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Entrevue - Lynda Lemay: «Jessie demeure ma priorité»
Photo: Marco Weber

ENTREVUE

Lynda Lemay: «Jessie demeure ma priorité»

Par Samuel Pradier
10-03-2005 | 12h55
Authentique et discrète, Lynda Lemay connaît un énorme succès en Europe, mais elle n’oublie par pour autant son public québécois. Depuis 1998, elle vit, en effet, à cheval sur les deux continents, multipliant les allers-retours pour être présente auprès de sa fille, Jessie, dont elle a la garde partagée avec Patrick Huard, le père de l’enfant. Mais le vrai secret de la réussite de Lynda Lemay réside dans le soutien indéfectible de sa famille.

Si le public est tombé amoureux de la belle Québécoise, ce n’est pas forcément pour sa voix, mais plutôt pour l’univers qu’elle propose dans ses chansons. Elle a bâti, à la façon d’une romancière ou d’une conteuse, un monde particulier qui lui est bien personnel. À partir d’un mot, d’une anecdote ou d’un moment de souffrance, elle construit une histoire qui touche tout le monde et qui devient universelle. Lynda Lemay est authentique, tant sur scène que dans la vie, et elle ne triche jamais avec son public: «J’ai une écriture très spontanée qui me permet d’aller chercher tous les détails d’une émotion qui me traverse le cœur, le corps et l’esprit. Je laisse sortir tout ce qui veut sortir. Je ne me censure jamais dans ma création. La question est de trouver le bon angle.» Elle a un talent naturel, et elle a su se tracer un chemin atypique en composant des chansons-sketchs qu’elle offre au public avec sa guitare et son accent, qu’elle cultive farouchement. Résultat: Lynda Lemay est aujourd’hui une véritable star en Europe.

C’est grâce à Charles Aznavour, qui la découvre lors d’un festival en Suisse en 1996, que les portes de la France s’ouvrent à la chanteuse. Invitée à interpréter deux titres dans le cadre d’un hommage à Charles Trenet, elle rencontre alors les deux artistes légendaires, qui tombent littéralement sous le charme de cette petite Québécoise incroyablement talentueuse. Depuis, elle a vendu près de trois millions de disques, et ses concerts sont presque toujours présentés à guichets fermés. Elle est d’ailleurs toujours très proche de son «parrain»: «Quand je passe près de chez lui ou lorsqu’il est de passage au Québec, il vient me voir en famille, avec sa caméra! Il a été d’une générosité incroyable avec moi. C’est une belle relation de confiance, d’amitié avec un homme rare.»

Une famille bien présente
«Je viens d’une famille très unie et j’aimerais pouvoir offrir à ma fille autant d’amour que mes parents m’en ont donné. C’est grâce à eux que j’ai osé me lancer dans la chanson. Ils ont su me convaincre qu’une réelle émotion passait lorsque je chantais», avoue-t-elle. D’ailleurs, une de ses sœurs travaille aujourd’hui à ses côtés dans la maison de production qu’elle a fondée pour gérer sa carrière. Pour Lynda, la famille est primordiale: «La famille me permet de garder les deux pieds sur terre. Elle est là quand tout s’écroule autour de moi. Je me sens forte avec cette famille solide qui m’entoure. J’ai eu la chance d’avoir une belle enfance et d’être élevée dans un climat harmonieux. Je n’ai jamais entendu mes parents se chicaner. C’est un vrai confort, on se sent beaucoup plus en sécurité.» Malheureusement, la vie sentimentale de Lynda n’a pas toujours été aussi heureuse. Après une longue relation amoureuse, Patrick Huard et elle se sont quittés quelques années après la naissance de Jessie. Récemment, Lynda a vécu une passion amoureuse avec l’humoriste français Laurent Gerra, mais ils se sont séparés l’automne dernier. Les allers-retours incessants de Lynda et leur carrière respective ont en effet fini par briser les liens qui les unissaient. Mais il semble que la belle Lynda ait retrouvé le sourire depuis quelques semaines. Elle vivrait en effet le grand amour avec un bel inconnu qui ferait partie de la distribution de son nouvel opéra folk, Un éternel hiver.

Une seule priorité: sa fille
Depuis le début de sa carrière, Lynda n’a qu’une seule priorité: préserver la vie de sa fille et lui offrir le meilleur cadre d’éducation possible. «Jessie demeure ma priorité. Ce n’est pas toujours facile, car, quand vous êtes maman, vous devez vous oublier pour être toute à votre enfant. Et quand vous êtes artiste, il ne faut penser qu’à vous pour pouvoir travailler. C’est une vraie vie de schizophrène, mais vous y arrivez. Il faut savoir établir des priorités. Moi, par exemple, si on me propose de participer à une émission importante pendant la période de deux semaines consacrée à ma fille, je refuse.» Pourtant, ces choix n’ont eu aucune influence négative sur sa carrière. Elle bâtit ses tournées par tranches de 15 jours et revient ensuite à la maison. Ces périodes de relâche lui permettent de profiter de la vie, d’écrire et de vivre des moments privilégiés avec sa fille. Néanmoins, elle se pose souvent des questions sur l’éducation qu’elle lui donne: «Moi, je veux être la meilleure des mères, mais je suis tout à fait consciente des fautes inévitables que je peux commettre. Je ne suis pas une mère autoritaire, plutôt une maman-copine. Parfois, je laisse aller les choses par fatigue, je cède aux caprices.»

De nouveaux projets
Depuis le mois de janvier, Lynda présente en France son nouvel opéra folk, un projet qu’elle a mûri pendant plusieurs années: «C’est un spectacle exigeant. J’ai essayé d’aller aussi loin que possible dans les émotions et la psychologie des personnages.» Le concept de ce show puise sa source dans les racines de son auteure. Dans une campagne québécoise, Manon vit une passion orageuse avec Jeff, sous l’œil désapprobateur de Micheline, sa mère, et de Daniel, un policier amoureux d’elle. Alors qu’ils viennent d’avoir leur premier enfant, Jeff est emprisonné pour avoir tué un homme lors d’un règlement de comptes entre dealers. Désormais libre, Manon va se marier avec Daniel… Le public québécois aura l’occasion de découvrir ce spectacle l’automne prochain, car Lynda devrait alors consacrer un peu plus de temps à ses fans québécois. En attendant, elle vient de sortir un nouvel album, Un paradis quelque part, dans lequel elle évoque encore des thèmes assez sombres: «J’ai enregistré cet album en 15 jours, cet été, au feeling. J’en avais besoin, j’avais trop retenu d’affaires à l’intérieur. (rires) Mes chansons d’amour n’ont jamais été très gaies. J’en ai d’autres plus joyeuses, mais je n’avais pas envie de les proposer au public en ce moment. En fait, j’aime aborder des thèmes qui me font peur. Cette peur est un moteur pour moi, et je me prépare toujours au pire; c’est une façon de me débarrasser de mes démons. Par exemple, je parle beaucoup d’alcool. Il faut croire que j’ai peur de devenir alcoolique avec tout ce que j’ingurgite... Depuis que je vais en France, j’aime trop le vin, je suis une excessive.»

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