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NATHALIE SIMARD

«Ça va être long!»

Marilou Séguin
Le Journal de Montréal
02-05-2006 | 10h09

Nathalie Simard Devant des élèves du secondaire, la chanteuse dit ne pas être prête à accorder son pardon à Guy Cloutier

Hier matin, dans une école secondaire de Montréal, le collège Rachel, des jeunes de 15 à 17 ans ont eu une discussion de coeur à coeur avec Nathalie Simard. Les questions étaient franches et directes. Par exemple, les étudiants voulaient savoir si la chanteuse avait pardonné à son agresseur et si c'était difficile de connaître l'amour après un tel drame.

Comment Nathalie a-t-elle répondu aux interrogations des adolescents ?

Avec passion, sincérité et beaucoup d'aplomb.

«Pour le pardon, j'espère que vous êtes patients parce que ça va être long !» a lancé Nathalie aux quelque 75 jeunes de 4e et 5e secondaire réunis pour entendre son témoignage.

«Je ne suis pas une personne rancunière, mais les gestes de mon agresseur sont impardonnables. Certaines personnes auraient la grandeur d'âme de lui pardonner, mais pas moi. Peut-être plus tard.»

C'est une Nathalie rayonnante qui a expliqué aux adolescents présents que malgré tout, elle croyait encore à l'amour.

«Connaître un autre homme après n'a pas été facile pour moi. C'était très dur de faire confiance et d'avoir des relations équilibrées.»

Après avoir vécu la honte et la peur, Nathalie dit être maintenant bien dans sa peau. «Je ne souffre plus parce que je me suis libérée en parlant. J'ai une nouvelle vie.»

Une épreuve difficile

Où serait Nathalie Simard si elle n'avait pas brisé le silence ? a demandé un jeune homme.

«La réponse n'est pas facile à entendre. Je dirais que mon agresseur a commencé à creuser ma tombe et il aurait bien pu mettre la dernière pelletée de terre sur ma tête si je ne l'avais pas dénoncé. C'est là que je serais», a répondu Nathalie.

«Par là, vous voulez dire morte, comme dans mourir ?» s'est exclamé un jeune.

«Oui, les agressions sexuelles peuvent mener jusqu'au suicide», a avoué Nathalie à un auditoire ébahi.

«Lorsque j'ai décidé de parler, j'étais au pied du mur. Je n'en pouvais plus de vivre avec une si grande souffrance en dedans», a expliqué l'artiste.

Briser les tabous

La présentation d'hier, au collège Rachel, s'est tenue dans le cadre de la série de conférences annoncée par Mme Simard lors de la création de la fondation qui porte son nom et dont l'objectif est d'informer, de sensibiliser et de briser des tabous sur les agressions sexuelles.

«Je suis ici pour vous dire de briser le silence et de dénoncer», a d'emblée déclaré Nathalie.

Elle n'a pas caché aux jeunes que le processus de dénonciation n'avait rien de facile.

«Lorsque j'ai enfin parlé, mon entourage s'est écroulé et ma famille s'est disloquée. C'est comme monter une montagne : on tombe souvent et c'est difficile, mais une fois arrivé en haut la vue est magnifique et on se sent bien», a-t-elle raconté.

Nouvelle vie

Au fil de la conférence, on note que Nathalie ne mentionne jamais le nom de son agresseur.

«Si je ne dis pas son nom, c'est parce qu'il n'existe plus dans ma tête. Ça fait parti de mon processus de guérison. Il m'a tellement envahie que là, je le sors de ma vie», explique-t-elle.

«Ces rencontres m'aident beaucoup, elles me donnent de l'énergie, c'est une sorte de thérapie», conclut Nathalie.

À toutes ses conférences, elle est accompagnée de représentants locaux des Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) et de membres de la Sûreté du Québec.

Les jeunes découvrent ainsi des ressources vers lesquelles ils peuvent se tourner en cas besoin.

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