Michael Nguyen
Agence QMI

Mike Ward en cour: discrimination ou liberté artistique?

Michael Nguyen

Dernière mise à jour: 26-02-2016 | 20h42

Personne ne conteste la liberté d'expression dans la cause opposant l'humoriste Mike Ward au petit Jérémy. Sauf qu'un côté plaide la discrimination, tandis que l'autre plaide la liberté artistique.

«On peut faire des blagues sur les handicaps, sinon il faudrait fermer le festival Juste pour rire, et on ne demande pas ça», a plaidé l'avocate de la Commission des droits de la personne Me Marie Dominique, vendredi, au palais de justice de Montréal.

Me Julius Grey, qui défend l'humoriste poursuivi pour 80 000 $ devant le Tribunal des droits de la personne à cause d'un sketch sur le petit Jérémy dans un de ses spectacles, rétorque pour sa part que l'humour noir doit exister, même s'il est parfois «dur et insultant».

«C'est dans un but artistique, culturel, a-t-il lancé au juge Scott Hughes. On a le droit de questionner les tabous dans la société.»

Deux visions

Ce sont donc deux visions diamétralement opposées qui s'affrontent dans cette cause qui aurait déjà coûté 100 000 $ à l'humoriste. Dans un spectacle, Ward s'en était pris entre autres à l'implant auditif et à la «petite bouche» de Jérémy Gabriel, un jeune handicapé surtout connu pour avoir chanté devant le pape Benoît XVI au Vatican, en 2006.

«Même s'il a la liberté de faire des blagues, M. Ward doit (dédommager Jérémy) pour le préjudice, a plaidé Me Dominique. Il faut que cette cause serve de leçon afin de stopper la perpétuation de la discrimination (envers les handicapés).»

D'autant plus que le spectacle de Ward a généré quelques millions de dollars en revenus, a-t-elle souligné tout en ajoutant que Ward avait déclaré 329 000 $ de revenus en 2013.

L'avocate a d'ailleurs rappelé qu'au Québec, il y a un «consensus de société pour combattre la discrimination». Surtout que Jérémy était mineur à l'époque.

Mais pour Me Grey, il n'y a «aucune preuve» des dommages subis par le petit Jérémy, maintenant âgé de 19 ans. De plus, en se moquant de Jérémy, Ward avait un but «louable, socialement bon», selon l'avocat.

«Il s'attaque aux tabous, a-t-il plaidé. Il y a une différence entre des remarques gratuites et des remarques qui font avancer un débat.»

Société conformiste?

Si l'humoriste perd sa cause, Me Grey a laissé entendre que le Québec serait plongé dans une société conformiste où «l'on ne peut plus faire de blagues».

Mais l'humour ne donne pas tous les droits, rappelle Me Dominique.

«Il peut même constituer une forme insidieuse de discrimination, il peut isoler la cible (des blagues), a-t-elle rappelé. Dans cette cause, Mike Ward est à l'humour ce que Jeff Fillion (un animateur de la radio de Québec) est au journalisme.»

Mercredi, la mère de Jérémy a qualifié «d'ignobles et cruelles» les blagues de l'humoriste sur son enfant, qui a vécu de l'intimidation à l'école.

Ward, de son côté, avait juré qu'il prônait la tolérance, et que c'est pour cela qu'il s'était moqué de Jérémy.

«Ne pas rire de quelqu'un, c'est le prendre en pitié, avait déclaré l'humoriste. Souvent, on traite les handicapés comme un sous-peuple. L'humour n'a pas à être gentil.»

Les plaidoiries de Me Grey se poursuivaient vendredi après-midi au palais de justice de Montréal.

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