Raphaël Gendron-Martin
Agence QMI

Juste pour rire: Le Journal s'entretient avec les animateurs des quatre galas «Carte blanche»

Juste pour rire: Le Journal s'entretient avec les animateurs des quatre galas «Carte blanche»

Raphaël Gendron-Martin

Après le scandale qui a touché le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, l'automne dernier, plusieurs pensaient que ce serait la fin du festival ou, du moins, des galas. Mais non, les populaires spectacles à plusieurs invités sont de retour en cette 36e édition, qui se veut sous le signe du renouveau. À quoi faut-il s'attendre de ces soirées « carte blanche » ? Le Journal en a parlé avec les animateurs des quatre galas, Laurent Paquin, Pier-Luc Funk, Les Denis Drolet et Jérémy Demay.

C'est une véritable course contre la montre dans laquelle se sont lancés les nouveaux animateurs de galas, cette année. En raison de tous les chambardements qui ont frappé Juste pour rire dans les derniers mois (la compagnie a été vendue aux Américains d'ICM Partners ainsi qu'à Bell et evenko), les approches pour les galas n'ont été faites qu'en mai dernier. Dans le passé, les animateurs étaient parfois choisis avant Noël.

« Ç'a compliqué un peu la tâche, mais ça fait partie du métier, reconnaît Laurent Paquin, qui en sera à sa 15e animation de gala consécutive. À la limite, ç'a quelque chose de stimulant. Créer dans l'urgence, ça peut être intéressant. »

« Il y a eu un peu de stress au début, dit Jérémy Demay. Mais on a une bonne équipe, avec de bons auteurs qui travaillent vite et bien. »

Hésitations

En raison de « l'affaire Rozon », plusieurs humoristes ont décidé de quitter le navire de Juste pour rire. Et dans le cas des cinq nouveaux animateurs, tous admettent avoir hésité avant d'accepter d'animer un gala cet été.

« Ma première réaction a été : «Ah oui, vous faites encore des galas ?» », dit Pier-Luc Funk. « On n'aurait pas participé à cette aventure s'il n'y avait pas eu de changements importants chez Juste pour rire », mentionnent Les Denis Drolet. « On va être scrutés un peu plus cette année, dit Laurent Paquin. C'est normal, car c'est le premier festival «post-apocalyptique». »

Parmi les animateurs des quatre galas, Pier-Luc Funk détonne du lot avec son métier principal de comédien. Mais le jeune de 24 ans ne se voit vraiment pas comme un imposteur dans cette situation. « J'aime me lancer des défis, dit-il. Et ce n'est pas si loin de moi, car j'ai grandi en faisant de l'impro et j'aime faire rire les gens. »

QUESTIONS-RÉPONSES AUX ANIMATEURS

LAURENT PAQUIN

-En quoi ce nouveau gala pour toi se démarquera-t-il de tous ceux que tu as animés dans le passé à JPR?

« Je pense qu'un gala d'humour, ça reste un gala d'humour. C'est difficile de renouveler le genre. Mais je pense que le gala sera plus scruté que ceux des années précédentes. C'est le premier gala JPR depuis le scandale. J'espère que ça marquera un changement, un genre de nouveau départ. »

-Vas-tu aborder le scandale de l'automne dernier et le mouvement #metoo?

« C'est impossible selon moi de passer à côté. Alors oui, le sujet sera abordé. Le défi, c'est d'éviter la redondance. Mon numéro d'ouverture ne sera pas là-dessus, mais j'en parle. Il faut en parler, mais il faut aussi ne pas répéter ce qui a été dit. Je sais, par exemple, qu'on parlera de Gilbert Rozon dans un autre gala. Je dois en tenir compte dans l'écriture de mon numéro. »

-Le peu de temps pour préparer le gala t'a-t-il compliqué la tâche?

« Un peu, mais ça fait partie du métier. On a parfois moins de temps pour livrer la marchandise. À la limite, ça a quelque chose de stimulant. Créer dans l'urgence, ça peut être intéressant. Et je suis bien entouré, ça aide. »

-En raison de tous les changements survenus à JPR ces dernières semaines, vois-tu cette 36e édition de façon différente?

« Comme je le disais, on va être scruté un peu plus cette année. C'est normal, c'est le premier festival « post-apocalyptique » comme j'aime le dire. Mais sur scène, nos préoccupations restent les mêmes: il faut que ce soit bon! »

-Pourquoi reviens-tu à chaque année à l'animation d'un gala? Qu'est-ce qui t'allume encore après toutes ces années?

« Animer un gala à Juste Pour Rire, c'est une des choses que j'aime le plus faire, dans mon métier. Il arrive souvent qu'après mon gala, je pense déjà à ce que j'aimerais faire l'année suivante. Je ne suis pas encore tanné. »

-De quelle façon as-tu choisi les invités pour ton gala?

« Déjà, il faut tenir compte des disponibilités. Il faut aussi que les galas soient équilibrés. Y'a des gens qu'on aimerait avoir avec nous et qui ne peuvent tout simplement pas. Cette année, on a choisi d'avoir comme premier critère: la qualité. Est-ce que le numéro est bon. C'était plus important que d'avoir des vedettes. Il y aura de la relève à mon gala, de l'excellente relève. »

-Pourquoi avoir décidé de ramener ton numéro classique de la ligne ouverte?

« Je voulais un numéro dans lequel on donnerait la parole aux femmes. Et le concept de la tribune téléphonique est venu assez spontanément. C'est une belle façon d'aborder plusieurs sujets dans un même numéro. Et ça nous permet aussi d'avoir des femmes de différents groupes d'âges, et de différents styles. »

JÉRÉMY DEMAY

-Pourquoi as-tu accepté d'animer un gala Juste pour rire cette année?

« Car on nous a donnés carte blanche. Ça veut dire qu'il n'y a pu de thème, ni de temps pour chaque numéro. On est libre de faire ce qu'on veut, et je crois que c'est une bonne chose! »

Avec le scandale de l'automne dernier, as-tu hésité avant d'accepter?

« Oui, mais j'ai surtout hésité car ils nous l'ont demandé au mois de mai, alors que normalement, on le sait au mois de décembre. Le temps était très court. »

-Dans ton animation, vas-tu justement aborder le scandale?

« Je vais en parler très brièvement au début.»

-En raison de tous les changements survenus à JPR ces dernières semaines, vois-tu cette 36e édition de façon différente?

« Je vois un renouveau. Je vois le début d'une autre ère. Je vois un nouveau souffle qui fait du bien à tout le monde. »

-Le peu de temps pour préparer le gala t'a-t-il compliqué la tâche?

« Il y a eu un peu de stress au début, mais on est une bonne équipe avec des bons auteurs comme Pierre Fiola, Alexandre Douville et Philippe Gendron qui travaillent vite et bien. »

-De quelle façon as-tu choisi les invités pour ton gala?

« J'ai choisi des gens que j'apprécie et j'ai aussi accepté des propositions que Juste pour Rire m'a faites. Il y a un challenge au niveau de la diffusion cette année. Ce n'est pas tout le monde qui accepte d'être diffusé, car ils ne veulent pas brûler leur matériel. On a donc dû jongler avec tout ça. »

-Aimerais-tu expérimenter encore davantage l'animation dans le futur?

« Oui, mais dans pleins de formes: émission de télé, de shows extérieur. Pour les galas, je verrai ça à tête reposée si je veux le refaire. »

LES DENIS DROLET

-Pourquoi avez-vous accepté d'animer un gala Juste pour rire cette année?

« Quand on nous offre une scène et une visibilité aussi majeure, on ne peut pas passer à coté. Rares sont les occasions de présenter notre humour devant un auditoire aussi important. De plus, la nouvelle organisation chez JPR nous a offert une carte blanche nous permettant d'exprimer notre art en toute liberté. C'est un beau terrain de jeu! »

-Avec le scandale de l'automne dernier, avez-vous hésité avant d'accepter?

« Oui, on n'aurait pas participé à cette aventure s'il n'y avait pas eu des changements importants chez JPR. »

-Dans votre animation, allez-vous justement aborder le scandale?

« On ne pouvait pas passer à côté. Avec les personnages des Denis Drolet, on a le bon véhicule pour aborder ce sujet délicat, avec humour. Ça va grincer un peu. »

-Quels souvenirs gardez-vous de votre animation avec Dominic et Martin, en 2016?

« C'était du pur bonheur! On s'est amusé, on a développé une belle amitié avec Dominic et Martin, qui sont extrêmement généreux, et le gala a été un franc succès. La réaction était incroyable. »

-Est-ce que cette expérience vous aidera pour cette nouvelle animation?

« Absolument. On connait maintenant mieux la salle Wilfrid-Pelletier pour y avoir aussi animé L'Autre gala de l'ADISQ. On sait donc à quoi s'attendre. En plus, ça fait 18 ans qu'on participe à des galas. On est rodés. »

-Comment avez-vous construit ce gala? Sera-t-il entièrement absurde?

« On a opté pour un mélange d'absurde et de trash. Notre coté grinçant et poilu a pris le dessus sur notre facette burlesque et non-sens. On a appris à adapter notre humour, selon le contexte. En formule gala, l'absurde-expérimental-champ-gauche est plus difficile à faire passer. Au gala, personne ne sera dérouté. Ce sera un gros party, rassembleur, mais grinçant. »

-De quelle façon avez-vous choisi vos invités?

« Avec notre coeur... Et les disponibilités des gens. On voulait un gala jeune et rafraîchissant. Un gala qui nous ressemble avec des numéros qui étonnent par leur originalité. »

-Cette animation de gala marque-t-elle un tournant dans la carrière des Denis?

« Oui. Ça fait longtemps qu'on souhaite être a la barre d'un gala, à nous. Après presque 20 ans de carrière, la confiance qui nous est accordée aujourd'hui nous donne foi en l'avenir et prouve à ceux qui en doutaient encore, que les Denis sont rendus là, qu'ils ont atteint ce niveau. »

PIER-LUC FUNK

-Pourquoi as-tu accepté d'animer un gala Juste pour rire cette année?

« J'aime faire rire les gens. J'aime aussi me lancer des défis. J'ai déjà entendu dire que si tu fais uniquement des affaires dans lesquelles tu es bon, tu ne peux pas avancer. Aussi, le stand-up n'est pas si loin de moi dans la vie. J'ai grandi en faisant de l'impro. Au cégep, on avait parti une soirée d'humour. »

-Le peu de temps pour préparer le gala t'a-t-il compliqué la tâche?

« Oui, ç'a bizarrement ralenti le processus, car j'ai pris un certain temps avant d'accepter. »

-Avec le scandale de l'automne dernier, as-tu hésité avant d'accepter?

« Oui, complètement. Ma première réaction a été: ah oui, vous faites encore des galas? Mais dès la conférence de presse, j'ai vu qu'il y avait une belle énergie par rapport à ce qui est arrivé et que les gens étaient prêts à tourner la page... »

-Dans ton animation, vas-tu justement aborder le scandale?

« J'aurais aimé ça, mais comme je n'ai qu'un numéro au début, je vais plutôt faire quelque chose d'assez autobiographique... »

-As-tu demandé des conseils à certains animateurs plus expérimentés?

« Un peu et c'est toujours le même conseil qui revient. Laurent Paquin m'a regardé et m'a dit: amuse-toi. C'est un peu aussi le même conseil que je donne aux gens par rapport à mon métier. »

-Puisque tu es un comédien à la base, te sens-tu quand même à ta place dans ce milieu d'humoristes?

« Oui, tout à fait. Je n'ai pas le syndrome de l'imposteur. Je suis aussi ami avec plusieurs humoristes. Il y en a quelques-uns que j'ai invité à mon galas. »

-Qui sont tes modèles d'humoristes de style stand-up?

« J'aime beaucoup Bo Burnham et Kevin Hart. Sinon, au Québec, j'ai beaucoup côtoyé Phil Roy. Louis-José Houde a également été un bon modèle pour moi. »

-Aimerais-tu expérimenter encore davantage l'animation dans le futur?

« Ça va être du cas par cas pour chaque projet. Je voudrais davantage me concentrer sur ma carrière de comédien. J'ai travaillé sur deux films qui vont bientôt sortir. Et je vais aussi tourner mon propre court-métrage à la fin juillet. J'ai beaucoup de projets d'écriture. »



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