DÉPENDANCES ET ABUS DIVERSLong et cher le parcours de la thérapie01-10-2007 | 12h43
Entrer ici, c'est comme prendre rendezvous à la Maison-Blanche. Sans blague. L'endroit est gardé comme une forteresse. Promises est niché dans les collines arides de Malibu. À l'horizon, il n'y a que des cactus. À l'entrée, aucune indication. La villa de style espagnol se cache derrière une grande grille. On s'annonce dans le petit intercom pendant qu'une caméra nous dévisage. Ted, le directeur des opérations, vient à notre rencontre. On nous fait signer des avis de confidentialité, qui nous interdisent de révéler la présence d'une vedette sur place. Il n'y en a pas de toute façon le jour de notre visite. Le premier Promises est le premier centre de désintox de luxe qui a ouvert ses portes il y a 10 ans à Malibu. Mel Gibson a été parmi les premiers à y séjourner. Ben Affleck, Matthew Perry, Robert Downey Jr, Charlie Sheen et, plus récemment, Britney Spears et Lindsay Lohan y ont fait plusieurs séjours. Pourquoi les stars viennent ici? «Pour la qualité des soins et la confiance, dit Suzanne Poland, directrice des soins cliniques. Ils recherchent ce qu'il y a de mieux et c'est ce qu'on leur offre ici.» La femme aux longs cheveux blancs et au look hippie nous décortique du regard comme si elle était en train de dresser notre profil psychologique. Ici, le temps semble s'être arrêté. Tous les employés parlent au ralenti en toute «zenitude». Des patients se font bronzer sur le bord des deux piscines. À l'intérieur de la maison, un cuisinier prépare le dîner. Les grillades embaument la grande pièce meublée comme un resort de riches. Bref, on est loin des effluves d'une clinique. Guérir en tout confort a un prix. Un séjour d'un mois coûte en moyenne 48 000 $ US. Chaque patient est trié sur le volet. «On fait une recherche sur le client. On contacte sa famille, son avocat, pour voir si c'est un bon match pour nous», indique Mme Poland. Et comment éviter les espions? «Tous les employés et les visiteurs signent un avis de confidentialité, les docteurs sont tenus au silence par leur profession. On prend ça très au sérieux», dit-elle. Ted, le gardien, nous explique que lorsqu'une vedette est ici, la sécurité est rehaussée 24 heures sur 24. Ce qui n'a pas empêché les paparazzi de se cacher à travers les arbres pour prendre des clichés de Spears le crâne rasé et de Lindsay Lohan dans le jardin. Encadrement Le Centre accueille 24 patients, encadrés par cinq psychologues, deux psychiatres, des infirmières, des thérapeutes familiaux et une psychologue de chevaux! Il est reconnu pour sa thérapie équestre. Le domaine compte trois maisons. La plus grande sert de quartier général. Ici les vedettes se mêlent aux autres patients comme de simples mortels et partagent leur chambre avec un autre patient. Des femmes de ménage s'affairent à changer les couettes de duvet des lits, comme à l'hôtel. La déco est simple et rustique, mais luxueuse. Un séjour normal est de 30 jours. Après, les patients choisissent de retourner à leur vie normale ou restent pour un autre mois. "Quand une célébrité retourne dans son quotidien, on a une équipe qui va la suivre. On la prépare", dit la docteure Poland. Avant de partir, chaque patient décore une petite tuile de céramique, un artefact qui rejoindra les autres sur le "mur de la guérison". On a bien cherché celle de Britney, mais on n'a pas trouvé. Elle n'est peutêtre pas guérie, tout compte fait. Mel Gibson, Ben Affleck, Matthew Perry, Robert Downey Jr, Charlie Sheen, Britney Spears, Lindsay Lohan ont tous séjourné à Promises. Émergence d'un phénomène«They tried to make me go to rehab, I said no no no», chante Amy Winehouse, qui ironiquement a fini par y entrer il y a quelques semaines. Elle n'est pas la seule: Lindsay Lohan, Britney Spears, Nicole Richie, Jesse Metcalfe, le designer Marc Jacob... mais que se passe-t-il avec Young Hollywood? C'est à croire que c'est devenu une mode. «C'est une tragédie qui se déroule sous nos yeux. Je pense qu'on assiste à un phénomène», décrit la docteure Suzanne Poland, directrice des soins cliniques au centre Promises. Inquiétude Cette dernière s'inquiète de la recrudescence des cas de dépendance aux drogues chez les jeunes stars. Elle met en cause l'arrivée des shows de téléréalité aux États- Unis il y a six ans. «Je pense que nous regardons les vies des stars plus que jamais, qu'il y a une profonde fascination à être témoin de leur vie. Il y a une pression immense sur elles, sur leurs performances. Je crois que ça joue un rôle dans l'escalade d'abus de substances», poursuit-elle. «Young Hollywood est hors de contrôle parce que ces jeunes ont trop d'argent et qu'ils n'ont personne autour pour leur dire non, croit pour sa part Gary Morgan, directeur de l'agence Splash News à L.A. Ils croient réellement qu'ils sont au-dessus de la loi.» Coup de pub Pendant que les stars s'enlisent, d'autres en profitent. La déchéance paie et le mot rehab est plus vendeur que jamais. La compagnie de vêtements American Apparel a utilisé la photo de Lindsay Lohan en pleine overdose dans sa voiture pour en faire une campagne de pub grand format pour un de ses chandails. Le mot rehab a aussi la cote. On n'a qu'à penser aux tubes d'Amy Winehouse et de Rihanna. Il y a même un club à Las Vegas qui s'appelle Rehab. Le magazine Vogue a réservé un éditorial de 16 pages au phénomène dans son édition de septembre. On y voit l'actrice Chloé Sévigny dans une reconstitution d'un séjour en rehab de stars. La docteure Suzanne Poland s'inquiète de la surmédiatisation du phénomène. «Les médias rendent ça glamour. Les jeunes sont exposés et veulent faire comme ceux qu'ils voient à la télé», dit-elle. Il y a aussi les magazines à potins qui font leurs choux gras de stars comme Britney Spears et Lindsay Lohan, qui entrent et sortent de désintox comme dans un moulin. «C'est très destructeur, ça peut créer une vision négative de ceux qui recherchent de l'aide, déplore Suzanne Poland. On ne jugerait pas une personne sur le nombre de traitements qu'elle doit recevoir pour le cancer. Il y a tellement de préjugés, si une personne échoue, elle est ostracisée. C'est épouvantable», dit-elle. Part de blâme Gary Morgan croit que les centres ont aussi leur part de blâme dans tout ce cirque. «Avant, les centres de désintox étaient très stricts, ils étaient très low key. Aujourd'hui, ils s'affichent et donnent des entrevues aux magazines pour faire leur propre promotion et attirer les stars. Ils jouent la même game que tout le monde maintenant.» |