énormes seins en silicone, mais se désolait que Martin Matte louche en la regardant.
Le texte de Nelly Arcan aura au moins eu un mérite: celui de nous rappeler que la télé est un monstre.
Un monstre fabuleux quand il fait découvrir à 2 millions de personnes une jeune auteure au talent fabuleux. Un monstre cruel quand il expose à la face du monde les contradictions flagrantes d’une jeune femme perdue, qui aurait préféré que tout le monde n’en parle pas.
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Je venais à peine de saluer le résiliant Steve Faulkner lorsque le pérennial Armand Vaillancourt vint s'asseoir à la table que je partageais avec le très intense Yvan Giguère, frère des passionnarias socioculturelles Diane et Nicole. Hors donc, voilà cet homme debout, droit comme un menhir, solide comme un roc, aux yeux pétillants de glace bleutée de malice, ce Québécois exemplaire qui mène sa vie comme ses ancêtres ont mené leurs grands canots chargés de fourrures, et ensuite ont mené leurs charrues à l'unique soc fendant la terre dure comme la proue de leurs barques à rames fendait l'eau du Saint-Laurent.
«J'peux-tu m'asseoir?» - dit ce bel homme au visage taillé dans le granit gris-rosé des montagnes appalachiennes
«J'peux bin rester d'boutte, j'veux pas vous déranger, ch't'encore jeune!»
Un franc sourire dévoilait un double glacier de belles dents blanches aussi régulières et inexorables que ce Québécois qui vit l'artisterie comme nos anciens vivaient solidement leurs vies d'enracineurs de peuple sur le bouclier canadien. Une barbe de coquetterie! Joliement touffue et diaphane comme les nuages entourant la pointe du Mont-Mitchell des Appalaches, culminant à plus de 6000 pieds d'altitude.
Heureux de voir le célèbre Armand Vaillancourt s'installer devant moi, je vidai un petit restant de Belle Gueule et m'apprêtais à lui demander comment il allait lorsqu'il entâma la conversation du magnifique accent des Métis canadiens-français de la première génération née en Nouvelle-France.
«T'aurais pas dû refuser mes dents! Tu es trop orgueilleux!»
«T'as raison, mais Armand, l'orgueil ça s'use avec les années. Asteur, à 67 ans j'ai remplacé ça par la fierté!»
«Je l'sais, j'en ai 82! Prendrais-tu une autre bière? J'te l'avais dis que j'donnerais une p'tite sculpture à mon dentiste pour qu'il te fasse des dents aussi belles que les miennes! Tu m'as pas rappelé toué homme-soleil!»
Et notre conversation se poursuivit sur le thème de nos nombreux enfants. Il en a sept et j'en ai huit! Partageant notre satisfaction émerveillée quant au comportement de nos derniers-nés, lui son Alexis et moi mon BBLou, alors que je lui racontais les habiletés de Lou au hockey, Armand sortit un petit porte-feuille d'un poche de chemise, en extirpa deux billets de cent dollars et me les offrit sans tambour ni trompettes en disant: «C'est pour le hockey de ton fils! Je l'sais que ça coûte cher! Donnes-y là!»
Sans plus ajouter, cet homme flamboyant de noble simplicité se leva et sortit après m'avoir remis un carton d'invitation à son exposition intitulée On n'a pas de printemps à perdre!. Sans plus tarder, j'accélérai jusqu'au métro Mont-Royal, m'y engouffrai dans la cohue de fin de journée et entrant au logis, je brandis fièrement la liasse de deux billets de cent dollars devant les grands yeux de Lou: «C'est un cadeau d'Armand Vaillancourt pour aider à payer ton hockey. Ça tombe bien, on avait $175 de préinscription à payer tantôt avant ton camp Élite BB.
«C'est qui ça Armand Vaillancourt?
«Grouille-toi j'ai faim et on part à 19 h 30 pour l'arén.»
Alors que je faisais frire de petits filets de perchaudes fraîchement pêchés en Haute-Matawinie, je racontai à mon fils cadet le grand homme qu'était Armand Vaillancourt et l'exploit qu'il avait réalisé autrefois à l'émission de Lise Payette à l'antenne de Radio-Canada. Il en a rigolé un bon coup!
L'exposition actuelle d'Armand se tient jusqu'au 18 septembre, au 305 rue Sainte-Catherine Ouest, 2è étage, au 514-288-8882, galerieloungetd.montrealjazzfest.com.
Tiens! Il paraît que Diane Dufresne y expose aussi...
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R - Ça fait 10 ans qu’on vit avec des téléréalités. Je fais un parallèle avec les chips. Au début, il y avait deux sortes de chips et beaucoup de légumes. Aujourd’hui, il y a une allée complète de chips. Les téléréalités, avant, il y en avait deux. Maintenant, le supermarché est rempli de chips téléréalités.
La téléréalité s’est installée dans nos vies et je me demande à quel point on est conscient de la dérive des symboles qu’on y trouve. Il y a deux grands choix que tu fais dans ta vie : le métier que tu vas exercer et ton choix de partenaire. Mais là, dans un de ces deux choix, on s’en remet à un jeu!
Il n’y a aucun niveau de maturité. Ce sont des gens de 22 ans qui parlent comme des gens qui ont 12 ans d’âge émotif. Des enfants dans des cor ps d’adultes. Si j’avais une fille, je ne voudrais jamais qu’elle soit là-dedans. Je capoterais que mes fils soient dans une situation où ils rencontreraient la femme de leur vie en jouant à la bouteille.
On prend ces gens-là et on en fait des vedettes. Au Québec on a besoin de modèles masculins. Ça fait 20 ans qu’on en parle. Mais les Ginos dans tous ces genres d’émissions-là, quel genre de modèle masculin représentent-ils?
R - J’ai écrit un personnage de gars tout croche parce que c’est comique. Ce n’est pas un porte-parole que je propose. En humour, je travaille avec des personnages anormaux, des gens qui sont à l’écart. Pour faire des films intéressants, il faut des gars qui se transforment.
Mais les participants aux téléréalités, on les chosifie, on leur crée à leur insu un personnage. On mélange le spectateur, surtout les enfants. Le danger c’est qu’un enfant de 10 ans puisse s’identifier et se dire: «Moi, je suis comme le gars à la télé.»
R - On vit dans une civilisation qui a hérité du Siècle des Lumières l’idée que, peu importe ton niveau social, que tu sois riche ou pauvre, tu peux avoir une vie culturelle riche. On vient de payer 300 millions $ pour une salle de concert de l’OSM, c’est cette idée-là qui est derrière. On a des bibliothèques gratuites. On se dit qu’en tant qu’adultes, c’est notre rôle d’offrir aux enfants la plus grande palette possible de stimuli pour qu’ils fassent les meilleurs choix possible. Pas besoin de triper sur le ballet pour avoir un niveau de culture, il suffit que savoir que le ballet existe, quels sont les codes. Il y a une culture qui élève, qui enseigne. Et une autre qui ne le fait pas.
C’est sûr que Jackass, c’est des chips. Et tu ne peux pas nourrir tes enfants avec des chips, même si, de temps en temps, à Noël, tu leur en donnes et que c’est drôle.
Je me questionne sur ma responsabilité d’artiste. Quand est-ce que je contribue à une culture qui élève et quand estce que je contribue à une culture qui n’enrichit pas les gens? Il faut que je me pose cette question parce que je suis jugé sur les choix que je fais. Où je mets mon talent?
R - On tombe dans le discours de ceux qui disent: «Ce qu’on ne comprend pas, ça ne nous tente pas de l’apprendre.»
R - Ah oui, ça vient de ses poches? Elle est bien riche! C’est avec ses taxes à elle? Elle fait un c... de bon salaire pour payer à elle seule les subventions de Margie Gillis! Je pense qu’il n’y a pas une cenne de ses poches qui a servi à payer Margie Gillis. Si il y a une cenne de mes poches qui sert à financer la danse moderne, je suis capable de me le permettre: j’ai donné trois piasses à un sans-abri aujourd’hui!
Krista Erickson a-t-elle lu le rapport qui dit qu’on finance des entreprises à coups de 200 millions pour qu’elles restent au Québec et conserver 14 emplois?
R - Le paradoxe, sur scène, c’est que plus je fais bien mon métier, plus il a l’air facile. C’est le paradoxe de la danseuse de ballet. Ne va pas me dire que faire des pointes, c’est confortable. Sinon elle marcherait comme ça. Il n’y a personne qui fait des pointes en faisant son épicerie. Mais sur scène, ça a l’air facile.
Tous les comédiens qui, il y a 20 ans, ne connaissaient pas l’humour parce que c’était un nouveau milieu, se disaient: «Mon Dieu que ça a l’air facile.» Ils ont tous essayé et se sont plantés. À chaque fois il faut qu’ils attendent de saigner du nez pour avoir du respect pour ce qu’on fait. Alors que moi je sais fort bien que je ne suis pas fait pour jouer Hamlet. Même s’ils sont eux-mêmes des artistes, ils sont eux aussi tombés dans le panneau du «moi aussi, je suis capable».
R - Que ce soit mineur ou majeur, je m’en fous! Ça ne changera pas l’heure à laquelle je me lève pour le faire. Mais c’est un travail, que tu fais pour le monde. Et quand on essaie de créer une distance entre moi et le monde, alors que c’est pour eux que je travaille, je trouve ça triste.
Heureusement, ils ne réussissent pas à nous distancer et le public garde un lien très étroit avec les artistes. Au Québec, le fait que notre société n’implose pas, c’est parce qu’on a une culture. Sinon, on ouvre les vannes et on va tous travailler à Baltimore parce qu’ils nous offrent 10 % de plus en salaire.
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J’ai eu la chance d’être aux premières loges du concert d’inauguration de la Maison symphonique de l’OSM. Et j’ai eu l’impression de vivre un moment historique que je ne suis pas prête d’oublier. Ça n’arrive pas souvent dans une vie d’assister aux premiers battements de coeur d’une salle de spectacle.
Mais j’ai surtout eu l’impression ce soir-là que le Québec prenait enfin sa place comme centre culturel d’envergure internationale.
Premier coup de coeur: le verre et l’acier de l’édifice, le design branché des espaces publics et la lumière mauve qui baigne les lieux.
Deuxième coup de coeur: la salle elle-même, un écrin de bois, couleur sirop d’érable, chaleureux et accueillant. On n’est pas du tout dans un endroit guindé et intimidant. Pensez plutôt à l’intérieur d’un très beau bateau. Du balcon où j’étais, juste au-dessus de la scène, j’avais presque l’impression d’être assise sur les genoux des excellents musiciens de l’OSM.
Troisième coup de coeur: la signature québécoise omniprésente. Le hêtre qui recouvre les murs vient de Gatineau. Les autres matériaux de construction sont de production québécoise. L’orgue qui trône derrière l’orchestre est un Casavant. Cette maison symphonique, c’est comme le fromage Petit Québec: «Y’ a un peu de nous là-dedans».
En 1963, lors de l’inauguration de la Place-des-Arts, des manifestants nationalistes avaient traité l’endroit de «Place des autres», un endroit où les «Canadiens-Français» ne se sentaient pas chez eux. Mais la maison symphonique, c’est tout le contraire: c’est «notre maison à nous autres».
L’acoustique de la salle est d’une telle qualité qu’on aurait entendu une mouche voler quand Marc Béland a lu un texte de Wajdi Mouawad. «Il y a de cela quelques décennies, les assassins du XXe siècle ont su, eux aussi, s’asseoir sur des sièges tout neufs pour apprécier avec finesse les grandes symphonies. La beauté ne les a pas empêchés de brûler l’humanité au four de leur bestialité».
Merci Monsieur Mouawad de nous rappeler que les pires nazis étaient de grands amateurs de musique classique. Ça, ça met de l’ambiance dans un party symphonique!
En terminant, vous demandez-vous parfois pourquoi il n’y a pas beaucoup de femmes qui ont des chroniques d’opinion au Québec? C’est parce qu’elles finissent toutes, un jour ou l’autre, par se faire traiter de chienne ou de salope.
Mercredi, sur Twitter, un internaute m’a traité de «pute» parce que j’avais écrit un texte sur le manque de transparence de Radio-Canada. (Il ne savait sûrement pas que le jour même The Gazette publiait un éditorial vitriolique intitulé «Radio-Canada ne devrait pas utiliser notre argent pour combattre la transparence».)
En 2011, les machos sont encore bien vivants! Quand une femme n’a pas sa langue dans sa poche, ils l’accusent de faire des pipes à son patron.
Depuis que je suis chroniqueuse d’opinion, j’ai le plus grand respect pour les pionnières, Denise Bombardier, Hélène Pednault, Geneviève St-Germain. Elles ont eu le courage de conjuguer au féminin l’expression «avoir une grande gueule». Et elles aussi, elles en ont payé le prix en insultes sexistes.
Suivez Sophie sur twitter.com/sophiedurocher
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J’y ai beaucoup repensé en lisant La vie d’un homme, l’énorme biographie que Pierre Nepveu lui a consacrée (Boréal, 900 pages).
Car si l’ombre de Miron s’est étendue depuis soixante ans sur le Québec littéraire, je me suis aperçu que j’en savais bien peu sur lui. Avec la biographie de Nepveu, plus d’excuses, tant c’est documenté. Peut-être même un peu trop, cette vie d’homme se trouvant par moments ensevelie par une recherche si abondante qu’on peine un peu à avancer.
Il fallait une somme pour un tel homme, c’est chose faite. Miron a été immense, sa poésie l’est toujours.
Pourtant, ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point le monde dans lequel est né et a grandi Miron n’existe plus. Né dans la roche des Laurentides, élevé sous le regard de Dieu, portant un temps la soutane, Miron est devenu un homme de lettres à une époque où cela signifiait encore quelque chose.
Mais qui, de nos jours, peut bien se vanter d’être un homme ou une femme de lettres? J’imagine mal Miron twitter ou mettre à jour sa page Facebook.
Je lisais sa vie, et j’ai eu l’impression tout au long de dire adieu à un monde ancien, celui qui m’a vu naître, et qui n’a plus lieu d’être. Un monde de revues littéraires et de recueils composés à la main.
J’ai commencé cette lecture alors que mes enfants retournaient en classes après deux mois de grosse vie sale. Mon fils, pour l’occasion, avait trente kilos de matériel scolaire sur le dos et les jambes un peu molles. J’ai fait avec lui le trajet en métro. À un coin de rue de sa nouvelle école secondaire, il m’a dit: «Bon, là c’est bon», et il a continué seul, le dos bien droit. Je l’ai quitté sans un baiser, j’ai changé de trottoir et je l’ai observé du coin de l’oeil. Ils étaient une dizaine du secondaire un qui, arrivés trop tôt, faisaient le piquet devant l’entrée, sans se parler. J’ai tourné le coin en lui souhaitant silencieusement bonne chance.
Une nouvelle vie commence pour mon Jules, 12 ans la semaine prochaine. Et quand bien même je voudrais l’accompagner dans son périple, je suis limité par mon appartenance à une culture du livre et des lettres qui n’a plus rien à voir avec la manière dont est dorénavant pensé le monde. Jules est né devant un ordinateur, et navigue depuis toujours dans un monde infini et labyrinthique où se terrent tous les savoirs.
Je ne sais plus où j’ai lu que la mémoire des internautes a connu une forme de mutation. On ne stocke plus autant l’information dans notre cerveau. Ce dont on se souvient, par contre, c’est le chemin pris pour accéder à l’information.
Nous vivons une grande révolution. Une mutation, comme le mentionne le philosophe Michel Serres dans un entretien donné au quotidien Libération, dont je vous recommande la lecture. (http://www.ecrans.fr/Petite-Poucette-la-generation,13234.html).
«Car j’ai compris avec le temps, en quarante ans d’enseignement, qu’on ne transmet pas quelque chose, mais soi. C’est le seul conseil que je suis en mesure de donner à mes successeurs et même aux parents: soyez vous-mêmes! Mais ce n’est pas facile d’être soi-même.»
Miron n’a pas beaucoup publié. Mais il a beaucoup écrit. Surtout, il a inventé Miron.
Je ferai lire La Marche à l’amour à mon fils. Je me demande ce qu’il en retiendra.
Je m'en vais en délabre au bout
de mon rouleau
des voix murmurent les récits
de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans
ma force fracassée
ma force noire du bout
de mes montagnes
Miron a inventé Miron qui s’est rêvé poète. Je crois qu’il aurait été d’accord avec Michel Serres: ce n’est pas facile d’être soi-même. Ça prend toute une vie pour y arriver.
Et pour mon Jules, ça ne fait que commencer.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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Avez-vous suivi en direct le mariage royal le printemps dernier? Oui, sûrement. Mais savez-vous combien de votre argent la Société d’État a dépensé pour couvrir l’union du duc et de la duchesse de Cambridge? Non, et moi non plus.
Et si on se fie au comportement de Radio-Canada depuis quatre ans, la télévision d’État n’est pas prête d’ouvrir ses livres pour vous montrer ce que ça a coûté.
Même si Radio-Canada est soumise depuis peu à la Loi d’accès à l’information, comme d’autres sociétés de la Couronne, elle se comporte comme une entreprise privée qui n’a de comptes à rendre à personne.
Vous avez vu le sondage publié hier dans le Journal? 59 % des gens interrogés croient que Radio-Canada devrait être obligée de rendre publics tous ses documents, «à l’exception des sources journalistiques».
Les payeurs de taxe ont dit assez clairement qu’ils s’attendaient à ce que Radio-Canada soit plus transparente et plus imputable.
Mais seront-ils écoutés?
En 2010, le juge Richard Boivin de la Cour fédérale avait ordonné à Radio-Canada de fournir à la commissaire à l’information 16 documents. Radio-Canada en a appelé de cette décision pour empêcher la diffusion de ses documents. (Autrement dit, Radio-Canada utilise votre argent pour payer des frais d’avocats et vous empêcher d’avoir accès à ses informations).
Par curiosité, j’ai voulu savoir quels étaient ces papiers que Radio-Canada voulait garder sous cadenas.
Il s’agit entre autres :
— du budget publicitaire dépensé à Montréal pour annoncer l’arrivée de Patrice Roy au Téléjournal Montréal.
— du rapport des vérificateurs Deloitte & Touche sur la couverture des Jeux olympiques
— du budget dépensé par Radio-Canada pour… ses demandes d’accès à l’information!
D’un côté, les journalistes de Radio-Canada (comme Alain Gravel d’Enquête) se servent de la loi d’accès à l’information pour sortir des scoops juteux sur les Sociétés de la couronne. De l’autre, leurs patrons refusent de nous dire combien ça nous a coûté pour envoyer le directeur des services français suivre un cours de perfectionnement à Harvard!
Radio-Canada aime bien la Loi d’accès à l’information… quand ça l’arrange.
Dans le deuxième sondage sur Radio-Canada/CBC publié aujourd’hui dans le Journal, 95 % des gens interrogés ont été incapables d’identifier le montant exact de la subvention annuelle versée à la Société d’État. La bonne réponse est : un milliard cent millions. Ça fait 21 millions de dollars… par semaine.
Avec ce budget, Radio-Canada nous offre de la programmation de grande qualité. Des correspondants à l’étranger aux quatre coins du globe, des émissions d’affaires publiques, ça coûte cher. Mais on a aussi le droit de questionner certaines dépenses, non?
Lundi soir, Radio-Canada présentait la finale de l’émission Les Chefs. En quoi est-ce dans le mandat d’une télé publique de nous présenter une compétition entre cuistots pour savoir lequel des trois prépare le meilleur dessert? On se serait cru au Food Network!
Le rôle de Radio-Canada n’est pas d’offrir la même programmation que les télés privées, mais de nous offrir ce qu’on ne trouve pas ailleurs. Et à 21 millions par semaine, on s’attend à ce qu’ils nous disent comment ils dépensent notre argent. Ce n’est pas trop demander, chef?
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Comme vous le savez probablement, si vous avez été des témoins assidus, ma job de chroniqueur je la dois à la générosité de Pierre Karl Péladeau sensible à mes qualités de poète et musicien, de visionnaire, de patriote, de père de huit enfants, grand-père de trois petits-enfants et occulté par la clique culturelle et politique québécoise. Nous devons également l'autre moitié de notre survivance, mon fils cadet BBLou et moi, à la pérenniale amitié de René Malo, premier imprésario et l'éditeur perpétuel du catalogue d'Offenbach.
Ceci étant dit, je ne vous surprendrai pas en vous avouant que l'année 2010-2011 fut particulièrement ardue pour ma famille et moi, puisque j'ai eu à surmonter l'atroce colère et le dégoût de persister que m'a sucité le visonnement du film Gerry. Mais on est fait fort chez les Harel-Laroche. Je suis le fils de Mignonne Laroche que diable! Le flot rouge des Bretons, des Normands, des Ueshkarini et des Wendat bouillonne dans mes veines. Comme on le disait autrefois, bon sang ne saurait mentir!
À une certaine période, trois de mes quatre fils étaient en prison dont l'ainé, Tshiuetin, poète intense et François Villon des temps moderne. Il a fallu l'intervention de 14 policiers pour passer les menottes au jumeau Mukuman, force de la Nature. Il n'avait que démoli un bureau de poste de ses mains nues sur sa réserve natale, croyant que la postière retenait son chèque de BS.
L'autre jumeau, le colossal Nenemsut, avait oublié de mettre la goupille de sécurité lors de la subtilisation d'un gros bateau sur une remorque. Ce qui devait arriver arriva! La machinerie dans l'clos et mon fils en prison comme le chantait Félix! Le quatrième, Lou Maikan, bénédiction céleste, ne désire pas vouloir suivre la trajectoire délinquante de ses frères, réussit bien à l'école et joue au hockey Élite BB.
Du côté des filles ça n'était pas le calme plat non plus, quoique l'ainée Sheweketsu, policière autochtone, m'a fait grand-père d'un vif-argent nommé Uapishtan que je n'ai pas encore tenu dans mes bras faute de moyens d'aller à Sept-îles. C'est une femme courageuse qui rêve de mettre ses frères sous les verrous pour les rééduquer. La jumelle Shashteu, femme fulgurante, tenait un bar mal famé d'une poigne de fer et son onirique soeur Uasheshkun plantait des arbres dans la forêt boréale.
La cadette des filles, l'adorable Pukus, avait lié son sort à celui d'un batteur de femmes qui ne perd rien pour attendre la visite de son père et de ses frères. En passant, je me demande encore comment il se fait que pas un producteur québécois de télévision n'ait pensé à nous offrir une téléréalité «canayenne», selon le rêve de Monsieur de Champlain, en comparaison de laquelle celle d'Ozzie Osbourne aurait l'air de Bobino et Bobinette.
Quoi qu'il en soit, j'ai la ferme conviction que la société québécoise y perd considérablement à ce que ma famille et moi-même demeurions dans l'ombre. Le Québec en entier pourrait y retrouver l'esprit et l'âme de l'identité québécoise d'origine, alors que nous étions nous-mêmes des immigrants et que nous trouvions avantageux de fonder des liens familiaux féconds avec les Autochtones. C'était la «nouvelle race» dont parlait Monsieur de Champlain après un souper bien arrosé des compagnons de l'Ordre de Bon Temps. Nous en sommes, chers amis! Nous en sommes! Toujours vivants et fier de l'être!
Je vous remercie donc sincèrement d'avoir suivi mes élucubrations et je vous incite à fréquenter la nouvelle série TVA sur l'histoire des familles québécoises de Julie Snyder et Marie-France Bazot. Enfin un peu de lumière au bout du tunnel!
En terminant, je veux souligner le décès de Monsieur Jean Trottier, fondateur du Comité des jeunes de Rosemont il y a cinquante ans. Le CDJR est la plus ancienne organisation de hockey mineur au Québec, dont Jean Béliveau est le président honoraire. BBLou joue Pee-Wee Élite BB pour les Bombardiers de Rosemont du CDJR.
Que notre reconnaissance vous accompagne Monsieur Jean Trottier afin que vous organisiez dans l'au-delà le premier tournoi de hockey entre les Bleus du ciel et les Rouges de l'enfer...
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Vous risquez de prendre une méchante débarque.
Ce film français, qui prend l'affiche vendredi, raconte toutes les magouilles, les manoeuvres et les stratégies de Nicolas Sarkozy pour devenir président de la République. Et ce n'est pas beau à voir.
DANS LES COULISSES
Même si ce film raconte une histoire franco-française, la soif du pouvoir, l'ivresse de la conquête, et les coups de couteau dans le dos qu'il décrit sont assez universels.
La conquête de Xavier Durringer décrit l'ascension de Sarkozy, de 2002 à 2007, alors qu'il est nommé ministre de l'Intérieur, mais qu'il rêve de devenir président. Et qu'il est prêt à tout, mais vraiment tout, pour y arriver.
LE SARKO SHOW
On y découvre un homme qui n'a aucune vraie conviction sincère, mais qui dirige uniquement selon les sondages. En levant son petit doigt pour voir d'où vient le vent.
Sarkozy manipulateur: aussitôt nommé ministre, il an-nonce qu'il va se démener, faire l'actualité, être de tous les bulletins de nouvelles. Mais ce n'est absolument pas parce qu'il a à coeur de défendre la sécurité des citoyens ! C'est pour son bien à lui, pour faire avancer sa carrière et nourrir son ambition.
Sarkozy opportuniste: Quand il voit que les Français votent pour le Front national de Jean- Marie Le Pen, Sarkozy modifie son discours pour aller chercher des votes à droite. Une vraie girouette qui change d'idée comme il change de veston.
Sarkozy magouilleur: il n'hésite pas à appeler les patrons de presse pour réclamer une entre-vue dans un journal quand il a besoin de bien paraître ou pour faire éliminer son nom d'un article compromettant. Les journalistes mangent dans sa main.
Sarkozy comédien: il convoque les caméras pour se faire filmer en train de faire du vélo, du jogging, uniquement pour avoir l'air plus jeune que ses vieux adversaires. Il se fait filmer dans une usine en train de dialoguer avec des travailleurs, mais dès que les caméras sont éteintes, il les traite avec mépris.
Si ce film était une fiction racontant l'histoire d'un politicien qui n'a jamais existé, on dirait au scénariste qu'il exagère. Mais celui qui a écrit le scénario, Patrick Rotman, s'est documenté, basé sur des témoignages, et chaque virgule a été vérifiée par des avocats. Chaque phrase du film a réellement été prononcée.
Et c'est ce qui donne froid dans le dos. Parce que La conquête nous montre la politique comme un monde cruel, haineux et hypocrite. Des hommes et des femmes qui nous font croire qu'ils ont notre intérêt à coeur alors qu'ils ne font qu'avancer leur intérêt personnel. Et qui méprisent le peuple qu'ils prétendent servir.
Comme le dit si bien Nicolas Sarkozy dans le film: «La politique, c'est un métier de cons faits par des gens intelligents».
En terminant, le film La conquête est rempli de citations savoureuses. Ma préférée: le ministre Dominique de Villepin qui dit à propos des journalistes : «Au début, ils vous lèchent. Ensuite, ils vous lâchent. Et après... ils vous lynchent!»
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Pour faire la promotion du vaccin contre le VPH (virus du papillome humain), la seule tactique que notre ministère de la Santé a trouvée pour nous convaincre, c’est de nous faire peur et de nous culpabiliser. Selon eux, la seule alternative au vaccin, c’est … la ceinture de chasteté.
Dans une campagne sur le Web destinée aux parents de jeunes filles, une vidéo explique que pour protéger nos petites du VPH on a deux options : soit les faire vacciner soit leur imposer une ceinture de chasteté. Comme celle que les gentes dames portaient dans leur château pendant que leur mari chevalier partait guerroyer.
Il doit y avoir quelqu’un au ministère qui a passé trop de temps à jouer à Donjons et Dragons ou qui a assisté à un tournoi médiéval et qui n’en est jamais ressorti.
Cette vidéo est aussi subtile et nuancée qu’un coup de 2 par 4 derrière la tête. Elle est simpliste, paternaliste et infantilisante.
Et elle me fait penser aux pires idioties qu’on a répétées aux femmes depuis des siècles : soit tu es une bonne fille, soit tu es une guidoune. T’es une maman ou une putain. Soit tu es une gentille citoyenne (et tu te fais vacciner docilement sans trop poser de questions) soit tu as une sexualité débridée qu’il faut à tour prix contrôler avec une ceinture en métal (dont un homme détient la clé
Il n’y a dans ce message aucune nuance, aucune subtilité. C’est tout l’un ou tout l’autre. Mais pourquoi vouloir simplifier à ce point-là un dossier qui est pourtant complexe ?
Décidément, le gouvernement n’arrête pas de faire des pubs sociétales en nous parlant comme si on avait le quotient intellectuel d’un géranium. Arrêtez de nous parler comme si on était des bébés ! « Nous avons opté pour un ton léger et amusant qui permet de communiquer beaucoup d’information sans être trop médicaux », a expliqué au magazine Infopresse un des responsables de l’agence de pub qui a créé la vidéo.
Euh, s’cusez, mais on est capables de comprendre des termes médicaux ! Si on se rend sur le site du ministère de la Santé, c’est parce qu’on veut de l’information sur notre santé. Vous n’avez pas besoin de prendre l’information, de la mâchouiller pour en faire une bouillie et nous la faire avaler. Parlez-nous intelligemment et cessez de nous prendre pour des petits êtres fragiles à qui on ne peut parler de choses complexes qu’en les simplifiant et en les enrobant dans des petites blagues.
Le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique, affirme que c’est de l’humour. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne la trouve pas drôle.
Ce que révèle cette vidéo, c’est que le gouvernement est incapable de parler de sexualité intelligemment. Utiliser des mots vrais et justes. Un langage simple et précis. Nommer les choses sans tourner autour du pot. Appeler un chat un chat. Et ne pas faire la chasse aux sorcières comme dans le temps du Moyen-Âge. 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On aurait pu penser que la notion du Grand Roman Américain aurait rejoint les concepts de Société des loisirs ou d’automobile volante dans le classeur des belles idées impossibles. Mais non.
Le Grand Roman Américain est une idée vivace, qui renaît chaque printemps, et offre chaque été sa part de fruits, dont certains mûrissent tandis que les autres s’effouèrent par terre, vaincus par leur propre poids et l’application rigoureuse de la loi de la gravité universelle.
Mais d’abord, décrivons la chose: Le Grand Roman Américain parviendrait à saisir toutes les secousses d’un continent dans un seul mouvement leste, pour ensuite les enfermer entre deux rectangles en carton. Il parviendrait à extirper du néant des personnages qui nous ressemblent, et nous représentent, et subissent les contraintes du social, et les injustices des autres, et sont eux-mêmes déchirés par des désirs contradictoires, qu’ils tentent tant bien que mal de concilier en influant sur leur environnement. Et le tout serait écrit dans une langue magnifique au service d’une structure complexe, mais néanmoins éminemment lisible.
Voilà pour la théorie, passons maintenant au stade pratique. C’est à dire du rêve à la réalité.
Le grand roman américain est une fiction au même titre que les ouvrages qui s’en inspirent. C’est un but plus qu’un genre. N’empêche, nos voisins du Sud en rêvent la nuit.
En rêvaient, serait peut-être plus exact. Plus personne ne rêve de romans, de nos jours. On twitte, on texte, mais on lit peu. C’est normal, c’est comme ça.
Mais les Américains ont encore des nostalgies de l’époque où ils rêvaient encore, quand le monde était un endroit vaste qu’il fallait explorer, conquérir, s’y perdre.
Jonathan Franzen est devenu célèbre avec son précédent roman, que je n’ai pas lu. Il a été consacré Grand Romancier Américain avec celui qui arrive dans nos librairies, Freedom. Le buzz autour de Franzen a peu d’équivalents, sinon peut-être les rumeurs qui courent quand Houellebecq s’apprête à publier.
Si on prête l’oreille, on comprend que Freedom est le plus grand roman des dernières décennies. Alors, est-ce le cas?
On peut dire en tout cas que le projet était ambitieux. C’est déjà rare. C’est si rare en fait que c’est peut-être son atout principal. Il retrace, sur une trentaine d’années, la vie d’une famille de la classe moyenne (moyenne supérieure) avec un luxe de détails qui tient de l’obsession (ou de la folie furieuse).
C’est un roman à l’image de notre époque, c’est pourquoi il est si désespérant.
En gros, c’est une histoire de coucheries. La femme désire le meilleur ami de son mari, ne fait rien, finit par le faire, et toutes les motivations souterraines qui pourraient justifier ce genre de trahison s’étalent pendant des pages et des pages, comme s’il n’y avait rien de plus urgent à écrire.
Et sans doute n’y a-t-il rien de plus urgent. À force de se faire ressasser que le capitalisme était le plus meilleur système, les gens ont fini par le croire, ou à tout le moins par baisser les bras. Il y a des combats qu’on ne peut pas gagner.
C’est ça qui m’a énervé dans le livre de Franzen, cette absence du social, cette absence de lutte contre l’injustice, contre le sort qui s’acharne sur vous.
Les personnages de Franzen n’ont pas de problèmes d’argent, ils n’ont pas des patrons qui donnent dans l’arbitraire. Ils sont confortables dans la vie, à peu de choses près, et c’est surtout leurs histoires d’amour qui déterminent leur trajectoire.
Le social est ici considéré comme une bonne blague, un prétexte, mais enfin, ce n’est pas le plus important, alors, on peut éviter le sujet si ça vous ennuie.
Reste la psychothérapie, dont on sent la trace tout au long du roman, tant l’enfance des personnages nous est livrée au complet, histoire que nous sachions bien d’ou ils viennent et pourquoi ils réagissent ainsi.
Franzen a réussi son pari, il a bien écrit un grand roman américain. Le seul problème, c’est que l’époque qu’il décrit est particulièrement plate, tournée vers elle-même, pratiquant le yoga ou le Pilates comme une religion.
C’est ce qui arrive quand on ne se bat pas pour changer le monde. On se change soi-même.
On fait le mieux qu’on peut avec le peu qu’on a.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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Chercheurs d'art [slugline] => [byline] =>Question quiz: Où sont les magazines culturels sur les ondes des télés généralistes cette saison?» La bonne réponse est: «Nulle part!»
Maintenant que les lancements de saison ont eu lieu, qu’on a enlevé la boule disco du plafond, que les confettis sont ramassés et que les lumières sont rallumées, on ne peut que constater l’ampleur des dégâts. C'est la première rentrée où ni Radio-Canada, ni TVA, ni V n'offriront d'émission entièrement consacrée au monde artistique.
La Société d’État a mis la hache dans son seul magazine culturel, l'émission Six dans la cité, qui vivotait tant bien que mal le dimanche après-midi. Il n'y a pas de successeur à Star Système à TVA. Et pas l’ombre d’un micro jaune flash à V.
Où va-t-on entendre parler de livres, de danse, de peinture, de théâtre sur les trois chaînes les plus écoutées? Dans des topos de 2 min 30 s au bulletin de nouvelles ou dans des entrevues et des plogues dans les talk-shows.
Que des réseaux privés ne souhaitent pas offrir de rendez- vous hebdomadaire culturel, c’est vraiment dommage.
Mais c’est leur choix. À l’heure de Twitter, a-t-on vraiment besoin d’un bulletin de nouvelles quotidien sur le show-business?
Les deux privés ont l’excuse d’être dans une logique marchande.
Si personne ne regarde les magazines culturels, il n’y a pas de cotes d’écoute. S’il n’y a pas de cotes d’écoute, il n’y a pas de publicitaires qui achètent des spots. Et s’il n’y a pas de revenus publicitaires, les stations de télé privée sont dans le rouge.
Mais la télévision publique, elle, n’est pas dans une logique marchande. Alors quelle est l’excuse de Radio-Canada de ne pas offrir de magazine culturel?
La loi sur la radiodiffusion de 1991 stipule pourtant clairement que le mandat de la télévision d’État est de « contribuer activement à l'expression culturelle et à l'échange des diverses formes qu'elle peut prendre ».
On peut blâmer les diffuseurs, mais en fin de compte, ce sont les téléspectateurs qui sont responsables de la disparition de la culture à la télé.
C’est le contraire de la saucisse Hygrade : moins les gens mangent de hotdogs culturels, moins les diffuseurs vont nous donner des émissions fraîches.
Chapeau à la chaîne spécialisée Musique Plus qui lançait la semaine dernière le magazine culturel Saint-Catherine. Mais pourquoi cette station à vocation musicale, qui a déjà été à l’avant-garde, nous abreuve de téléréalités affligeantes et de niaiseries vulgaires et dégradantes?
A-t-on vraiment besoin d’une émission sur la plus que superficielle Paris Hilton? Et d’une autre sur la famille Kardishian? Quel est l’intérêt de Pimp mon char? Et que dire de l’étron télévisuel Séduction 101, diffusé le dimanche soir à 20h30? Des minus qui traitent leurs blondes comme un tas d’excréments, qui se tapent tout ce qui bouge et qui passent 30 jours en thérapie pour devenir des gentlemen?
Heureusement qu’on nous prévient : « Cette émission s’adresse à un auditoire averti et peut comporter des scènes sexuellement explicites, du langage grossier et du contenu adulte ».
Qu’est-ce que cette émission nullissime a à voir avec la musique? Ah oui, c’est vrai, les gars font un concours de pets. Ça doit être ça!
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J'en ai souffert terriblement jusqu'à ce que je commence à chanter régulièrement avec Offenbach vers l'âge de 27 ans et que je finisse par comprendre l'origine du phénomène dont le bégaiement n'est le symptôme. Tout ce que j'écrirai là-dessus tient surtout d'opinions personnelles induites de l'expérience de ma propre vie. Cependant, la plupart des linguistes s'intéressant à cette anormalité de l'expression du souffle, s'entendent pour soupçonner que le bégaiement provient de la peur «d'être», sans cependant oser se prononcer clairement là-dessus.
Pourquoi? Disons simplement que plus on s'avance dans la recherche d'une compréhension documentée du bégaiement, plus l'importance du psychofamilial et du psychosocial devient primordiale. Advenant que soit bien identifiée et répertoriée l'importance d'une répression de «l'être» de l'enfant par le milieu familial et par extension le milieu social, il faudrait ajouter le bégaiement aux déjà nombreuses séquelles de la maltraitance infantile.
Quand on se réfère à «parler», on se réfère à l'expression modulée du souffle vital qui est la première manifestation de vie dans le corps physiologique des mammifères, pour ne nommer que ceux-là. Ça jappe, ça beugle, ça couine, ça hurle, ça glapit, ça hennit, ça brait, ça brâme, ça parle, etc., enfin, toutes façons de moduler le même souffle vital commun aux espèces dont les femelles sont équipées de mamelles.
Logiquement, certains individus chez d'autres espèces de mammifères devraient aussi manifester la présence du bégaiement pathologique induit du «beeing impeachement» ou de la «répression d'exister». Les zoopsychiâtres de l'avenir le démontreront peut-être.
En ce qui me concerne, c'est à la suite de ma première audition d'une chanson du groupe Cream, dont Eric Clapton faisait partie au début des années 70, que j'entrevis une lumière au bout du tunnel. J'étais alors avec Offenbach et nous jouions au Cercle Électrique à Québec.
Lorsque j'entendis Leila pour la première fois, je ressentis violemment qu'il y avait quelque chose de mystérieusement thérapeutique dans l'expression hystérique et presque démentielle qu'y mettait Clapton. Il s'agit évidemment de la première version de Leila, celle qui ne s'importe pas de la justesse de la note ni de l'élégance mélodique. Celle qui vient des tripes, lieu de l'âme, alors que le cerveau serait celui de l'intelligence.
En passant, les chasseurs, les bouchers et les éventreurs ont tous remarqué la ressemblance entre les méandres et circonvolutions intestinales et cervicales. Bref, à partir de cet instant j'introduisis l'exagération extrême dans notre façon de chanter qui se confondait presque avec le cri primal, tout à fait à l'encontre de ce que prétend fallacieusement le film Gerry. Même s'il n'y avait été pour rien, Gérald Boulet a quand même eu l'intelligence instinctive de prendre le pas et il se mit lui aussi à tonitruer, à exhaler férocement, à hurler de souffrance et de «mal d'être».
Quelques mois plus tard, après un show particulièrement guttural à la Casa Loma de Montréal, je pris soudainement conscience que je ne bégayais plus! Plus jamais depuis! J'avais repris possession de mon souffle vital et je ne ressentais plus la terreur panique inconsciente qui me faisais bégayer chaque fois que j'allais dire au monde que j'existais et que j'étais capable d'une élocution remarquable d'intelligence et de poésie qui n'appartenait qu'à moi.
Comme je l'ai fait chanter à Marjo dans la Cruauté d'aimer: «L'enfant que la haine fait mourir, l'ancien souffle de vérité».....
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Il y a plein de parallèles à faire entre les deux émissions. Dans Mad Men, il y avait la comédienne québécoise Jessica Paré. Dans Pan Am, il y aura Karine Vanasse. Mad Men nous montrait le monde terriblement sexy des publicitaires. Pan Am nous montrera le monde terriblement sexy des hôtesses de l’air. Mad Men explorait la masculinité. Pan Am explorera un univers essentiellement féminin.
Mais vous êtes-vous demandé pourquoi les années 60 sont si à la mode ces temps-ci? Est-ce parce que nous sommes nostalgiques de l’époque où papa avait toujours raison, où les règles étaient claires et chacun connaissait sa place dans la vie? Est-ce parce qu’on s’ennuie de cette période bénie où tout le monde buvait du scotch à 10 h du matin, fumait comme une cheminée, baisait sans préservatifs et mangeait des gros steaks carbonisés?
Il y a sûrement une explication sociologique ou psychologique à cet engouement. On vit une époque politiquement correcte. Les bien-pensants nous disent quoi manger, quoi penser et à quelle heure sortir notre bac de recyclage et notre compost. Alors ça fait du bien, pendant une heure, devant sa télé, de se replonger dans une époque où on ne savait pas que les bonnes choses de la vie pouvaient nous donner le cancer… ou le sida.
Mais il y a aussi une raison plus simple pour cette fascination pour les sixties. C’est LES VÊTEMENTS!
Vous avez vu comme il était tiré à quatre épingles, Don Draper? Lui, il l’avait l’affaire. Il ne savait pas ce que l’expression «casual friday» voulait dire. Même le gars qui travaillait au service du courrier portait une cravate! Aujourd’hui, votre patron se promène en gougounes et votre banquier porte des bas blancs dans ses sandales.
Le public va regarder Pan Am pour la même raison qu’il regardait Mad Men: pour revivre l’âge d’or où les femmes s’habillaient comme… des femmes. Et pas comme des camionneurs.
Des jupes sexy, des cheveux bien coiffés, toujours maquillées. Même les tabliers de Betty Draper étaient plus stylés que certaines robes qu’on peut voir au tapis rouge des Jutra.
En 1960, les femmes se mettaient chic pour passer l’aspirateur. En 2011, les femmes ne sont même pas chic au gala des Gémeaux!
Et les filles se marient en chaussures de sport qui montent jusqu’aux genoux.
Parlant de voyage dans le temps, je suis en train de lire la biographie du poète Gaston Miron, qui sort demain en librairie. On y apprend qu’en 1950, Miron n’arrivait pas à se trouver un travail à son arrivée à Montréal parce qu’il ne parlait pas… anglais!
«Partout où je me présente, c’est l’anglais exigé. Même avant le français. Ils n’ont qu’un mot: l’anglais. Démission générale», écrit Miron dans son journal intime.
Pauvre lui! S’il vivait encore aujourd’hui, il verrait que 60 ans plus tard les choses n’ont pas tellement changé.
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Martin Fournier, l’auteur, est historien. Il était invité sur le plateau d’Au Tour de l’histoire, une émission que j’ai le bonheur d’animer une fois par mois sur les ondes de Vox. Cette fois-là, il était question de Pierre Le Moyne d’Iberville, conquérant et explorateur. (Cette émission sera en ondes vers la fin septembre.)
La dernière biographie de d’Iberville date de 1944. Sans doute pour cela que plus personne ne le connaît, sinon sous ses incarnations de rue ou de station de Métro. C’est d’une tristesse.
D’Iberville attendra qu’on le ressorte des boules à mythes pour inspirer peut-être à nouveau les jeunes gens du Québec. Mais en attendant, ils peuvent se tourner vers Radisson, dont la vie est passionnante et la soif de liberté, inextinguible.
Dans ce tome 1, le jeune Français débarque à Trois-Rivières et se fait capturer par des Iroquois qui bientôt l’accepteront comme l’un des leurs. C’est vif et jouissif, raconté sous forme d’un récit très accessible, chose qu’on ne voyait plus dans le domaine de l’histoire dite sérieuse depuis de nombreuses années.
Plongé dans cette lecture, je ne pouvais m’empêcher de comparer les époques et les êtres. Et la comparaison n’est pas très flatteuse pour nous, gens modernes. Sommes-nous devenus moumounes? À nous regarder aller, on peut avoir l’impression que nous vivons dans un monde extrêmement dangereux.
Je me souviens d’un Montréalais qui s’était crevé le tympan avec un cotontige. Un coroner avait conclu: «Je recommande à Santé Canada d'obliger les fabricants de tiges de coton ouaté à accompagner cette mention d'un pictogramme montrant une oreille avec un X en rouge pour que le message soit encore plus clair».
J’avais trouvé que c’était une excellente idée. J’allais même plus loin, je me disais qu’il fallait mettre des pictogrammes partout pour nous rappeler qu’il ne faut pas avaler des ampoules électriques, qu’il ne faut pas se curer les ongles avec un couteau de cuisine, qu’il ne faut pas faire sécher ses gants dans le toaster, et qu’il ne faut pas faire réchauffer son chat dans le four à microondes. Pour ce qui est des piscines gonflables et des lits superposés, pas de pictogrammes, on les interdit purement et simplement.
Ah, ils étaient vraiment mieux lotis, au temps de Radisson. Ils n’avaient à craindre que la colère de Dieu, les attaques des Indiens, le typhus et les intempéries. Pour le reste, ils s’en remettaient à la chance et à leurs habiletés.
Nous savons que la vie est pleine de dangers. Nous le savons depuis peu, mais nous le savons. Ainsi la vie des enfants est constamment menacée par des jouets en plastiques pleins de plomb, des prises de courant qui semblent des invitations à y ficher les doigts, et des bouteilles de Drano, sous le lavabo, que les tout petits auront évidemment envie de boire avec une jolie paille de couleur en regardant Caillou à la télé. Je me demande d’ailleurs quelle sorte de pictogramme on devrait mettre sur Caillou?
Parmi la liste des objets en apparence anodins qui mettent notre vie en danger, il y a également les curedents qui peuvent crever les yeux. Les restaurateurs qui offrent des cure-dents à leur clientèle sont rien de moins que des criminels, aussi bien mettre sur la table, en guise de dessert, une grenade dégoupillée! C’est aussi en pensant à la santé des enfants que je me suis prononcé pour la réforme de l’orthographe, qui bannit les accents trop aigus, sur lesquels on peut se blesser.
Les biberons et les verres en plastiques contiennent du bisphénol A, qui peut provoquer des cancers du sein, de la prostate, la puberté précoce, le déficit de l’attention, l’hyperactivité, ainsi que l’obésité. C’est terrible. Et pas question d’adopter les biberons en vitre, c’est bien trop dangereux, les chérubins pourraient l’échapper sur le sol, glisser sur le lait répandu et s’ouvrir les veines du poignet sur un éclat de vitre pour mourir au bout de leur sang.
Et après ça on s’étonne que les prescriptions d’antidépresseurs aient triplé au cours des dernières années!
Ah, ils l’avaient facile, d’Iberville, Radisson et les autres. Ils n’avaient qu’un continent à explorer. Nous, on sait qu’il y a des microbes partout!
Des héros, eux? Pfff. Des inconscients, oui.
Nous, nous savons. Nous sommes modernes, nous sommes informés, nous sommes… Effouérés dans le divan.
Car nous savons que la vie est un parcours du combattant, une épreuve terrible dont personne ne sortira vivant.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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Ce vaudeville pourrait s’appeler : « Accroche-toi après la porte à Radio-Canada ».
Il y a eu l’Affaire Languirand (qui s’est fait montrer la porte). Puis l’Affaire Duceppe (qui a pris la porte). Et il y a maintenant l’Affaire Boughaba (qui s’est pris la porte en pleine face).
Najat Boughaba est une femme voilée qui était à la tête du groupe de femmes musulmanes qui s’est rendu à Hérouxville. Elle a aussi été candidate dans St-Léonard Ouest pour Vision Montréal aux élections municipales de 2009. Elle avait été choisie pour faire partie, chaque vendredi, de L’Après-midi porte conseil. Mais la SRC vient d’annoncer que finalement…elle ne sera pas dans l’émission.
Quand la présence hebdomadaire de Mme Boughaba sur les ondes publiques avait tout d’abord été connue, la semaine dernière, des voix s’étaient élevées pour protester.
Les contestataires lui reprochaient d’être une « militante islamiste ». Parce qu’elle a été porte-parole du Congrès islamiste canadien (qui n’est pas connu pour ses positions modérées). Parce qu’elle a été membre du Centre communautaire musulman (qui a déjà écrit sur son site que le voile protégerait contre le viol
Et parce qu’elle a été rédactrice en chef du journal Sada Almashre, qui a déjà publié un poème haineux comparant les Québécoises non musulmanes à des fornicatrices alcooliques.
Le service de l’auditoire de la SRC a reçu une vingtaine de lettres d’auditeurs scandalisés. Dans une lettre au directeur général Patrick Beauduin, l’animateur de radio bien connu Mohamed Lotfi déplorait qu’« au nom de la tolérance, on donne la parole à l'intolérance ».
Et une Québécoise d’origine algérienne, Leila Lesbet, a écrit à la directrice de programmation, une lettre intitulée Une propagandiste de l’islamisme bientôt collaboratrice de Radio-Canada. Elle y affirme qu’« un examen détaillé du parcours de Madame Boughaba démontre un militantisme vigoureux pour des valeurs religieuses qui ne correspondent pas aux valeurs de démocratie, de liberté et d’égalité. ».
Lundi, coup de théâtre. Radio-Canada annonce que Mme Najat Boughaba ne fera pas partie de l’émission. Mais la raison invoquée n’a rien à voir avec les réactions du public. « Sa participation à une chronique régulière sur les ondes de la Première Chaîne ne peut être considérée puisqu’il ne s’est pas écoulé deux ans depuis sa candidature aux dernières élections municipales. » C’est la même clause qui a été invoquée au moment du départ de Gilles Duceppe ! « En ce moment, nous revoyons les dossiers de nos collaborateurs afin de nous assurer du respect de la règle de CBC/Radio-Canada sur ce point », m’a écrit Diane Thérien, des communications de Radio-Canada.
Coudonc ! Est-ce que tout le monde à Radio-Canada vient de se réveiller et de découvrir que cette clause existait ? Et si Mme Boughaba a bel et bien été retirée à cause du délai de deux ans, pourquoi alors l’a-t-on entendue en ondes à cette même émission pas plus tard qu’en juin de cette année ? Au printemps, personne ne connaissait la clause des deux ans ? Et au mois d’août, quelqu’un dans la boîte a allumé ? 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Monongahela est une magnifique revue d'histoire parue il y a quelques années. Format magazine, papier glacé, très belles images en couleurs, textes éclairés, enfin tout ce qu'il fallait pour que les Québécois s'y intéressent.
Malheureusement, comme tout ce qui est trop en avant de son temps, Monongahela ne connut qu'une seule parution faute de support financier. La place faite aux Autochtones y était trop importante et l'abandon pitoyable de nos ancêtres par la France trop évidente. De même que notre légitimité à nous définir comme «de souche».
C'était le début de la propagande vers la multiethnicité et la pluralité culturelle. Alors, en ratoureux que je suis, j'ai donc eu le projet de réunir mes vieux compères d'Offenbach et de Corbeau dans la fabrication d'un CD de pur rock'n'roll canadien-français et d'une tournée de spectacles panquébécois sous le thème historique développé par le magazine Monongahela.
En cette période d'éclatement des forces souverainistes voilà peut-être un peu de simple rock'n'roll qui pourrait aider les indépendantistes confus et avec raison, à faire face à la musique. Voici donc le contenu d'une lettre que j'écris par le biais de cette chronique et que j'adresse à ceux ou celles que l'aventure pourrait intéresser. Il s'agit tout d'abord d'une pétition à démarrer afin de recueillir autant de signataires que possible dans le but de remuer l'intérêt médiatique au projet de retour thématique sur scène de Pierre Harel.
Québécois, Québécoises, Ne soyons pas compliqués dans notre approche de l'indépendance et de la reconnaissance de notre identité nationale. Nous avons surtout besoin de connaître notre histoire et d'en être ragaillardi de fierté en réalisant que nous pouvons en recoudre le fil. Si nous savions tous d'ou on vient, il nous serait plus facile d'avancer ou on veut.
Alors aidez-moi à tenter de remettre le goût de l'histoire dans le coeur des Québécois. Pour ça, il faut créer un «big bang» patriotique originel. Je sais que je peux le faire avec mes vieux guerriers de Corbach et forcer ainsi l'attention des médias en une seule fois et pour longtemps.
Ne manque que l'appui des fidèles qui n'attendent peut-être que ça. Librex a quand même vendu près de 7,000 Harel Rock ma Vie!
Admettons que vous démarriez cette pétition et que vous réussissiez à collecter quelques milliers de signatures, virtuelles ou pas. Alors, croyez-moi, nous trouverions rapidement l'argent nécessaire! Hors donc, je crois que le champ de bataille est situé au La Tulipe coin Papineau et Mont-Royal.
Ça coûte environ 1300 $ pour louer la salle (technique + techniciens + billetterie compris). Prévoyons 1000 $ de plus pour posters et publicités. Prévoyons 300 $ par musicien, somme multipliée par 7 (guitare solo, basse, drums, claviers, guitare ryhme, sax., violoncelle), 2 choristes à 250 $ pour un total de production approximatif de 5300 $. C'est pas la mer à boire!
Pour le reste, faisons confiance à la force tranquille mais implacable d'un show qui soulève les salles et fais «l'ver l'poil» sur les bras des spectateurs. Faisons confiance à Pierre Harel qui a su virer de bord le vent mauvais soufflé par 12 000 personnes à la première assemblée constituante du RIN en 1972 au Centre Paul-Sauvé, comme l'ont vu plus de 300 000 spectateurs du film Gerry.
La suite des choses est faite de petites victoires, ville par ville, village par village à travers tout le Québec avec l'arme rugueuse du rock'n'roll et la tendresse sincère pour leur pays, de vieux guerriers canadiens-français. Oublions tous ceux qui ont utilisé l'espérance nationale pour satisfaire leurs besoins personnels.
J'ai souffert d'être incorruptible et ma folle jeunesse est derrière moi, quoi que ça puisse lui arriver de passer devant! Chaque spectacle sera une bataille pour la reconnaissance politique, économique et culturelle de la nation des anciens «Canayens». Il n'y a pas de nation québécoise. Il n'y en a jamais eu!
Cependant, il existe bien un peuple du Québec. Un peuple qui comprend de nombreuses ethnies bien démarquées les unes des autres. C'est une malveillance presque génocidaire de tenter de nous faire croire, comme l'ont fait les conservateurs fédéraux que tous les Québécois sont de la «nation québécoise». C'est pas ça une nation! On complote pour diluer notre force vitale spécifique dans une gibelotte multiculturelle et multiethnique. Bout de bonyeu! On peut bien être mélangés!
La seule nation du Québec est la nation canadienne-française. Ce qui n'empêche aucunement les autres ethnies d'être des Québécois. Ces autres ethnies existent ailleurs. Elles sont nationales ailleurs. Il n'y a de nation canadienne-française qu'ici au Québec avec une diaspora dans certaines provinces de l'Ouest canadien, sur des terres qui constituaient le territoire de notre originelle Nouvelle-France. Ces Canadiens-Français n'ont pas émigré là-bas! Napoléon Bonaparte les a perdus à l'Angleterre au jeu de la guerre et ils se sont retrouvés isolés. Ils le sont toujours et ça me fend le coeur!
Le désir d'indépendance et de souveraineté de la nation des Canadiens-Français doit s'incarner dans la joie et dans le bonheur d'être une grande famille, un gros clan, une énorme tribu constituant l'essentiel de la population québécoise et un peu de la canadienne. La souveraineté nationale doit se vivre dans l'orgueil et la fierté d'être une seule personne à nous tous. C'est ça une nation!
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Qu'est-ce qui m'est arrivé pour que j'attrape la piqûre ? J'ai visité l'extraordinaire exposition Le hockey dans la peau... et j'ai CAPOTÉ !
C'est Daniel Gélinas, du Festival d'été de Québec, qui a eu cette idée géniale de consacrer une expo, dans l'Espace du 400e, au sport national des Québécois. Enfin, c'est beaucoup plus qu'une expo : c'est une expérience multisensorielle, interactive où pendant deux heures on pense hockey, on respire hockey et on mange littéralement du hockey.
Dans la salle consacrée à l'histoire de ce sport, j'ai découvert une fresque antique, dans laquelle on voit deux Égyptiens pencher leurs bâtons, comme s'ils faisaient un mise au jeu ! (Je me demande c'est quoi le hiéroglyphe pour « donner son 110 % »).
Dans une autre salle, j'ai eu tout un choc : je me suis placée devant une petite fenêtre et une machine m'a lancé une rondelle au visage, pour simuler l'impact sur le masque des joueurs. Impressionnant.
Dans la salle sur l'équipement des joueurs, j'ai vu les oeuvres d'art que sont devenus les masques d'aujourd'hui, et j'ai appris que le premier joueur à porter une protection au visage était en fait une joueuse : elle a porté un masque d'escrime pour éviter de se casser une autre dent en jouant au hockey !
J'ai revu les images des émeutes du Forum et réécouté les reportages radio de l'époque. J'en suis ressortie avec une admiration encore plus grande pour Maurice Richard et son influence sur la Révolution tranquille.
Mais c'est dans la salle consacrée au fameux but refusé d'Alain Côté, que je me suis vraiment enflammée. On m'a fait rejouer la partie fatidique Nordiques-Canadiens de 1987. J'ai entendu les plaidoyers de Michel Bergeron, de Jean Perron et de l'arbitre Kerry Fraser qui défendaient tous très bien leur point de vue. Et puis, comme tous les autres visiteurs, j'ai voté. Même sous la torture je ne vous dirai pas si je considère que le but d'Alain Côté était bon ou pas. Mais je vous assure que dans cette exposition pas banale, j'ai compris pourquoi plus de 20 ans plus tard, cette controverse échauffe encore les esprits.
L'expo Le Hockey dans la peau porte bien son nom. Mais j'aime encore mieux le titre anglais : Hockey : It's in our DNA (Le hockey est dans notre code génétique). C'est vrai. Le hockey fait partie de notre culture. Et le chandail de Maurice Richard est aussi culturel que le violon de Ti-blanc Richard.
J'aime beaucoup Ginette Reno comme chanteuse.
Comme comédienne, je l'ai trouvée terriblement émouvante dans Léolo. Mais je n'ai pas encore compris pourquoi le FFM a choisi de lui rendre hommage la semaine dernière. Si j'étais une actrice qui a consacré toute sa carrière au grand écran, je serais, disons, perplexe.
C'est comme pour l'Oscar d'honneur qui sera remis cette année à... Oprah Winfrey. Oui, elle était formidable dans The Color Purple. Oui, elle a produit le fabuleux film Precious. Oui, elle fait un travail humanitaire incomparable.
Mais elle est d'abord et avant tout une personnalité du petit écran.
C'est Sean Penn qui ne doit pas la trouver drôle. [topic] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher [modified_by] => igauthier [original_headline] => [subheadline] => Culture et médias [expiry_days] => -1.0000 [expiry_period] => [expiry_date] => 0000-00-00 00:00:00 [original_topic] => [duplicate_of] => 0 [source] => JDM [overwrite_image] => 0 [keep_headline_set_date] => 0000-00-00 00:00:00 [offset_seconds] => 0 [no_ads] => 0 [static_filename] => [first_page] => 0 [feed] => [group_modified_by] => [group_modified_time] => [effective_date] => 2011-08-22 00:59:15 [clone_of] => 0 [subpages] => [finkle_of] => 0 [url] => http://fr.canoe.ca/divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/18583746-jdm.html [generic_1] => [generic_2] => [generic_3] => [generic_4] => [generic_5] => [generic_6] => [generic_7] => [generic_8] => [generic_9] => [generic_10] => [keep_lead_set_date] => 0000-00-00 00:00:00 [has_group] => [has_ext_url] => 0 [has_att] => 0 [has_image] => 1 [related_forum] => [has_microsite_ext_url] => 0 [has_video_link] => 0 [has_extra] => 0 [content_type] => 1 [twitter_url] => [twitter_search] => [has_comment] => 0 [has_recommend] => 0 [has_rate] => 0 [is_platform] => 0 [is_migrated] => 0 [contributor_url] => [contributor_email] => [portal] => fr-canoe [site] => [contributor_image] => [placeline] => [topic_title] => sophie-durocher [link] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/18583746-jdm.html [extra] => [extralinks] => Array ( ) [image] => Array ( [0] => Array ( [local_filename] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/Durocher_Sophie.jpg [local_donutthumb] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/donut.thumb.Durocher_Sophie.jpg [local_thumbname] => [filename] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/Durocher_Sophie.jpg [donutthumb_URL] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/donut.thumb.Durocher_Sophie.jpg [thumb_filename] => [width] => 300 [height] => 225 [thumb_width] => 0 [thumb_height] => 0 [cutline] => [resize] => 0 ) [1] => Array ( [local_filename] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/Durocher_Sophie.jpg [local_donutthumb] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/donut.thumb.Durocher_Sophie.jpg [local_thumbname] => [filename] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/Durocher_Sophie.jpg [donutthumb_URL] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/donut.thumb.Durocher_Sophie.jpg [thumb_filename] => [width] => 300 [height] => 225 [thumb_width] => 0 [thumb_height] => 0 [cutline] => [resize] => 0 ) ) [attachment] => [image_resize] => Array ( [0] => Array ( [0] => Array ( [filename] => ) ) [1] => Array ( [0] => Array ( [filename] => ) ) ) [ext_url] => [microsite_ext_url] => [gallery_link] => [video_link] => [date] => Mon, August 22, 2011 [copied_from] => [original_url] => [copied_to] => [copied_url] => [file_extension] => html [tmp_date] => 1313992755 [printer_friendly_page] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/pf-18583746.html [URL] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/18583746-jdm.html [local_URL] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/08/22/18583746-jdm.html [all_copies] => Array ( [0] => Array ( [path] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher [title] => sophie-durocher ) ) [filename] => 18583746-jdm.html [next_page] => [previous_page] => [page_headlines] => Array ( [0] => Elle lance et compte ) [filenames] => Array ( [0] => 18583746-jdm.html ) [current_page] => 1 [total_pages] => 1 [lead_story_id] => [no_comments] => 1 [finkled_from] => ) [132] => Array ( [id] => 18574236 [status] => live [date_creation] => 2011-08-19 04:04:47 [date_modification] => 2011-08-19 04:06:13 [date_publication] => 2011-08-19 04:04:47 [provider_id] => canoe.ca [date_id] => 20110819 [newsitem_id] => 4e4e191f05853 [revision_id] => 2 [public_identifier] => urn:newsml:canoe.ca:20110819:1313741087:1 [urgency] => 1 [first_created] => 20110819 [revision_created] => 20110819 [headline] => Tonton Gérard [slugline] => [byline] => Sophie Durocher [dateline] => at 04:04 on August 19, 2011, EDT. [copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Personnellement, il y a longtemps que les frasques d'Obélix Depardieu me font rire jaune. [content] =>
Si vous avez un mononcle qui rote, qui pète, qui sacre et qui fait des jokes plates, toute la famille va avoir honte de lui. Mais si votre mononcle est un artiste, qu'il est riche et archiconnu, toute la famille va le trouver sympathique.
Prenez Gérard Depardieu. Je ne veux pas être pisse-vinaigre, mais si ce gars-là était garagiste à Trifouilly-les-Oies au lieu d'être acteur à Paris, personne ne lui pardonnerait ses comportements déplacés et vulgaires. Il se ferait flusher.
Personnellement, il y a longtemps que les frasques d'Obélix Depardieu me font rire jaune. La dernière grossièreté de Tonton Gérard : baisser sa braguette, se sortir les valseuses du pantalon et uriner en public, dans un vol Paris-Dublin. Son entourage veut nous faire croire qu'il a déversé son précieux liquide jaune dans une bouteille, qui a débordé. Mais pour moi cet incident, c'est la goutte qui fait déborder le vase. On ne peut plus passer l'éponge chaque fois qu'il se comporte comme un beauf. Et Dieu sait que la liste est longue.
En avril 2010, quand une journaliste française lui a demandé pourquoi il avait dédié le film Mammuth à son fils Guillaume, décédé trois ans plus tôt, il lui a lancé « Pourquoi veux-tu que je t’en parle, salope ! »
En août 2010, il a descendu l'actrice Juliette Binoche dans le journal hebdomadaire Autrichien Profil. «Quel secret est censé cacher cette actrice ? J’aimerais bien savoir pourquoi on l’estime depuis toutes ces années. Elle n’a rien ! Absolument rien. En comparaison, Isabelle Adjani, elle est super, même si elle est complètement perdue.»
En octobre 2005, il a assommé un paparazzi italien qui le suivait de trop près.
Et en mars 1991, juste avant les Oscars (où il était en nomination pour son rôle dans Cyrano de Bergerac) un journaliste du magazine Time a écrit que Depardieu lui avait confirmé avoir participé à un viol alors qu'il n'avait que 9 ans. L'acteur a par la suite nié avoir tenu ces propos, qu'il avait pourtant déjà tenus en 1978 au magazine Film Comment.
Ce qui me chicote avec Depardieu et tous ces personnages de malotrus sympathiques, c'est l'aplatventrisme des journalistes. Ils se transforment en carpette quand ils voient apparaître des « vedettes » et perdent leur sens critique. L'année dernière, Depardieu est venu au Festival des Films du monde pour présenter une classe de maître. Les reporters ont trouvé tellement pissantes ses histoires de bandaison sur les plateaux de tournage qu'ils en ont oublié de lui demander pourquoi il traitait les journalistes de « salope ».
C'est fou comme on lui pardonne tout, à Gégé. Il suffit qu'il aille à l'émission de Josée di Stasio pour préparer des pâtes aux zucchinis, et on ferme les yeux sur ses pires comportements. Un petit verre de Chateau-Lafuite, avec ça ?
En terminant, un mot sur Gilles Duceppe, qui a terminé sa carrière de chroniqueur à la radio de Radio- Canada avant même de la commencer. Avec une pension d'Ottawa de 140 000 $ par année, avait-il vraiment besoin d'une chronique hebdomadaire à la radio, payée 300 $ ? 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Elle commence maintenant, la rentrée littéraire. Les livres de l’automne sortent à la queue leu leu des presses de l’imprimeur, fleurant bon l’encre fraîche, sagement couchés dans des boîtes de carton. Puis les boîtes se retrouvent chez le distributeur, qui à son tour les envoie en librairie où on les déballera pour les disposer sur les rayons et les tables, attendant l’acheteur, le lecteur, l’inconnu qui osera en écarter les pages pour y plonger.
(Je relis ce premier paragraphe, et je me dis: quelle drôle d’expression, «queue leu leu»! Je dégaine mon dictionnaire. Tiens, c’est du français et de l’histoire. Ça nous vient du latin lupus qui voulait dire loup, mais qu’on a d’abord prononcé leu. L’expression décrit la manière dont la meute se déplaçait. J’aime la langue française, ses origines, ses «bâtardisations».)
La rentrée des livres est un phénomène unique dans la culture. Pas de rentrée en arts visuels, en musique, en danse, mais des saisons. Le monde du livre est sur une planète à part, qui commence à la fin août et se termine en novembre. Quatre mois dans l’année où se bousculent sur les rayons les auteurs chevronnés et les parfaits inconnus, les tomes 8 d’une série populaire et le premier livre d’un poète échevelé.
Mais tous ces auteurs seront fébriles, et feront de nombreuses visites en librairie, comme si de rien n’était, pour voir si la pile de leur livre diminue, si les exemplaires seront bien placés. Certains, comme Dany Laferrière au début de sa carrière, n’hésiteront pas à demander qu’on mette leur livre en vitrine. D’autres, trop gênés, se contenteront de subrepticement déplacer leur ouvrage pour lui donner une meilleure chance d’être vu. Mais tous, je vous l’assure, seront pendant des mois sur les charbons ardents, espérant le miracle, se contentant du peu, puis abdiquant lentement. La réalité se substituera au rêve. Et ils seront chanceux ceux qui vendront mille copies de ce qu’ils sont allés chercher au fond de leurs tripes. La plupart disparaîtront sans crier gare, sur la pointe des pieds, blessés, certes, mais en silence.
À quoi sert de crier si personne n’écoute?
Oh, je ne veux pas nous plaindre, nous qui vivons de la plume. Les lecteurs québécois sont des êtres généreux, qui accordent une certaine importance aux auteurs d’ici, et qui le prouvent chaque année. Mais ils sont si peu nombreux.
Il faut dire qu’on part avec un sérieux handicap. Près de 50 % de la population est analphabète ou analphabète fonctionnel. La moitié de notre population ne peut pas lire le côté d’une pinte de lait, ou alors avec effort!
Alors des livres, vous pensez bien!
Et s’il y a un scandale, c’est là qu’il réside, et il est politique. Depuis trente ans que les deux grands partis qui s’arrachent le pouvoir à Québec se gargarisent de la beauté de notre langue et de la vigueur de notre culture, et ils n’ont pas été foutus d’améliorer le taux d’alphabétisation de la population québécoise?
De réforme en réforme, on patauge dans la gadoue. Et on ajoute de l’anglais au primaire?
Tenons-nous tant que ça à notre langue, si on tolère que la moitié de notre population ne sache pas lire? Tenons-nous tant que ça à notre culture?
Mais il faut dire qu’une population qui ne sait pas lire peut difficilement se faire une idée en matière politique. On se contentera alors de suivre le plus fort en gueule ou le plus sympathique. Puisqu’on peut difficilement accéder au contenu, on se rabattra sur le contenant.
Et on ira voter, à la queue leu leu, pour le chef de meute qui montre le mieux les dents.
Un autre monde, de Barbara Kingsolver (Rivages, 668 pages) n’est pas un livre récent. Mais, en visite à la librairie Olivieri, j’ai demandé à un libraire quel était son dernier coup de cœur en littérature et c’est le livre qu’il m’a conseillé.
Foutu bon libraire. Quel grand livre ! On y suit, de l’enfance à sa mort, un garçon qui deviendra écrivain, vivra au Mexique et aux États-Unis, fréquentera des artistes mexicains (Diego Rivera, Frida Khalo) et de dissidents politiques (Trotsky). Il se fera plus tard harceler par la Commission des activités antiaméricaines et se verra réduire au silence. Et tout ça est livré dans un élan formidable. Du grand ouvrage. Merci, libraire. J’aurais dû te demander ton nom.
Les foudroyés, de Paul Harding (Cherche midi, 185 pages) est un premier roman qui a mérité à son auteur le prix Pulitzer 2010. Méditation sur le temps et la mort, et les liens qui nous unissent. Ça ne se résume pas. C’est d’une grande beauté. Aux États-Unis, on est capable du meilleur comme du pire. Ceci est un exemple du meilleur.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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Cette année, Radio-Canada souligne ses 75 ans d’existence. L’animateur Jacques Languirand, lui, souligne cette année ses 80 ans d’existence. Et il en a passé la moitié sur les ondes de la radio d’État.
On aurait pu croire qu’à l’occasion du lancement de la nouvelle saison de la radio de Radio-Canada, on aurait fait une grande place à ce vétéran des ondes. Qu’on lui aurait déroulé le tapis rouge.
À la place, on a laissé l’animateur moisir dans son coin. Et quand Languirand, avec raison, s’en est plaint ouvertement, Radio-Canada n’y est pas allé par quatre chemins… et l’a puni en suspendant son contrat.
D’un côté, Radio-Canada se lance dans une vaste campagne pour nous rappeler qu’elle est présente dans notre quotidien depuis trois quarts de siècle. Et de l’autre, elle tablette un de ses artisans qui a le plus d’ancienneté en ondes.
D’un côté la Société d’État souligne l’importance de la mémoire, de son patrimoine et de ses archives. De l’autre, elle jette à la poubelle un des vieux de la vieille. C’est à n’y rien comprendre.
Dans n’importe quelle entreprise, quand un employé nous donne 40 ans de bons et loyaux services, on le bichonne, on lui donne une montre en or ou un radio-réveil.
D’ailleurs, pas plus tard qu’en avril dernier, la Première Chaîne de Radio-Canada présentait un documentaire de deux heures sur le célèbre animateur. On proposait même aux auditeurs de télécharger le célèbre rire de Languirand comme sonnerie de téléphone !
Une journée vous êtes le nec plus ultra. Quatre mois plus tard, vous êtes un paria.
Languirand est un esprit libre. C’est justement pour ça qu’on l’aime et c’est ce qui explique que, depuis 40 ans, les auditeurs lui sont fidèles.
Qu’il nous parle d’ésotérisme, de philosophie ou de yoga tantrique, on écoute Languirand parce qu’il dit toujours le fond de sa pensée. Il faut croire que les dirigeants de Radio-Canada apprécient beaucoup le francparler de Languirand… tant que ce n’est pas dirigé contre eux.
Jacques Languirand a animé sa première émission Par 4 chemins à la radio le 13 septembre 1971. Le 13 septembre 2011, au lieu d’être en studio avec un verre de champagne, il sera en punition chez lui. Enfin, pas tout à fait. On pourra toujours l’écouter à Vox (propriété de Quebecor), où depuis le 6 mars, il anime Les repères de Languirand.
Parlant de la radio de Radio-Canada, j’ai appris avec beaucoup de bonheur que le critique de cinéma et réalisateur Georges Privet se joindrait à l’équipe de Catherine Perrin pour l’émission Médium Large qui remplace l’émission de Christiane Charrette. Privet est à l’origine d’une magistrale série de documentaires sur le cinéma québécois (disponible en DVD).
J’ai souvent déploré le manque de diversité chez les chroniqueurs invités aux émissions de Radio-Canada. L’arrivée de Privet est bien la preuve que tous les bons chroniqueurs compétents au Québec ne sont pas TOUS journalistes à La Presse ou au Soleil. 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V'là-t'y pas que la semaine passée je suis allé à la rescousse de la sculpturale Marie-Loup Carrier, en pleine opération de rénovation de l'un des logements qu'elle possède au cœur du Plateau Mont-Royal. Elle n'en pouvait plus l'adorable! Son ami et unique ouvrier ne suffisait plus à la tâche. Martin, de son prénom, était en effet sur le point, me disait-elle, d'un «20th nervous breakdown», une coche au-dessus de Mick Jagger qui n'a connu que la 19e.
La chaleur accablante et humide de la fin de juillet ainsi que la propension toute féminine à changer souvent d'idée, allait venir à bout de ce bon garçon pourtant calme et travailleur. Accablé d'incertitude quant à l'emplacement du lavabo, du poêle et du frigo, l'ancien chanteur du groupe «Evil Metal» VOOR avait un besoin urgent de compagnonnage.
La foudroyante Mlle Carrier et la sulfureuse co-propriétaire de l'immeuble, Diane Giguère, n'écoutant que leur affection pour le beau Martin, eurent l'idée brillante de me téléphoner, moi Pierre Harel, l'ancien chanteur de Corbach, afin de soutenir le courage de leur ami. J'y cours, j'y vole et j'y arrive vers 10h!
Aussitôt le chantier se ravigote, se revivifie alors que Martin et moi plongeons dans une course effrénée de productivité sous le regard émerveillé de ces dames. En fait, comme tout bon menuisier, Martin n'avait besoin que d'un «bon manoeuvre». Toujours est-il que vers 16 hres, nous prenons enfin une pause sur la galerie ombragée donnant rue Machin-Chouette. Évidemment, en ouvriers consciencieux que nous sommes, Martin et moi avions décicé de ne boire que de l'eau fraîche puisque la journée n'était point terminée et que Marie-Loup nous avait à l'oeil.
Ah bin! R'gar'donc ça qui c'est qui arrive! Si c'est pas Dumas! L'auteur-compositeur-interprète prolifique Dumas! Charmant garçon menant une vie tranquille avec sa jolie compagne dans l'un des logements de l'immeuble. C'est pas Dumas qui pourrait mettre en danger notre fin d'après-midi en nous offrant de la bière! Bin non! Pas lui! Un modèle de modération et de bonne conduite! Bin oui! Bin oui que j'vous dis!
Il s'approche et nous flanque chacun une Grolsch froide, perlée de larmillettes frissonnantes devant le nez! Ah bin bout de bonyeu! Malgré la terreur que nous inspirait notre sémillante patronne, nous avalons assez rapidement nos canettes tout en jasant de la tournée Rosec que Dumas est sur le point d'entreprendre sur la Côte-Nord en traversant le fleuve Saint-Laurent à Saint-Siméon, vers la Gaspésie. Le chanceux! L'estie de chanceux!
Quoi qu'il en soit, nous manquâmes de boissons fraîches et Dumas, se sentant privilégié de donner 12 spectacles en 16 jours, courut chez le dépanneur chercher d'autres cannettes «King»! Ah non! Pas des «King»! Hélas oui chers amis! Et c'est ainsi que, de gorgée en gorgée, de confidences en confidences, j'appris quelque chose d'incroyable: la résurrection de VOOR! Le terrible VOOR! Le sanguinaire VOOR dont Martin Pilote, Serge Perron, Sylvain Gilbert, Steve Lessard et Herold Lepage étaient les grands-prêtres en 1985.
En effet! Certains d'entre-vous se souviennent peut-être que VOOR a été un groupe Evil Metal qui s'est démarqué dans la pandémie «métal» des années 70 jusqu'en début 90. Des groupes «métal», il en est né au moins 500 dans toutes les régions du Québec durant ces années. Ça fait que toujours est-il et quoi qu'il en soit, j'apprend-t'y pas, paroles de Martin lui-même, que lui et ses amis se préparent à une randonnée «heavy métal» en Allemagne, sur invitation d'une compagnie de disque!
Hein! Quoi! Mais bout de ciarge que s'est-il passé? Dumas et moi, complètement captivés par l'histoire fantastique que nous raconte l'ancien sex-symbol de VOOR, ameutons la population de cet immeuble genre Bateau-Lavoir et nous sommes 5 ou 6 à entendre ce qui suit: «On a produit un petit démo en 1985 et on l'a envoyé un peu partout. On en a donné pas mal aussi! (rires) Et puis...ahh...bin...on s'est trouvé des jobs icitte et là, faut bin vivre. (rire) Les années ont passé, les bédaines ont enflé (rires), les têtes ont désenflé pi on avait oublié ça quand on a eu l'information que VOOR était connu sur internet et qu'il faudrait peut-être recommencer à s'occuper de nos affaires. J'aimerais ça en parler avec toi, Pierre, pour savoir ce que tu en penses...»
«Cool mon t'chum, on va en parler t'suite! J'gage que toué c'qui t'fatigue c'est de te d'mander comment tu vas t'habiller, c'est bin ça hein? Chu rendu là mouéssi. Mais toué c'est pire parce que les «métals» ont toujours eu plus de stock su'l dos que les rockeurs. C'est certain qu'à partir de 40 ans, ça doit être bizarre de se mettre du linge serré déchiré, des colliers, des bijoux, des bandeaux diamantés et des bracelets de pierreries. Mais ça peut se faire!»
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Dans les deux cas, il s’agit d’une noble tentative d’améliorer son sort en se faisant du bien. Rien à redire à ça.
Pour ce qui est des recettes de cuisine, j’ai depuis longtemps jeté mon dévolu sur le Larousse gastronomique. Tout y est. À moi d’être créatif. Pour ce qui est des recettes de vie...
Il fut un temps, jadis, quand j’avais les cheveux longs et que j’étais mince comme un Jésus mal nourri, avec une barbe un peu miteuse et des vêtements qui me pendaient sur le corps comme un drapeau en berne, je vous assure, j’aurais fait un gourou assez présentable.
Il faut dire que j’ai maîtrisé, assez tôt dans ma vie, l’outil essentiel du gourou qui se respecte: le langage.
Je me souviens de moi, à l’auberge de jeunesse de Tadoussac, vers mes 17, 18 ans, parlant comme un vieux sage à une demi-douzaine de hippies en herbe assis en indien à mes pieds. Faut dire que c’était le temps du pot pas trop fort et des champignons plutôt magiques. Mais, bon, je parlais de la Vie, voyez-vous, et je Savais Mettre les Majuscules à la Bonne Place, et on m’Écoutait... On m’écoutait Religieusement.
Fouille-moi si je me souviens de ce que je pouvais bien raconter. Mais paraît que c’était Intense, et Beau (les innombrables joints de Québec Gold devaient aider).
J’habitais encore à Laval, chez mes parents, et j’allais au cégep en Lettres, ce qui était une bonne façon de ne rien apprendre. Que savais-je de la vie, de la mort et de tout le tralala?
Rien du Tout.
Je ne savais rien, je me sentais la majeure partie du temps gauche et emprunté, j’aspirais à une autre classe sociale et à une existence que mes origines modestes ne pouvaient pas m’assurer -et j’éprouvais tant de difficulté à séduire les filles que j’avais développé une relation de dépendance affective avec ma boîte de Kleenex.
Je dévorais dans le désordre les auteurs existentialistes, Carlos Castaneda et Le matin des magiciens, oeuvres que je régurgitais dans des poèmes échevelés qui parlaient de la Vie et de ses Difficultés.
Enfin, bref, je Pigeais que Dalle, et au lieu de le dire simplement, je dissimulais mon ignorance sous un voile de mystère tissé de mots précieux.
L’année de mes dix-neuf ans, la fille que j’aimais est morte frappée par un éclair sur un trottoir de Calgary. J’ai maudit le ciel, je me suis coupé les cheveux, je me suis acheté des vêtements à ma taille et je suis devenu journaliste au lieu de gourou.
Au cours des 30 années suivantes, j’ai fait cinq ou six romans, d’innombrables séances avec des psys de tout acabit et je me suis farci en vain la lecture d’un tas de livres sur la méditation, transcendantale ou non.
Résultat? Je Pige toujours que Dalle. Mais maintenant je sais que c’est Normal.
Voilà quatre ans, sur son lit d’hôpital, alors qu’il agonisait dans les effroyables douleurs d’un cancer des os, mon père a reçu en cadeau le livre Le secret, de Rhonda Byrne. Il en avait à peine entamé la lecture quand je le lui ai arraché des mains et jeté à la poubelle. Heureusement, car s’il l’avait lu jusqu’au bout, il aurait pu commencer à croire qu’il était responsable de son cancer et que sa mort imminente était le résultat d’un mauvais choix de pensées de sa part.
Car voici le message du Secret (et de sa suite, Le pouvoir) que mon père aurait lu si je lui en avais laissé l’occasion, tandis que d’impressionnantes doses de morphine ne parvenaient pas à soulager sa douleur: «T’avais qu’à rêver de santé, connard, si tu voulais vivre plus longtemps.»
Ce genre de livre est à mes yeux un danger plutôt qu’un bienfait. Visualise des millions, et tu auras des millions. Visualise la santé, et tu auras la santé. Si tu meurs pauvre, ben c’est de ta faute. T’avais qu’à pas te tenir avec des loosers.
Je peux bien admettre que la pensée positive a des effets positifs et qu’en effet vaut mieux sourire que d’avoir l’air bête. Mais quand j’ai vu des dizaines de patients en oncologie de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont se trimballer, pas de cheveux, avec un exemplaire du Secret sous le bras, j’étais catastrophé. La vie est difficile. La mort est au bout et ce n’est pas de la tarte. Et tout le monde ne deviendra pas riche. C’est comme ça. Faisons-nous une raison.
Car ce qu’il y a de plus pernicieux avec Le secret et tous les guides idoines de pensée positive, c’est cet individualisme forcené qui fait tourner le dos au social. Pour être un winner, faut se tenir avec des winners. Laisse les pauvres et les malades mariner dans leur jus. Ne te préoccupe pas des autres. Pense à ta bedaine. C’est le contraire de la compassion, de la solidarité, de l’amour!
À travers le monde, des millions de gens ont pensé positif et ont laissé leur sort entre les mains de potentats véreux qui ont scrappé la planète pour amasser d’indécentes fortunes.
Faut croire qu’ils se sont tannés du positif, en Égypte, en Syrie. En Angleterre.
Car la bedaine, contrairement aux apparences, ce n’est pas ça qui nourrit son homme.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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L'évènement Rite Rock s'est tenu au bar Le Clandestin de l'Université de Montréal à l'été 1995. Certaines personnes prononçaient Rite à l'anglaise: Write, comme Vrai, Véritable, etc. J'avoue que je n'y avais pas pensé!
Cependant, compte tenu de la pertinence de cette erreur de prononciation qui prolongeait l'esprit du rituel dans une autre langue, je me suis calmé le pompon et je n'ai pas réagi cette fois comme lors du show d'Offenbach au meeting de fondation du R.I.N., ancêtre du PQ.
J'ai considéré avec affection ceux qui prononçaient Write au lieu de Rite et qui sans doute le prononceraient encore ainsi dans un avenir certain. Que la moitié des Québécois disent Write au lieu de Rite en insistant sur le Ri, lorsque sera enfin diffusé ou projeté le show live de Rite Rock, ne me fait pas un pli sur la couenne.
Au contraire! Je suis fier que notre aculturation canadienne-française nous serve inopinément à trouver un sens encore plus juste à ce que nous sommes. Mais qui sommes-nous? Qui sont ces grands prêtres du rock québécois officiant au Rituel des fondateurs? Sont-ce des Offenbach ou sont-ce des Corbeau?
Il y a bien Willie, Wézo, Johnny et Harel d'Offenbach mais il y a également Willie, Wézo, Johnny, Harel et Do de Corbeau. Toujours est-il que pour éviter la controverse et en y incorporant un Bessette (Bess), nous avons fusionné ces deux formidables entités pour en faire le commando mystico-rock de l'avenir: Corbach!
Si je savais comment le faire j'ajouterais à cette chronique un extrait du DVD live du show au Clandestin: Le blues me guette chanté par Pierre Harel. Comme je ne le sais pas, je vous propose de m'écrire et je vous l'enverrai volontier par courriel: harelpierre@hotmail.com.
J'avertis tout le monde cependant que dépassé la centaine, j'emprunterai des images au document bientôt en post-production et je l'enverrai sur YouTube. Quoi! Bientôt en post-production! Mais, me direz-vous, ce show exceptionnel a été filmé par cinq caméramen d'expérience et de savoir-faire reconnu en 1995 et il n'est pas encore rendu à l'étape de la post-production!
Chers lecteurs et amis, sachez que mon film Bulldozer a pris quatre ans avant de naître, que Vie d'Ange en a pris six et Grelo Rouge Sanglot Bleu, cinq. Trouvez-vous chanceux à l'idée que bientôt nous verrons ce Rite Rock qui est actuellement sur la balance de l'un des hommes les plus influents du monde de la musique et de la vidéo.
Les quelques minutes d'images que j'ai vu en HD sont à couper le souffle. Souhaitons tous que ce projet «refaiseur de réputation» et «redresseur de vérité» puisse lui permettre d'allumer un grand feu de rock'n'roll sur l'autel montréalais de Rite Rock, le rock'n'roll des fondateurs d'Offenbach et de Corbeau...
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C’est le plus grand cadeau que m’a fait ma mère lorsque j’étais petit; quand je ne savais pas un mot, elle me disait: «Va voir dans le dictionnaire, mon chéri».
Le dictionnaire était un vieux Petit Robert, étrangement recouvert d’un tissu synthétique matelassé brun. On préférait chez moi un dictionnaire laid à un dictionnaire sale.
C’est ainsi que j’ai appris à aimer les mots. Leurs sens. Au pluriel, parce c’est ainsi. Les mots ont plusieurs sens. Ça dépend comment on les utilise. Ça dépend du contexte.
Tiens, le mot «critique», par exemple. Pour un artiste, un critique est soit un raté sympathique, soit un imbécile, soit une nuisance publique. Et parfois, rarement, un critique est un type qui a tout compris.
Mais pour un ministre des Transports, «critique» est un mot honteux, dangereux, menaçant, qu’il faut cacher au peuple pour ne pas l’effrayer... L’équivalent de masturbation, ou hémorroïdes, sans doute. Un mot sale.
Mais devant l’évidence (des draps tachés, des bobettes ensanglantées, du béton tombé), un ministre des Transports finit par le sortir, le mot «critique». Seulement, quand il le prononce, c’est soudain un mot presque gentil, tout fin, comme un minou qu’on caresse derrière les oreilles et qui ronronne...
Extrait du rapport SNC-Lavalin sur l’état du tunnel Viger: «Actuellement, la cote CECS du tunnel Viger est de 1. On peut donc considérer l’état général comme étant: «critique» quant à l’aspect «sécurité des usagers». Cet état résulte d’éléments inclus à la liste «Travaux de sécurisation à effectuer» présentés ci-dessous. Suite aux travaux de sécurisation à effectuer, l’état général du tunnel Viger sera acceptable. Aux travaux de sécurisation à effectuer s’ajouteront des «travaux de réfection» et des «travaux de prévention» pour augmenter la durabilité du tunnel Viger.
Définition du mot critique, dans Le Petit Robert 2012. Deuxième sens: «Qui décide du sort de quelqu’un; qui amène un changement important. Décisif, crucial. Se trouver dans une situation critique. Dangereux, difficile, grave. Le moment, l’heure est critique.»
Peut-être de ces gens qui lisent dans un rapport d’ingénieur le mot critique, et qui n’en comprennent pas le sens. Alors, ils attendent que le ciel leur tombe sur la tête, ou que le tunnel s’effondre.
Il y a des gens, quelque part, qui n’ont pas écouté leur maman, et qui ne comprennent pas le sens des mots.
C’est ça qui est bien avec les écrivains ou les rédacteurs de dictionnaires: ils ont en général le souci du mot juste. Pas les politiciens.
Pourtant, on n’a qu’eux, les mots. Ça serait bien d’être télépathe, et de savoir ce que les autres pensent, mais bon, j’ai essayé. Résultat? J’ai emménagé dans un appartement de divorcé, laid mais fonctionnel.
Nous avons certainement un problème de vocabulaire. Un mot n’a pas le même sens pour tous. «Critique» pour moi est alarmant. Pour d’autres, c’est cool. C’est correct, tout est sous contrôle.
Les mots sont tout ce que nous avons pour nous comprendre et, mieux, pour nous entendre Il n’y a que les mots pour nous protéger du chaos. Les mots sont nos alliés, ils sont aussi nos pires ennemis. On peut jouer avec les mots comme avec des armes, des outils, des explosifs, des caresses ou des coups de poing. On peut s’en servir pour tromper. Minimiser.
Il y a une façon de se protéger derrière les mots qui n’est pas une forme de communication.
Il faudrait offrir un dictionnaire à ceux qui nous gouvernent. Un Petit Robert 2012, ça serait très bien.
Et quand ils détournent le sens des mots, on les rappelle à l’ordre.
«Critique: Qui décide du sort de quelqu’un.»
Le ministre des Transports devrait songer à se chercher un nouveau job.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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En France, les libraires s’inquiètent d’une baisse considérable des ventes. Plus de 10 % depuis le début du printemps. Il faut dire qu’il n’y a pas de Twilight ou de Harry Potter pour doper le chiffre d’affaires. N’empêche… La crise financière a fini par rattraper la culture. Quand le prix du pain et du riz augmente de près de 20 %, il y a moins de sous pour le divertissement.
À Ottawa, dans le hall du ministère des Affaires étrangères, on vient de remplacer deux tableaux d’Alfred Pellan par un portrait de la reine d’Angleterre.
Si j’étais parano, je crierais à la conspiration. Mais je ne suis pas parano, et je ne crois pas à la mort de la culture. Je crois à la mort du modèle industriel de la culture. Comme Borders, ce sont les Walmart de la culture qui sont appelés à disparaître. La culture pour tous, la culture facile, cette illusion...
Cette illusion que nous sommes tous pareils, et qu’au fond nous aimons tous la même chose. Ben non, Pellan ce n’est pas pour tout le monde. La preuve. Les Conservateurs n’aiment pas. Ne comprennent pas. Et puis, après?
Depuis que je suis tout petit, je lis précisément CONTRE ces gens-là, qui ne doutent jamais, qui sont persuadés d’avoir raison alors qu’autour d’eux tout s’effondre... La culture facile n’existe pas. Mais pendant plusieurs années, on a pris pour de la culture ce qui n’était que divertissement formaté.
Tiens, ce livre-là, que j’ai lu pour vous: publié chez Fleuve Noir, L’étoile de Strindberg, de Jan Wallentin, 544 pages.
Surfant sur la vague de succès de la littérature scandinave, inauguré par la trilogie Millénium, c’est également une vague resucée du Da Vinci Code de Dan Brown. Ça commence comme une enquête archéologique avec des sociétés secrètes, et ça finit en histoire de mondes parallèles avec peut-être des extraterrestres à la clé, va savoir, c’est confus. C’est n’importe quoi. C’est un ramassis de clichés. C’est une imitation d’imitation. Ça m’a donné la pénible impression de lire le résultat d’une étude de marché: une régurgitation de ce qui s’est beaucoup vendu au cours des dernières années. Un mélange sans âme appliqué comme une recette.
C’est ça qui va mourir, cette culture sans effort. C’est ça, le bois mort.
Le manger-mou de l’esprit. On ne peut pas se nourrir que de fast-food sans compromettre sérieusement sa santé.
En 1953 paraissait aux États-Unis Fahrenheit 451, un roman de science-fiction de Ray Bradbury dans lequel les livres sont interdits. Les pompiers sont chargés de les brûler (or le papier brûle à 451 degrés, d’où le titre). Mais des résistants cachent au péril de leur vie, derrière des faux murs, des bibliothèques entières.
C’est un excellent roman, que François Truffaut a mis en scène au cinéma en 1966. C’est surtout une métaphore sur la peur de la culture par les pouvoirs en place. Bradbury l’a écrit en pleine période maccarthysme, alors que les artistes, cinéastes et écrivains américains soupçonnés de sympathies communistes et interdits de travail, mis au ban de la société et condamnés au silence.
C’était son présent, mais Bradbury s’est trompé quant au futur. Nos sociétés n’ont pas tenté de tuer le livre (et la culture) en les interdisant. Nos sociétés tuent le livre et la culture en les rendant insignifiants. En leur retirant tout pouvoir de contestation, de remise en question, d’originalité et de réflexion par la surabondance. En noyant le poisson. Mais ça ne durera pas.
Nous entrons dans une période trouble. Réchauffement climatique, épuisement des combustibles fossiles, crises financières à répétition… Dans cinquante ou cent ans, le monde tel que nous le connaissons n’existera plus. Un autre modèle suivra. Mais je suis prêt à parier tout ce que j’ai que la culture, elle, survivra à ce changement de civilisation. Pas la culture du divertissement, puisque c’est le divertissement qui est le plus menacé. La culture, elle, n’a JAMAIS été populaire. Elle est habituée à la vie dure. Elle survivra parce que c’est ce qu’elle a toujours fait.
Ce ne sont pas les libraires indépendantes qui souffrent, aux États-Unis. C’est Borders, la mégachaîne. Le modèle industriel.
Car si Ray Bradbury s’est trompé sur la manière dont la culture est menacée, il ne s’est pas trompé sur le fond. Il y a, à la fin de Fahrenheit 451, cette image d’hommes et de femmes vivants dans les bois, en marge de la société. Chacun d’entre eux a mémorisé un livre afin qu’il survive aux temps troubles. Chacun porte en lui le pouvoir de contester le monde tel qu’il se présente.
Chacun abrite en lui la flamme de la culture, en attendant les jours meilleurs. Ce bois mort-là fait des feux qui nous réchauffent l’âme et le corps quand nous sommes perdus.
Et perdus, nous le sommes.
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Elle, «Matante Nicole», sainte femme d'une grande beauté, a été comme une mère dévouée pour mon Loupiau alors âgé de deux ans et demi pendant que je rénovais avec l'inoubliable Isabelle Morin, l'isba de Saint-Michel-des-Saints en compagnie du «Murph», de «Coyote», et d'autres sbires au gros yeux sortis de la tête.
On peut suivre le dénouement de cette saga de la Haute Matawinie dans mon livre Harel Rock ma Vie, paru chex Librex en 2005.
Bon! Ceci étant dit Saint-Aimé-de-Massueville est une petite localité qui occupe les deux rives de la Yamaska à environ une trentaine de kilomètres de Sorel. On y accède par l'autoroute 20 en sortant à Saint-Hyacinthe vers le nord.
Fondée en 1875 par le seigneur Gaspard-Aimé Massue, établi à Varennes en 1812, Saint-Aimé n'a jamais dépassé le seuil des 600 habitants. C'est un coin du Québec d'une luxuriance végétale hors du commun. De nombreux petits cours d'eau et une topographie vallonneuse donnent à cette partie de la Montérégie des airs limousins d'abondance terrienne.
Tout y est gras et rondelet! Les verdures vont du céladon à l'émeraude jusqu'au vert profond, presque noir, percées de çi de là par les épis rouge sang des vinaigriers qui y pullulent. Et ça pousse! Et ça croît!
Et ça ressemble à une petite jungle nordique touffue, humide, plongeant les racines de ses myriades de plantes indigènes dans le terreau odorant d'un sol enrichi par 200 ans d'épandages de fumiers et de bouses libres de vaches, de boeufs, de crottes de chevaux, de poules et de canards qui n'ont cessé de s'y promener.
Sauf que, depuis quelques années, ces belles terres grassouillettes qui produisaient un maraîché savoureux et surtout, un blé d'inde succulent tant pour les humains que pour les bovins, sont devenues le fief des producteurs de pelouses.
Sur des centaines d'hectares déboisés, désenracinés, érochés, nettoyés comme la plus belle des pelouses de Westmount, on y cultive un gazon de belle qualité qu'on récolte deux ou trois fois de mai à novembre, à grands coups d'engrais non affectés à la croissance rapide de plantes destinées à la consommation humaine. De la graine d'enfer!
Alors, sur le grand parvis surélevé de la chaumière de feu Pierre Carrier, tout en admirant une mer gazonnée s'étendant sur environ 10 kilomètres par quatre, j'apprenais enfin à m'accompagner à la guitare accoustique pour chanter en solo ma Faut que j'me pousse!
Quelle victoire! 35 ans plus tard! Comme l'aurait jappé Pierre, le métissé papa de la sculpturale Marie-Lou Carrier, fille unique de la «Matante Nicole» de mon Lou: «Y'é jamais trop tard pour bien faire»!
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C’est le sémiologue français Roland Barthes qui disait, je crois: «Le bonheur de relire Proust, c’est qu’on ne saute jamais les mêmes passages.»
Vous la placerez, celle-là, dans un cocktail avec des gens qui portent des lunettes aux montures rectangulaires. Vous verrez, ça fait son petit effet...
Pour ce qui est de Proust, je ne sais pas, j’ai sauté l’oeuvre entière sauf le dernier tome de sa Recherche du temps perdu, Le temps retrouvé.
À la bibliothèque Émile-Nelligan de Laval, quand j’avais 12 ans, il était rangé juste à côté de la section Science-fiction, si bien que je l’avais emprunté en pensant avoir affaire à une histoire de voyage dans le temps. Tu parles. J’avais rien compris, et je suis depuis resté sur l’impression que Proust n’est pas pour moi.
Mais la petite phrase de Barthes a beaucoup compté! Puisque je viens d’un milieu sans culture et que je n’ai terminé que trois sessions au bac en littérature, j’ai longtemps traîné comme une petite honte (adossée à un fort sentiment d’imposture) le fait de sauter des passages dans les livres.
Je pensais que c’était moi, le problème. Trop impatient, pas assez intello. Et puis j’ai fini par comprendre que c’était, peutêtre, les passages en question qui faisaient problème…
Il y a des livres dont je n’ai jamais sauté une ligne, même en le relisant pour une deuxième ou troisième fois. Cent ans de solitude, de Marquez. Le temps où nous chantions, de Powers. Demain les chiens, de Simak.
Mais ces temps-ci, je dois l’avouer, je saute en masse. J’ai l’impression de ne plus être un lecteur, mais plutôt un coureur du 400 mètres haies.
Paru dernièrement en Livre de poche, Le livre sans nom fait beaucoup de bruit depuis quelques années. «L’originalité du livre est que l’auteur est inconnu», nous dit Wikipédia. Et en effet, c’est sa plus grande force.
L’auteur en avait publié le premier chapitre sur Internet, et s’était ainsi décroché un éditeur en Angleterre. Depuis, plus de 25 traductions ont vu le jour, et il s’est vendu 75 000 exemplaires en français du Livre sans nom, dans son édition grand format, chez Sonatine. C’est le premier tome d’une trilogie.
Je ne serai pas pisse-vinaigre, ça se lit allègrement. Tous les commentateurs ont mentionné Quentin Tarantino pour parler de ce livre, et c’est tout à fait juste.
C’est rempli de tueurs à gages, de moines ninjas, de vampires. C’est complètement débile comme histoire: tout le monde s’entretue pour posséder la pierre de lune, qui aurait la capacité de contrôler la trajectoire de la lune, et donc, grâce à une éclipse, de plonger la ville de Santo Mondega (mon dégât) dans le noir perpétuel, ce qui serait bien commode pour les vampires qui pourraient ainsi vaquer à leurs petites occupations 24 heures sur 24.
C’est, évidemment, à lire au second degré. À moins que ce ne soit le troisième? Chaque personnage, chaque passage de ce livre nous fait penser à une scène de film. L’auteur s’amuse avec les clichés, les archétypes. C’est dans la surdose qu’il se fait plaisir, et c’est vrai que c’est assez réjouissant.
Le problème (si c’en est un), c’est que ce n’est pas de la littérature. C’est du cinéma. C’est de plus en plus vérifiable: la littérature populaire (principalement les livres de «genre», polars, thrillers, fantasy, etc.) s’écrit à la manière des scénarios. Descriptions, dialogues, actions.
On s’y est habitué, mais c’est un peu malheureux, puisque les auteurs alors n’utilisent pas pleinement le potentiel littéraire, qui permet des choses impossibles (ou très difficiles) à rendre au cinéma: l’introspection, le monologue intérieur, la charge émotive dans la description, l’abolition de la temporalité, etc.
Le livre sans nom est un bouquin qui se lit allègrement puisque j’en ai sauté pas loin de 100 pages.
Une bande de malfrats attablés dans un bar minable réservé aux malfrats, on a vu ça mille fois au cinéma. Mais puisque le livre est écrit comme un scénario, l’auteur doit le décrire assez précisément avant de passer à l’action.
Ce sont ces passages-là que je saute. Au bout de deux lignes, ça va, j’ai compris. De même pour les descriptions de cadavres ensanglantés (et dieu sait qu’il y en a beaucoup dans ce livre).
Au cinéma, une seule image suffit. Mais ça prend une, deux, trois pages au romancier pour la décrire. Pourquoi le faitil, alors? Pour mâcher la tâche aux futurs scénaristes? Pour appâter les producteurs? Peut-être. On dirait en tout cas le serpent qui se mange la queue.
La littérature populaire s’inspire du cinéma qui s’inspire de la littérature populaire. Mais le résultat, dans la manière de faire, c’est qu’il faut se farcir de longs bouts plates parce que l’auteur doit «camper» la scène s’il veut que son récit ait la vivacité d’un film.
C’est paradoxal, mais c’est ainsi: plus la littérature se veut populaire, et plus j’en saute des bouts. Plus ça veut ressembler à un film, plus il y a de passages plates.
Au bout du compte, pour ce genre de récit, il existe une sorte de convention tacite entre l’auteur et son lecteur: «Oui monsieur, tu as le droit de sauter des bouts, car ce que tu tiens entre tes mains n’est pas tout à fait un roman. C’est une forme hybride, embryonnaire. C’est une chenille qui traîne en longueur, et qui se transformera en papillon seulement lorsqu’il s’incarnera sur un écran près de chez vous.»
Avec ce genre de livre, non seulement il est permis de sauter des bouts –c’est même recommandé! Il va sans dire que Le livre sans nom a été acheté par Hollywood. On vit une époque formidable.
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Musika! C'est le titre de l'une de mes chansons qui ont servi à faire entendre raison à Gérald Boulet, mon ami «Gerry».
Il y en a eu d'autres qui ont aussi provoqué l'éveil de «Géraldo»! Il y a eu: Déhors stone, Jeannine, Décolle Nicole et Hilton Jaune.
C'est que voyez-vous, lors de mon irruption dans une formation qui venait de changer de nom depuis quelques jours à peine, j'avais, dès les premiers instants, indubitablement senti qu'Offenbach pouvait être le char d'assaut de la poésie rock québécoise, et lui faire une place sur la scène internationale.
Irrémédiablement senti aussi que les anciens Gants Blancs, Bucket of Blues, Granpa, devenus Offenbach sous l'influence de Michel «Willie» Lamothe, pouvaient être le véhicule idéal quant à l'interprétation et au rendu de la trame sonore de Bulldozer.
Là, faut savoir deux choses. La première est qu'avant moi, Willie avait commencé à «déquétainiser» Gerry et son frère Denis (le Vieux) qui étaient des buveurs de bière, en essayant de les initier à la marie-jeanne et au haschich. Willie arrivait d'un groupe extrêmement délinquant qui se nommait les Pénitents. Les gars se promenaient dans un corbillard et se faisaient régulièrement expulser et bannir des villes et villages qui les recevaient dans leur Hôtel Central.
Les Rolling Stones étaient du menu fretin comparés aux Pénitents du Québec. La deuxième chose à savoir, est que mon film Bulldozer est devenu le deuxième film rock au monde. Le premier étant 200 Motels de Frank Zappa. Cette classification se fait sur la quantité de minutes de musique rock originale dans le total de la bande sonore d'un film.
Ces quatre chansons énumérées plus haut, qui sont à l'origine de la transition «Offenbachienne» de l'original à la reprise et de l'anglais au français, n'ont jamais été enregistrées. Par contre, à l'époque, j'avais quand même écrit quelques chansons originales en langue anglaise dont l'une de celles qui ont été enregistrées sur le premier album d'Offenbach: Soap Opéra. Il s'agit de No Money No Candy qui demeure, encore aujourd'hui, d'une actualité très présente si l'on peut dire, compte-tenu de l'état de nos finances, Willie, Johnny et moi.
C'est une chanson à la mode de Bachman Turner Overdrive avec l'utilisation appuyée de la cloche à vache. Je demeure persuadé que cette chanson aurait pu faire un «hit» aux États-Unis dans le temps et qu'elle le pourrait encore aujourd'hui. En voici le texte afin que vous jugiez de ma qualité d'auteur polyglotte et que vous soyez assurés que si je m'acharne à écrire en québécois et en français c'est pas parce que je pourrais pas chercher fortune ailleurs:
If you ain't got no money
Can't get no candy no Ho!
If you ain't got no money
Can't get no candy no Ho!
A few friends no true love any
Lonely days are many
A few friends no true love any
Lonely days are many
Those i loved so mutch
They turned out on me
Weary nights they break me
If you ain't got no money
Can't get no candy no Ho!
If you ain't got no money
Can't get no candy no Ho!
No money no candy (ad lib)
Pour ceux et celle qui voudraient entendre la chanson telle qu'enregistrée en 1972, elle se trouve sur l'album Soap Opéra que Progresson a déjà numérisé et mis en DC. Allez donc chez Archambault pour écouter....
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Un petit crisse comme Rimbaud, j’aurais sûrement eu envie de le gifler, quelle tête de noeud ! Céline ? Un vieux con, même jeune. Proust ? Moumoune, aristo. Hemingway ? Macho, fabulateur. Faulkner ? Sudiste, soûl.
Les génies littéraires sont en général des gens désagréables dont je sais peu de choses, parce que le génie ne se résume pas dans une biographie.
Le génie, c’est ce qui nous échappe, nous dépasse, nous bouleverse et nous émeut quand tout le reste est si parfaitement maîtrisé qu’on n’attend pas la surprise. C’est alors qu’elle est la plus crue.
C’était un racoin dans le sous-sol pas fini d’un bungalow à Laval-des-Rapides. Rue d’Argenteuil, si vous voulez tout savoir. C’est là que j’ai grandi. C’est là que j’ai commencé ma vie solitaire de lecteur, d’observateur, de ti-cul en marge des grands. Dans le bungalow de Laval, il n’y avait pas pour moi de lieux plus attirants que l’atelier de mon père.
Ce n’était pourtant pas grand-chose.
Huit pieds par quatre, c’était un non-lieu du sous-sol, au plafond bas et aux murs nus, je veux dire par là qu’ils n’étaient pas recouverts de panneaux de gyproc.
Ils montraient leurs entrailles de deux par quatre.
Dans l’atelier, il y avait des planches partout. Des madriers, des quarts-de-rond. Du contre-plaqué pourri. Tous les morceaux qui restent après la scie, et dont on ne sait pas quoi faire et qu’on garde malgré tout parce que c’est du bois, et que le bois est une matière noble, même si on l’empile dans une pièce à peine plus grande qu’un placard. Un lieu qui n’avait même pas la dignité d’être fermé par une porte.
Mais c’était l’atelier de mon père, et c’est là qu’il transformait les bouts de planches en tablettes, en banc de jardin. C’est là qu’il conservait ses outils, les instruments magiques qui permettaient la transmutation.
Je n’avais pas le droit d’y aller. J’y allais donc tant que je pouvais.
C’est là que j’ai compris, mal assis, un livre ouvert sur les genoux, l’importance de l’artisanat. Du savoir-faire. La transformation de la matière.
Je ne sais pas ce qu’est le génie. Je sais à peine ce qu’est le talent. Mais je les reconnais, comme vous, au premier coup d’oeil, quand je lis des phrases inouïes que les livres conservent bien au chaud au creux des pages.
Mais soyons clair : les génies sont rares, et le talent est un climat qui donne à un récit une atmosphère qui lui est propre.
Or, le génie ni le talent ne seront appréciés s’ils font des cabrioles sur des pages mal foutues ! L’intuition fondamentale que j’ai eue dans l’atelier de mon père, alors que j’étais un enfant, c’est qu’il fallait que le livre, à l’instar d’un meuble, remplisse d’abord sa fonction. La commode doit conserver mes t-shirts et mes bobettes, et me les présenter quand j’en ai besoin.
Le livre doit me raconter quelque chose, et m’inciter à le lire…
Pour moi, l’écrivain est pareil au menuisier. Il fabrique des livres comme on fabrique des meubles. L’inspiration ? Le mystère ? L’indicible ? Ouais, d’accord, je veux bien, mais il faut d’abord que l’objet soit fonctionnel.
Or, en littérature, on s’attarde beaucoup au talent, à l’indicible, mais pas assez au savoir- faire. Même s’il est bourré de talent, le menuisier, si les tiroirs de sa (belle) commode coincent à chaque fois qu’on les ouvre, ça ne va pas.
Fais chier, le poète.
Le talent et le génie sont des cadeaux rares que la vie parfois nous offre. Quand on écrit un roman, on ne sait jamais s’ils nous honoreront de leur présence.
Mais le respect du métier, c’est de s’arranger pour que les tiroirs glissent sans coincer, et que l’affaire soit d’équerre.
L’artisanat du livre. Quand c’est bien fait, même si le génie n’y est pas, c’est bien, non ?
C’est ça que je critique, quand je critique un livre. Sa fabrication. Pas le génie, qui m’échappe parce qu’il me dépasse. L’ingéniosité.
Alors, de grâce, quand je trouve un défaut de fabrication à un livre et que je le pointe du doigt, arrêtez de vous énerver. Il n’y a pas mort d’homme. C’est juste que le tiroir coince, qui m’empêche d’accéder à son contenu.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca.
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En attente du camp de sélection élite Pee-Wee AA de Hockey Montréal, Lou s'entraîne chaque jour, en plus de l'école, à lancer des rondelles dans la cour de notre 3½ jusqu'à en avoir mal aux muscles des poignets et des avants-bras. Je lui ai "patenté" quelque chose qui ressemble à une vieille table pas de pattes, placée à environ 10 mètres d'un vieux filet ramassé aux rebuts.
Avec un peu d'eau étalée sous la rondelle, il réussit à placer un tir du poignet puissant à travers l'un des trois trous percés dans le filet, 7 fois sur 10. Lou veut faire le Pee-Wee AA et se rendre jusqu'à la LNH dans 7 ans.
Alors, je l'encourage du mieux que je peux, évidemment. Ce qui implique que je ne sors à peu près pas et que je ne vois et n'entend rien de ce qui vous passionne et de ce dont je pourrais vous causer lors de mes chroniques hebdomadaires.
Cela étant dit, pourquoi ce U2? Parce que ne pouvant me rendre sous le maringouin géant, j'ai pris ma guitare et j'ai appris l'une des chansons de ce groupe qui est ma formation musicale préférée. Ça m'a rappelé mon groupe Corbach et la prestation «live» que nous avons fait en 1995 au bar Le Clandestin de l'Université de Montréal. Nous avions alors deux chansons qui s'approchaient du style U2: Francine et Ah OUI Yeah.
Donald Hince l'un des fondateurs de Corbach ne cédait en rien à The Edge quant au jeu de guitare rock celtique et moi, quoique moins belle-gueule, me plaisait à y "bonoiser" mes interprétations vocales. Je vous dis ça parce qu'il se pourrait que vous puissiez voir le DVD de ce show bientôt puisque nous venons d'en retrouver les 15 heures de bobines sur Bétacam.
En effet, Rite Rock a été tourné à cinq caméras par des caméramans top niveau. Comme ce show s'intitulait Rite Rock et qu'un CD a déjà été vendu à quelques petits milliers d'exemplaires, il se pourrait que certains d'entre vous sachent de quoi je parle. Ce que Rite Rock a de particulier est que les quatre membres survivants des fondateurs d'Offenbach y sont présents.
N'y manquait que Gérald Boulet (Gerry). Je nomme: Michel Lamothe (Willie), Jean Gravel (Johnny), Roger Belval (Wézo) et moi-même. Toujours est-il que je ne suis pas allé voir U2, mais que je fredonne encore In the name of love alors que sur LCN, alors même que j'écris ces mots, passe le reportage concernant le procès d'un prêtre pédophile de Québec et qu'on y parle de jeunes victimes abusées, sodomisées, violées, devenus des adultes blessés pour la vie qui demandent maintenant que justice soit faite.
«What for in the name of love?», chante encore Bono. «Pourquoi (faites-vous ça) au nom de l'amour?» Cete chanson qui nous fait frissonner de terrible vérité crie les atrocités et les crimes commis par les Églises chrétiennes depuis plus de mille ans, à l'encontre du message d'amour de Jésus Christ à l'humanité.
Alors! «Come on down», prêtres d'un Dieu d'amour! «Come on down! Kneel down and cry for mercy in the name of love! What for in the name of love...»
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C’est un étrange phénomène qui s’applique surtout aux romans policiers, et aux polars. Il est très rare que je conserve en mémoire les détails d’une intrigue, d’une enquête. Pour les meilleurs polars, il me reste quoi, quelques figures de personnages, peut-être une atmosphère ou deux?
Comme si les intrigues n’étaient que des prétextes. Je crois que c’est ça, au fond. Les intrigues, c’est le liant, comme de la fécule de maïs pour la sauce.
Mais ça goûte rien, la fécule, et ce n’est pas nutritif. C’est juste fait pour lier entre eux des éléments qui d’habitude font la gueule chacun de leur côté. Ça lie, et ça épaissit la sauce.
Le roman de Fred Vargas (L’Armée furieuse) fait 426 pages. Il y a là beaucoup de fécule. Et tous les bons cuisiniers vous le diront: l’usage de la fécule, c’est un peu de la triche.
Je l’ai beaucoup aimé, Fred Vargas, comme des centaines de milliers d’autres lecteurs, mais plus ça va et plus je sens la triche. Trop de fécule, ça donne une sauce gonflée, L’armée furieuse met en scène la galerie habituelle de ses personnages «hauts en couleur» (les guillemets sont sarcastiques) dont l’énigmatique commissaire Adamsberg qui passe beaucoup de temps à ne penser à rien avant de résoudre ses enquêtes comme par l’opération du saint-esprit.
Il y a Danglard, son adjoint, alcoolo doté d’une culture encyclopédique, ce qui est bien commode pour expliquer aux lecteurs tout ce qu’il convient de savoir pour permettre à l’auteur de tourner les coins ronds.
Dans cas-ci, Vargas évoque une vieille légende à laquelle les habitants d’un village de Bretagne croient parfois encore, et qui serait le camouflage idéal d’une série de meurtres. Mais, je vous demande, à quoi sert de mettre en place les ressorts d’une intrigue si c’est seulement pour que le commissaire Adamsberg puisse la résoudre en pensant à autre chose.
Il s’assoit par terre, il fait le vide le vide dans son esprit, et Vargas va prendre deux ou trois pages pour nous décrire minutieusement le processus de ne penser à rien et d’accoucher ainsi d’une résolution de l’intrigue qui n’est absolument pas dictée par les données mêmes de l’intrigue. La différence entre ça et un coup de baguette magique? Il n’y en a pas.
C’est là où il y a de la triche. Parce qu’alors on peut écrire n’importe quoi. On met en scène des «personnages hauts en couleur» dans une intrigue dont on n’a pas besoin de défaire les noeuds: on prend des ciseaux et on coupe, en faisant croire que l’intelligence supérieure (et énigmatique) de son personnage est une donnée suffisante pour faire avaler l’indigeste.
J’ai l’impression que même Vargas commence à croire qu’elle emploie trop de fécule. Les pages et les pages qui servent à décrire le processus de nonpensée (magique) de son commissaire sont étrangement répétitives, comme si elle cherchait à noyer le poisson.
Enfin, je vous raconte tout ça, mais je ne m’en souviens plus. Ce n’était pas un repas mémorable.
Quand je repense à ma dernière année de lecture, deux titres se rappellent à ma mémoire. D'abord, il y a Porcelaine, le premier tome de Dragonville, de Michèle Plomer.
Et ensuite Le Passage, de l’Américain Justin Cronin.
Ce sont, vite comme ça, les deux seuls livres dont je me souviens de l’histoire, c’est-à-dire du mouvement des personnages dans le temps, soumis aux contraintes des situations.
Dans ces deux livres-là, que vous pouvez lire sans crainte cet été, il n’y a pas de triche, pas de fécule.
C’est lié au beurre. Et le beurre, c’est bien meilleur.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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Ce monstre occupe tout l'espace restreint et oblige à circuler en crabe quand l'envie nous prend d'ouvrir le frigo. Quoi qu'il en soit, à ce temps de l'année, l'électricité statique dégagée par l'écran démesuré attire des myriades de spores et autres minuscules entités arboricoles qui viennent se coller dessus.
J'étais donc à frotter l'immensité de l'infernal écran avec un torchon fait de fibres biologiques recyclées et imbibées de vinaigre biologique, lorsque je me suis rendu compte que je frottais la face du prince William qui tentait gauchement d'enfiler une bague au doigt de la duchesse Kate.
Je cessai de tournicoter le visage empourpré du Prince et pris un temps de repos en m'assoyant devant la télé avec l'intuition qu'il se passerait là quelque chose d'épouvantable.
En effet! Aussitôt assis, un gros plan impudique nous montrait l'index et le pouce du Prince, crispés autour d'un anneau doré, que Son Altesse Royale tentait malhabilement de faire passer à l'annulaire de la Duchesse.
Pousse! Tords! Repousse et retords! Peau plissée, jointure forcée! Ayoye! Bobo! Mais ça doit lui faire mal au doigt à cette mignonne petite femme! Mais qu'est-ce qu'il fait là ce grand nigaud? Anneau trop petit? Doigt enflé? Va-t-il abandonner? Comment le Prince va-t-il s'en sortir sans perdre la face alors que des millions de personnes sont témoins de cet impair? Pauvre Duchesse! Pauvres Canadiens qui ont été les hôtes de cette révélation qui pourrait miner les fondations de la royauté britannique et ce faisant, celles du Commonwealth!
La noblesse est une préséance sociale induite d'une position élevée au sein d'une société féodale. Habituellement, la noblesse est garante de droit divin et est la manifestation terrestre de la volonté politique divine tout comme la papauté en est la manifestation religieuse.
Alors, voilà! Un noble, un vrai noble, doit obligatoirement se trouver au-dessus des règles régissant les couches inférieures d'une société féodale. S'il ne s'y trouve pas et ne fait pas la démonstration à son peuple qu'il détient les prérogatives de sa noblesse, il met en péril les fondements mêmes de l'édifice féodal garant de l'équilibre social dans le respect de l'ordre imposé par le prince à ses sujets.
Le roi et sa famille, ses inféodés alliés et leurs familles sont tous les propriétaires de la terre, de la paix comme de la guerre, de l'abondance comme de la disette, enfin, du bonheur comme du malheur des peuples qui vivent chez eux.
Les nobles détiennent donc le privilège de ne rien respecter de ce qui est imposé au peuple et le peuple compte là-dessus pour croire à la puissance de la noblesse, puissance rassurante dont ils ont besoin.
Si le Prince William, au lieu de triturer et de tordre stupidement le doigt de sa Duchesse avait tout simplement fait ce que l'étiquette ne permet pas, s'il avait fait preuve de véritable noblesse, il aurait fièrement enduit l'anneau de salive en le portant à ses lèvres avant de le glisser sans effort au doigt de sa femme. Ce que ses ancêtres auraient fait pour ensuite trancher la tête de l'orfèvre...
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Soyons sérieux : j’ai beau relire les textes qui ont été écrits au sujet de la venue au Québec de Bertrand Cantat dans la série de pièces montées par Mouawad, je n’y trouve aucune trace de violence. De la colère, de l’indignation, de l’incompréhension, oui. Mais pas de brutalité, ni d’agression. Et AUCUNE attaque personnelle. Par contre, si je relis le rapport d’autopsie de Marie Trintignant, qui fait état des 19 coups qui ont été portés à l’actrice par Bertrand Cantat, là je vois, en effet, beaucoup de violence. DON QUICHOTTE J’aimerais rafraîchir la mémoire de Wajdi Mouawad. Je voudrais lui rappeler ce qu’il a dit en 1999, lors d’une de ses fameuses montées de lait… Il était furieux parce que le Théâtre du Nouveau Monde avait placé des cartons avec le nom des commanditaires sur la scène, un soir de première, pour une pièce qu’il avait mise en scène. Dégoûté, Wajdi Mouawad avait écrit une lettre ouverte dans laquelle il traitait les commanditaires de « connards assurés », de « pétasses argentées » et de « gros tas cellularisés ». Ça, je trouve ça violent ! Mouawad n’hésite pas à utiliser des injures et un vocabulaire méprisant quand il s’en prend à des commanditaires qui lui DONNENT de l’argent pour monter ses pièces (faut le faire, quand même…). Mais il pleurniche et se dit victime d’agression quand des journalistes osent critiquer ses choix artistiques… VOX POPULI Wajdi Mouawad s’en prend aux médias qui se seraient selon lui « déchaînés ». Mais ce qu’il ne comprend pas, c’est que c’est la population elle-même qui s’est « déchaînée ». C’est elle qui s’est scandalisée de la présence d’un meurtrier sur les planches du TNM. C’est le public qui a appelé le TNM, qui a écrit sur Twitter, sur Facebook, dans des blogues, dans les tribunes libres des journaux, pour exprimer son désaccord. C’est le public, celui qui paie pour aller voir ses pièces, celui qui a applaudi la version filmée de sa pièce Incendies, qui a dit à Wajdi Mouwad : « Là, tu vas trop loin, on ne te suit pas. » HOMME DE PAROLE ? Dans son entrevue avec le journal français Le Parisien, Mouawad fait une autre déclaration surprenante. « À partir du moment où on vit dans une société qui a aboli la peine de mort, il faut accepter de vivre avec celui qui a commis un crime et a purgé sa peine. Sinon, on applique une peine de mort psychologique, professionnelle. » Violence… peine de mort… Vraiment, pour un homme qui gagne sa vie en écrivant, c’est surprenant de voir à quel point Wajdi Mouawad ne mesure pas le poids de ses mots. VACANCES Sur ce, je vous quitte pour un mois. J’ai adoré échanger avec vous, sur Twitter, Facebook et à mon adresse courriel du Journal depuis mon arrivée dans ces pages. Et j’espère qu’à mon retour, le 1er août, on reprendra là où on l’a laissé ce dialogue passionnant avec des lecteurs allumés ! 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Comment ne pas être cynique alors que Kadhafi a toujours été un criminel? Mais le pétrole dilue le sang et enlève les taches…
Nous lisons ces épisodes d’un feuilleton comme si les commentateurs avaient oublié le prix humain d’un bombardement, d’une «mission de paix», d’un blocus économique. Il est vrai qu’à la longue les journalistes en viennent à ressembler à ceux qu’ils fréquentent.
Ainsi, ici, après la vague orange (socialiste!) qui a balayé le Québec aux dernières élections fédérales, la plupart des éditorialistes ont préféré écrire que le peuple s’était trompé plutôt que de reconnaître qu’ils avaient été complètement à côté de la plaque dans leur lecture des événements.
C’était à ça que je pensais la semaine dernière. À ça, et à Paul Marchand.
Il était baveux, fendant, grande-gueule. Mais il était aussi, à 22 ans, un correspondant de guerre au Liban, alors à feu et à sang. Journaliste, il l’était à peine, pourtant. C’était un coup de tête et un élan du coeur. Il se voyait mal rester peinard dans ses terres françaises alors qu’ailleurs on souffrait.
Comment rester tranquille tandis que d’autres meurent en silence? Il a gagné Beyrouth, et très vite, il est devenu correspondant pour de nombreuses radios francophones dont, oui, Radio-Canada. Il a été longtemps le seul journaliste occidental à exercer du côté musulman, à Beyrouth-Ouest. Expulsé de force à Chypre par l'Ambassadeur de France, il s’est enfui et il est retourné à Beyrouth-Ouest.
Il était aux côtés du journaliste Roger Auque lorsque celui-ci a été enlevé. Il a également rencontré un «monstre de guerre», un chirurgien libanais qui alternait les opérations chirurgicales avec des tirs à la kalachnikov sur les chrétiens en récitant de la poésie française.
L’horreur, l’absurdité de la guerre, c’est lui qui les racontait, tandis que beaucoup de ses collègues commentaient comme une partie d’échec les communiqués officiels, bien à l’abri dans leur chambre d’hôtel. Paul Marchand allait compter les morts à la morgue parce qu’il se méfiait des mensonges politiques sous couvert d’information.
Qui s’en souvient, aujourd’hui?
Au début des années 90, c’est à Sarajevo qu’on le retrouve, sillonnant la ville assiégée au volant d’une Alpha Roméo volée à une agence de location, et sur laquelle il avait posé une affiche disant: «Don’t waste your bullets, I’m immortal».
Là aussi il courait les cimetières et dénombrait chaque matin les cadavres de la morgue, dénonçant dans ses reportages l’inertie de l’Occident qui faisait semblant de ne pas voir les 329 impacts d’obus par jour qui pilonnait la ville pendant ce qui s’est avéré être le plus long siège de l’histoire de la guerre moderne. 11 000 morts, 50 000 blessés.
Il défiait la mort en faisant de la descente en rappel sur des façades d’immeuble criblées de balles. («Mais je n’étais pas con, disait-il, je ne descendais que les façades que les snipers ne pouvaient voir!»).
Quelque chose en lui le poussait à partager les risques de ceux dont il voulait qu’on s’inquiète. Mais rien n’y faisait, et notre indifférence l’enrageait. Un jour, il a reçu dans le bras une balle de calibre 50 mm, qui lui en a arraché un bon morceau. Sa guerre était finie. Du moins celle qu’il livrait en tant que journaliste.
C’est au Québec qu’il a choisi ensuite de s’installer, pour quelques années, et qu’il a d’abord publié ses romans de guerre autobiographiques: Sympathies pour le Diable, Ceux qui vont mourir et J’abandonne aux chiens le soin de nous juger.
C’est ici qu’il s’est mis à dos une bonne partie des journalistes traditionnels, les Jean-François Lépine, de la SRC, les Denise Bombardier, ou Michèle Ouimet, de La Presse, qui déclarera pour un article du 30 (le journal de la fédération des journalistes): «Je ne suis pas vraiment d'accord avec sa position et sa façon de faire. Qu'il préfère marcher dans les cimetières de Sarajevo, ça tient plus des bibittes au plafond que du journalisme.»
Le réalisateur québécois Guillaume de Fontenay, fasciné par cette vie, veut depuis longtemps en faire un long-métrage. Le romancier Guillaume Vigneault, assisté de Paul Marchand lui-même, en a tiré un scénario formidable que j’ai eu l’honneur de lire.
Que le film n’ait pas encore eu le droit d’exister me désespère. Ça serait puissant. Ça serait utile. Ça serait nécessaire. Les producteurs comme les institutions branlent dans le manche. Au Québec, on préfère de loin la comédie. Et le drame, on le préfère au loin.
C’est pendant ces années au Québec que je l’ai rencontré, et fréquenté. Il m’a appris au long de nos conversations une enfance pendant laquelle il avait été battu. La souffrance ne lui était pas étrangère, ni l’injustice, et toujours il aura voulu les dénoncer.
Mais il ne tenait pas en place, et ici comme ailleurs on comprenait mal sa fureur de vivre, qui était une forme élégante de désespoir. Il est retourné en France. Il a eu un enfant, sa perle. Je possède un texte inédit qui est une longue lettre à sa fille, où il tente de se raconter, et de raconter l’intensité de son désespoir lorsque le couple qu’il formait avec sa mère avait éclaté. Il ne voyait plus sa fille que de façon intermittente, et ça le tuait.
On ne le comprenait pas. On le prenait pour un fanfaron. Il n’était que compassion, chair à vif de la douleur des autres qui s’additionnait à la sienne.
Qu’il se tire une balle dans la tête! avait suggéré Nathalie Pétrowski dans l’une de ses chroniques, à l’époque. Ce genre de phrase qu’on regrette. Cet été, la chroniqueuse passera sans doute encore ses longues vacances dans sa maison de campagne en Estrie.
Paul Marchand, lui, s’est pendu à la poignée de porte de son studio parisien voilà deux ans, le 20 juin 2009.
Paix à son âme.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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On peut se dire au revoir plusieurs fois est écrit par David Servan-Schreiber, qui a le cancer, qui est en train d’en mourir et qui ne sera peut-être même plus en vie à la rentrée de septembre.
Mais c’est un des plus beaux témoignages d’amour de la vie que j’ai pu lire.
On connaît bien Servan-Schreiber au Québec parce que ses deux bouquins Guérir et Anticancer ont été des best-sellers, vendus à plus d’un million d’exemplaires et traduits dans des dizaines de langues.
Ce médecin, qui a eu un cancer très grave il y a 19 ans, a eu une récidive l’année dernière. Il a tout essayé, même un vaccin, mais il est maintenant condamné. Il a décidé d’écrire ce livre pour remercier ceux qui l’ont lu. Mais aussi pour partager avec eux ses dernières réflexions avant de s’en aller.
Il y parle de ses trois regrets principaux :
1- ne pas avoir su comment aimer les femmes ;
2- ne pas avoir su rester proche de la nature ;
3- avoir trop travaillé et ne pas avoir pris soin de lui.
C’est ce dernier point qui fait le plus mal, puisque dans son livre Anticancer, Servan-Schreiber donnait sa recette pour éloigner la maladie : une alimentation riche en antioxydants (fruits et légumes), du vélo, du yoga, de la méditation et… le moins de stress possible. Or, justement parce que son livre a connu énormément de succès, Servan-Schreiber a voyagé partout et travaillé comme un fou.
On peut trouver contradictoire qu’un médecin qui dit aux autres comment éviter le cancer meure lui-même de cette maladie. Et à 50 ans, en plus.
Est-ce que ça veut dire qu’il s’est trompé et qu’il faut jeter son livre Anticancer à la poubelle ? Pas du tout.
D’abord, parce que ces théories étaient basées sur des études scientifiques menées sur des milliers de gens. Aussi parce que le cancer dont il est atteint, 99 % des gens n’y survivent pas plus de 6 ans et que lui a tenu le coup 19 ans. Et aussi parce que « tous les traitements présentent des taux de réussite et des taux d’échec. » Servan-Schreiber, lui, tombe malheureusement dans la catégorie des échecs.
J’avoue que j’ai pleuré à plusieurs reprises en lisant ce petit livre de 156 pages. J’ai rarement vu un homme aussi lucide face à la fin de sa vie. « J’ai peur de souffrir, je n’ai pas peur de mourir », dit-il en passant. Et il nous donne sa recette pour « réussir sa mort » : « bien dire au revoir aux personnes à qui on a besoin de dire au revoir, pardonner aux personnes auxquelles il faut pardonner, obtenir le pardon des personnes dont on a besoin de se faire pardonner ».
L’auteur affirme que le diagnostic de cancer lui a « ouvert les yeux sur l’infini trésor de la vie et de l’amour ». Au fond, ce que retient David Servan-Schreiber de son court séjour sur terre est assez simple: aimez votre conjoint, faites l’amour, soyez proche de vos enfants, de votre famille, et NE VOUS SURMENEZ PAS. Et si on doit mourir tôt, assurons-nous au moins qu’on a été utile à quelque chose pendant notre passage.
Le plus contradictoire, c’est que grâce à David Servan- Schreiber et aux livres qu’il a écrits, des tas de gens ont pu guérir une dépression, se refaire une santé ou éviter de développer un cancer. Alors que celui qui les a aidés à choisir une meilleure vie, lui, sera mort et enterré. 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Un nouveau «Saint» est apparu dans le ciel du paradis depuis les 23 et 24 juin 2011 et pour la première fois dans l'histoire de la sainteté, un «Saint» est passé de «Bienheureux» à «Saint» en l'espace de deux journées de pluies consécutives.
La pluie! Kossé ça la pluie! Est-ce vraiment des gouttes d'eau tombant des nuages? Est-ce le «bon dieu» qui pleure parce qu'on lui a fait de la peine? Est-ce le démon qui pisse sur la joie des humains? Est-ce dame nature qui humecte la végétation nourricière, innonde les humains riverains et contraint notre Premier ministre à chausser des bottes de rubber pour aller patauger à la télé. On s'y perd en conjectures!
Quoi qu'il en soit, notre nouveau «saint» n'appartient qu'à nous, Québécois, et je suis persuadé que personne d'autre que les Québécois ne solliciteront ses faveurs depuis que la planète a pu constater l'étendue de ses pouvoirs de sainteté à la télévision et sur internet.
Télévision!? Té-lé-vi-sion!!? Télé-Vision!!! N'est-ce pas le nom de la compagnie de production télévisuelle à l'origine de la mise en candidature canonique de notre nouveau «Saint»? Mais oui! Mais oui!
N'est-ce pas la même compagnie de productions qui a la main haute sur la destinée télévisuelle des réjouissances de notre Fête nationale depuis de nombreuses années? N'est-ce pas Sylvie Rémillard, soeur de Jean Rémillard président de Télé-Vision, lui-même frère de Gilles ancien ministre d'un gouvernement lbéral, qui est à la barre des spectacles de Québec et de Montréal?
N'est-ce pas Mme Rémillard qui choisit les artistes de ces shows, en règle la mise-en-scène et finalement décide de l'image patriotique du Québec? Oui! C'est bien elle!
Mon ami Michel Lamothe, «Willie» pour les fans d'Offenbach, et moi-même, la connaissons depuis de nombreuses années. Nous pouvons vous assurer que c'est une personne consciencieuse et extrêmement efficace, qui se démène comme une belle diablesse pour que tout ce méli-mélo soit ordonné et porteur de fierté patriotique.
Entre nous, le fait qu'elle soit très jolie n'enlève rien au cartésianisme prodigieux de son cerveau.
Ceci étant dit entrons donc dans le vif du sujet. Mais qui au juste est responsable de la canonisation express de notre nouveau «Saint»? Est-ce la Société Saint-Jean-Baptiste? Est-ce la pluie? Est-ce le line-up d'artistes choisis par Télé-Vision inc.?
Après mûres réflexions et cogitations effrénées, mon groupe tactique de théologiens underground en est venu à la conclusion que la canonisation de SAINT-PLATE, puisqu'il faut le nommer, est le résultat d'une infection psycho-pathologique culturelle qui ronge le Québec depuis de nombreuses années.
Cette infection, sorte de cancer s'attaquant surtout au patriotisme, transforme toute manifestation publique en un show de télévision plutôt banal qui se fond dans l'ensemble des métastases de la platitude télévisuelle.
Saint-Jean-Baptiste a été dégommé! À part nos frisés nationaux, Charlebois et Lapointe, qui ont quand même fait tout ce qu'ils pouvaient pour résister à la canonisation de «Saint-Plate», aussitôt sanctifié ce protecteur de la platitude bourgeoise nous a gratifié de ses deux premiers miracles: une pluie miraculeusement tenace à Montréal et l'interdiction de boire de la bière à Québec.
Voilà pourquoi le maire Labeaume est à Rome aujourd'hui! La rumeur veut qu'il soit allé y solliciter des fonds afin de construire une basilique de Saint-Plate à Québec...
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Elle s’appelle Catherine Millet. Son nom vous dit sûrement quelque chose. Il y a 10 ans, elle avait sorti son livre La vie sexuelle de Catherine M.. Elle y racontait ses parties de jambes en l’air dans des clubs échangistes.
Elle était même venue au Québec pour nous raconter ses 1001 baises. Catherine Millet est directrice d’une grande revue sur l’art et elle est très respectée en France.
Dans une entrevue publiée vendredi par le webzine français Rue89, Catherine Millet fait, à propos de l’affaire DSK, des déclarations à faire dresser les cheveux sur la tête.
« Je pense que ça a été très exagéré par la presse par rapport à l’opinion publique. Autour de moi, je n’ai entendu personne qui soit scandalisé par cette affaire, pas même une femme. Tout le monde a pris ça plus ou moins à la rigolade ou comme Jack Lang qui avait déclaré «il n’y a pas mort d’homme»».
Une femme de chambre affirme qu’elle s’est fait violer par le patron du FMI et les petits amis de Catherine Millet se tapent sur les cuisses en riant aux éclats !
Pour Madame Millet, toute cette affaire a été montée en épingle par les méchants journalistes qui se sont scandalisés d’une « banale » affaire de viol, alors que ses petites copines parisiennes, elles, trouvent qu’il n’y a rien là !
Mais Madame Millet ne s’arrête pas là. « Cette affaire révèle le féminisme dans ses pires aspects. Les femmes apparaissent comme des êtres très faibles qui ont besoin de la protection d’un juge contre tous les hommes qui risquent de les agresser. Plutôt que de créer des associations pour aider les femmes à déposer des plaintes et payer des avocats, les féministes feraient mieux de leur apprendre à considérer ces agressions sexuelles avec une certaine distance, à les relativiser. Il faut aider les femmes à être fortes par elles-mêmes plutôt qu’en se réfugiant derrière la loi ».
Pardon ? Millet reproche aux féministes de vouloir protéger, devant les tribunaux, les droits des victimes de viol ! Moi qui pensais que les intellectuelles françaises avaient 10 ans de retard sur les Québécoises, je dois réviser mes évaluations : elles en sont encore au Moyen-Âge !
Si vous ne vous êtes pas encore étouffés en lisant cette entrevue, sachez que Madame Millet trouve aussi que les femmes agressées n’ont qu’à… passer à autre chose.
« Je risque de choquer, mais je ne comprends pas les femmes qui se disent traumatisées, sévèrement traumatisées par un viol. (…) C’est un traumatisme qu’on peut surpasser comme n’importe quelle violence ordinaire. »
Et si Catherine Millet avait elle-même été victime d’un viol, voici comment elle aurait réagi : « j’aurais laissé faire en attendant que ça se passe, et je m’en serais tirée en me disant que c’était moins grave que de perdre un oeil ou une jambe. Je ne me serais pas sentie atteinte. Ma personne ne se confond pas avec mon corps. »
Je ne connais pas UN SEUL journaliste québécois (homme ou femme) qui serait resté bien gentiment assis sur sa chaise pendant que son invité dit des énormités pareilles.
Je ne sais pas ce qui m’a le plus choqué dans cet article. Le mépris de cette femme pour les victimes de viol, ou la complaisance du journaliste de Rue89 qui continue l’entrevue en lui parlant de maillot de bain sur la plage, comme si de rien n’était. 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Pour cette fête de la Saint-Jean-Baptiste, plusieurs fêtards n'auront pas le droit de consommer de l'alcool. Alors pour vous donner une certaine ivresse, je vous propose dix raisons d'être fier d'être Québécois et Québécoise. Voici dans tous les domaines culturels des réussites qui montrent qu'on a toutes les raisons, aujourd'hui, de se péter les bretelles bleu et blanc.
1. Chanson : Isabelle Boulay qui enregistre en duo la chanson True Blue avec nulle autre que Dolly Parton pour son album Les grands espaces, qui sortira en novembre et qui est réalisé par un grand nom de la musique française, Benjamin Biolay.
2. Télévision : Le concept de l'émission Le Verdict (diffusée à Radio-Canada), imaginé au Québec par Louis Morissette et Alain Chicoine, provoque de l'intérêt à l'étranger où il a été vendu dans une vingtaine de pays.
3. Mode : Non seulement la première exposition sur l'enfant terrible de la mode Jean-Paul Gaultier se fait à Montréal, au Musée des Beaux-Arts, mais en plus, tous les artisans qui y travaillent sont Québécois. Même les mannequins de bois sur lesquels sont exposés les vêtements viennent du Québec, de la compagnie JoliCoeur International.
4. Télévision : Céline Dion fait l'objet d'un documentaire, Three Boys And A New Show (Productions J), qui sera diffusé, non pas le 26 juin, mais bien en septembre, en période de grande cote d'écoute, à la station OWN d'Oprah Winfrey.
5. Cinéma : Denis Villeneuve, dont le film Incendies était en nomination aux Oscars, signera un premier long-métrage aux USA. Et le scénario de La Grande séduction de Ken Scott sera adapté en France et en Italie.
6. Cinéma : Le jeune acteur Niels Schneider, qui reçoit le prix Chopard de la révélation masculine de l'année, des mains de Robert de Niro, au Festival de Cannes...ça fait au moins 24 images de fierté.
7. Robert Lepage : à lui seul, il est une source de fierté pour tous ses compatriotes. Son triomphe à New York avec sa mise en scène audacieuse de la tétralogie de Wagner au Metropolitan Opera, sa mise en scène de Totem du Cirque du Soleil, son ouverture à la nation huronne avec la présentation de La Tempête à Wendake... Robert Lepage frappe toujours fort.
8. Théâtre : Quand on a appris dans Le Devoir que Wajdi Mouawad avait demandé à Bertrand Cantat (qui a tué sa blonde) de monter sur scène au TNM, cela a donné lieu à un débat énorme sur la place publique. Enfin, on parlait de questions philosophiques, morales, éthiques devant la machine à café, au bureau ! La preuve que, malgré ce qu'on en dit, les Québécois sont parfaitement capables de débattre intelligemment et passionnément d'un sujet intellectuel.
9. Bonne bouffe : Deux des chefs les plus connus de la planète, Gordon Ramsay et Daniel Boulud, vont avoir un restaurant de leur cru à Montréal. Celui de Ramsay, c'est le Laurier BBQ qu'il reprend sous son aile (de poulet) et qui rouvrira ses portes le 7 août. Celui de Boulud sera dans l'hôtel Ritz-Carlton tout rénové et ouvrira ses portes en janvier 2012.
10. Littérature : Un des plus grands écrivains contemporains, Milan Kundera, est publié dans la prestigieuse collection de La Pléiade. Et à qui demande-t-il de signer la préface et les notes ? Au Québécois François Ricard, qu'il connaît depuis 30 ans, et qui est un des plus grands spécialistes de son oeuvre.
Quand on regarde le Québec d'aujourd'hui, on peut se désoler ou se consoler. C'est sûr qu'il y a bien des domaines où «on fait dur». On ne gagne pas sur tous les tableaux. Mais sur le plan culturel, personne ne pourra me dire qu'il a honte de la diversité et de la qualité de ce qui se fait ici, en 2011. Bonne Saint-Jean !
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Ce texte n’est absolument pas d’actualité. Une semaine trop tard pour la fête des pères, deux mois trop tôt pour la rentrée littéraire. Vous me direz, après lecture, si c’est grave ou pas.
«En ces temps de rentrée littéraire, alors que certains s’affolent du nombre incroyable de livres qui seront publiés, je me réjouis. Je salue tous ces livres et les attends, car il n’y en aura jamais assez, même des mauvais, même des mal écrits, même des ratés. Voici pourquoi: dans le roman L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera écrivait que nos vies ne sont que des brouillons. Tout nous arrive pour la première fois, et il y n’y aura jamais de copie au propre.
Nous n’avons qu’une enfance, qu’une adolescence. Nous n’avons qu’un seul premier amour, qu’un seul premier chagrin d’amour. Tout nous arrive pour la première fois, la naissance et la mort, et nous improvisons nos vies dans la précipitation et dans la confusion des sentiments, incapable de prendre du recul, enchaînant les erreurs et les approximations...
Ainsi nous apprenons à vivre après coup, une fois qu’il est trop tard. Quand j’étais un enfant, j’avais l’impression que tous les gens de ma connaissance savaient vivre, tous sauf moi, qu’il y avait un code que j’ignorais, une clé que je ne possédais pas.
Je ne savais pas vivre et je m’inquiétais que personne ne m’ait informé qu’il y avait des cours auxquels les autres assistaient pour apprendre. Depuis, je sais que l’ignorance est notre lot commun.
Et puis un jour, j’ai découvert les livres. Qu’est-ce que c’est un livre? C’est la pensée d’un autre, les émotions d’un autre, la vie d’un autre, l’expérience d’un autre sous une forme intelligible. C’est la copie au propre du brouillon qu’aura été la vie de l’auteur.
Avec un livre, vous marchez dans les bottines d’un autre. Vous mettez ses culottes. Vous vivez son enfance, son adolescence, son premier amour, sa première peine d’amour. C’est ce que l’humanité a trouvé qui se rapproche le plus de la télépathie, ce grand rêve qui consiste à savoir ce que l’autre pense, ce que l’autre vit. M’aime-t-il, m’aime-t-elle ? Souffre-t-il ? À quoi pense-t-il ? Que pense-t-il de moi?
J’aime les livres, les romans, les essais, car c’est tout ce qui reste d’une vie après qu’on l’ait un peu gâché à la vivre. J’ai vécu mille ans et vécu mille vies grâce aux livres, et grâce au livre, il m’arrive parfois de croire que je sais un peu comment faire quand les choses m’arrivent pour la première fois.
J’ai appris la compassion avec John Steinbeck dans Les raisins de la colère, quand une jeune femme qui a tout perdu, même son bébé, trouve en elle la générosité de donner le lait de son sein à un vieillard qui meurt de faim.
J’ai appris la colère avec Zola et Germinal. J’ai appris la beauté avec Virginia Wolf. J’ai appris l’amour avec Albert Cohen et Belle du Seigneur. J’ai appris la complexité du monde avec Edgar Morin.
J’ai aussi beaucoup appris de livres qui ne passeront jamais à l’histoire. Des détails, parfois, une situation se produit, et j’ai une impression de déjà vu. Je me sens moins démuni d’avoir lu et c’est déjà la gloire des livres que de pouvoir dire cela.
J’écris ces lignes à l’hôpital, au chevet de mon père, à qui il reste peutêtre quelques heures à vivre, ou alors quelques minutes. On lui a, tout à l’heure, tracé sur le front le signe de la croix. C’est la première fois que meurt mon père.
Mais, en ces moments difficiles me reviennent en mémoire les dernières lignes du Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar: Entrons dans la mort les yeux ouverts. Je puise dans ces mots un étrange réconfort. Ils me guident maintenant comme ils me guideront peut-être un jour, plus tard, quand mon tour viendra.
Les livres m’auront aidé à vivre, et ils m’aideront sans doute à mourir. Aujourd’hui, je voulais merci aux livres comme j’ai dit un peu plus tôt merci à mon père, merci pour tout.
Jean Barbe, le 1er septembre 2007.»
Mon père est mort quelques heures plus tard, tandis que mon frère et moi lui tenions les mains, et que ma mère lui caressait la hanche. Ça fait quatre ans déjà. Je pense souvent à lui. Sur son lit de mort, il m’a dit: «j’ai eu la vie que je rêvais d’avoir».
J’aimerais à la fin pouvoir en dire autant. Je l’ai tellement fait chier. Je me souviens de sa fierté. Je me souviens de l’arrogance de ma jeunesse.
Je me souviens de nombreuses fêtes des Pères où j’arrivais les mains vides, sans cadeau et sans voeu, critiquant l’existence d’un délire commercial. Tu ne t’attends quand même pas à ce que je t’offre une cravate, papa! Jeune con, va. Je t’embrasse, jeune moi qui ne savait pas.
Dimanche dernier, mes enfants ont oublié que c’était la fête des Pères. Pas de cadeau, pas de carte. Je ne peux pas vous dire. Même une cravate, j’aurais aimé. Oh, papa... Je comprends.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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D'abord parce que Michaud est un intervieweur formidable. Il sait confesser ses invités avec intelligence et doigté.
Mais aussi parce que Morissette a accepté de se montrer vulnérable. Il a levé le voile sur les coups durs de sa vie et s'est livré avec candeur et sincérité.
Josélito aurait facilement pu être complaisant. Après tout, il interviewait une vedette-maison (C.A., Le Verdict, le Bye Bye) qui est en plus le conjoint de la vedette #1 de Radio-Canada, Véronique Cloutier. Mais il n'a pas hésité à aller fouiller là où ça fait mal.
Exemple : il a eu le front de demander à Louis comment il s'était senti quand sa carrière allait nettement moins bien que celle de sa blonde, entre autres après l'échec de VIP.
«Il faut vraiment que tu sois fait fort», a répondu Louis. «Il y a un décalage qui s'installe. T'essaye de ne pas avoir l'air du gars qui se fait vivre par sa blonde. Toi tu te pètes la gueule avec ton projet et ta blonde a du succès. Véro, c'est clair, c'est Gretzky. Tu ne veux pas installer une compétition dans ton couple, mais c'est tough. Être en couple avec Véro, mettons que ton ratio d'échec, il faut que tu le minimises.» Avouez que ça prenait une certaine dose d'humilité pour dire ces choses-là.
Autre exemple : Josélito demande à Louis comment il a réagi quand son beau-père, Guy Cloutier, s'est reconnu coupable d'agression sexuelle sur Nathalie Simard. «C'était ma femme qui était au coeur de la tempête. Moi, là-dedans, j'étais acteur de soutien. J'étais là pour elle.»
Tout au long de l'entrevue, Morissette mentionne à plusieurs reprises à quel point lui et sa blonde s'appuient l'un sur l'autre pour traverser les tempêtes. «J'aurais pu m'enliser, m'isoler, aller en dépression, mais Véro m'a aidé beaucoup.»
Et il insiste sur le fait que ses enfants lui ont permis de ne pas sombrer. «Chaque coup dur que j'ai eu dans la vie, c'est pas ma carrière artistique qui m'a aidé à me relever, ce sont mes enfants. Une chance qu'on s'a !»
Peu importe l'opinion qu'on peut avoir du couple Cloutier-Morissette, qui en mène très large à la Société d'État et qui n'est pas à l'abri des erreurs de jugement : quand la vie leur envoie des coups durs, ils vivent des moments difficiles comme le commun des mortels.
«Tout le monde parle, tout le monde a son opinion, tu sens le regard des autres braqué sur toi. Si tu es capable de t'ouvrir et d'échanger, tu vas passer à travers. Si tu te fermes et que tu n'as pas de communication dans ton couple, ça éclate. On a eu des moments où on se demandait si on allait passer à travers.»
Je suis la première à avoir trouvé de très mauvais goût les blagues du Bye Bye 2008 sur Nathalie Simard, mais j'ai été estomaquée quand Louis Morissette a raconté la violence des réactions de certains téléspectateurs, qui lui ont écrit : «Je te souhaite juste que tes enfants soient violés un jour dans ta vie, tu vas comprendre.»
Louis Morissette a dit à Josélito Michaud qu'il relativisait souvent ce qui lui arrivait en se disant : «C'est juste de la télévision.»
La télévision est capable du meilleur et du pire. Elle peut être tapageuse et étourdissante. Mais elle peut aussi nous faire partager les angoisses et la fragilité d'un couple qu'on pensait invincible.
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Je prenais conscience de la véritable finalité de toutes relations sexuelles. Au bord du gouffre séparant Dieu de l’humanité, je comprenais qu’un mouvement de frottage, aussi banal soit-il, pouvait faire naître la vie, et que le masculin serait une lampe d’Aladin, dont une femme accorte pouvait tirer un génie.
Je songeais que les mouvement de va-et-vient, yeux chavirés, grognements, roucoulades, couinements, ça ballotte, ça clapote, ça grignote, toute son âme à se faire jouir ou à faire jouir l’autre, enfin, que tout ça pourrait être insignifiant, si la survie de l’espèce n’en dépendait!
À preuve que le ridicule ne tue pas! Il donne la vie!
J’allais chavirer d’intelligence, sur le fait qu’humilité ne coïncide pas nécessairement avec clarté, puisque tant de grands mystiques, sobres et pratiquant d’humbles habitudes, ont déjà conduit l’humanité à l’aveuglement.
Bref, j’étais en passe de comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule fonction à la sexualité, et qu'elle peut être différemment féconde. On peut naître de l’amour! On peut aussi renaître de l’amour! Bon, me dis-je, j’ai compris! La prochaine fois que je vais baiser avec Carole, tant pis pour les capotes! Laissons le destin parler! Je ne serai plus le salaud qui précipite ses spermatozoïdes dans un guet-apens mortel!
La porte de la chambre s’ouvrit brutalement, et Willie sauta à genoux sur le lit, me tirant brutalement de mes rêveries. Il avait le regard moite, et de grosses gouttes de sueur perlaient à son front:
- Ti-Pierre! Ti-Pierre! Gerry est fou! On sait pu quoi faire! Va l’aider! Aide-moi! Va voir Johnny! Johnny capote! Il veut s’en aller!
- Quoi?
- Regarde dehors! Regarde par la fenêtre! Y’est là Gerry! Y's promène avec ses apôtres! Enwèye! Er’garde!
Étourdis de notre succès à la radio et d’un teint basané acquis sur la couverture de notre taudis montréalais, nous qui fuyions le soleil pour ne pas avoir l’air bronzé-bourgeois, nous qui préférions l’ombre des bouges à la clarté du jour, voilà que nous, grands prêtres du rock, mettions des jeans serrés, et de petites blouses déchirées.
Voilà que nous portions des boucles d’oreilles et des colliers rutilants, voilà enfin que nous tenions, tard le soir, des cessions improvisées de disco-rock!
Ça ne ressemblait à rien de mondain pourtant, c’était tonitruant comme d’habitude, mais avec une touche hermaphrodite, pervertie et théâtrale. Nous étions devenus fous de coquetterie bisexuelle, avec khôl et bijoux! Sans évidemment passer à l’acte homosexuel, qui demeurait un no man’s land pour de véritables guerriers.
Non! Nous étions aux femmes! Pauvres elles! Johnny, le génial peintre-guitariste, résista cependant à cette vague d’imitations des vedettes rock de l’époque, qui s’arrangeaient presque toutes pour avoir l’air androgynes ou carrément putasses. Holà! Ho! Pas pépère Gravel! Pas lui! Pas d’airs de pute! Non merci!
Johnny était le coeur d'Offenbach, ce qu’il est toujours, avec sa chemise à carreaux et sa camisole de flanelle. Les quatre autres étaient devenus fous! Johnny menaçait de s’en aller! Ç’était grave! Ça dépassait les bornes! J’étais incapable d’imaginer Offenbach sans la guitare de Johnny Van Gogh! Il était unique! Nous l’étions tous! Gerry était la voile, Willie le pirate, Wézo le perroquet, moi le vent, et Johnny le gouvernail!
J’approchai lentement de la fenêtre sans rideau, donnant sur le stationnement du motel. Il faisait une journée de rêve pour un milieu de mai en Abitibi. La chaleur d’un soleil tout jaune faisait monter une brume diaphane du sol détrempé encore recouvert de plaques de neige. Tout baignait dans une aveuglante tulle pastelle.
Protégeant mes yeux d’une main, je m’appuyai de l’autre sur le rebord de la fenêtre, pour mieux voir à l’extérieur. Il y avait une dizaine de voitures dans le parking boueux, et un peu plus loin, dans l’espace plus sec d’un champ jouxtant le stationnement, une douzaine de personnages médiévaux suivaient Gerry à la queue. Lui imperturbable comme s'il avait fait ça toute sa vie, les mains jointes, l’air inspiré, marchait dignement de-ci, de-là:
- Qu’est-ce qu’il fait là?
- Je te l’ai dit qu’il était devenu fou!
- Qui c’est, les autres?
- Des hippies! Ils ont eu une subvention du BS, pour faire des tam-tams…
Comme de fait, la petite troupe s’arrêta, et s’assoyant autour de Gerry dans le foin humide, les apôtres se mirent à jouer des tambours, qu’ils portaient jusque-là pendus au dos. Gerry semblait chanter sur le rythme, mais à cause de la distance, je n’arrivais pas à en saisir grand-chose:
- Qu’est-ce que tu as à t’énerver! Gerry chante avec des hippies dans un champ! Où est le problème?
- Gerry déteste les hippies! Lui, le flower power ça l’fait chier! Y’est fou, j’te dis ! Va écouter ce qu’il marmonne avec sa gagne de poils!
- Ben quoi! C’est pas la première fois que ça lui arrive! Qu’est-ce qu’il a pris? Des pilules? De l’acide? Du speed?
- Y'est de même depuis hier soir! T’as rien vu toi? T’as rien entendu? Carole t’attendait après le dernier set! T’as sacré ton camps! T’es allé te coucher! Nous autres, on est resté avec lui!
- Y’a rien pris? Tu est sûr?
- Hier avant le troisième set, il m’a demandé des Mandrax! J’aurais pas dû lui en donner! Y’avait mal à la tête! Le plus qu’y prend d’habitude, c’est des aspirines!
- Combien?
- Quoi?
- Combien en a-t-il pris?
- Deux pour commencer, pis dans le milieu du set, trois autres! Ça faisait pas effet!
- Sacrament!
- Après le show, y’a commencé à dire qu’il était Dieu, pis les Poils lui ont payé la traite et il est allé s’asseoir avec eux. Ils ont passé la nuit dans sa chambre, toute la gang!
- Mais l’effet des Mandrax doit être terminé maintenant, il va bien finir par aller se coucher!
- Y’ont de la mescaline!
- Ostie!
- Qu’est-ce qu’on fait? Le boss va annuler notre contrat si Gerry chante pas ce soir! On va être dans la marde! On doit 200 $ de bar-bill, et 150 $ de restaurant! On n'a pas une cenne pour retourner à Montréal!
- Bon! Ça va! On y va!
C'est comme deux amants qui continuent de nier qu'ils vivent une liaison torride... alors que toute la ville les a vus se prendre une chambre au motel.
«Il n'y a pas d'entente entre Radio-Canada et Gesca».
C'est ce que les deux répètent chaque fois qu'on aborde les liens entre le diffuseur PUBLIC (qui doit servir les intérêts de tous les contribuables) et une entreprise PRIVÉE (qui sert uniquement les intérêts de ses propriétaires).
Et pourtant...
Pas plus tard qu'au mois d'avril, on a eu une preuve flagrante que Radio-Canada et Gesca couchent dans le même lit. Et que leur union est bel et bien consommée.
Lors des dernières élections fédérales, avant le débat des chefs, le consortium des radiodiffuseurs (CBC et Radio-Canada, CTV, Global, TVA) s'est réuni à plusieurs reprises. En effet, de nombreux médias veulent avoir accès à la diffusion en direct du débat et il fallait établir une grille tarifaire pour leur vendre ces images.
Des représentants de chaque diffuseur discutaient des demandes des radios, des journaux ou des sites Internet qui voulaient avoir accès à la transmission en direct du débat.
Or, j'ai appris qu'un des représentants de Radio-Canada a demandé si la transmission du débat pouvait être DONNÉE à Cyberpresse, le site Internet des journaux de Gesca!
Autrement dit, le représentant de Radio-Canada négociait au profit de Gesca, comme on le ferait pour aider un ami. Comme s'il était leur porte-parole auprès des autres diffuseurs.
D'après moi, le représentant de Radio-Canada s'était trompé dans ses notes. Il a dû confondre Le débat des chefs et Les Chefs, l'émission de Radio-Canada produite par ... La Presse Télé.
Les trois autres réseaux membres du consortium (TVA, Global et CTV) ont refusé la demande de Radio-Canada.
Vous allez me dire que TVA aurait fait pareil avec les journaux de Quebecor? Eh bien non. Tous les médias qui souhaitaient diffuser les images devaient contacter les représentants du consortium, sans passe-droit pour personne.
Si les journaux de Quebecor voulaient diffuser en direct le débat des chefs sur leur site Internet, ils devaient se mettre en ligne comme tous les autres. Et PAYER le consortium comme tout le monde.
Alors que les gens de Gesca avaient, comme on dit, un ami dans la place. Radio-Canada était prête à faire circuler son contenu entre le consortium et les sites de Gesca, selon le principe de «ce qui est à moi est à toi».
Et après ça, on veut nous faire croire que ces gens-là ne se parlent pas, qu'ils n'ont pas d'intérêts communs, qu'ils ne sont pas copains-copains?
Si ce n'est pas une entente qui unit Radio-Canada et Gesca, pouvez-vous me dire c'est quoi, alors?
Un accord? Une alliance? Un partenariat? Une association, une coalition, une collaboration, une coopération? Une complicité, une fraternité?
Non, non. Je l'ai! C'est une franche camaraderie! C'est sûrement une franche camaraderie qui fait que Radio-Canada organise un Gala excellence avec La Presse. Que la radio et la télé de Radio-Canada reçoivent tous les lundis la personnalité de la semaine de La Presse. Que Radio-Canada refuse systématiquement d'annoncer dans les journaux de Quebecor, les compétiteurs de Gesca.
C'est dans un esprit de franche camaraderie que l'éditorialiste-en-chef de La Presse est chroniqueur chaque semaine à une des émissions les plus écoutées de la radio de Radio-Canada. Que pour commenter le conflit au Journal de Montréal, la radio de Radio-Canada a invité deux journalistes de La Presse. Et qu'à la dernière émission de Christiane Charette, la moitié des invités étaient des journalistes de La Presse.
Moi, toute cette belle camaraderie, franchement, je trouve ça émouvant.
Surtout que, comme toutes les amitiés, elle est tout à fait désintéressée.
sophie.durocher@journalmtl.com
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Dans le bleu caraïbe de son oeil droit, il y a une petite île brune. C’est là que je voudrais écouler mes vieux jours, à pêcher des souvenirs argentés et frétillants qui s’empileraient dans ma barque et me rempliraient de bonheur.
C’est ma fille. Et j’aurai beau l’avoir élevée exactement comme mon fils, elle n’en est pas moins fille jusqu’au bout de ses ongles au vernis écaillé. Et parfois, il me vient des peurs que je voudrais irrationnelles.
Non, je ne crains pas les maniaques sexuels, les chums bovins et apathiques, les fréquentations douteuses et les fêtes d’initiation à la faculté de droit. Je crains surtout que la plus grande révolution des mille dernières années ait fait long feu. Je crains que les femmes ne retombent sous la coupe des hommes, et ne soient encore réduites à leurs tâches de bibelot, de procréatrice et de mère.
Je crains que l’horizon ne soit pas pour ma Sacha une invitation au voyage et au dépassement, mais un lointain inaccessible dont elle rêverait derrière les hauts murs d’une vie qu’elle n’aurait pas choisie.
Voilà dix ans, j’avais lu avec plaisir le 1000 femmes blanches de Jim Fergus (dont vous trouverez la version poche chez… Pocket). L’auteur américain, dont c’était le premier roman, y racontait l’histoire d’une demande (probablement fictive) du chef Cheyenne Little Wolf à l’endroit du président Ulysses S. Grant de lui envoyer mille femmes blanches pour sceller l’amitié de leurs deux peuples. Quelques centaines de femmes leur furent envoyées, choisies parmi les désoeuvrées, les pauvres et les internées en asile. On y suivait, à travers le journal intime de l’une d’entre elles, le destin cruel des Amérindiens, victimes de leur naïveté et de leur foi en la parole de l’homme blanc. Le roman avait bien marché aux États-Unis, et très très bien marché en France, puisque c’était une sorte de western.
Bizarrement, pourtant, j’y avais moins vu un livre sur le sort réservé aux Amérindiens que sur celui des femmes. Mais de cela, les commentateurs français n’ont pas fait beaucoup mention. Ce sont les Français qui, après tout, à la fin du 17e siècle, ont envoyé en Nouvelle-France près de 800 femmes, pauvres et orphelines, avec pour seul avenir la procréation à répétition.
Cette opération avait été un franc succès puisque, dix ans plus tard, la population avait triplé. Je m’étais demandé à l’époque pourquoi Jim Fergus avait décidé de se mettre dans la peau d’une femme. C’est un choix audacieux et assez rare pour un premier livre.
Mais c’est en lisant son plus récent livre que j’ai compris. Cela s’appelle Marie-Blanche. L’auteur y raconte l’histoire, vraie bien que romancée, de sa mère et de sa grandmère, toute deux nées en France de famille aristocratique et fortunée...
C’est en visitant sa grand-mère, très âgée et atteinte de la maladie d’Alzheimer, que l’auteur s’aperçoit qu’il lui en veut, qu’il lui reproche d’avoir eu l’amour utile et la tendresse rare, et d’avoir poussé sa fille (la mère de l’auteur) dans le refuge de l’alcool puis, éventuellement, dans l’oubli du suicide.
Alors, il racontera cette histoire. Remontant la piste de générations, à l’aide de lettres, de documents, de souvenirs et d’un peu d’imagination, il raconte en parallèle la vie de ces deux femmes dont la liberté était conditionnelle au bon vouloir de leur père, de leur époux, bref, des hommes qui régissaient jusqu’aux moindres détails de leur vie quotidienne.
C’est un roman terrible. Le droit de cuissage, l’inceste, le mariage arrangé. La grand-mère abusée donne naissance à une femme qui boit, puis les enfants trinquent. Mais c’est fait sans lourdeur, avec une certaine vivacité. C’est un homme qui donne une voix à ses aïeules, puisqu’on exigeait d’elles d’être belles et de se taire.
Je lisais ce livre et je pensais à ma fille. Et je me disais que Simone de Beauvoir avait écrit Le deuxième sexe en 1949, il y a 62 ans. Ce livre a donné naissance à ce qu’on a appelé la seconde révolution féministe, la première ayant été celle des suffragettes, qui réclamaient le droit de vote.
Soixante ans de féminisme, et on n’en parle à peu près plus, comme si l’affaire était classée. Même les femmes se méfient du mot. Et pourtant jamais on n’a vendu autant de fards à paupières et de régimes amaigrissants. On offre des seins refaits aux jeunes filles pour leur 16 ans.
Les pubs sont encore pleines de pitounes alanguies. Et trouver chaussure à son pied (au propre comme au figuré) est encore la priorité de la majorité des femmes en Occident.
Oh, Sacha, tu liras Marie-Blanche un jour, et Simone de Beauvoir, aussi, j’espère. En attendant, tu lis India Desjardins, et c’est déjà très bien. Mais faudra pas lâcher, ma chouette.
Dis, tu me le promets? Ne lâche jamais, ma puce. Et tu seras tout ce que tu peux être. Et j’irai finir mes jours, heureux, dans l’île de ton oeil bleu.
L’avenir? Jamais sans ma fille.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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[slugline] => [byline] =>Pis ? C’est la question que je me fais poser depuis une semaine au sujet de Gerry. C’est fou les attentes soulevées par ce film qui prend l’affiche aujourd’hui !
Pis, Mario St-Amand ? La ressemblance est hallucinante. Dans les scènes de spectacle d’Offenbach, avec sa tignasse bouclée, on croirait carrément voir Gérard Boulet en chair et en os.
Cet acteur a été mis sur terre pour jouer le rocker d’Offenbach. On dit que les comédiens « incarnent » un personnage. Dans ce cas-ci, on a en effet l’impression que Boulet se retrouve en chair et en os à l’écran.
Pas étonnant que St-Amand ait déclaré au magazine 7 jours qu’il avait été obligé de faire un jeûne et une cure de sommeil pour se détacher de ce rôle. On pourrait croire qu’il était possédé et qu’il avait besoin d’un exorcisme pour se débarrasser des démons de Gerry !
Pis, les perruques ? Elles sont parfaitement crédibles et discrètes. Ouf ! On a évité la catastrophe capillaire de la télésérie Harmonium, avec ses barbes mal collées et ses moumoutes apparentes. Il n’y a rien comme un postiche mal placé pour faire perdre toute crédibilité, même au meilleur des comédiens.
Pis, le film ? Gerry est une très honnête biographie, mais, malheureusement, un film qui manque de oumpf. On a l’impression de regarder une Musicographie à Musimax, mais avec des comédiens qui font une reconstitution des vrais événements de la vie de Gerry.
Une biographie réussie est beaucoup plus qu’une suite d’anecdotes. C’est un regard, un éclairage sur la vie d’un personnage qui sort de l’ordinaire.
Dans I’m not there, le réalisateur Todd Haynes démontrait que Bob Dylan était un caméléon, insaisissable, jamais là où on l’attendait, qui changeait de personnalité comme il changeait de chemise.
Dans Maurice Richard, Charles Binamé montrait le #9 comme le porte-étendard de tout un peuple. Et il faisait en même temps le portrait de toute une société qui commençait à s’affirmer.
Dans Dédé à travers les brumes, Jean-Philippe Duval tentait de comprendre quels démons avaient mené Dédé Fortin au suicide.
Alors que dans Gerry, on voit simplement un rocker fonder un groupe, puis le quitter, faire un enfant à sa femme, puis à sa nouvelle blonde, puis à son ex, boire beaucoup de bière, et mourir d’un cancer.
Qu’est-ce qui poussait Gerry à brûler la chandelle par les deux bouts ? Qu’est-ce qui l’a réellement motivé à continuer à chanter alors qu’il était très malade ? Jamais on ne nous dit vraiment ce que Gerry Boulet avait dans le ventre.
Dans la chanson La voix que j’ai, Gerry Boulet chantait ces paroles que le poète Gilbert Langevin avait écrites pour lui : « Cette voix usée par l’inquiétude, Et par la trop longue solitude, Cette voix marquée par la colère, Et les blasphèmes de la misère. »
Mais d’où venaient l’inquiétude, la solitude, la colère et la misère de Gerry Boulet ? On ne l’apprend pas dans le film qui prend l’affiche aujourd’hui. Et le mystère Gerry reste entier.
Dans un tout autre dossier, pensez-vous que les patrons de Radio- Canada ont ENFIN écouté les critiques concernant leurs liens incestueux avec Gesca, qui possède La Presse, Le Soleil et cinq autres quotidiens ?
En annonçant hier que Catherine Perrin remplacerait Christiane Charette à l’émission du matin de la Première chaîne, ils ont promis qu’elle miserait sur la « diversité » des points de vues et qu’on engagerait des collaborateurs de tous les horizons.
Est-ce que ça veut dire qu’on va ENFIN entendre autre chose qu’une demi-douzaine de journalistes de La Presse à la queue leu leu dans une émission de deux heures, une situation que je dénonce vertement depuis plus d’un an ?
Est-ce que Radio-Gesca va ENFIN redevenir Radio-Canada ? 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Un ami et voisin, qui se plaît à me taquiner, m'a fait lire aujourd'hui dimanche le 12 juin 2011, un extrait du journal La Presse me concernant.
Le producteur du film Gerry, Christian Larouche, y allègue que 95% des spectateurs à l'avant-première de Saint-Jean aimaient le film mais que le 5% résiduel, composé exclusivement de moi-même, ne l'aimait pas.
Chers amis, c'est faux! Je crois que M. Larouche cherche à me faire porter le bonnet pointu du trouble-fête! Je vais donc affirmer publiquement pour la quatrième ou cinquième fois, que je considère le film Gerry comme un très bon film, et que j'encourage tous les Québécois à se rendre dans un cinéma près de chez-eux pour le visionner et l'entendre, car la trame musicale y est magnifique.
Deux fois plutôt qu'une. Cependant, le fait que je considère ce film de fiction comme un film à voir absolument ne change en rien mon opinion concernant la véracité de certaines scènes relatant la période de 1971 à 1974 et surtout, concernant l'attitude et le comportement de Gérald Boulet alors membre ordinaire du groupe Offenbach.
Voyez-vous, jusqu'à ce que je quitte Offenbach définitivement en octobre 1974, alors que j'étais retourné à Paris pour me rendre compte de l'état «psycho-social» de mes quatre amis, Gerry et moi en étions à peu près à chanter moitié-moitié de ce que nous avions comme répertoire. Constatant que l'atmosphère était plutôt malsaine à Garches-les-Gonesses, j'avais alors accepté l'invitation de Serge Reggiani d'aller enregistrer quelques-unes de ses chansons au Studio Saravah.
L'aventure fut sans lendemain car au bout de trois jours je m'enfuis à l'aéroport vers mon Québec adoré, complètement paniqué à l'idée que je pourrais devenir célèbre en France. Quoi qu'il en soit et toujours est-il, je vous assure que je ne tomberai pas dans le piège de vous faire partager avec précisions et témoins occulaires, la liste des incongruités remarquables à partir de mon arrivée à l'écran jusqu'à l'exil en France.
En passant, au chapitre des incongruités, c'est moi qui ai amené les Offenbach à Paris. C'est Lucien Ménard et moi-même qui sommes allés en reconnaissance chez Mme Evelyne Vidal productrice du film Tabarnac afin de vérifier si les promesses du cinéaste Claude Faraldo étaient crédibles. Nous sommes revenus à Montréal au bout de quatre jours avec de bonnes nouvelles. Claude n'était pas un menteur ni un mythomane!
Une semaine plus tard, nous étions tous à Paris. Pourtant dans le film Gerry, la scénariste Nathalie Petrowski a omis de m'y faire paraître, tornicotant l'affaire pour faire dire à l'excellent Éric Bruneau, acteur de mon personnage, que je ne voulais pas aller en à Paris parce que je «n'aimais pas les Français». C'est fou n'est-ce pas? Non mais ça se peut-tu? J'étais à Garches! J'étais à Malesherbes!
Je logeais dans la chambre du prince, sous l'immense verrière des combles, avec des peaux d'ours et de loups tout autour de mon grand lit à colonnes, des candélabres, des fleurs et des chandeliers partout! Demandez à la belle Michèle Mercure qui est venue m'y voir quelques jours, la superbe amoureuse à l'origine de mon écriture de Câline de doux blues à Saint-Sauveur-des-Monts en 1972. Demandez à Willie, à Johnny, à Wézo! J'étais en France! Bon! OK là! Trève de souvenirs!
Pour la suite de ce beau film du cinéaste Alain Desrochers, je suis un spectateur ordinaire n'ayant pas été présent à partir de 1975 sauf après le retour d'Offenbach à Montréal, pour l'écriture de nombreuses chansons des albums Traversion et Never too tender. Enfin, j'ai l'honneur de souligner le travail extraordinaire de Mario Saint-Amant qui, comme il le dit et je le crois, s'est entièrement donné à personnifier Gérald Boulet jusqu'à ce que Gérald devienne «Gerry» au fil des ans.
Mario s'est tellement abandonné à jouer le rôle de «Gerry» qu'il serait devenu vide de lui-même, épuisé, presque psychotique comme Gérald. C'est le risque que prennent tous les grands acteurs depuis toujours, de mettre en jeu leur vie. Mario Saint-Amant est un grand acteur et Johnny, Willie, Wézo et Harel sont toujours vivants! Dieu merci...
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Avec l’exposition sur le designer Jean Paul Gaultier qui commence vendredi au Musée des beaux-arts, on a toutes les raisons de se péter les bretelles. Et pour longtemps.
Ça vaut la peine de prendre quelques secondes pour mesurer l’ampleur de ce qui arrive. Premièrement, un des plus grands designers au monde a dit oui à une équipe québécoise pour monter la première expo qui lui est consacrée. Deuxièmement, c’est NOTRE expo qui va être montrée à Dallas et San Francisco, aux États-Unis, puis dans deux villes européennes, Madrid et Rotterdam. Enfin, Gaultier, qui a des antennes partout sur la planète mode, multiplie les déclarations d’amour envers Montréal.
Il doit y avoir des directeurs de musée en Europe qui se mordent les doigts. Imaginez : ce sont les « p’tits cousins québécois » qui vont venir leur montrer comment on fait une expo sur leur plus grand nom de la mode.
Ouch ! Ça doit être dur pour leur ego.
On ne pouvait pas imaginer meilleure publicité pour Montréal et pour le savoir-faire des gens d’ici.
Des journalistes de partout à travers la planète ont les yeux tournés vers notre ville.
La relationniste du MBAM m’a confirmé qu’à la conférence de presse de demain, on verra des reporters de Libération (France), Le Monde (France), Elle USA, Harper's Bazaar, Vogue USA, Vogue Espagne, Vogue Italie, France Télévisions et de la télévision mexicaine.
Le musée de la rue Sherbrooke a reçu des demandes d'information et de photos en provenance d’Europe (France, Angleterre, Espagne, Grèce, Allemagne et Suisse), d’Amérique latine, de plusieurs villes de Chine, etc.
D'importants articles vont être publiés au cours des prochains jours, autant dans les quotidiens que dans les revues spécialisées, y compris dans les revues de design et les magazines artistiques des cinq continents.
C’est le genre de publicité qui ne s’achète pas.
Pour l’expo, Madonna a prêté pour la première fois certains des costumes de scène dessinés par Gaultier pour sa tournée Blond Ambition, dont le fameux corset doré. Et c’est justement le mot « ambition » qui est le mot-clé de toute cette aventure.
La directrice du MBAM, Nathalie Blondil, a eu de grandes ambitions pour son musée et sa ville. Elle ne s’est pas enfargée dans les fleurs du tapis en se disant : « c’est trop grand pour nous, trop compliqué, ça ne fonctionnera pas ». Elle ne s’est pas dit que Montréal était née pour un petit pain.
Elle a visé haut et foncé dans le tas. Et Gaultier, qui avait toujours dit non aux rétrospectives (juste le mot « musée » lui donne de l’urticaire) lui a tout simplement dit : « oui ».
C’est ça qui arrive quand un petit musée voit grand. Et c’est ce genre d’ambition qui fait trop souvent cruellement défaut à Montréal.
Jean Paul Gaultier est manifestement amoureux de Montréal. Dans Clin d’oeil, qui lui consacre un dossier de 70 pages, il déclare : « C’est bien que ce soit Montréal qui m’ait proposé ça. C’est quelque chose de très vivant, qui me fait avancer. »
Et à Elle Québec il affirme : « J'ai l'impression que je me sens plus at home ici. Les Québécois sont moins guindés, plus le fun. J'adore la ville de Paris, elle est sublime et tout, et c'est là que j'ai fait ma mode, mon métier, mais il n'y a pas ce côté bon enfant qu'on trouve ici. Tout ce cynisme, c'est tuant et très négatif ».
Gaultier ne peut pas savoir comme il nous fait plaisir en disant ça. Les Français trop cyniques, et les Québécois « le fun» ?
Moi, je propose la candidature de Gaultier comme prochain maire de Montréal. Pourquoi pas ? On a le droit d’être ambitieux ! 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J’avoue un penchant pour le thriller judiciaire. Enfant, je me voyais bien un jour exercer la profession d’avocat, et plaider en poète avec des effets de manches pour la justice sociale et les droits de la veuve et de l’orphelin. Hélas, la veuve réclame tout l’héritage, et l’orphelin est sur le crack.
Évidemment, la plupart des thrillers judiciaires sont des pièces de théâtre pleines de rebondissements qui ont peu à voir avec la réalité tracassière des tribunaux. N’empêche, l’actualité se charge régulièrement de nous le rappeler, que l’idée de la justice pour tous est solidement ancrée dans notre culture.
L’affaire Bertrand Cantat, l’affaire DSK, la corruption dans le milieu de la construction, les enveloppes brunes des maires, le méga procès des Hell’s, la saga de l’amphithéâtre de Québec… Toutes ces affaires ont en commun des gens de pouvoir qui s’estiment au-dessus des lois, ou qui cherchent à les contourner…
Dans un monde idéal, nous n’aurions pas besoin de toutes ces lois qui régissent les moindres de nos mouvements, de nos humeurs et de nos actions. Mais notre monde n’est pas idéal, justement, et la compassion, le sens de l’honneur et les promesses verbales ne tiennent pas la route longtemps quand c’est chacun pour soi et au plus fort la poche.
Nous avons besoin de lois et du système judiciaire pour nous protéger de la bête en nous, jamais bien loin.
La classe politique s’en remet de plus en plus aux tribunaux pour ne pas avoir à trancher dans les grandes causes qui pourraient leur faire perdre une partie de l’électorat. Mais ça ne l’empêche pas de vouloir se servir de la justice pour gagner des points dans les sondages.
Le méga procès des Hells, dont 31 membres ont été libérés à cause de l’engorgement du tribunal, ne prouve pas la faillite de notre système judiciaire, mais plutôt celle d’un gouvernement qui voulait se faire du capital politique en montant un gros show de boucane plutôt que de laisser les procureurs faire leur job.
C’est de ça, dont a marre l’électorat. Cette quête du profit personnel ou politique au détriment de la justice pour tous a des relents de pourriture. Qu’ils ne viennent pas s’étonner ensuite qu’on lève le nez sur eux.
John Grisham est, depuis La Firme (1991), le maître des best-sellers judiciaires. Je l’aime bien, moi, j’avoue. J’ai lu de lui, l’an dernier, ses Chroniques de Ford County, un recueil de nouvelles pas du tout judiciaire, et très bien tourné, plein de compassion et d’amour pour tous ces laissés pour compte de l’Amérique à deux vitesses…
J’avais beaucoup moins apprécié sa tentative lamentable (et invraisemblable) de roman jeunesse Théodore Boone, enfant et justicier.
Avec La Confession (Robert Laffont, 492 pages), vous ne vous ennuierez pas une seconde, même si ce roman n’est pas un thriller. Il y est question d’un innocent dans le couloir de la mort, attendant son exécution.
Grisham nous fait comprendre tout ce qu’implique dans une communauté cette gestion de la mort appliquée par l’État, toutes les tensions sociales, politiques, toute la peine des proches de la victime comme de celles de l’accusé, toutes les horreurs d’une justice manipulée par des gens puissants pour rester en poste ou obtenir une promotion.
C’est un livre radicalement contre la peine de mort. Dans un pays qui, bon an mal an, exécute une cinquante de prisonniers, et dont tous les citoyens ont le droit constitutionnel d’être armés jusqu'aux dents, c’est un acte courageux.
Le gouvernement canadien, qui s’inspire de plus en plus des pratiques états-uniennes, joue aussi cette carte d’une justice particulièrement sévère, implacable pour se gagner des votes. Le roman de Grisham fait particulièrement froid dans le dos quand on pense qu’un jour la justice d’ici pourrait ressembler à celle de là-bas.
Nous avons dormi au gaz, nous avons laissé faire. Notre cynisme de citoyen a laissé le champ libre aux détourneurs de justice et aux démagogues politiques. Nous en paierons chèrement le prix, vous verrez. En fait, c’est déjà commencé.
Pendant qu’on se déchire pour un amphithéâtre, faut-il le répéter, des gens ont faim, d’autres meurent, et beaucoup, beaucoup n’ont plus grand espoir d’un avenir meilleur. N’est-ce pas là, au fond, le vrai crime?
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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Soyons honnêtes : combien de fois avez-vous entendu du Léveillée sur les ondes au cours des dernières années ?
Même hier, j’ai entendu à la radio privée : « Nous avons appris la mort de Claude Léveillée, un grand nom de la chanson québécoise. Et maintenant, écoutons du Lady Gaga ».
[encart] J’ai demandé à la SOCAN combien de chansons de Claude Léveillée avaient joué plus de 25 000 fois sur les ondes et étaient donc des « classiques ».
Il n’y en a que trois ! Frédéric, La Légende du cheval blanc et Pour les amants.
Même Les vieux pianos n’a pas assez joué à la radio pour être un classique !
Et c’est sans parler des chefs-d'oeuvre Ne dis rien ou Avec nos yeux que toute une génération n’a jamais entendus.
En 2005, 15 artistes lui avaient rendu hommage avec Le temps d’une chanson et Star Académie avait choisi L’Étoile d’Amérique comme chanson thème. Mais à part certaines exceptions, on ne peut pas dire que ses chansons ont eu droit au traitement qu’elles méritaient.
Pas étonnant qu’en mars, à Tout le monde en parle, André Gagnon nous ait transmis un message de la part de Claude Léveillée : «Veux-tu leur dire que je m’ennuie d’eux ?».
Pas étonnant que pour son dernier album, sorti en 2008, il ait écrit l’histoire « d’un petit grain de sable dans le fond de la dune qui se demande s’il est encore aimé ».
S’il y avait un artiste qui avait besoin de sentir l’amour du public, c’était Claude Léveillée.
En 2003, je l’avais reçu aux Choix de Sophie, à Télé-Québec. Il est arrivé avec son sourire charmeur et s’est installé au piano. Il était en pleine forme.
Mais quand il s’est mis à parler du public, il a carrément craqué. « Même après 50 ans, on se dit : ce soir, il faut que ce soit encore plus haut, encore plus fort. Il faut que tu te dépasses. Il faut bien que je le dise, la plus belle chose qui peut arriver à un être, c’est d’être sur scène. J’ai compris c’est quoi un état de grâce. Et l’avoir avec un public, c’est fabuleux.»
Je lui ai demandé : « Ça ressemble à quoi ? ». Il a eu les larmes aux yeux, sa voix s’est enrouée et il m’a répondu : « C’est hors du temps. Ça ne se décrit pas. »
Pendant une demi-heure, il nous avait raconté des anecdotes. Édith Piaf le réveillait à deux heures du matin, pour faire une chanson, ou pour l’emmener manger au restaurant, après avoir mis un manteau de fourrure par-dessus sa robe de nuit.
Il a raconté son premier rôle au cinéma, avec Alain Delon, dans La ligne de démarcation, de Claude Chabrol. Le cinéaste se dépêchait de finir ses prises pour aller bien boire et manger.
Il a affirmé qu’il avait eu trois maîtres à penser. Édith Piaf. Paul Buissonneau, qui lui a appris le respect de la scène. Et Félix Leclerc, qui lui a donné le sens de la famille.
« On a beau faire, on a beau dire, tant qu’il y aura un homme, une femme et un enfant, le monde sera sauvé », m’a-t- il dit.
À la fin, il s’est tourné vers le public : « Chantez donc avec moi, ça me ferait du bien, il me semble ». Il a joué quelques notes et on a tous chanté avec lui : « Le temps de dire je t’aime, le temps d’une chanson, et je t’emmène.. »
On ne pouvait pas lui faire de plus beau cadeau. [pub::1::center] [topic] => /divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher [modified_by] => jmcevoy [original_headline] => [subheadline] => Culture et médias [expiry_days] => -1.0000 [expiry_period] => [expiry_date] => 0000-00-00 00:00:00 [original_topic] => [duplicate_of] => 0 [source] => JDM [overwrite_image] => 0 [keep_headline_set_date] => 0000-00-00 00:00:00 [offset_seconds] => 0 [no_ads] => 0 [static_filename] => [first_page] => 0 [feed] => [group_modified_by] => [group_modified_time] => [effective_date] => 2011-06-10 00:52:35 [clone_of] => 0 [subpages] => [finkle_of] => 0 [url] => http://fr.canoe.ca/divertissement/tele-medias/chroniques/sophie-durocher/2011/06/10/18264226-jdm.html [generic_1] =>
Il y a trois semaines, tout le monde parlait du combat Pascal vs. Hopkins.
Cette semaine, tout le monde parle du combat Erickson vs. Gillis.
En entrevue à Sun News, l’animatrice Krista Erickson a osé poser à la danseuse Margie Gillis une question que l’on n’entend pas souvent à la télé: « pourquoi le gouvernement a-t-il versé à votre Fondation près d’un million deux cent mille dollars de subventions en 13 ans ? »
Généralement, quand la télé s’intéresse aux artistes, c’est pour qu’ils viennent « ploguer » leur spectacle ou parler de leur vécu dans un talk-show. Ils sont habitués que la presse marche sur des oeufs.
Alors quand une journaliste ne met pas de gants blancs et interrompt une artiste pour lui poser des questions dérangeantes, ça surprend.
Certains observateurs ont trouvé que la journaliste de Sun News (une propriété de Quebecor) était trop agressive et que c’était la pire entrevue qu’ils avaient vue à la télé.
Manifestement, ces personnes ont la mémoire courte.
Pas plus tard qu’en 2001, Christiane Charette menait une entrevue odieuse avec Bernard Landry. Vous souvenez-vous du malaise quand elle avait déclaré à Landry qu’elle ne le trouvait pas sympathique ? Et qu’elle lui reprochait son attitude à la mort de sa femme ?
Dans le Journal de Montréal, Pierre Bourgault avait écrit que Charette s’était déshonorée. Radio-Canada avait même envoyé une lettre à Landry pour s’excuser de « l’antipathie déclarée et de l’agressivité » de son animatrice.
À côté de ça, l’entrevue Erickson-Gillis a l’air d’un pas de deux.
Ce que révèle surtout le débat Erickson-Gillis, c’est que depuis quelques mois, la question du financement des arts touche une corde sensible.
En janvier, à mon émission Ici et là, à Vox, Dominic Champagne et Éric Duhaime ont eu une engueulade mémorable, un moment de télé spectaculaire. Ça brassait tellement fort que je pensais qu’ils allaient se taper dessus.
Champagne n’en revenait pas que Duhaime lui dise que les arts sont trop subventionnés. Duhaime n’en revenait pas que Champagne se plaigne du manque de moyens des artistes.
Puis, il y a eu la « bombe » de Nathalie Elgrably-Levy . La chroniqueuse du Journal de Montréal demandait « Pourquoi l’État achèterait-il, au nom de la collectivité, ce que nous refusons d’acheter individuellement ? ». Autrement dit, pourquoi le gouvernement devrait-il donner des sous à des artistes qui en arrachent ? Son texte a été critiqué, analysé, sur toutes les tribunes.
Dans une société où on questionne autant le financement de l’éducation que celui de la santé, peut-on AUSSI questionner le financement des arts ? Ou bien les artistes sont-ils des intouchables qu’on ne doit jamais remettre en question ?
Ces questions de subventions sont légitimes et elles méritent d’être posées dans une société mature et capable de débattre.
Et il faut arrêter de penser que les artistes sont des petits êtres fragiles qu’on ne peut pas attaquer. Ils sont assez grands pour se défendre. Comme l’a fait Margie Gillis, qui a très bien répondu à Krista Erickson : « On questionne toujours ce que les artistes reçoivent de la société. Mais il ne faut pas oublier de rappeler… tout ce qu’ils donnent ».
En terminant, je vous annonce qu’en cette Journée sans maquillage, je vais me mettre autant de rouge, de rose et de noir sur le visage que pendant les 364 autres journées de l’année.
Me faire dire par des magazines féminins, qui vendent du mascara et du gloss à pleines pages, que je dois réfléchir à ma relation de dépendance au maquillage, ça me fait un peu sourire.
C’est comme si un pusher de drogue proposait une Journée sans dope !
Et puis, c’est sexiste cette Journée !
Les gars, eux, ont-ils une journée sans chemise, où ils vont travailler en camisole?
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Nous avons malheureusement une relation passionnelle qui baigne dans les mauvais souvenirs et ça ne peut être autrement puisque nous sommes totalement antagoniques et antipathiques l'un à l'autre depuis toujours.
Le malheur c'est que nous avons mis un enfant au monde, dans un moment d'ivresse, et que c'est moi, le papa, qui ai obtenu la garde légale de Lou Maikan puisque mon ennemie jurée, la maman ne se trouvait pas en état de prendre soin d'un enfant 24 heures par jour, 7 jours par semaine et ce pour cause d'incapacités psycho-émotionnelles.
On a bien essayé la garde partagée mais ça n'a pas fonctionné comme prévu. Une fin de semaine sur deux non plus.
Habituellement, c'est le contraire qui se produit. La femme garde l'enfant et peu à peu, l'homme s'en désintéresse et ça évolue vers une situation pleinement monoparentale alors que le père devient un étranger payeur de pension.
Mais dans notre cas, c'est l'inverse qui s'est produit et il paraîtrait qu'il soit de plus en plus fréquent que des pères se retrouvent totalement seuls alors que des mères poursuivent leur vie sans avoir de contacts fréquents avec l'enfant qu'elles ont porté et mis au monde.
Et pourquoi pas! Ça doit faire partie de l'évolution! Chez les hippocampes par exemple, la madame accouche et c'est le monsieur qui garde les petits dans une poche de son abdomen jusqu'à ce qu'ils soient autonomes.
Quoi qu'il en soit, j'ai aimé cette femme autant qu'elle m'a détesté. Je lui ai donc écrit une chanson pour qu'elle comprenne enfin qu'elle devrait se chercher du travail et me payer une pension pour avoir déformé mon corps, amolit mon esprit et surtout, avoir fait de moi une grosse dondon essoufflée à faire le ménage.
C'est l'épreuve terrible que doit surmonter n'importe quel père seul quand ses enfants arrivent à l'adolescence: cesser d'être un «paman» (papa et maman) pour devenir un papa, un homme quoi! S.O.S rock'n'roll!
Titre: J'aurais dû
Elle est partie chercher...
Un garde-fou, une cloison, une prison, un couvent, un hôpital avec moi
Elle n'avait pas
Pas de frontière, pas de clôture, pas de mur, pas de piège tendu
Rien pour la contenir, la brimer, l'encadrer, la retenir, l'assouvir
Pas de maître, pas de juge, pas de geôlier, pas d'infirmier, personne
Avec moi elle n'avait personne
J'aurais dû l'aimer libre, audacieuse, insensée, délirante et sacrilège
Sans foi ni loi comme il se doit
Sans pitié, sans pardon
N'existant que de passion
Je l'aime comme on aime le vent
Tellement, tellement le vent que
Même quand elle ment je la laisse m'emporter comme elle emporte
N'importe quoi, n'importe qui ne résiste pas
Elle cherche la résistance, la contenance, la dépendance follement
Moi de même
J'aurais dû
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«Le plus dur c’est que je ne peux pas être la grand-mère que je voudrais ».
Cette phrase de Chantal Jolis m’a trotté dans la tête toute la fin de semaine. L’ancienne animatrice de radio et de télé, qui vient d’avoir 64 ans, a six petits-enfants. Et la maladie de Parkinson.
Elle avait promis à ses enfants qu’elle serait une grand-mère qui emmènerait les petits au musée, aux spectacles, aux concerts. À la place, elle est confinée à un fauteuil roulant et une marchette.
Au lieu que ce soit elle qui s’occupe des autres, ce sont les autres qui doivent s’occuper d’elle.
Ce soir, au Lion d’Or, certains de ses amis musiciens, cinéastes ou comédiens ont organisé le Cabaret Jolis, afin d’amasser des sous pour aider Chantal à rester chez elle. « Je ne peux pas imaginer deux quarts de secondes aller vivre en permanence à l’hôpital, je vais me flinguer », m’a-t-elle dit vendredi dernier.
Pour continuer à vivre dans son petit appartement situé dans une résidence pour personnes âgées, entourées de ses souvenirs de voyage, elle a besoin d’argent.
Chloé Ste-Marie l’a prévenue : quand la maladie de Parkinson de Gilles Carle a empiré, il avait besoin de personnel chez lui, 24 heures sur 24, au coût de 10 000 $ par mois.
Mais Chantal n’en est pas là.
Pour l’instant, elle est uniquement dans l’émotion de ce spectacle- bénéfice en son honneur. André Gagnon accompagnera au piano René Claude qui chantera L’Indifférence, tirée de l’opéra Nelligan. Michel Rivard, Stefie Shock, Céline Bonnier, Florent Vollant et plein d’autres feront la fête.
Une fête qui ressemblera sûrement à celles que Chantal organisait chez elle, avant que la maladie l’empêche de chanter et de danser, et qui finissaient toujours dans la musique et les fous rires.
Sur la table de cuisine de son minuscule appartement, Chantal a étalé quelques-unes des centaines de cartes, de lettres, de messages qu’elle a reçus depuis que le grand public a su qu’elle souffrait du Parkinson.
Elle n’en revient pas de tout cet amour. Et des billets ou des chèques que des inconnus lui envoient, pliés dans une enveloppe, avec un petit mot.
« Votre voix magnifique, votre intelligence et votre esprit resteront marqués dans notre vie ». « Un gros merci pour toutes ces années de bonheur radiophonique ». « Vos fous rires me manquent beaucoup ». Une comédienne connue lui écrit même : « Je vous envoie une petite contribution pour vous remercier de toutes ces belles années. Votre voix nous manque ».
Le Parkinson est une maladie dégénérative, mais Chantal a encore toute sa tête. Elle me dit même qu’elle se sent mieux qu’avant ! « Il y a plein de choses qui sont tombées, plein de peurs, de jugements de valeur. J’ai fait le ménage…».
Début juillet, Chantal va partir se reposer aux îles de la Madeleine, jusqu’en septembre. Et après ? « Je ne parle pas d’après. La maladie me fait vivre un jour à la fois. »
À une certaine époque, j’ai beaucoup fréquenté Chantal, personnellement et professionnellement. Je l’ai toujours connue passionnée par le cinéma (elle a co-animé À première vue avec René Homier-Roy) follement amoureuse de la musique (elle a animé à la radio de Radio-Canada et d’Espace Musique) et dévoreuse de livres (elle a tenu une chronique littéraire à l’émission de Marie-France Bazzo).
Mais quand on est frappé par la maladie, les arts doivent paraître bien superflus, bien inutiles face à la souffrance, non ?
J’ai demandé à Chantal si son amour de la culture pouvait l’aider à mieux vivre avec la maladie. « Oui, parce qu’on ne s’ennuie jamais. Je ne vois jamais le temps passer. Avec la musique, les livres ou le cinéma, on s’en va ailleurs, dans la beauté de la vie.
On n’est plus dans l’horreur des choses. Et la maladie, c’est horrible ». 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Il y en a qui disent que, de nos jours, les gens préfèrent les petits livres parce qu’ils manquent de temps. Hé ben. Ils n’ont pas vu la pile sur ma table. 500, 600, 800 pages. Des monstres.
C’est le temps des romans d’été. De l’évasion, de l’exotisme, mais attention, en première classe! Avec des hôtesses qui nous mettent un oreiller sous la tête et nous servent des petits drinks. Avec de la bouffe qu’on connaît déjà. Des steaks, des frites. De l’exotisme sans les inconvénients du voyage, sans la poussière de la route, sans la soif des déserts.
S’évader? D’accord. Mais d’abord la sieste.
Je vous le dis tout de suite, je ne l’ai pas lu jusqu’au bout. Ça s’appelle Les révoltés de Cordoue, d’Ildefonso Falcones. J’en ai lu 140 pages et j’ai abandonné. N’en pouvais plus. Une balle dans la tête, s’il vous plaît.
Il y a des limites à ce qu’un chroniqueur littéraire peut endurer. 140 pages, je lui ai donné sa chance, non?
On est ici dans un roman historique sans doute très fouillé, qui raconte la révolte des Maures dans l’Espagne du XVIe siècle. Mais le personnage principal, le héros, a une psychologie d’enfant de choeur, et encore, un enfant de choeur qui n’aurait jamais bu du vin de messe en cachette.
Les détails historiques, en veux-tu en voilà, mais sur l’humain et ce qui l’anime, on tourne les coins ronds, et on se limite à quelques comportements prévisibles, archétypaux. Des clichés, quoi.
C’est le défaut le plus grave des mauvais romans historiques, de penser qu’en des temps reculés, les choses étaient plus simples. Elles ne l’étaient pas. Elles étaient compliquées pour ceux qui étaient dedans jusqu’au cou.
Les révoltés de Cordoue est un parfait exemple d’exotisme à bon marché, qui vous fait visiter le passé, ses villes et villages, ses palais et ses grottes de contrebandiers. Mais les gens qui habitaient ce passé, vous ne les rencontrerez pas. Ils ne sont pas là. Dans ce passé reconstitué jusqu’à la maniaquerie, il n’y a que des personnages de papier. Du vieux papier jauni.
Encore chez Robert Laffont, j’ai lu au complet le Shanghaï Club de Jacques Baudoin.
Je ne sais pas, j’aime la Chine. C’est le dernier endroit du monde pas tout à fait exploré. Humainement, je veux dire. L’âme chinoise, pour un Occidental, est un territoire vierge, une contrée mystérieuse. Malheureusement, ce roman se contente d’en longer les frontières sans s’y enfoncer.
Shanghaï Club raconte l’histoire d’un ex-militaire français à la fin du 19e siècle, un temps contrebandier, qui se refait une santé financière en s’associant à un Chinois pour monter une société de transports de biens sur le grand fleuve Yangtze.
Parallèlement, une jeune Française lui est envoyée pour qu’il l’épouse, mais celle-ci cède la place à sa soeur, plus aventurière. Cette dernière tombera follement amoureuse de son beau mari, apprendra l’acupuncture et prendra la tête de l’entreprise lorsque son mari décèdera. Ça finit en queue de poisson, j’imagine qu’il y aura un tome 2. Bof. Je ne me précipiterai pas.
On n’est pas dans la grande littérature, on n’est même pas dans le grand divertissement. Je suis désolé, j’aurais aimé vous parler de bons livres. Mais il faut que je les lise pour le savoir. 500, 600 pages par semaine, je ne peux vraiment pas faire plus.
Si vous pensez que ça m’amuse de lire de mauvais divertissements… Bon, quand il fait beau et que je suis au parc avec mon chien, les fesses dans l’herbe et le soleil sur la peau… Il y a pire métier.
Mais l’été s’annonce plutôt moche et pluvieux, disent les météorologues. J’espère tomber sur de meilleurs livres, sinon, ça va être long.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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On y voit constamment les comédiens boire des Labatt, en montrant bien l’étiquette à l’écran. Les rockeurs d’Offenbach se placent une Labatt entre les jambes ou se parlent audessus d’une table faite de caisses de Labatt.
Les seules périodes où on ne voit pas Gerry boire de la Labatt, c’est pendant son enfance (il est trop jeune) et une fois qu’il a le cancer (il est trop malade).
Bref, pendant une bonne partie de ce film de deux heures, le logo de Labatt apparaît quelque part dans notre champ de vision.
Cette omniprésence du brasseur est-elle le fruit du hasard ou est-ce du placement de produit ? J’ai appelé chez Christal Films et on m’assure qu’il n’y a eu aucun contrat financier entre les producteurs et Labatt.
Ben coudonc. Il devait y avoir quelqu’un dans la production qui aimait beaucoup la Labatt. Et les responsables du marketing de Labatt vont sûrement être très contents quand le film va sortir : ce genre de pub vaut des dizaines de milliers de dollars. Et eux, ils l’ont eue gratuitement !
De nos jours, les compagnies sont prêtes à tout pour apparaître dans les films et les séries de télé, qui ressemblent de plus en plus à des infopubs. C’est en tout cas ce qui ressort clairement du film The Greatest Movie Ever Sold, en ce moment en salles.
Dans ce documentaire drôle et brillant, Morgan Spurlock (qui avait fait Supersize Me) va voir des compagnies pour qu’elles placent leurs produits dans son film sur… le placement de produits.
Et ça marche ! Il reçoit un million et demi de dollars en échange de quoi on le voit constamment boire du jus Pom, prendre l’avion avec Jet Blue ou coucher dans des hôtels Hyatt.
Spurlock interviewe des publicitaires et des réalisateurs qui admettent tous que les compagnies commanditaires influencent le contenu des films et des séries. On ne voit plus le public comme des amateurs de divertissement, mais uniquement comme des consommateurs.
Dans les années 1980, Gilles Latulippe et Jean Duceppe faisaient pour Labatt une campagne pour la modération sous le thème : « Le problème (avec l’alcool), c’est pas d’en prendre, c’est d’en prendre trop ».
Moi j’aurais le goût de dire aux commanditaires : « Le problème avec le placement de produit, c’est pas d’en faire, c’est d’en faire trop ».
Parlant de publicité, Radio-Canada est en campagne en ce moment pour souligner ses 75 ans d’existence.
La société d’État a lancé un concours : les citoyens sont invités à compléter les paroles d’une chanson écrite par Stéphanie Lapointe.
Quoi ? Vous me dites que vous n’en avez pas entendu parler ? C’est sûr, vous lisez le Journal de Montréal !
Radio-Canada a pris des annonces dans Le Devoir, La Presse et des quotidiens et hebdos partout au Canada. Mais rien dans les quotidiens de Quebecor.
« Il est important pour nous de rejoindre les Canadiens partout à travers le pays », m’a dit Marc Pichette, de Radio- Canada. Alors pourquoi pas d’annonce dans les journaux de Quebecor ? : « Ça ne fait pas partie de notre stratégie de marketing pour l’instant », m’a-t-il répondu.
Les lecteurs du Journal de Montréal et de Québec sont des payeurs de taxes comme les autres. Mais la Société d’État, qui reçoit un milliard de dollars de financement public par année, considère qu’elle n’a pas besoin de les rejoindre pour leur parler.
Le plus ironique dans tout ça, c’est que Stéphanie Lapointe s’est fait connaître du grand public en 2004 en gagnant à Star Académie… une émission full Quebecor. 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Lady Alys Robi n'est plus! Tous les médias ont parlé de cette pionnière du «showbusiness» décédée récemment et en parlent encore.
Cette étoile internationale a connu un succès immense qui l'a conduit sur presque tous les continents. Elle a été la véritable précurseure de Céline Dion, même si elle n'était pas douée de sa voix surréelle.
Alys Robi avait un style hollywoodien qu'elle poussait jusqu'à la perfection. Ce que peu de gens savent cependant, c'est qu'Alice Robitaille était aussi une auteure, poétesse populaire dont certains des poèmes mis en musique ont enchanté des millions de personnes sur presque tous les continents.
Alys Robi poétesse! Mais voyons donc mon Harel! De quoi parles-tu! Alys Robi était une chanteuse plutôt quétaine que le succès a rendu folle et qui ne s'en est jamais remis! La version officielle parle d'un accident de voiture qui aurait déclenché un processus de dégradation psycho-cérébral qui l'aurait conduit à la démence.
Non! C'est faux! Alys Robi a été victime, tout comme Émile Nelligan, d'un complot visant à l'éteindre, à moucher sa flamme afin de la contrôler financièrement et aussi, ne l'oublions jamais, à lui faire EXPIER sa «vie scandaleuse de libertine», indigne de la société hypocrite et bigote du Canada français de l'époque.
De l'époque? Pensons-y un peu! J'ai vécu il y a quelques petites années une situation similaire alors que la famille d'une amie excessivement agressive lors de crises psychotiques, avait demandé au fameux Docteur X, de Notre-Dame, s'il pouvait procéder à une lobotomie sur elle ou par défaut, à des électrochocs. C'était en 2008. Ce psychiatre renommé avait alors répondu que «ça ne se pratiquait plus aujourd'hui», comme si la mode en était passée.
Pas certain! Ça commence à revenir! J'ai entendu dire qu'en Europe on recommençait doucement à pratiquer la lobotomie qui consiste en l'ablation du lobe frontal du cerveau, mais de façon «expérimentale et modérée». OUACH! Les électrochocs aussi réapparaissent insidieusement au Canada, mais tellement plus «humanitairement» qu'autrefois. ATROCE!
Mesdames et Messieurs, j'ai l'honneur de vous apprendre qu'Alice Robitaille, de son nom véritable, est la soeur d'Émile Nelligan au sein de la grande famille des martyrs de la psychiatrie, et que tous deux ont été les victimes de la cruauté ignorante d'une société civile québécoise encore sous le joug des communautés religieuses et d'une médecine psychiatrique dont les méthodes s'apparentaient plus au sadisme qu'à la guérison.
De nos jours, cette toute puissante coalition entre communautés religieuses et le Collège des médecins n'existe plus. On ne peut plus faire disparaître une personne dans les méandres des catacombes de «Saint-Jean-de-Dieu», permettre à des maris fortunés de se débarrasser de leurs femmes «folles», à des familles scandalisées d'y enfermer leurs filles, de leur imposer une réduction cervicale ou un électro-rabotage de la mémoire médiane.
Quoi qu'il en soit, chers lecteurs anonymes, cette pauvre femme dont le martyr est venu rappeler à toutes les «excitées» et les «énarvées» nord-américaines, à toutes celles qui commençaient à croire à la liberté féminine de disposer de son corps, de son coeur et de son argent, de leur rappeler donc, que le lobe frontal du cerveau dont l'ablation fait d'une femme flamboyante un homme servile, est encore au menu de la stupide psychiatrie occidentale.
Qu'Émile et Alice trouvent enfin dans un autre monde l'amour dont ils auraient eu tant besoin pour échapper aux asiles de haine et de cruauté...
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L’entente était claire: si Julie traînait son chum au cinéma voir un «film de filles», en échange, le vendredi suivant, Georges la traînait au cinéma voir un «film de gars».
Maintenant, les films de gars et de filles se ressemblent comme deux gouttes d’eau.
La preuve? Les deux gros films populaires de l’heure, The Hangover 2 et Bridesmaids, sont tellement semblables qu’on ne peut même plus dire que les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus.
Ils viennent tous d’une même planète qui pourrait s’appeler PIPICACAPROUT. On y parle de cul et on se saoule en faisant des blagues en bas de la ceinture.
Ce week-end, j’ai vu l’un après l’autre les deux films de l’heure, deux comédies hilarantes qui m’ont fait beaucoup rire. Mais je n’en revenais pas de leur ressemblance.
The Hangover 2 vient d’établir un nouveau record: il a rapporté 105,8 millions au box-office ce week-end. On y suit un futur marié et ses meilleurs amis qui préparent un enterrement de vie de garçon. Ils se saoulent d’aplomb et, le lendemain de leur beuverie, ne se souviennent plus de rien de ce qui leur est arrivé. Ils accumulent connerie par-dessus connerie: se font faire des tatouages débiles, se coupent un doigt ou mettent le feu à une auto. Dans la scène-clé du film, le personnage principal se fait rentrer quelque chose dans l’anus.
Dans Bridesmaids, on suit une future mariée et ses meilleures amies qui préparent un enterrement de vie de jeune fille aux États-Unis. Elles se saoulent d’aplomb et font… connerie par-dessus connerie. Elles se font virer d’un avion pour comportement abusif, conduisent dangereusement. Dans la scène-clé du film, les personnages principaux expulsent violemment quelque chose de leur anus.
D’un côté comme de l’autre, on a affaire à des adolescents (des adolescents dans des corps d’adultes), hors de contrôle, qui ont une peur bleue des responsabilités. D’ailleurs, dans chacun des deux films, un des personnages principaux vit encore chez ses parents.
Dans Bridesmaids et The Hangover 2, les filles comme les gars sont fascinés par l’organe génital masculin et en parlent de façon assez crue, merci.
On a eu aux États-Unis toute une série de films sur des ados attardés, immatures et grossiers, de 40 ans et encore puceau à Grossesse surprise, tous deux réalisés par Jude Apatow.
Maintenant, c’est comme si les filles s’étaient dit: «Nous aussi, on est capables de faire des films où on passe pour des folles, on fait des niaiseries, on vomit partout, on parle de pipes et on fait des blagues de caca.»
D’ailleurs, ce n’est pas un hasard: Bridesmaids est produit par… Jude Apatow.
Mais il y a, malgré tout, une différence fondamentale entre The Hangover 2 et Bridesmaids qui prouve que malgré 50 ans de féminisme et une révolution sexuelle, les hommes et les femmes ont encore une vision totalement différente de l’érotisme.
Dans The Hangover 2, la scène la plus «sensuelle» a lieu dans un bar de danseuses de Bangkok, avec des gros plans de strip-teaseuses qui se dandinent devant le nez des garçons.
Alors que dans Bridesmaids, la scène la plus «sensuelle» a lieu dans une cuisine, avec une pâtissière qui fait des tartes, des gâteaux et des cupcakes… pour reconquérir le gars dont elle est amoureuse.
Eh oui… Les femmes ont beau jouer aux machos, roter et péter comme les hommes, elles restent toujours, dans le fond, des petites filles romantiques qui rêvent au prince charmant.
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Lundi dernier, dans le Journal, le prof du cégep de Rosemont déplorait que le ministère de l’Éducation soit coupé de la réalité et parlait d’une véritable mutation des étudiants, à l’ère du virtuel.
Résultat ? Sur Twitter, sur Facebook, sur des blogues, il s’est fait traiter d’« alcoolique fini », de « vieux con » et d’« incompétent ». Pourquoi ces propos diffamatoires ? Parce qu’au Québec, les débats de société dérapent presque systématiquement sur des attaques personnelles.
Plutôt que de parler du fond du problème, on préfère tomber sur le dos de celui qui tire la sonnette d’alarme. C’est comme si votre voisin arrivait chez vous en criant « ta maison est en feu ! » et que vous lui demandiez de passer un alcootest pour savoir s’il avait bu !
Manifestement, Francoeur a touché une corde sensible.
« Ça choque ce que je dis et pourtant ce n’est qu’une réflexion, une observation vérifiable partout en tout temps », m’a écrit Francoeur.
Et s’il faut en croire les courriels que j’ai reçus au Journal, la réalité est parfois bien pire que ce qu’il décrivait. TOUS les professionnels de l’éducation, du secondaire, du cégep ou de l’université qui m’ont écrit, m’ont dit que Francoeur avait mis le doigt en plein sur le bobo.
En voici quelques exemples.
Un bibliothécaire : « C’est la médiocrité généralisée. Des étudiants qui font faire leurs travaux par leurs parents qui sont à la retraite. Des étudiants, en nombre sans cesse croissant, qui éprouvent des difficultés de lecture, de rédaction, de compréhension d’un article de vulgarisation. Des étudiants qui, de plus en plus, refusent systématiquement, par pure idéologie politique et ignorance du monde dans lequel ils vivent, de lire des textes rédigés en anglais parce qu’ils sont au Québec. ».
Une enseignante au secondaire : « Pour ce qui est de l’évaluation des enseignants par les élèves, laissez-moi vous dire que les profs les plus appréciés sont ceux qui n’attendent que la retraite et qui ont abdiqué, les laissant faire des jeux en ligne au lieu des travaux et en attribuant un 80 % à tous ceux qui ne font que l’effort de remettre un travail. »
Un prof de sciences politiques à l’UQAM : « Pour maintenir un niveau acceptable de réussite, il faut désormais normaliser les résultats pour éviter la catastrophe. La conséquence est bien visible : l’incompétence et l’insouciance professionnelles nous envahissent et vont nous ensevelir complètement. Notre propre tiers-monde ne sera pas matériel. Il sera où il est déjà, intellectuel et spirituel. »
Un professeur de l’Université de Sherbrooke : « Lors d’une rencontre d’enseignants, il y a quelques semaines, on nous recommandait de passer à une autre activité (travail d’équipe, débats, etc.)… après 15 minutes. »
Un étudiant de cégep : « Il a parfaitement cerné le réel problème, le ministère de l’Éducation procède actuellement à une déséducation de masse. »
En terminant, l’anecdote suivante, racontée par un bibliothécaire, mérite d’être citée au complet.
« Le cours débute. On cogne à la porte. Un livreur de pizza entre et demande telle étudiante. Un bras se lève.
Le livreur apporte sa pizza à l’étudiante qui s’installe et sort de son sac un sac de croustilles et une bouteille de Coca- Cola, tous deux formats géants, et se tape le tout, comme à la maison !
Le professeur, totalement décontenancé et stupéfait, se dit : « C’est le premier cours de ma carrière. Je ne ferai pas de commentaires ».
La semaine suivante, rebelote ! Mais cette fois-ci, c’est le livreur de poulet. Le professeur décide donc d’intervenir en indiquant à l’étudiante qu’il est interdit de manger et de boire dans la salle de cours.
L’étudiante, outrée, menace de le poursuivre pour discriminations envers une personne atteinte d’obésité morbide ! ». 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J’ai accompagné mes enfants au cinéma pour voir le quatrième Pirates des Caraïbes, comme je l’avais fait pour le premier, le deuxième et le troisième. Pas beaucoup de surprises sur l’écran.
Mais, mâchouillant du popcorn au faux beurre, des lunettes 3D précairement perchées sur mes propres lunettes, cherchant à voir quelque chose pendant les nombreuses scènes de batailles nocturnes, j’en suis arrivé pour la quatrième fois au même constat: purée! Quel personnage extraordinaire, ce capitaine Jack Sparrow!
Plutôt que de faire semblant de prendre plaisir au film, je me projetais mentalement la scène fondatrice de cette série, quand les producteurs de Disney, buvant de l’eau en bouteille (importée de lointaines îles exotiques) se sont fait montrer le bout d’essai où Johnny Depp a créé le personnage: maquillé en pétasse, les dents noires et or, le petit doigt en l’air, bagué comme une duchesse, il pousse des cris de souris et se déhanche en faisant cliqueter les colifichets qui l’ornent tel un abat-jour de bordel victorien.
J’imagine la stupéfaction des producteurs, ces gens sérieux qui savent ce qui marche, ce que le public veut. J’imagine leur silence gêné, les regards obliques qu’ils s’échangent, les raclements de gorge. «Quoi? pensent-ils. Qu’est-ce que c’est que cette horreur? Un pirate gai?»
Ils auraient préféré quelqu’un de, comment dire, plus viril, avec des dents blanches et des abdos d’enfer, qui fait des pompes sur le pont et ne boit son rhum qu’avec modération. Un héros comme on les connaît, quoi. Jamais les adolescents du monde ne s’identifieront à cette tantouse pleine de poux!
Mais liés par contrat à une super-vedette qui n’en fait qu’à sa tête, ils font déjà une croix mentale sur les 150 millions de dollars de la production et s’escriment à trouver une formule fiscale qui leur permettra de conserver leur emploi, leur Porsche et leur dignité.
Quatre films et quatre milliards de box-office plus tard, ces mêmes messieurs se félicitent sans doute de leur clairvoyance et se frottent les mains en alignant des scénarios nuls qui font recette.
Du 3D, des tonnes d’effets spéciaux, du spectaculaire, en veux-tu, en voilà. Mais le seul élément qui vaut le déplacement, c’est ce personnage invraisemblable créé par un artiste, qui échappe à tous les clichés du genre pour devenir une icône, un des grands personnages de fiction de l’histoire du cinéma.
Et ce personnage-là, les producteurs au départ n’en voulaient pas. Dans le merveilleux monde de l’industrie culturelle, les hommes d’affaires ne savent que répéter des formules. Ils ne savent pas créer.
Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dit-on. Dans son dernier roman (Générosité, le Cherche midi, 471 pages), Richard Powers met précisément en scène une jeune femme heureuse.
Peu d’auteurs se sont risqués à tenter ce coup-là. Il est certes plus facile de mettre en scène la proverbiale concierge grognonne qui se laisse attendrir par le légendaire enfant surdoué, comme dans L’élégance du hérisson (Muriel Barbery, Gallimard).
Je sais que vous êtes des centaines de millions à avoir adoré ce hérisson qui vous flatte dans le sens du poil. Je le comprends. C’est un livre comme une comptine dont on connaît par coeur les ficelles, et qui nous rassure. L’équivalent littéraire du «confort food». Du manger mou.
Avec Richard Powers, vous ne serez pas rassuré, pas confortable. Générosité n’est pas un livre agréable: ça grince sous la dent, ça bouscule son lecteur, il y a des mots compliqués de plus de trois syllabes, et des concepts scientifiques, imaginez!
Et pourtant, Richard Powers est à mes yeux l’un des plus grands écrivains vivants. Aucun de ses livres ne ressemble au précédent, mais tous abordent d’une manière ou d’une autre notre rapport à la science et au progrès, et les mutations qui en sont les conséquences.
Ici, la jeune fille heureuse devient le symbole d’un monde qui cherche à tout prix à échapper à sa condition humaine, mais à quel prix? Le décryptage du code génétique permet déjà aux futurs parents d’éviter de mettre au monde un enfant à risque.
Bientôt, nous pourrons programmer notre progéniture comme on commande un hamburger: pas de laitue, avec bacon. Ce n’est pas de la science-fiction. Ça se trame déjà, dans les labos du monde, et c’est une question de gros sous qui leur sert de code d’éthique.
La jeune fille heureuse de Powers, cette exception génétique, cible de l’envie de tous, scrutée par les scientifiques, n’est pas un cliché comme la concierge grognonne ou l’enfant surdoué. Elle est un vieil espoir de l’humanité, que la vie bafoue parce que la vie, c’est pas de la tarte.
Si un jour le bonheur peut s’acquérir par carte de crédit, nous trouverons bien une autre manière d’être malheureux, c’est moi qui vous le dit. En fait, c’est Richard Powers qui le dit. Un autre grand livre.
Le 6 juin aura lieu au Lion d'Or, à Montréal, une soirée-bénéfice pour Chantal Jolis, atteinte de Parkinson, qui a besoin d’aide financière pour faire face au quotidien.
Chantal a dirigé une collection chez Leméac éditeur au tournant des années 2000 et a insisté pour que j’y participe. Je n’avais pas publié de livre depuis près de dix ans, déçu et blessé par l’échec relatif de mon premier roman. Je m’y suis attelé sans trop y croire.
Ce fut Autour de Dédé Fortin, qui m’a redonné confiance et l’envie d’écrire. Depuis, je fais ma vie avec les livres, et c’est à Chantal que je le dois. Pour plus de détails et pour réserver des billets, allez voir la page Le Cabaret Jolis, sur Facebook.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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Un documentaire qui a justement reçu le « sceau d’approbation » d’Oprah prend l’affiche aujourd’hui au Québec, après avoir fait beaucoup de bruit aux États-Unis. C’est le film Forks Over Knives.
Pourquoi ce titre ? Parce que le réalisateur prétend que l’on peut se soigner par l’alimentation (les fourchettes) et éviter de tomber malade et de passer sous le bistouri (les couteaux).
« Attention : ce film pourrait sauver votre vie. »
Ce n’est pas tous les jours que ces mots sont inscrits sur une affiche publicitaire. Mais le documentaire Forks Over Knives provoque une telle remise en question de notre alimentation qu’il pourrait en effet changer les habitudes de vie de ceux qui iront le voir. Ou, à tout le moins, provoquer un grand débat de société.
On y suit des médecins, des nutritionnistes et des chercheurs, qui se sont demandé pourquoi certaines régions du globe étaient moins affectées que d’autres par des maladies comme le cancer.
Après des années d’études comparatives, ils en arrivent à la même conclusion. La consommation de produits animaux (viande, oeufs et lait) et de produits transformés est directement liée, non seulement au cancer, mais aussi au diabète et aux problèmes cardiaques.
À l’inverse, la consommation d’aliments entiers et d’origine végétale aide à la prévention, au contrôle ou à la guérison de ces mêmes problèmes de santé.
Comme le dit un des spécialistes, « c’est aussi simple qu’une manette qu’on tourne : plus de protéines animales= plus de maladies. Moins de protéines animales= moins de maladies. »
Vous ne verrez plus jamais votre cheeseburger de la même façon.
Vous vous souvenez du percutant documentaire Supersize Me ? Le réalisateur se nourrissait exclusivement de malbouffe pendant un mois. Il a failli y laisser sa santé. Forks Over Knives, c’est exactement le contraire. Le réalisateur Lee Fulkerson, lui, s’est nourri exclusivement de bonne bouffe et… il a retrouvé la santé.
Après six mois de régime végétalien, il n’avait plus besoin de prendre des médicaments pour le cholestérol et la pression. Il avait perdu du poids, ne faisait plus d’insomnie et avait retrouvé son énergie perdue.
La majorité de la population nord-américaine se fait plaisir en mangeant un bon plat de viande avec un gâteau recouvert de crème glacée pour dessert. Il fallait du culot à Fulkerson pour avancer l’idée que les protéines animales, les produits laitiers et les oeufs nuisent à la santé.
Mais le vrai courage du réalisateur tient à autre chose : dans un monde où on demande avant tout au cinéma de nous divertir et de nous réconforter, il a fait un film qui nous secoue et nous sort de notre zone de confort.
Depuis quelques années, les documentaires font beaucoup parler d’eux.
Au Québec, Paul Arcand (Les voleurs d’enfance, Québec sur ordonnance), Richard Desjardins (L’erreur boréale, Le peuple invisible) ou André St-Pierre (Manon) ont choisi de faire des films-chocs qui dérangent.
Ils auraient sûrement trouvé plus facile de faire des films rassembleurs, qui nous confirment dans nos certitudes.
Mais heureusement qu’ils n’ont pas choisi la voie de la facilité ! Grâce à leurs films, il y a eu des débats de société passionnants sur la violence faite aux enfants, notre dépendance face aux médicaments, les coupes à blanc dans les forêts, notre méconnaissance des peuples autochtones ou le suicide assisté.
Le rôle des créateurs n’est pas toujours de nous flatter dans le sens du poil. C’est aussi d’aller là où ça fait mal, de gratter le bobo. Et de poser des questions difficiles.
Je ne sais pas si Forks Over Knives va sauver des vies comme le prétend l’affiche du film. Mais je sais que ça va drôlement nous faire réfléchir. 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Si Janette Bertrand était née Noire et Américaine, au lieu d'être née blanche et Québécoise, elle se serait appelée Oprah Winfrey. L'animatrice américaine présentera aujourd'hui sa dernière émission, après avoir passé 25 ans à changer l'Amérique et à la déniaiser. Comme Janette l'a fait pour le Québec. Mais avec quelques millions de plus dans le compte en banque.
Oprah Winfrey a profondément transformé les États-Unis en faisant exactement ce que Madame Bertrand a fait chez nous. Briser des tabous. Détruire des mythes. Mettre des mots sur l'innommable. Donner la parole à ceux qui n'en ont pas. Et surtout, écouter, écouter, écouter. Ce que ces deux femmes ont en commun, malgré les 30 ans qui les séparent, c'est qu'elles ont toutes les deux compris l'impact libérateur de la parole. Oprah n'a jamais suivi une heure de thérapie. Mais en 4 500 émissions, elle a servi de thérapeute et présenté des témoignages et des conseils de spécialistes qui ont littéralement changé la vie de milliers de gens.
Grâce à Oprah et ses collaborateurs, des femmes battues ont quitté leur mari violent. Des victimes d'inceste ont confronté leur agresseur. Des familles au bord de la faillite ont repris leurs finances en main et mis les ciseaux dans leur carte de crédit. Des couch potatoes se sont mis à lire grâce à son Club de lecture. Et des grincheux se sont mis à être gentils comme tout, quand elle a lancé sa campagne Random Acts of Kindness (Gestes Gentils Spontanés).
Dans son magazine O en kiosque cette semaine, Oprah raconte une anecdote qui résume bien son impact. Elle a croisé un jour une fidèle spectatrice qui lui a confié : « Vous avez dit que ce n'était pas bien de battre les enfants. Ça ne faisait pas de sens pour moi. Ma grand-mère a battu ma mère. Ma mère m'a battue. Et moi je battais mes enfants. J'ai décidé d'arrêter pendant une semaine. Puis j'ai arrêté un mois. Maintenant, je ne me souviens plus c'est quand la dernière fois que j'ai battu mes enfants ».
Quand cette femme à qui tout réussit a révélé à des millions de téléspectateurs qu'elle avait été victime d'inceste, c'est comme si elle disait à la planète : « Vous n'êtes pas prisonnier de votre passé, aussi horrible soit-il ».
Bien avant l'arrivée d'Obama à la Maison-Blanche, elle a montré à des millions de descendants d'esclaves qu'ils avaient le droit de rêver et que les Noirs pouvaient accéder aux plus hautes sphères de la société américaine.
La plus grande réussite d'Oprah Winfrey n'est pas financière. C'est d'avoir appris à des millions de gens, aux États- Unis d'abord, puis partout à travers le monde, qu'ils possédaient en eux tout ce qu'il fallait pour vivre une vie riche.
En leur disant « Live your best life » (vivez le meilleur de votre vie), elle leur disait en fait : « qu'attendez-vous pour être heureux ? ».
Vous pouvez trouver ça quétaine, nouvel âge ou dire que c'est de la psychologie de boîte de Corn Flakes. C'est au contraire ce qu'il y a de plus noble : changer les êtres humains pour en faire de meilleures personnes.
C'est un beau programme.
De nombreux professeurs ont réagi à mon entrevue avec Lucien Francoeur sur l'état de l'éducation au Québec.
« Je le félicite d’avoir dit haut et fort ce que bon nombre d’enseignants voudraient exprimer aux responsables du Ministère. » (Marcel Poirier)
« Depuis 2005, année de l'entrée des élèves "réformés" au secondaire, nous crions haut et fort que ces élèves ne savent pas lire, n'ont aucune autonomie, aucune ambition, aucun sens du dépassement. » (Carole)
« Depuis au moins cinq ans, les cohortes que nous recevons au baccalauréat sont pratiquement incapables de penser, de concevoir une problématique, de s'exprimer et, pis encore, de retenir des notions essentielles à différentes disciplines. » (Pierre P. Tremblay)
Moi, ça m'inquiète. Et vous ? 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Jeudi passé (19 mai), je suis allé visionner le film Gerry sur la vie de mon ami et frère d'arme, Gérald Boulet.
J'avais une solide appréhension car je m'attendais au pire quant à la prestance du jeune acteur qui joue mon rôle dans ce document de fiction basé sur un livre de Mario Roy que j'avais lourdement critiqué à l'époque. Appréhensions également quant au sort réservé à Gérald, que le livre de Mario Roy faisait paraître comme presque criminel, psychopathe, vulgaire et inculte, dans le but évident d'aller chercher les ventes d'un contenu scandaleux.
Il faut savoir, chers amis, que ce film en est aussi un sur le groupe Offenbach, puisque n'eût été de sa participation à ce band, Gérald Boulet ne serait pas devenu l'icône rock qu'il est devenu depuis mon départ en 1975 et ceux de Willie et Wézo en 1976.
Il faut savoir également que lors de ma première rencontre avec ce groupe au printemps 1971, il était clair que les quatre membres d'Offenbach allaient se démembrer une quinzaine de jours plus tard, faute de contrat et d'argent. Mon irruption allait donc régler un tas de problèmes et permettre à Offenbach de poursuivre son évolution et finalement, sous mon influence, sa révolution!
Bon! J'arrive au Complexe Cinéplex-Odéon rue Saint-Denis, accompagné de Caro, une amie réellement amoureuse de l'artiste que je suis, ainsi que de Tony, mon nouveau partenaire italophone d'affaires culturelles. Les deux avaient l'intention fort louable de m'empêcher de péter un plomb en plein visionnement, s'il advenait que certaines images me deviennent insupportables et que je me mette à trépigner en hurlant mon indignation.
Soulagement! En arrivant, j'aperçois le bassiste légendaire d'Offenbach, Michel Lamothe alias «Willie», assis non loin de nous avec son fidèle cousin «Duke».
Les lumières se ferment et le visionnement commençe. Le coeur me débat! Je ne tiens pas sur mon fauteuil à mesure que les images défilent sur l'écran. Des souvenirs se bousculent dans mon cerveau engourdi d'émotions contradictoires. Les faits sont réels mais ils ont été bousculés, trafiqués à l'avantage de Gérald qui apparaît comme tellement au-dessus de ses affaires que je ne reconnais pas le sombre et silencieux «Gerry» avec lequel j'ai partagé des années de rock'n'roll.
Je ne reconnais pas non plus le fougueux Pierre Harel malgré tout le talent du jeune comédien Éric Bruneau, ni le fier Willie, ni le farouche Johnny, ni le surréaliste Wézo. Je suis sur le point de crier «Faut que j'me pousse» et à une seconde de sortir en courant de la salle bondée, lorsque je vois arriver à l'écran une grande fille gauche, pas très jolie, éteinte, molle, installée seule à une table dans un petit bar, alors que mon Gérald s'approche d'elle et lui dit: «Salut Marjo! Viens-tu danser?»
Quoi? Gérald ne dansait pas! Marjo assise tranquille! Quoi? Elle qui est une boule d'énergie fulgurante! Alors, tout s'éclaire! Je me mets à rire d'un bon gros rire de soulagement et je comprends enfin que le film Gerry est un hommage à mon ami Gérald Boulet! Pas un film sur Harel, Marjo, Willie, Wézo ou Johnny!
J'ai compris que le film Gerry était un film mettant en vedette Gérald Boulet et qu'il fallait accepter, en guise de contribution fraternelle posthume, d'avoir été tous un peu diminués afin d'augmenter son éclat. Détendu, j'étais donc en mesure d'apprécier la suite de ce beau film, intelligemment réalisé par Alain Desrochers et magistralement interprété par Mario Saint-Amand dans le rôle de «Gerry».
Entendons-nous! Je demeure très irrité par le manque de véracité historique et l'excès de voracité égotique du scénario de cette Nathalie Petrowski malheureusement inspirée par ce Mario Roy, mais je ne puis nier que le film Gerry, de par sa réalisation, son équipe de production et le talent de ses acteurs, est une oeuvre très, très touchante. Ce film deviendra peut-être l'un des plus gros succès de box-office que le Québec ait connu.
Salut Gérald...
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[copyrightline] => [keywords] => [language] => FR [introduction] => Le bilan que fait Lucien Francoeur après 30 ans d'enseignement au cégep est plutôt terrifiant. [content] =>Un ministère de l'Éducation complètement déconnecté de la réalité ; des étudiants gavés de gadgets qui sont incapables de comprendre des consignes de base ; des illettrés qui n'ont pas de culture ; des exigences qui ont baissé à tous les niveaux... Le bilan que fait Lucien Francoeur après 30 ans d'enseignement au cégep est plutôt terrifiant. Le rockeur et poète de 62 ans enseigne la littérature au Collège de Rosemont depuis 1981. Trois décennies plus tard, Lucien Francoeur, encore passionné par son métier, tire la sonnette d'alarme.
SOPHIE : En quoi tes élèves de 2011 sont-ils différents de ceux de 1981 ?
LUCIEN : Ce n'est pas seulement une nouvelle génération. C'est une nouvelle espèce. Ils font partie d'une civilisation qui est celle du numérique. Nous, les plus de 30 ans, on est dans l'analogue. On est VHS, ils sont MP3. On est brosse, craie, tableau. Ils sont dans la navette spatiale avec cellulaire, laptop et iPod.
Maintenant tout enfant est équipé comme s'il travaillait à la NASA. Quand il arrive à l'école, il a déjà chatté, pris ses courriels, écouté son iPod, parlé au cellulaire. Quand il rentre dans la classe, c'est un retour en arrière.
On sait que le cerveau humain s'est modifié quand l'homme a découvert le feu, quand il a inventé la roue. Mais personne ne s'est rendu compte que depuis 15 ans toutes les machines qui sont utilisées font qu'il y a des parties du cerveau qui fonctionnent moins. On continue à concocter des réformes comme si c'était le même genre de cerveaux qu'avant.
C'est un désastre, c'est une bombe qui va exploser.
Au fil de ces trente dernières années, comment tes exigences comme professeur ont-elles changé ?
Avant, on demandait un travail de session de 12 pages. Maintenant, une analyse littéraire, c'est 750 mots. Trois paragraphes, trois idées principales (oublie les idées secondaires)... Le tiers de la classe me donne ça exactement, un tiers me le donne à moitié et un tiers me le donne pas du tout.
Il y a dix ans, mes élèves faisaient leur propre page titre. Maintenant, je fais la page titre et ils doivent la compléter. Mais même ça, un tiers de la classe n'arrive pas à le faire !
Un élève qui entre au collégial de nos jours, il faut lui enseigner ce qu'est un livre. «Il y a une page couverture. Il y a deux noms. Il ne faut pas confondre le nom de l'auteur (Molière) et le titre du livre (Don Juan)».
Lucien, tu me racontes ça et je suis convaincue que tu en rajoutes. Tu exagères ?
Je te le jure ! C'est aussi simpliste que ça. Il faut que je leur explique «recto verso» ! Et «simple interligne». T'es obligé de leur montrer tout ça parce qu'ils sont toujours sur des machines. Les feuilles, les cahiers, c'est archaïque pour eux. Il y a un immense problème.
Une année, pour m'amuser, j'ai fourni un Q-tip avec mon plan de cours. J'ai dit à mes étudiants : «Vous avez les oreilles propres et vous entendez. Mais vous n'écoutez pas ! Parce que je ne parle pas comme vos machines...»
C'est fini le prof qui parle avec des élèves qui prennent des notes. Le seuil de tolérance est de 12 minutes. Après, tu dois t'arrêter pour faire un exercice. C'est tellement aberrant !
Il y a des profs qui n'écrivent même plus au tableau, c'est une perte de temps, les étudiants ne sont pas capables de suivre ! Ils donnent un texte à leurs étudiants et ils le lisent ensemble. Chaque prof a sa stratégie pour être «compris». Bientôt on va se battre juste pour être "entendu".
On a beaucoup parlé récemment de l'évaluation des professeurs. Qu'en penses-tu ?
Je suis d'accord qu'on évalue les profs. Mais ce qu'on propose, c'est toujours des évaluations de terroriste ! C'est les élèves, les cancres, qui vont évaluer les profs ? Voyons donc !
Comment un élève qui ne sait pas ce que signifie «recto verso», ou «simple interligne» peut-il évaluer si son prof a bien enseigné une analyse littéraire ? Comment un élève qui a été expulsé de sa classe pour des raisons qui lui paraissent aberrantes (son cellulaire a sonné trois fois de suite) peut-il être crédible dans une évaluation ?
Dans une classe, tu as un tiers assez fort, un tiers qui se débrouille, et un tiers qui n'a pas sa place. Ce n'est pas de l'analphabétisme, mais c'est pas loin. De l'illettrisme, oui, parce qu'ils n'ont aucune culture.
Comment as-tu vu le rôle du ministère de l'Éducation évoluer pendant ces 30 années ?
Ils sont déconnectés. Ils disent toujours : «on va faire une nouvelle grammaire, on va changer la terminologie, on va faire des nouveaux manuels, on va changer le bulletin». C'est toujours la façade qui est abordée. Ils ne s'intéressent jamais au coeur du problème : le professeur et l'élève, les deux éléments fondamentaux d'une société. La réflexion ne se fait pas à la bonne place, elle ne se fait pas en profondeur.
L'éducation au Québec, c'est un bordel parce que notre ministère de l'Éducation est trop gros. C'est le plus gros au monde et il faut qu'ils justifient leur job. Moi, je les enverrais dans les écoles, dans les classes ! On n'a pas besoin d'une autre grammaire ! La grammaire, ça s'enseigne toujours comme avant, le participe passé s'accorde comme ci comme ça.
Si tu voyais ce que le Ministère nous suggère comme manuels ! C'est fait par des pédagogues qui n'ont pas mis les pieds dans une école depuis 20 ans, qui vivent dans une bulle. Il y a 240 pages d'explications, avec des trucs tellement pointus... C'est comme s'ils vivaient en milieu fermé et qu'ils tripaient entre eux, pour s'impressionner les uns les autres.
Et les réformes ?
Qu'est-ce qu'il fout le maudit Ministère à nous envoyer des «réformes du champ lexical» ? Lâche-moi avec ton «champ lexical», on n'est pas sur la même planète !!! Je ne suis pas rendu là, j'en suis à leur apprendre comment fonctionne un dictionnaire !
Les élèves viennent me demander ce que signifie «n. m.»! Il faut que je leur explique que ça signifie : nom masculin. Il faut que je retourne à la case départ.
Pourquoi tu continues à enseigner alors que tu pourrais prendre ta retraite ?
La littérature est une passion. Elle est de plus en plus difficile à vivre, je peux flyer de moins en moins haut. Mais je suis content de savoir que je vais enseigner Rimbaud, Camus, Vian en septembre pro-chain. J'ai la certitude que je vais réussir dans ce «free for all» à rejoindre des étudiants. Il y a un pourcentage d'élèves à qui je vais faire faire des progrès. J'ai encore un rôle à jouer.
* * *
DU NIVELLEMENT PAR LE BAS
«On dit que c'est élitiste, de séparer les élèves... C'est bien dommage, mais l'héritage de la contre-culture, de la Révolution tranquille, qui a fait qu'on met tout le monde dans la même classe, c'est un échec.
Celui d'en bas ne monte pas. Et c'est celui d'en haut qui finit par manquer ce à quoi il aurait droit. Ça ne peut plus fonctionner. Et ce n'est pas méprisant de dire qu'il y a un tiers de mes élèves qui ne maîtrisent pas la base du français écrit et qui ne devraient pas être dans un cours de littérature. S'ils ne comprennent pas «recto verso» ou «nom masculin», comment peuvent-ils comprendre «la nature et la religion dans Attala de Chateaubriand» ? La marche est trop haute !»
DES IMMIGRANTS
«Les élèves qui viennent d'ailleurs maîtrisent trois langues : leur langue maternelle, l'anglais qu'ils apprennent tous; et le français qu'ils ont appris avec des méthodes traditionnelles. Le Québécois "de souche" dit un mot sur quatre en anglais (fun, top, chill), mais il ne peut pas avoir une conversation en anglais. Et sa langue maternelle, il l'écrit phonétiquement. Quand je donne un travail d'équipe, c'est souvent l'élève d'origine ethnique qui prend en charge la qualité du français parce qu'il le parle mieux que le Québécois "de souche".»
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Mais les Béthunois ont trouvé une façon brillante de se mettre sur la carte : leur ville est « capitale régionale de la culture 2011 ». De l’art contemporain dans des usines désaffectées, des chefs-d’oeuvre du Louvre dans une chapelle ! Attachez votre béret avec de la broche, ça brasse par là !
Pourquoi je vous parle d’une ville de 26 000 habitants, à deux heures et demie de Paris, dans une région où il y a 15% de chômeurs ? Parce que quand on veut défendre la culture, on parle de ses retombées ÉCONOMIQUES. Mais on oublie toujours de parler de ses retombées PSYCHOLOGIQUES.
D’après vous, ça vaut combien pour l’estime des citoyens de se retrouver sous les feux des projecteurs parce qu’on a installé un festival dans leur ville ?
Un endroit oublié par le reste du monde, qu’on traverse sans le voir le long de l’autoroute, reprend vie parce qu’on y a planté une graine artistique. Les habitants se tiennent le dos plus droit. Ils n’ont plus honte des mines fermées. Ils ne sont plus une étape sur la route, mais une destination. Bref, ils EXISTENT.
Autre bel exemple : Bilbao. Une ville du Pays basque, grise et sale, connue pour ses chantiers navals et ses cheminées industrielles. Depuis qu’on y a installé un Musée Guggenheim à l’architecture capotée, Bilbao est passée de super drabe à super glam. Et ça s’est fait du jour au lendemain.
Avant, ça aurait été la honte de dire que tu vivais à Bilbao. Aujourd’hui, c’est du plus grand chic juste de dire que tu y as passé deux heures !
Au Québec, la saison des festivals culturels a débuté. Celui de musique actuelle de Victoriaville a commencé hier et se poursuit jusqu’au 22 mai. Puis du 9 au 12 juin, ce sera le Festival de la chanson de Tadoussac.
Oui les restos et les hôtels seront pleins, c’est facile à comptabiliser. Mais a-t-on déjà calculé combien de gens se pètent les bretelles et sont fiers de dire qu’ils viennent de «Victo » ou de «Tadou » ?
Chaque fois que je suis allée au Festival de Tadoussac, j’ai été frappée par les sourires sur les visages des locaux. Pas juste parce qu’ils remplissaient leurs boutiques et leurs campings. Mais parce que des amoureux de la chanson avaient fait deux, quatre ou six heures de route pour aller à leur rencontre. Et parce que Richard Desjardins ou Chloé Ste-Marie chantaient dans LEUR église.
Oui, parfois, pour se mettre sur la carte (géographique) il faut se mettre sur la carte (de crédit).
Le coût d’un festival : des dizaines de milliers de dollars. La fierté d’exister : ça n’a pas de prix.
Il y a des choses qui ne s’achètent pas. Pour tout le reste, il y a les subventions.
C’est aujourd’hui que La nuit, elles dansent prend l’affiche au Québec. Ce film d’Isabelle Lavigne et Stéphane Thibault, le seul long-métrage québécois à Cannes cette année, raconte le quotidien d’une famille de danseuses du ventre au Caire.
La dernière fois qu’un documentaire québécois s’est retrouvé à Cannes, c’était avec un film sur l’Acadie de Pierre Perrault et un autre sur la question nationale de Fernand Dansereau.
En 1971, le Québec présentait des films sur des sujets locaux. Quarante ans plus tard, on présente un film sur un sujet international.
En 1971, on se regardait le nombril. En 2011, on s’intéresse aux nombrils des danseuses du ventre égyptiennes. On en a fait du chemin. 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B'jour ou B'soir, chers amis lecteurs anonymes (LA), selon votre lecture du jour ou du soir de cette chronique qui se veut une suite à la 38e: S.O.S. Rock'n'Roll.
Comme vous venez de le constater avec plaisir sans doute, je ne lâche pas l'idée d'étendre la philosophie AA (Alcooliques anonymes), déjà ramifiée en NA (Narcomanes anonymes), CA (Cocaïnomanes anonymes), DAA (Dépendants affectifs anonymes), DSA (Dépendants sexuels anonymes), etc., et la liste est longue, de l'étendre dis-je, au lectorat anonyme.
Et pourquoi pas! Pourquoi ne ferions-nous pas des soirées de «partage» comme chez les AA!
Chroniqueurs, blogueurs, lecteurs de chroniques ou participants aux blogues, journalistes, lecteurs de journaux, enfin tous ceux qui signent, qui ne signent pas ou n'ont pas la possibilité de signer. Tous ceux qui sont devenus dépendants ou victimes de la libération de l'expression journalistique par l'avènement d'Internet.
Pas d'écrivain! Pas de romancier ou de nouvelliste, parce que, parce que, parce que! Une idée que j'avais eue en 2009 alors que je bloguais sur 24 heures.ca. Bin oui!
Des rencontres mensuelles quelque part, avec petit buffet thématique, rafraîchissements alcoolisés ou non! Et on se voit enfin la face! Et on s'astine! Et on rigole! Et on jase de tout et de rien! Et on se partage nos pires et nos meilleurs moments d'anonymat journalistique!
Et on devient rapidement un moteur socio-culturel important dans cette société accordant une place de choix à l'anonymat. Ventes de cartes de membres ordinaires et invités. Ceux-ci auraient le privilège d'être des non-anonymes associés porteurs d'un masque et d'une cape lors des «partages».
Enfin, tout ça n'est probablement que vétilles et billevesées, fermentations d'un vieux cerveau qui s'ennuie dans un vieux corps de rockeur enfermé dans un 3½. Enfin, voyons la suite de S.O.S. Rock'n'Roll que j'ai mis en musique cette semaine et qui n'attend que le visionnement d'équipe de Christal Films pour célébrer la finition du film Gerry, jeudi le 19 mai, alors que Willie, Wézo, Johnny et moi, les quatre membres originaux d'Offenbach, TOUJOURS VIVANTS, déciderons de la suite des choses.
Allons-nous reformer l'Offenbach original sous le nom internet de O@O pour une tournée d'apocalypse qui devrait nous mener à la célébration du 40e anniversaire de la Messe des Morts à l'Oratoire Saint-Joseph le 2 novembre 2012, juste avant la fin du calendrier Maya?
Le ferons-nous? Que oui, chers lecteurs anonymes, que oui oui oui! Tous ensemble vers un nouvel ordre spatio-temporel, sur le frisson du rock'n'roll...
S.O.S. Rock'n'Roll
Paroles et Musique
Pierre Harel (Sodrac/Socan)
S.O.S. Rock'n'Roll ousque t'es parti?
Ça fait longtemps qu'on t'a pas vu,
Ça fait longtemps qu'on t'a pas en-ten-du,
Ça fait longtemps que l'poil lève pu.
S.O.S. Rock'n'Roll ousque t'es rendu?
Es-tu parti à Chicago, Vegas ou L.A.?
Es-tu parti à Toronto, Disneyland ou Rio?
Avec Gerry-Johnny-Wézo-Harel ou Willie?
Rock'n'Roll Rock'n'Roll,
T'en souviens-tu?
Rock'n'Roll Rock'n'Roll,
Quand tu nous brassait l'cul?
Rock'n'Roll Rock'n'Roll,
Quand reviendras-tu?
Rock'n'Roll Rock'n'Roll
Start ton bike,
Rock'n'Roll Rock'n'Roll
On à besoin d'toué,
Rock'n'Roll Rock'n'Roll
Fais-nous danser
S.O.S. Rock'n'Roll ousque té parti?
Ça fait longtemps qu'on t'a pas vu
Ça fait longtemps qu'on t'a pas en-ten-du
Ça fait longtemps que l'poil lève pu.
S.O.S. Rock'n'Roll ousque t'es rendu?
Es-tu parti à Moscou, Londre ou Dubai?
Es-tu parti à Rio, Paris ou Mumbai?
Avec Gerry-Johnny-Wézo-Harel ou Willie?
Rock'n'Roll Rock'n'Roll
Pése su'l gaz
S.O.S. Rock'n'Roll
Fais-nous flyer
Rock'n'Roll Rock'n'Roll
On a besoin d'toué...
Dans l’arrière-salle d’un restaurant de la rue Saint-Denis, ils étaient une petite dizaine d’adultes, de la vingtaine à la soixantaine, qui m’attendaient impatiemment.
C’était dans le cadre d’un atelier d’écriture, offert par la Fédération de loisirs littéraires. Ce n’était pas l’auteur que je suis qu’ils voulaient voir, rien à foutre de l’auteur. Celui qu’ils attendaient, c’était l’éditeur. Celui qui pourrait commercialiser leur futur chef-d’oeuvre.
Ils m’ont bombardé de questions pendant deux heures: comment présenter son manuscrit, qui le lira, comment, avec quelle attention? Mais le fond de l’affaire, c’était: «qu’est-ce qui intéresse les éditeurs?» Vaste question, réponse simple: un bon livre.
«Mais c’est quoi, un bon livre?» Ah! Si je le savais, monsieur, j’en écrirais plein, je serais célèbre de par le monde, et riche, vous pouvez pas imaginer, et, surtout, surtout (!), je n’en lirais jamais de mauvais...
Et puis, de fil en aiguille, j’ai compris que certains d’entre eux voulaient, en gros, raconter l’histoire de leur vie.
Ah bon, pourquoi? répondis-je. Vous paieriez 30 $, vous, pour lire la vie de votre voisin? Nous vivons des temps extraordinaires, je ne vois pas pourquoi certains s’obstinent à vouloir décrire des couchers de soleil tandis qu’ils attendent l’autobus en se demandant si, pour le repas de famille de ce soir au « apportez votre vin », ils mettront la chemise jaune ou le chandail bleu.
Peut-être le chandail bleu, au cas où serait là la cousine Carole (celle qui a de grands pieds, mais un joli petit nez).
Je blague, bien sûr. La littérature, c’est ça aussi. Seulement, il faut prendre des manières.
Imaginez que la libraire est un lac et le lecteur, un poisson. Votre livre, c’est votre ligne jetée à l’eau, parmi 20 000 autres. Pas fou, le poisson sait que bien des dangers le guettent, et que la plupart des pêcheurs ne veulent les prendre que pour les regarder dans les yeux et leur raconter leur vécu. Quel destin horrible!
Mais pensez-vous vraiment attraper un poisson avec un hameçon nu? Avec «le vécu, simplement»? Non.
Le poisson, s’il daigne finir par mordre, se jettera sur le leurre le plus appétissant, sur la promesse d’un bon repas en forme de mouche à chevreuil ou de rainette crucifère.
Autrement dit: je veux bien que tu me racontes ton «bagage émotionnel», chose, mais t’as intérêt à me payer un maudit bon lunch.
La littérature consiste à raconter des histoires qui nous rappellent à quel point nous sommes humains, fragiles et forts à la fois, ridicules et magnifiques, perdus et trouvés, et tout seul dans la foule de nos semblables...
Mais dit comme ça, brutalement, quel ennui! Alors, les auteurs ont découvert le truc pour parler de leur peine d’amour et de leurs cors aux pieds sans que ça paraisse trop: ils racontent d’extraordinaires histoires avec des personnages ordinaires qui ont des peines d’amour et des cors aux pieds.
Je lis trois romans en même temps, ces jours-ci. Ce sont des romans très différents, tous bons, et voici en gros ce qu’ils racontent.
Chez Boréal, on publie La grande maison (333 pages), de Nicole Krauss, américaine, auteur du fabuleux roman L’Histoire de l’amour (Gallimard 2006).
Une histoire qui traverse le temps et les continents en parlant d’un simple meuble, un bureau, qu’une romancière a hérité d’un poète chilien assassiné, et quelle donnera à regret à la fille du poète, 25 ans plus tard. Dans ses différentes incarnations, depuis qu’il a été fabriqué, ce bureau a occupé une place importante dans la vie de plusieurs personnages, et c’est à travers ce meuble que Krauss les évoque en tissant des liens magnifiques et puissants.
Dans [E] (Fleuve Noir, 430 pages), Frank Thilliez réunit deux enquêteurs de police sur deux séries de crimes qui semblent se rejoindre. D’un côté, on a retrouvé cinq cadavres dont les crânes ont été sciés, et dont il manque le cerveau et les yeux. Dans l’autre enquête, un court-métrage mystérieux des années 1950 rend aveugle un collectionneur, et ceux qui l’ont vu sont la cible d’assassinats plutôt cruels.
Enfin, dans Générosité (Cherche midi, 471 pages), mon auteur préféré, Richard Powers, dont j’ai déjà vanté l’extraordinaire roman Le temps où nous chantions, raconte l’histoire d’une Algérienne dont la famille a été décimée dans des émeutes. Déménagée aux États-Unis, cette jeune femme lumineuse devient la cible de généticiens qui la soupçonnent de posséder un chromosome qui la dispose au bonheur...
Voilà trois histoires très différentes, certaines plus «littéraires» que d’autres. Mais je vous jure que les trois racontent «la vie, l’amour, la mort», pour citer Marie Laberge. Les trois romans racontent le temps qui passe et les deuils et les rêves brisés, et les ennuis gastriques et les maladies d’enfants, et les inquiétudes ordinaires. Mais ces trois romans le font en nous payant la traite.
Si un jour j’avais envie d’écrire un roman sur les hémorroïdes, je mettrais en scène un inspecteur de police qui ne peut pas s’asseoir pendant toute son enquête, et il y aurait bien assez de cadavres et de suspense pour que le lecteur ne se doute pas une seule seconde que mon intention était de faire un livre sur un mal de cul.
Le fond de l’histoire? Voici : ce n’est pas au lecteur d’être généreux. C’est la responsabilité de l’auteur.
C’est pourquoi j’aimerais aujourd’hui remercier la personne qui m’a un jour envoyé un manuscrit qui commençait par ces mots: «Le vécu, simplement.»
Je n’ai pas publié votre livre, évidemment. Mais, pour être honnête, je crois que je vous dois un bon lunch.
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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Quand le boxeur avec le short rouge fait la même chose, l’arbitre ne dit pas un mot et regarde ailleurs en sifflotant. Ça vous semble un manque flagrant d’objectivité ? Un cas parfait de « deux poids, deux mesures » ?
C’est pourtant ce qui se passe, chaque jour, dans le monde des médias québécois.
Il y a au Québec deux empires qui s’affrontent dans le ring de l’information. Dans le coin gauche, le boxeur Péladeau. Quebecor possède Sun Media (Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec), le Groupe TVA, Vidéotron, l’agence QMI et des magazines.
Dans le coin droit, le boxeur Desmarais. Power Corp., avec sa filiale Gesca, possède La Presse télé, La Presse, Le Soleil et cinq autres quotidiens à travers la province. (Gesca ne possède pas de station de télévision, mais a des liens très étroits - certains diraient même incestueux - avec Radio- Canada, qui est pourtant une société d’État.)
Pouvez-vous m’expliquer pourquoi la clique intellectuelle des arbitres des médias est prête à déchirer sa chemise au moindre frémissement de Quebecor mais se cache dans un coin quand Power Corp. est dans l’eau bouillante?
Cette semaine, on a appris dans Le Devoir que l’ambassadeur américain à Ottawa se posait de sérieuses questions quant à l’influence de Power Corp. sur la politique québécoise et canadienne et sur « l’impartialité » des éditorialistes de La Presse. Il a écrit à ses patrons à Washington que « l’influence sur le milieu fédéral et provincial de cette société (Power Corp.) est indéniable ».
Normalement, on aurait dû assister à un tollé, une levée de boucliers. Un triangle amoureux milliardaire-journaliste politicien, habituellement, c’est matière à gros scandale !
Pensez-vous que les journalistes québécois vont crier à la collusion, demander des comptes, réclamer une commission d’enquête ? Pas du tout. La clique ne dira pas un mot et va regarder ailleurs en sifflotant.
Dans sa missive à Washington, l’ambassadeur David Jacobson écrivait pourtant : « Paul Desmarais père et ses deux fils sont parmi les plus influents des Canadiens et ils ont de forts liens politiques et familiaux, surtout avec les libéraux fédéraux du Canada et avec le président français Sarkozy. »
Vous savez ce qui va arriver après cette affirmation fracassante ? Pas grand-chose.
L’actualité ne commandera PAS à un de ses journalistes une enquête fouillée sur les dirigeants de Power Corp. Le magazine ne posera PAS la question « Les Desmarais, les hommes le plus redoutables du Québec ? »
Dans son blogue, Jean-François Lisée n’écrira PAS une lettre aux Desmarais les enjoignant à rendre des comptes à la population québécoise.
À son prochain congrès, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec n’organisera PAS un colloque sur les ramifications tentaculaires de l’empire Power Corp.
Christiane Charette ne demandera PAS à un journaliste de Quebecor de tracer les liens entre Power Corp., la compagnie Total et les sables bitumineux.
Je vous rappelle les chiffres: Power Corp. possède 70 % de la presse quotidienne au Québec. Une multitude de ses journalistes sont chroniqueurs à la radio et à la télé de Radio-Canada, parfois jusqu’à six dans la même émission. Ça ne laisse pas beaucoup de place aux questions anti-Power Corp.
Disons que le débat est déjà en K.-O. technique avant même le premier round.
Il n’y a rien de plus captivant qu’un bon combat de boxe: quand on donne des coups, on s’attend à en recevoir. Ce sont les règles du jeu.
Mais dans l’arène des médias, ce serait bien que l’arbitre se montre un peu plus neutre. Il y a des boxeurs qui sont fatigués de servir de punching ball. 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S.O.S. Rock'n'Roll ousque t'es parti
Ça fait longtemps qu'on t'a pas vu
Ça fait longtemps qu'on t'a pas entendu
Ça fait longtemps que l'poil lève pus
S.O.S. Rock'n'Roll ousque t'es rendu
Es-tu parti aux U.S.A., à Vegas ou L.A.?
Es-tu parti à Toronto, à Disneyland ou Rio?
Es-tu parti avec Gerry, avec Harel ou Willie
S.O.S. Rock'n'Roll
S.O.S. Rock'n'Roll
S.O.S. Rock'n'Roll
Vous savez, chers lecteurs anonymes, le rock'n'noll a quelque chose à voir avec la vitalité! L'énergie vitale, quoi!
Il est aussi le gardien de la vérité existentielle de nos racines animales plongeant leurs racinettes dans les couches profondes de la psyché des mammifères depuis au moins 300 millions d'années.
À l'époque, nous vivions sous terre, myriades de petits rats fouisseurs qui ne s'aventuraient à l'air libre que la nuit, et encore, pour ne pas être les proies faciles de milliards de dinosaures de petites tailles et de tous acabits, terrestres et aériens, qui peuplaient la Terre. Que oui!
Chers lectrices, ces souvenirs enfouis dans mon inconscient génétique me donnent des frissons à l'échine! Et toute cette histoire débute alors que nous n'étions que quelques ratons, à peine nés du maelstrom évolutif que même la Théorie du Hasard n'arrive pas à démêler.
Nous creusions innocemment des tunnels sous la surface des landes et des prairies pour grignoter de succulentes racines alors que les petits dinosaures du dessus nous «prédataient» à qui mieux-mieux aussitôt que nous quittions notre royaume sous-terrain. Tout était simple. Eux dessus et nous dessous. Voilà! La belle vie quoi!
Nous mangions des racines et ils nous mangeaient. Nous ressemblions aux rats d'égoûts et eux ressemblaient aux poules en un peu plus gros.
Et il survint quelque chose! Une nuit, quelque chose d'effroyable se produisit! Une énorme planète noire, de forme excentrique, croisa l'espace dans le sens contraire de la rotation de notre système solaire, traversa notre galaxie comme un fugitif diamant noir et vint foutre le bordel dans l'ordre cosmique. Sa masse opaque qui avalait la lumière des étoiles et de la lune emmena avec elle tout feu de foudre, toutes flammes, éteignit les volcans et ralentit la vitesse de rotation de notre chère planète.
Et ce qui devait arriver arriva! La lumière revint, bien sûr! Tout semblait être comme avant! Sauf que, peu à peu, au lieu d'entendre les vibrations des dinosaures qui couraient au dessus de nos têtes comme de grosses gouttes de pluie, nous commençâmes à les entendre de plus en plus sourds jusqu'à ressembler au roulements du tonnerre.
C'est là, chers lecteurs et lectrices, que notre destinée de pauvres petits mammifères servant de paté à la gent dinosaurienne, explosa en quelques petits millions d'années. Le rock'n'roll était né! Que dire de plus!
Alors voilà: la vitesse rotationnelle ralentie, réduisit d'autant la force gravitationnelle de la Terre. Ce qui fit que tout se mit à pousser vers le ciel, à s'allonger, à grossir, à se démesurer. Pas nous! Petits rats collés sous la surface, nous échappâmes à ce phénomène alors que les petits dinosaures du dessus devenaient peu à peu d'énormes machines vivantes à deux et même trois cerveaux pour faire fonctionner tout ça!
Un jour, un premier mastodonte défonça la croûte terrestre et s'enfonça jusqu'au poitrail dans l'enchevêtrement de nos miliers de petits tunnels sous-terrains. L'énorme tenta bien de se projeter vers l'avant, «Rock», de se rouler sur les côtés, «Roll», rien n'y fit! Au bout de quelques heures, le pauvre mourut de fatigue.
Au bout de quelques jours, les plus braves d'entre nous se risquèrent à l'approcher par en dessous. Ils revinrent rapidement et toute la meute les suivit jusqu'à la bedaine éclatée de la bête qui laissait s'échapper des tonnes de végétaux à peine digérés.
Il faut comprendre, chers amis naturalistes, que la surabondance d'énormes dinosaures avait considérablement brouté la flore de notre coin de pays. Quoi qu'il en soit, nous festoyâmes et festoyâmes et un jour, certains d'entre nous, faute de végétations digérées, avalèrent les parties molles des gigantesques, moelles, intestins, foies, rates, yeux, langues et cerveaux!
Et Dieu vit que c'était bon! La nouvelle se répandit rapidement à travers le monde sous-terrain. Et l'on se mit à creuser des tunnels juste pour faire tomber les gros dedans! L'humanité future se mettait en marche le long du temps peu après la naissance du rock'n'roll sur cette planète.
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[content] =>Umberto Eco est devenu mondialement célèbre en 1980 avec la publication de son premier roman, Le Nom de la rose, un polar médiéval.
Six ans plus tard, le réalisateur Jean-Jacques Annaud portait le roman au grand écran, avec, dans le rôle principal, un Sean Connery en sandales de moine, menant son enquête à la manière de Sherlock Holmes, dans un monastère du Sud de la France. Une excellente adaptation.
Depuis, Eco a publié cinq autres romans à succès, même si aucun n’est aussi formidable que le premier (comment, vous ne l’avez pas encore lu?).
Le plus récent s’intitule Le Cimetière de Prague (Grasset, 548 pages) et raconte la vie d’un faussaire fictif du 19e siècle, obsédé par les Juifs et les francs-maçons, qui offre ses services à gauche et à droite et qui, ultimement, serait l’auteur du Protocole des Sages de Sion, un document inventé (mais bien réel, malheureusement) décrivant le grand complot juif mondial pour la domination du monde.
Eco, c’est la version bol (et beaucoup mieux écrite) de Dan Brown (auteur du Da Vinci Code). Il faut dire que cet Italien est médiéviste, sémioticien, une sommité, quoi.
Il a écrit beaucoup plus d’essais que de romans. Parmi ses essais, il y a La guerre du faux (1985, disponible en livre de poche), un essai sur la vraisemblance et l’illusion dans un monde voué à la consommation. C’est dire qu’il était bien armé pour accoucher d’un roman sur les stratégies des pouvoirs en place pour détourner l’attention du peuple des vrais enjeux.
En effet, c’est de cela qu’il est question dans Le Cimetière de Prague. À travers la figure du petit faussaire Simon Simonini, Eco fait la démonstration magistrale des tactiques les plus anciennes de contrôle des populations, qui pourraient se résumer à peu près à ceci: pendant que vous accaparez des richesses et du pouvoir, donnez un bouc émissaire à la population en lui faisant peur.
Un peuple qui a peur est un peuple sous contrôle.
Jadis, c’étaient les Juifs, ou les francsmaçons. De nos jours, ce sont les terroristes et les criminels. Il est facile de voir toute l’actualité du roman d’Eco aux lendemains de nos élections fédérales.
Le Canada anglais a porté au pouvoir un Parti conservateur qui, parmi ses «cinq priorités clés», cite la «justice criminelle et la protection nationale», alors que jamais, JAMAIS, il n’y a eu si peu de crimes, au Canada (toutes les statistiques le prouvent, et tous les services policiers du pays le confirment) et que d’attentats terroristes, au Canada, il n’y a point.
À ce titre, Le Cimetière de Prague est un roman éclairant parce que tordu. Les complots ne sont pas ceux qu’on croit. Les complots sont créés de toutes pièces à seule fin de détourner l’attention des gens des véritables enjeux.
Au Canada, on parle de justice criminelle, ce qui détourne l’attention de l’injustice sociale. De plus, on parle de protection nationale plutôt que de protection de l’environnement. Misère. Le choix a été fait, et ceci n’est pas une chronique politique ; mais bon, les prochaines années ne seront pas de la tarte.
Seul bémol au roman d’Umberto Eco: prisonnier de sa rigoureuse recherche historique, il laisse un peu de côté la chair des personnages. La démonstration est certes magistrale, mais à la manière d’un prof trop enthousiaste qui ne laisse pas aux étudiants le temps de souffler.
Toutefois, c’est justement cet enthousiasme qui fait les bons profs, et les bons romans.
De la chair, il y en a à revendre dans Le Passage, de Justin Cronin (Robert Laffont, 966 pages). C’est la chair humaine que mangent les zombis.
À des kilomètres des vampires sexy de Stephenie Meyer, Justin Cronin raconte (très efficacement) une histoire de fin du monde après qu’ont mal tourné des expériences de l’armée américaine sur des cobayes humains qui attendaient leur peine dans les couloirs de la mort. Très divertissant.
De fait, si notre premier ministre Stephen Harper lisait des romans (mais il n’en lit pas), on aurait peut-être trouvé, parmi ses «cinq priorités clés», la lutte aux zombis. Tant qu’à faire peur au monde...
Vous pouvez m’écrire, à cette adresse: jean.barbe@canoe.ca
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C’est ce qui vient d’arriver aux femmes journalistes de Sun News. Les vedettes du réseau d’information continue de Quebecor osent porter des jupes courtes ou des robes moulantes. Certaines portent même parfois… des hauts sans manches. Vous avez bien lu : on voit leurs bras !
Résultat : au Québec, trois médias les ont traitées de «pitounes».
Au Canada anglais, ils sont tombés encore plus bas. Sur Twitter, une journaliste du Globe & Mail a qualifié Sun de «Skank TV» (Télé de putes). Et l’éditorialiste Tasha Kheiriddin, du National Post, a écrit qu’elle boycotterait Sun parce que le réseau s’adresse à un auditoire qui a besoin de « T and A » (des seins et des culs).
Une lectrice lui a répondu : « En tant que jeune femme ayant fréquenté l’université, j’ai été insultée par vos commentaires. Qu’est-ce que vous voulez ? Des tchadors et des burkas ? »
Selon les critiques puritains, les journalistes perdent toute crédibilité si elles montrent un peu de chair.
Voyons donc ! On peut parfaitement avoir une jupe courte et un long CV.
La preuve : Sophie Thibault. Elle est la troisième personnalité en qui les Québécois ont le plus confiance, selon un sondage rendu public le 19 avril dernier.
Pourtant, elle pose à la une du Reader’s Digest en talons hauts et robe décolletée, juchée sur une télé. Pensez-vous une seule seconde que Sophie Thibault est moins crédible pour autant? Pas du tout!
Je pensais aux commentaires méprisants envers les vedettes de Sun News en écoutant Lara Logan, dimanche, à 60 minutes.
La correspondante à l’étranger de CBS s’est déjà fait traiter de « Lara 34D » et de « putain des médias ». Parce que, même si elle est compétente, elle a le malheur d’être belle, un mélange entre Mitsou et Charlize Theron.
Le 11 février, au Caire, Logan a été agressée sexuellement par une foule de 200 hommes. Aussitôt, certains commentateurs ont écrit qu’elle avait couru après. « Pourquoi cette reporter blonde attirante est-elle allée en zone de guerre ? » a écrit un journaliste macho.
Pourtant, le jour où elle a été attaquée, Logan ne portait pas une robe décolletée. Mais une veste à manches longues. Et on ne voyait pas ses bras.
Parlant de mots durs utilisés pour décrire des femmes journalistes, les récents commentaires négatifs sur Christiane Charette ont-ils causé son départ ?
A-t-elle été blessée par les articles soulignant son côté « Paris- Match » ? Ou par la lettre ouverte d’une auditrice affirmant qu’elle « traite tout sujet avec une agitation et une superficialité franchement irritantes » ?
Par la pétition « Laisse ta place Charette » circulant sur internet?
Ou a-t-elle, tout simplement, décidé de « repartir à zéro » comme elle l’a fait plusieurs fois dans sa carrière ?
Parlons élections, maintenant. La nouvelle députée NPD de La Pointe-de-l'Île, Ève Péclet, a déjà participé à Un souper presque parfait, à V, où on a pu découvrir ses talents oratoires.
« Je déteste les champignons. C’était bon. Ça goûtait pas les champignons. En fait, j’en ai jamais vraiment mangé, fait que je sais pas vraiment ça goûte quoi. Mais ça goûtait vraiment bon, t’sé j’veux dire ? »
Ça va être beau, à Ottawa, quand elle va devoir défendre les projets de loi du NPD. T’sé j’veux dire ?
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Le NPD a réussi à faire élire au Québec une députée unilingue anglophone. Et le Bloc Québécois, qui défendait les intérêts culturels de la province à Ottawa, a été zappé.
Au lendemain des élections fédérales, le milieu culturel se demande qui va prendre la défense des arts et de la langue française à Ottawa.
Mais permettez-moi une question. Si les Québécois sont si amoureux de leur langue et de leur culture, pourquoi ontils eux-mêmes voté pour des partis qui n'en faisaient pas leur priorité ?
Et pourquoi ont-ils donné la gifle du siècle à celui qui en avait fait un de ses chevaux de bataille depuis 20 ans ?
Pourtant, rien de tout ça n'est arrivé comme une grande surprise.
Pas plus tard que le 31 mars dernier, le Mouvement pour les Arts et les lettres (MAL) avait envoyé aux principaux partis trois petites questions sur leur politique culturelle. Et vous savez quoi ? Le parti Conservateur ne s'est même pas donné la peine de répondre !
On est en pleine campagne électorale. Le parti au pouvoir cherche, par tous les moyens, à aller chercher des votes. Les candidats sont prêts à embrasser des bébés nauséabonds et à manger du spaghetti froid à Moose Jaw. Mais le PCC ne se donne même pas la peine de répondre à trois petites questions sur la culture...
Ça vous donne une idée du rang que les arts occupent dans le coeur des conservateurs.
«Le silence du Parti conservateur du Canada constitue un objet de préoccupation additionnel pour le Mouvement pour les arts et les lettres à l'égard des politiques conservatrices», avait dit Stanley Péan, le porte-parole du MAL.
Lundi soir, j'ai suivi les élections sur Twitter.
Dès que le raz-de-marée conservateur a commencé à se faire sentir, la panique s'est emparée des Twitteux : «Y aura-t-il encore un Conseil des Arts du Canada dans 4 ans ?» demandait carrément un internaute.
S'il y a un endroit où on a dû trembler en voyant le tsunami conservateur, c'est bien à Radio-Canada. Le diffuseur public (qui reçoit un milliard de dollars de subvention par année) n'est pas le chouchou des conservateurs qui lui ont coupé le sifflet déjà par le passé. Un journaliste de la SRC a d'ailleurs eu ce lapsus pendant la soirée des élections : «Ça va couper de moitié le budget de Radio-Can..., pardon d'Élections Canada.» Sa phrase a été largement retwittée.
Mais il y a un tweet que j'aurais bien aimé lire et qui n'est jamais venu : «Youhouhou, les artistes, vous étiez où pendant la campagne électorale ?»
En 2008, Michel Rivard avait fait sa fameuse vidéo la Culture en péril. Vincent Gratton nous avait parlé des funérailles de sa grand-mère, en plein Gala des Gémeaux, pour nous encourager à aller manifester contre les coupes du gouvernement conservateur. Cette année ? Rien.
Le Gala Artis avait lieu la veille des élections. Avez-vous entendu une seule vedette questionner le NPD sur sa politique linguistique, en venant chercher sa statuette ?
Faut croire que la culture était en péril en 2008. Mais pas en 2011.
Les artistes ont dormi au gaz. Et hier matin, ils se sont réveillés avec la gueule de bois.
Hier sur Facebook, Paul Piché écrivait ces quelques mots : «Le Québec est orphelin aujourd'hui. On s'est défait d'un groupe d'hommes et de femmes qui nous avaient bien servis. Aujourd'hui, qui nous défendra face à la majorité conservatrice ? Jack Layton dont les intérêts électoraux l'obligent à faire des concessions aux pétrolières ou Thomas Mulcair qui, avec Alliance Québec se battait, il n'y a pas si longtemps, contre la loi 101 ?»
Des questions intéressantes. Mais pourquoi les poser le lendemain des élections... et pas la veille ?
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Ben oui, je suis féministe. Le mot a souvent mauvaise presse, même auprès des filles, ce qui est étrange. Mais quand j’ai commencé mon cégep, en 1980, toutes les filles les plus intéressantes étaient féministes. Si je voulais sortir avec elles, il fallait bien que je prenne note!
Et j’ai si bien appris d’elles que c’est moi qui faisais la cuisine et la mère de mes enfants qui sortait les vidanges, quand nous vivions ensemble quelques années plus tard.
Je ne suis pas devenu un homme rose pour autant, mais peut-être quelque chose comme un homme roast-beef: brun à l’extérieur, rosé à l’intérieur. À cette époque pas si lointaine, les femmes revendiquaient (ce vilain verbe).
Maintenant, j’ai surtout l’impression qu’elles font du yoga. Ou alors le petit tapis de mousse roulé est devenu un accessoire mode incontournable. Le bien-être personnel a remplacé les préoccupations politiques et sociales.
Quand on parle matantisation des médias, c’est de ça qu’il est question, au fond. Il y a donc un certain courage dans le livre de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, Elles ont fait l’Amérique (De remarquables oubliés, tome 1), Lux éditeur, 432 pages.
À travers 15 portraits de femmes qui ont vécu des débuts de la colonie jusqu’au milieu du vingtième siècle, à peu près, Bouchard et Lévesque racontent le choc de l’Amérique qui parfois fait basculer un destin. Car ces femmes sont venues ici en tant que filles ou épouses, mais les difficiles conditions d’existences, les guerres indiennes et les maladies en ont transformé plusieurs en veuves ou en orphelines.
Et c’est là qu’elles se sont révélées à elles-mêmes, confrontées à la beauté d’un paysage immense et sauvage, et à des modèles de liberté qui n’avaient rien à voir avec la rigidité des moeurs de l’Ancien Monde.
C’est Mina Benson Hubbard qui s’en alla explorer le Labrador parce que son mari y avait trouvé la mort et qu’elle souhait rétablir sa mémoire en cartographiant le territoire. C’est la dernière des Béothuks, Sanadithit, dont le peuple a été exterminé, et qui a été recueillie par les bonnes âmes de l’époque, pour qu’elle puisse ainsi perpétuer la mémoire des siens.
C’est Estelle Wheelwright, fille d’un puritain, enlevée par les Abénakis et élevée par eux, enduite de graisse d’ours par les Indiens, puis récurée par les Jésuites et devenant supérieure des Ursulines.
C’est la grand-mère de Louis Riel, Marie-Anne Gaboury, qui parcourut les Grandes Plaines avec son mari chasseur de bisons...
Destins exceptionnels, oui. Mais le personnage qui se révèle le mieux à travers ces pages, c’est l’Amérique elle-même, ce continent immense, cet espace affolant, ses mouches noires, ses dangers, ses paysages grandioses et, portée par les vents, sa promesse de liberté.
Il y a quelque chose de férocement subversif, dans ce livre, et de réjouissant. C’est la notion d’ensauvagement. Je cite, page 110: «Nous sommes en face d’une vérité stupéfiante que toutes les autorités, françaises comme anglaises, protestantes ou catholiques, de même que bien des historiens et annalistes, n’auront de cesse de nier: vivre à l’amérindienne était plus attrayant que d’évoluer (autant dire, de stagner) dans les sociétés répressives de la vieille Europe, obsédée par ses sempiternels démons aristocratiques et religieux.»
C’est un livre remarquable qui nous incite à retrouver en nous un peu de cet esprit d’ensauvagement. Ce n’est pas un livre parfait. Certains passages sont trop écrits, avec des métaphores un peu foireuses: «Étoile brillante, puis mourante, perdue dans les impensables chimères de son temps, elle a à sa manière semé la graine d’un pays» (à propos de Françoise- Marie Jacquelin, page 39).
Je sais pas, vous, mais des étoiles qui plantent des graines, ça fait comme tilt dans ma tête.
Mais ce n’est pas très important. Ce qui l’est, c’est l’appel à la liberté qui s’exprime dans ces pages, un petit rappel que nous n’avons pas toujours été préoccupés par nos plans de retraite, la rénovation de la cuisine et l’accord des vins avec les mets.
En écrivant sur les femmes qui ont fait l’Amérique, Bouchard et Lévesque suggèrent que la matantisation des médias n’est pas une affaire de fille, mais plutôt une volonté économique et politique de nous garder à la maison, bien tranquille, alors que dehors, l’Amérique nous appelle, indomptable.
Aventure est aussi un nom féminin.
Pour écrire à Jean Barbe: jean.barbe@canoe.ca
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Le roman qu'on lit aujourd'hui n'est pas celui qu'on lisait hier ni celui qu'on lira demain.
La nouvelle saison propose son lot de bonnes nouvelles...