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Elliot Mintz - À l'ombre des stars
© PHOTO LE JOURNAL
Elliot Mintz

ELLIOT MINTZ

À l'ombre des stars

Marie-Joëlle Parent
02-11-2008 | 04h00

Yoko Ono, Bob Dylan, Paris Hilton… Elliot Mintz a représenté les plus grandes stars.

Dans une rare entrevue, le relationniste le plus connu de Hollywood nous parle de ses 40 années passées dans l’ombre des stars, aux premières loges des événements les plus marquants de l’histoire, de l’assassinat de Kennedy à celui de son ami John Lennon.

8 décembre 1980. Le soleil se couche sur Los Angeles. Elliot Mintz, 35 ans, reçoit un coup de fil de sa mère. «Quelqu’un a été abattu devant le Dakota Building, à New York.»

Si les médias en parlent, ça doit être une personne connue, se dit Elliot. Anxieux, il saute dans un taxi en direction de l’aéroport. Trente minutes après le décollage, une hôtesse sort de la cabine en larmes. Ses craintes sont confirmées, John Lennon a été assassiné.

Elliot Mintz vient de perdre son ami. «J’ai passé les cinq heures du vol à pleurer», raconte Elliot.

Arrivé à Manhattan, il a filé vers le Dakota: «J’y suis resté des mois à gérer les demandes médiatiques pour aider Yoko. La vie n’a plus jamais été la même.»

À L’ANCIENNE

Avec sa voix grave, son débit ultra-lent, son vocabulaire sorti d’un roman de Jane Austen et son look kitsch, Elliot Mintz, 63 ans, sort tout droit du Hollywood des années 1960.

Il vit entouré de sa collection de vinyles d’Elvis et paie 160 $ par mois pour pouvoir garder son vieux numéro de Laurel Canyon.

Il n’a pas de site Internet ni de BlackBerry et son numéro n’est pas recensé dans l’annuaire. C’est ce qu’on appelle être old school.

Il nous parle depuis sa maison de Beverly Hills d’un de ses 17 téléphones fixes. Un relationniste public doit être joignable en tout temps.

À 63 ans, il porte une chevelure à l’agent Glad et un teint aussi bronzé qu’une vedette de soap opera.

Insomniaque, il ne se lève jamais avant midi, il rappelle ceux qui l’ont contacté, descend s’entraîner à son gym, médite puis, vers 21 heures, il sort dîner dans les restos les plus huppés de la ville.

Elliot Mintz a une vision de Hollywood étalée sur 40 ans. Chacune des étapes de sa vie coïncide avec un événement marquant de l’histoire des États-Unis.

Il est né dans le Bronx en 1945 de parents russes, son père est mort dernièrement à l’âge de 99 ans.

Après avoir été refusé dans toutes les universités new-yorkaises à cause d’un QI trop bas, il part étudier à 18 ans au Los Angeles College, où il se met à faire des entrevues à la radio étudiante.

Le simple étudiant réussi à attirer des figures connues, dont les acteurs Jayne Mansfield et Jack Lemmon.

KENNEDY

Arrive la date fatidique du 22 novembre 1963. Kennedy est assassiné à Dallas. Tous les étudiants sont hypnotisés devant les télévisions.

«À la première image de Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé, l’étudiant qui était à côté de moi s’écrit: Hé! je le connais, ce gars-là, c’est Lee, on a été dans les Marines ensemble

Elliot l’emmène en studio sur-le-champ pour une entrevue. Ce fut le premier témoignage recueilli sur Oswald.

Quelques minutes plus tard, un représentant de la station de nouvelles locale était devant la porte de son modeste appartement (90 $ par mois à l’époque!) pour mettre la main sur le précieux enregistrement. Vingt minutes plus tard, l’entrevue d’Elliot était relayée dans le monde entier.

«C’est ce qui s’appelle être au bon endroit au mauvais moment», ironise Elliot.

Cette tragédie lui a valu d’avoir son propre show de radio à 21 ans. Il était le plus jeune Californien en poste. Il est ensuite devenu reporter à ABC, trimballant son afro dans ses entrevues avec des stars du rock comme Frank Zappa, Timothy Leary et le couple John Lennon et Yoko Ono en 1971.

Cette dernière allait devenir une amie très proche, à qui il parle encore chaque semaine.

«J’étais fasciné par eux, c’était l’époque de Give Peace a Chance. Yoko m’a rappelé quelques jours plus tard pour me remercier de l’entrevue que j’avais faite avec elle, c’est rare. On est devenus amis instantanément, je ne peux pas l’expliquer. On se parlait chaque soir au téléphone, jusqu’à ce que John Lennon se demande à qui sa femme pouvait bien parler au beau milieu de la nuit! Yoko m’a présenté à John, ce fut le début d’une longue amitié.»

Le couple a donné en exclusivité à Elliot son disque Some Time in New York City pour qu’il le joue à la radio. Un disque très revendicateur et controversé, qui a valu à Elliot d’être congédié de la station.

John et Yoko l’ont alors pris sous leur aile. Elliot les a suivis partout de 1971 à 1980.

Depuis la mort de Lennon, il est resté très proche de la famille. Yoko lui a même offert plus de 200 heures de matériel audio inédit, qu’il a diffusé à la radio. The Lost Lennon Tapes a attiré jusqu’à quatre millions d’auditeurs à sa première diffusion.

«Si je ne les avais pas rencontrés, je serais encore DJ dans une obscure station de radio. Ils ont tout changé.»

Un L.A cowboy

Suffit de regarder les vidéos de Paris Hilton à TMZ. Elliot Mintz n’est jamais loin. Fringué comme dans une pub Versace, chemise de soie et cravate colorée, il tente de contenir les paparazzi.

«Je lui parle plus qu’à tout autre personne dans ma vie», a-t-elle confié au New York Times, qui a consacré un portrait à ce personnage mythique de Hollywood en août 2006.

En 40 ans, le métier de relationniste public a beaucoup changé. «Avant, quand il y avait une crise médiatique, on avait le week-end pour écrire un communiqué de presse; aujourd’hui, en quelques secondes, c’est partout dans Internet», dit-il.

«Internet, ça a créé une frénésie qui rend notre travail plus compliqué, il faut alimenter la bête 24 heures sur 24», dit-il.

DÉBOIRES

Avec les déboires de Mischa Barton, Nicole Richie, Paris Hilton, Lindsay Lohan, Kirsten Dunst et Mary-Kate Olsen, il semble que Hollywood soit plus dévergondé qu’avant.

«Ils ne sont pas pires que le Rat Pack dans les années 1950, avec (Frank) Sinatra qui foutait tout un bordel, et les artistes de Woodstock. La différence aujourd’hui, c’est que ce sont des filles qui dérapent, voilà pourquoi on en parle plus. TMZ et Perez Hilton n’étaient pas là non plus», dit-il.

Il y a des années où Elliot Mintz, qui représentait plusieurs A-list stars en même temps, travaillait 18 heures par jour. Il garde le nom de ses clients secrets, mais Don Johnson, Yoko Ono, Paris Hilton et Christie Brinkley sont parmi ceux évoqués dans la presse.

Aujourd’hui, il s’occupe de six clients, allant même jusqu’à suivre Paris dans les boîtes de nuit. «Ça me rappelle le temps où je sortais à Studio 54.»

Mais après 40 années dans les paillettes, Elliot lorgne la retraite, il rêve d’un ranch avec des chevaux. Son amie Yoko ne le croit pas capable de se retirer.

«Dans son coeur, c’est un L.A. cowboy», a-t-elle affirmé au New York Times.

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