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Jean-Pierre Ferland - Le testament de Ferland
© Pierre Vidricaire - Journal de Montréal

JEAN-PIERRE FERLAND

Le testament de Ferland

Suzanne Gauthier
Journal de Montréal
22-01-2007 | 05h00
Dans quelques jours, Jean-Pierre Ferland tournera la page la plus importante de sa vie, celle de sa plus longue relation. Le poète fera en effet son dernier tour de piste, quittera la scène de façon définitive. Il fait, avec sérénité, un retour sur ses soixante-douze ans de vie et sur ses quarante-deux ans de métier. Un testament qu’il nous a livré avec tendresse, sans retenue ni fausse pudeur en mai dernier, lorsque nous avons passé deux jours avec lui, sur la route de Rimouski.

Ferland sera éternellement reconnaissant à la vie pour les quarante-deux ans de bonheur que son métier lui a fait vivre.

«Je n’étais pas né pour faire ce métier-là. C’est pourquoi je me suis toujours considéré chanceux de le pratiquer. Quand j’étais jeune, chez nous, il n’y avait pas un livre, pas un disque, pas de musique… Ma mère m’a dit que j’écrivais mes poèmes sur des p’tits bouts d’annuaire téléphonique!»

Si Jean-Pierre avoue être tombé dans la marmite du show-business par hasard, il a l’honnêteté d’ajouter que c’était d’abord et avant tout pour rencontrer des filles qu’il y a tenté sa chance. «J’avais une sale gueule, je n’avais pas de succès. Je me suis dit: au moins, j’vais avoir un nom, une réputation. Je voulais avoir ça.»

EN VIDÉO:
Trois extraits du film de la tournée d'adieu de Jean-Pierre Ferland
MOTS D'AMOUR AU PETIT ROI:
Mais de là à avoir une carrière aussi fantastique, aussi extraordinaire, Ferland en est le premier surpris. «Moi qui me voyais toujours comme un imposteur…j’en r’viens pas encore!»

Cet «imposteur» a eu toute une carrière! Et c’est en prenant «toute une brosse » qu’il a l’intention d’y mettre un terme.

Fini, l’homme public…

C’est donc un homme magané, mais qui n’a pas du tout peur de s’ennuyer, qui commencera sa retraite le 14 octobre.

«Après?…Ça fait quarante ans que je suis un homme public, je me demande comment je vais être quand je ne le serai plus. Qu’est-ce que je vais faire? J’vas-tu me laisser tomber les cheveux???

«En tout cas,ma guitare va toujours être là; je n’aurai qu’à la prendre et à m’écrire une chanson!»

Ironiquement, c’est la chanson, sa fidèle amie, qui l’a un peu poussé vers la retraite.

«Moi qui toute ma vie ai écrit des chansons d’amour, je ne vois pas comment, à mon âge, je pourrais continuer à faire l’éloge du désir sans passer pour un vieux cochon... Même si c’est ce que je suis! C’est gênant et c’est pour ça que je me retire.»

«Avec le temps, je suis devenu conscient de mon image. Avant, je m’en fichais; je n’avais pas de succès et je savais que je n’avais pas une belle gueule. Avec le temps, mon métier et mon succès, j’ai appris à aimer cette image. Et je veux partir sur une belle image. Ça m’est très important.

«Je veux également partir sur un gros succès et du succès, je n’en ai jamais eu autant que maintenant. Il y a une émission qui s’appelle Que sont devenues nos idoles? Je ne veux jamais passer dans cette émission.

«Tant qu’à être un has been, je veux me has beener moi-même!» dira-t-il en riant.

L’émotion était au rendez-vous

Ferland, qui se vante d’avoir toujours eu du timing dans sa carrière, sent donc qu’il est temps de tirer sa révérence. «Je sais qu’il faut que je parte. Je le sais, je le sens. Lorsque nous avons commencé à répéter ce spectacle, j’ai réalisé que j’étais en train de raconter ma vie en chansons. Ç’a ben l’air que ça va être le dernier spectacle de ma vie…! me suis-je dit.»

Personne ne voulait y croire au début, mais Ferland, en bon Cancer rempli d’intuition, savait qu’il allait en être ainsi. De plus:

«En général, on chante nos récents hits au début et on garde nos vieilles chansons pour la fin du spectacle. Cette fois-ci, moi, spontanément, j’ai fait le contraire. Pourtant, je n’avais jamais fait ça avant.»

Dès le départ, l’émotion était au rendez-vous; le poète ne cache pas avoir pleuré comme un enfant en entonnant la belle chanson «La Musique» durant sa première répétition.

«J’étais incapable de chanter. Je me suis dit qu’il fallait que je me ressaisisse, que je m’habitue si je ne voulais pas, le dernier soir, faire comme un joueur de hockey et me mettre à brailler devant tout le monde.»

Jean-Pierre Ferland, fort de ses soixante-douze ans de vécu, s’est donc conditionné pour être en pleine possession de ses moyens et surtout de ses émotions lorsqu’il foulera la scène du Centre Bell, ce vendredi.

Le sera-t-il complètement? Pas sûr…

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