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Jutra: un deuxième témoignage accablant

Jutra: un deuxième témoignage accablant

Bernard Dansereau.Photo Archives / Agence QMI

Dernière mise à jour: 20-02-2016 | 20h19

MONTRÉAL - Le scénariste Bernard Dansereau a confié avoir été une victime du cinéaste Claude Jutra alors qu'il était préadolescent, a rapporté samedi La Presse.

Dans une lettre remise au média montréalais, le coauteur d'Annie et ses hommes et de Toute la vérité affirme avoir été agressé sexuellement au début des années 1970 par Claude Jutra, qui était son parrain.

Les faits allégués se seraient produits un soir, lorsque le scénariste, à l'époque prépubère, dormait chez le cinéaste. Ce dernier était bien éméché.

«Il s'est glissé dans mon lit et a tenté de m'entraîner dans un rapport sexuel. J'avais 12 ou 13 ans», a indiqué le scénariste dans sa lettre, soulignant que sa famille n'a su cette histoire qu'il y a deux ans.

«Il était toutefois très clair, dans mon esprit, que Claude était pédophile», a ajouté le scénariste.

Jutra, qui a réalisé Mon oncle Antoine et Kamouraska, était un ami du père de Bernard, le cinéaste Fernand Dansereau. Ce dernier a confié à La Presse sa tristesse et sa compassion pour les victimes et pour Jutra.

Dans une biographie de 360 pages parue la semaine dernière, l'auteur Yves Lever a dévoilé l'attirance qu'avait Jutra pour les garçons tout en mentionnant qu'il aurait eu des relations sexuelles avec des mineurs.

La révélation a eu l'effet d'une bombe dans le milieu du septième art québécois et a provoqué une véritable secousse, particulièrement lorsqu'un homme a fait savoir au cours de la semaine dernière qu'il avait été victime d'agressions répétées du cinéaste entre l'âge de 6 et 16 ans.

À la suite de cette révélation, Québec Cinéma a annoncé son intention de changer le nom du gala des Jutra. Plusieurs municipalités ont aussi retiré le nom de Jutra de leur toponymie.

Par ailleurs, la Sûreté du Québec a demandé aux présumées victimes du défunt réalisateur Claude Jutra de communiquer avec elle si elles désirent porter plainte ou si elles ont des informations relatives à ce dossier.

Né à Montréal le 11 mars 1930, Claude Jutra était aussi comédien, scénariste et monteur. Son film Mon oncle Antoine est considéré par les critiques et les observateurs comme un bijou du cinéma québécois et canadien. On lui doit aussi les films Il était une chaise (avec Norman McLaren) et À tout prendre. Le cinéaste s'est suicidé en 1986, à l'âge de 56 ans.

Excuses publiques de Mario Saint-Amand

Le comédien Mario Saint-Amand s'est excusé sur sa page Facebook pour s'être porté à la défense de Claude Jutra, mercredi, à l'émission de Benoit Dutrizac.

«À vous, que j'ai pu choquer ou blesser par mes propos, je tiens à m'excuser publiquement», a-t-il écrit dans un message publié sur Facebook, vendredi.

Il affirme que «contrairement à ce que l'on prétend», il n'avait pas lu le témoignage, publié par La Presse+, le jour même, de la première personne ayant confié avoir été agressée sexuellement par Claude Jutra entre l'âge de 6 à 16 ans.

«Jamais je ne prendrai la défense d'adultes qui abusent sexuellement des enfants, a écrit Mario Saint-Amand. Mon but étant de soulever à travers cette controverse qu'il fallait peut-être s'assurer que ces accusations étaient belles et bien (sic) fondées.»

«Je souhaite que mes mots d'excuse puissent rejoindre les maux de tous ceux et celles qui éprouvent de l'empathie face à tous ces enfants du silence qui tue», a-t-il conclu.

Chronique controversée sur Claude Jutra: Lise Payette persiste et signe

Après la publication dans Le Devoir vendredi d'une chronique controversée dans laquelle elle défend son ami Claude Jutra, Lise Payette persiste et signe.

«Je crois que Claude Jutra était un homosexuel tourmenté comme on en fabriquait dans plein de collèges au Québec dans les années noires de 1940 à 1950. Ce procès qu'on lui fait a trente ans de retard», écrit-elle, samedi, toujours dans Le Devoir, dans une réplique à un texte d'opinion l'accusant d'avoir fait «aussi facilement des analogies entre pédophilie et homosexualité» dans sa chronique de la veille.

«[...] s'il fallait «dénommer» les rues des noms de tous ceux qui ont eu des comportements douteux, on aurait plus de rues avec des numéros pour les identifier que des noms», soutient-elle dans sa réplique, précisant qu'elle fait «partie de ceux et celles qui ont horreur de la pédophilie».

Cette réplique de l'octogénaire a de nouveau enflammé les réseaux sociaux samedi.

Vendredi, dans sa chronique, Mme Payette avait notamment écrit que Claude Jutra était son ami et qu'elle refuse de participer à une «exécution sommaire à l'aube» pour le défunt homme de cinéma, visé depuis plus d'une semaine par des allégations de pédophilie.

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