Isabelle Verge
Agence QMI

Jutra: Christian Bégin dénonce la culture du mépris

Jutra: Christian Bégin dénonce la culture du mépris

Christian Bégin.Photo Archives / Agence QMI

Isabelle Verge

Quatre pages du livre d'Yves Lever sur la vie de Claude Jutra ont causé une onde de choc dans le monde artistique. Si ces allégations de pédophilie sont extrêmement sérieuses, l'acteur Christian Bégin met toutefois les gens en garde contre la culture du mépris et de la condamnation précoce.

Rencontré sur le plateau de tournage du film Le problème d'infiltration dans lequel il tient le rôle-titre, Christian Bégin a tenu à être clair. Il n'a jamais connu Claude Jutra et il affirme avec ferveur n'avoir aucune tolérance pour l'abus, peu importe son contexte, consentement ou pas. Mais il croit tout de même que la vitesse et la force avec laquelle le public a condamné Claude Jutra démontrent un problème de société.

«Je trouve que le débat ne doit pas porter sur ce qu'il (Claude Jutra) a fait ou pas fait. Ce sur quoi on doit réfléchir en ce moment, c'est la culture de plus en plus grandissante de la condamnation précoce. Ça m'inquiète de vivre dans un monde où, sur des allégations, on condamne immédiatement les gens», a-t-il dit.

Les réseaux sociaux et l'escalade

Pour le comédien, les réseaux sociaux sont l'une des raisons de cette augmentation du mépris et du déclin des nuances.

«C'est rendu que les réseaux sociaux sont la nouvelle inquisition. Ça ne fait que m'inquiéter sur la culture du mépris. Parce qu'en ce moment, sans le savoir vraiment ce qui s'est passé, il y a toute une machine qui s'est mise en branle. Cette culture du clivage, de détestation de l'autre est exacerbée. Tout est noir ou blanc, tu es coupable ou innocent. Il n'y a plus de zone d'ombre», affirme-t-il.

Est-ce que l'auteur aurait dû s'abstenir? «Je n'ai pas lu ce qu'il a écrit, mais quand on rentre sur la liberté d'expression, il faut aussi savoir que quand on écrit quelque chose on en devient responsable. S'il l'a écrit dans une espèce d'insouciance par rapport aux conséquences, je trouve ça grave», avoue le comédien.

Changer le nom des prix?

Robert Morin, le réalisateur du film Le problème d'infiltration, n'a jamais rencontré le cinéaste et n'était pas particulièrement adepte de son œuvre, mais il remet en question le fait que l'on donne le nom de quelqu'un à ce type de prix.

«Je trouve ça juste dommage que les Québécois se soient peinturés dans un coin en donnant le nom d'un individu à un événement plutôt qu'un nom plus générique, comme les oscars. Nous sommes les seuls qui ont fait ça. Le héros d'une époque n'est pas celui d'une autre époque, et on ne connaît jamais la vie privée des gens», mentionne-t-il.

Pour Christian Bégin, il faut attendre avant de penser renommer quoi que ce soit, mais «Si les allégations sont véridiques, si c'est vrai qu'il a abusé de mineurs, j'aurais un malaise personnel avec ça», conclut-il.

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